1919-12 Les bases d’une restauration de l’économie [mencheviks]

Résolution des mencheviks présentée au 7° Congrès des Soviets.

1. L’économie en Russie est en chute libre. La production industrielle est désormais à un niveau insignifiant. Dans les transports, le nombre de locomotives et de wagons en état de marche a diminué de façon considérable. Cette diminution du matériel roulant et la pénurie de carburant impliquent que le secteur des transports ne peut remplir qu’une infime partie de sa mission par rapport à l’avant-guerre. Avec le déclin de l’industrie, le nombre de travailleurs embauchés est est également en baisse, et la population urbaine se réduit de façon dramatique. Mais une chose menace notre économie bien davantage, c’est le déclin de son secteur fondamental: l’agriculture. La superficie ensemencée est réduite, l’élevage décline, la production laitière chute, la quantité d’herbages semés pour le foin et les semis des cultures industrielles se réduisent, la terre reçoit moins d’engrais et moins et est moins fertile. En conséquence, la productivité de l’agriculture est en déclin à la fois en qualité et en quantité.

2. 2. Cet effondrement terrifiant de l’économie a été provoqué avant tout par la guerre mondiale, puis par la guerre civile, mais dans une large mesure, il est aussi le résultat de la politique du parti au pouvoir. Cet effondrement a été exacerbé par la nationalisation de l’industrie et du commerce, sans tenir compte du niveau de développement économique du pays, et sans aucun plan d’organisation de l’économie ayant été préparé ou réfléchi. Avec cette nationalisation non préparée de l’industrie, il y a eu un développement non prévu de la machine bureaucratique. Il n’y a pas de coordination entre les différents secteurs, mais il y a un même travail de toute une série d’organismes, fait de concurrence et de la lutte entre eux. Naturellement, les réalisations constructives de cet immense machine bureaucratique sont insignifiantes à côté de ses dégâts, principalement dans la sphère économique. En outre, alors que les forces productives ont baissé de façon colossale et que le prolétariat a été réduit, l’armée des bureaucrates a quant à elle gonflé monstrueusement.

3. 3. La politique économique du gouvernement soviétique, en particulier dans le secteur industriel, a consisté, jusqu’à présent, principalement dans la distribution des anciens stocks légués par l’ancien régime. À l’heure actuelle les derniers vestiges de ces stocks sont épuisés, et les masses laborieuses de la Russie sont menacés par la paralysie complète de la vie économique, en raison de la pénurie de ses éléments les plus fondamentaux et l’absence des conditions nécessaires à l’activité productive .

4. 4. L’effondrement complet de la productivité urbaine et l’épuisement progressif des anciennes ressources  ont diminué les produits industriels que la ville peut offrir la campagne en échange de nourriture et de matières premières au plus insignifiant minimum jamais vu. Les autorités soviétiques ont tenté de surmonter ces difficultés d’obtention de denrées alimentaires nécessaires à la campagne par le recours à la violence. Elles ont utilisé la force armée pour prendre le produit excédentaire de la campagne, et dans de nombreux cas, là où il n’y avait pas de surplus à prendre, elles ont empiété sur les ressources requises pour nourrir la campagne même. Dans l’ensemble, le succès dans le prélèvement des ressources alimentaires à la campagne s’est fait au prix d’une réduction de la superficie ensemencée et d’une contraction de la production agricole.

5. 5.  Le gouvernement soviétique a récemment tenté de fonder l’organisation industrielle du travail sur les mêmes méthodes de coercition. Dans la plupart des cas, cela n’a servi qu’à réduire l’efficacité des travaux de rétablissement de l’industrie.

6. 6.  Tous les travaux de restauration de la vie économique sont rendus encore plus inefficaces par la tendance de la bureaucratie soviétique en développement à réduire la participation des organisations de travailleurs à l’administration et à la gestion de la production au minimum. Cela se fait au prétexte qu’on a besoin de gestionnaires dans les domaines techniques et administratifs.

7. 7. En plus des défauts dans la politique économique soviétique, la restauration de notre vie économique, qui a été ébranlée jusque dans ses racines, a été entravée par le blocus de la Russie et l’absence de commerce extérieur. Le décret sur les concessions étrangères, qui prévoit l’utilisation de capitaux étrangers pour exploiter les ressources naturelles de la Russie, a ouvert la possibilité de rétablir des relations commerciales avec d’autres pays. Ce décret semble indiquer que le gouvernement soviétique a reconnu que l’État a nationalisé l’économie mais est incapable de faire face à la tâche de restauration de la vie économique et que l’utilisation de l’initiative privée est essentielle. Mais le système de la nationalisation massive et la suppression de l’initiative privée l’a empêché de fonctionner dans n’importe quel secteur, même en vertu de la réglementation étatique. En pratique, cela signifie que seuls les capitaux privés étrangers sont invité à entrer, et alors seulement sous la forme de concessions. Ces conditions sont généralement la plus désavantageuse pour l’économie, a fortiori pour les masses laborieuses. Avec une plus judicieuse politique économique la sphère d’activité des capitaux étrangers sous forme de concessions pourrait être réduite de façon significative.

8. 8.  Compte tenu de l’évaluation faite dans les points précédents de la position économique actuelle et les politiques suivies jusqu’ici par le gouvernement soviétique, le Congrès des Soviets juge essentiel:

1. 1. de changer la politique sur les denrées alimentaires de manière à laisser aux paysans une incitation à  augmenter et à améliorer leur élevage. Les relations commerciales avec les pays étrangers devraient être utilisés pour permettre un libre échange de marchandises avec la campagne. Cela devrait être fait par la nationalisation, d’une part, de l’exportation de céréales et de matières premières à l’étranger, et d’autre part, des éléments les plus importants de la consommation paysanne (textiles et outils agricoles).

2. 2. Le Congrès estime qu’il est indispensable que l’État s’abstienne dès à présent et pour un avenir immédiat de la politique de nationalisation générale de l’industrie. Le Congrès estime que, pour que la restauration de l’industrie puisse être menée à bien, l’État devrait lancer directement les branches les plus basiques et concentrées de l’économie, et seulement les grandes entreprises. Dans les autres branches, la coopération du capital privé devrait être recherchée, dans le cadre de la réglementation et du contrôle de l’Etat.

3. 3. L’État doit réguler ses activités dans les secteurs les plus fondamentaux de l’économie. Il devrait fournir les petits producteurs volontaires en matières premières et mettre en œuvre l’échange des produits finis. Les petits producteurs qui etravaillent sans aide de l’État devrait être tout à fait libres de produire pour le marché libre.

4. 4. Dans les conditions actuelles les capitaux étrangers doivent être apportés à une assez grande échelle au traitement de nos richesses naturelles, sur la base de concessions. Toutefois, il devrait y avoir une totale transparence dans la façon dont ils sont introduits, ils devraient être subordonnés à un plan général pour la restauration de l’économie, et les concessions devraient être utilisées afin de rétablir l’industrie, les transports et l’agriculture. Cela devrait être fait en incluant dans les contrats de concession l’obligation de fournir l’état des éléments essentiels et des outils de production. Il faut aborder la question du travail obligatoire dans les entreprises de concessions, il ne faut pas y autoriser de mobilisation du travail par l’État. Les travailleurs étrangers employés par les concessionnaires doivent doit jouir de la liberté complète  du travail pour organiser la résistance et la lutte afin d’améliorer leurs conditions de travail.

5. 5. Sur la question du service du travail obligatoire, tout en reconnaissant le droit de l’État d’y recourir dans des situations d’ extrême nécessité, le Congrès des Soviets est d’avis qu’il devrait être limitée aux situations où tous les autres moyens ont été épuisés. Il faut tenir compte de la faible productivité du travail forcé et de ses effets délétères sur la personne des travailleurs et de leur mode de vie. Les principales méthodes pour rendre le travail attractif devraient consister à garantir aux travailleurs une quantité minimum de moyens de subsistance, et la mise en place de stocks alimentaires dans les secteurs de l’économie et groupes d’entreprisesétant  les plus importants à un moment donné.  Après avoir exposé les circonstances très étroites dans lesquelles le travail obligatoire peut être utilisé, le Congrès rejette résolument la militarisation du travail. C’est un système qui ne peut conduire qu’à un gaspillage inutile d’énergie humaine, au renforcement du bureaucratisme civil et militaire, à priver les travailleurs de toute possibilité de défendre leurs droits, en supprimant la participation des syndicats à l’organisation de l’économie et au développement de la productivité du travail.

6. 6. Le Congrès considère que le rôle de premier ordre de l’État dans la vie économique du pays est essentiel.  Toutefois, il estime que cette activité phare de la part de l’État ne peut augmenter les forces productives du pays et transformer progressivement les relations sociales dans un sens socialiste que si elle est fondée sur la participation active des organisations de travailleurs dans la mise en place de la restauration de la vie économique. Cela n’est possible que lorsque les organisations de travailleurs sont autonomes et indépendantes de l’État, lorsque le prolétariat peut agir librement de son propre gré.  Le Congrès estime que le travail de rétablissement de l’économie doit être fondé sur la liberté pour les masses laborieuses de s’organiser elles-mêmes et sur leurs propres activités. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de s’appuyer sur les positions qui ont été gagnées par les travailleurs. La direction prise ne sera dès lors pas la restauration du capitalisme et la domination politique des exploiteurs, mais le pouvoir réel des travailleurs et la mise en place progressive du socialisme à travers l’exercice de ce pouvoir.

Voir aussi:

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2 Réponses to “1919-12 Les bases d’une restauration de l’économie [mencheviks]”

  1. A props d’un « coup de poignard  (Martov, 1923) « La Bataille socialiste Says:

    […] Les bases d’une restauration de l’économie, Résolution des mencheviks présentée au 7° Congrès des Soviets (1919) […]

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  2. A propos d’un « coup de poignard  (Martov, 1921) « La Bataille socialiste Says:

    […] Les bases d’une restauration de l’économie, Résolution des mencheviks présentée au 7° Congrès des Soviets (1919) […]

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