1922 Appel de la Vérité ouvrière

Publié dans le Sotsialisticheskii Vestnik du 31 janvier 1923, Berlin, pp.12-14. Remontage de courts extraits déjà traduits en français et de traductions inédites d’extraits en anglais, notamment par Robert Vincent Daniels (A Documentary history of Comunism in Russia, 1993, repris par Permanent Revolution, 2010) à l’aide du texte complet paru dans Documentos de la revolución mundial (1971) et mis en ligne dans une version en portugais.

L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes (K. Marx)

Appel au prolétariat révolutionnaire et aux éléments révolutionnaires restés fidèles à la classe ouvrière en lutte.

(…) La classe ouvrière de Russie, peu nombreuse et non préparée, dans un pays paysan, a réalisé en Octobre 1917 la Révolution historiquement nécessaire. Dirigée par le Parti communiste russe, elle a renversé et détruit le pouvoir des classes dominantes; pendant les longues années de révolution et de guerre civile elle a fermement contré la pression de la réaction russe et internationale. En dépit des lourdes pertes sans précédent qu’a subi la classe ouvrière, la révolution d’Octobre reste un événement héroïque et décisif  dans l’histoire de la lutte du prolétariat russe, et a fourni au prolétariat international une expérience d’une valeur inestimable dans sa lutte contre le capital. Après la Révolution d’Octobre les obstacles sur la voie du développement économique furent levés, il n’y a plus l’oppression par les propriétaires, le parasitisme de la bureaucratie tsariste ni la bourgeoisie qui s’appuyait sur les groupes capitalistes européens réactionnaires. Après la victoire de la révolution et la guerre civile, de larges perspectives se sont présentées à la Russie, de transformation rapide en un capitalisme progressiste. Là est incontestablement la réalisation énorme de la révolution d’Octobre.

Mais qu’est-ce qui a changé pour ce qui est de la position de la classe ouvrière ? La classe ouvrière en Russie est désorganisée ; la confusion règne dans les esprits des travailleurs ; sont-ils dans un pays de dictature du prolétariat comme le parti communiste le répète à satiété verbalement et dans la presse ? Ou sont-ils dans un pays où règnent l’arbitraire et l’exploitation, comme la vie le leur dit à chaque instant ? La classe ouvrière mène une existence misérable à une époque où la nouvelle bourgeoisie (c’est-à-dire les fonctionnaires responsables, les directeurs d’usines, les hommes de confiance, les présidents des comités exécutifs, etc.) et les hommes de la N.E.P. vivent dans le luxe et nous rappellent à la mémoire le tableau de la vie de la bourgeoisie de tout temps. De longues et difficiles années à venir resteront une lutte pour l’existence. Mais surtout, la plus grande clarté et la plus grande organisation sont nécessaire pour organiser le prolétariat qui souffre. Cette clarté à introduire dans les rangs de la classe ouvrière de Russie, cette aide tous azimuts à l’organisation des pouvoirs révolutionnaires du prolétariat en lutte, voilà notre tâche…

L’économie internationale et le rapport des forces de classe

Pendant la guerre, les relations économiques entre les pays ont été interrompues. (…) Mais le prolétariat n’était pas encore prêt à organiser la société selon des principes nouveaux. Vint avec toujours plus de force l ‘«intelligentsia» des techniciens et planificateurs, pour diriger l’organisation de production. Par ses méthodes de travail et son idéologie, cette «intelligentsia» est de plus en plus bourgeoise, et ne peut que créer une économie capitaliste. La nouvelle bourgeoisie provient des spécialistes de l’ancienne bourgeoisie et de l’intelligentsia qui vient de l’intérieur avec une force croissante. Le capital a organisé ses forces et se prépare à attaquer les conquêtes de la classe ouvrière. Le prolétariat est face à la tâche urgente d’unir ses forces.

Le Parti communiste russe et la classe ouvrière

Le Parti communiste, qui pendant les années de révolution était une partie de la classe ouvrière, est devenu le parti au pouvoir, le parti des organisateurs, des directeurs de l’appareil gouvernemental, la vie économique mise sur les rails capitalistes et la classe ouvrière laissée en manque d’organisation. Le parti a de plus en plus perdu son lien avec le prolétariat. Les bureaucraties des soviets, du parti et des syndicats se retrouvent avec des conditions d’existence matérielles qui tranchent avec celles de la classe ouvrière. Leurs positions, leurs conforts, dépendent du niveau d’exploitation des masses laborieuses qui leur sont subordonnées. Cette contradiction d’intérêt rend inévitable la rupture entre le Parti communiste et la classe ouvrière.

Le parti communiste russe est devenu le parti de l’intelligentsia organisatrice (planificatrice). L’abîme entre le Parti communiste et la classe ouvrière ne cesse de s’approfondir et l’on ne peut passer ce fait sous silence à coup de résolutions de congrès et de conférences.

L’économie et les rapports de classe en Russie

Dans le domaine de la grande industrie, qui était en liens étroits avec l’occident industriel, la perturbation des relations internationales s’est avérée douloureuse. L’organisation économique du pays a été détruite. Le développement de la grande industrie a été entravé par une base matérielle réduite, par un retard technique par rapport à l’industrie occidentale (coûts de production élevés) et par le faible pouvoir d’achat d’une population essentiellement paysanne ayant subi les même effets désatreux de la guerre.

La N.E.P. a rétabli des relations capitalistes avec une différenciation économique au sein de la paysannerie qui, renforcée par la famine de 1920-21, a fait croître la couche sociale des koulaks dans les villages russes. Le caractère de petite échelle inorganisée de l’agriculture, avec l’interruption des moyens de communication,donne au capital commercial un rôle prédominant dans l’avenir immédiat. Dans le même temps l’État est de plus en plus le représentant des intérêts nationaux du capital et le simple appareil de direction de l’administration politique et de la réglementation économique par l’Intelligentsia. Le prolétariat, dispersé par la destruction de l’industrie, affaibli par la perte de ses éléments les plus actifs ayant succombé à l’attrait de la bourgeoisie et en raison de sa confusion idéologique, est incapable de jouer un rôle influent sur les défauts de son propre parti et les organisations prolétariennes.

Le mouvement syndical en Russie

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La nécessité d’un parti ouvrier

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Les tâches d’un parti ouvrier russe

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Les relations avec les partis socialistes

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Les relations avec l’Opposition ouvrière

Le groupe de l’ « Opposition ouvrière » avait une grande valeur car il avait des éléments révolutionnaires (…)

(…) Nous devons faire face à un travail de longue haleine et avant tout idéologique. Partout, dans les usines et les fabriques, dans les organisations syndicales, les universités ouvrières, les écoles des soviets et du parti, l’Union Communiste de la jeunesse et les organisations du parti, doivent être créés des cercles de propagande solidaires de la Vérité Ouvrière.


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