1923-07 Ce qui se prépare en Allemagne [Thalheimer]

Paru dans l’Humanité du19 juillet 1923.

12 juillet. – «  Nous dansons sur un volcan et nous sommes à la  veille d’une révolution si nous ne concilions pas les contraires ». C’est M.  Stresemann, chef du parti populiste allemand, qui a prononcé ‘ces paroles, il  a quelques jours, dans un discours au Comité central de son parti.

Chacun sent en Allemagne que nous  sommes à la veille d’une bataille décisive entre la bourgeoisie et le prolétariat. Chaucun sait que les chefs du mouvement fasciste en Allemagne s’arment contre la classe ouvrière et préparent la guerre civile. Chacun sait que ces chefs sont Hitler et Ludendorff, que de nombreux officiers de la Reichswehr sont en rapport étroit avec eux et qu’ensemble ils préparent leur coup.

Les plans des diverses tendances fascistes et le terme qu’ils ont choisi pour livrer la bataille, ont souvent changé. Mais Les innombrables nouvelles qui arrivent de tous les côtés nous prouvent que le moment de la lutte approche. Les lignes directrices de leur attitude sont également claires. Ils basent Leur action sur la défaite certaine et prochaine de la bourgeoisie allemande en lutte contre Poincaré et les autres brigands impérialistes. Ils exploitent l’attitude lâche du gouvernement Cuno, l’impuissance des partis bourgeois et de la social-démocratie dans la défense nationale. Ils s’appuient sur le dépit de la petite bourgeoisie et des intellectuels affamés, qui dans la première phase de la Révolution ont sympathisé avec la social-démocratie et le socialisme et qui maintenant sont profondément déçus. Ils exploitent le désespoir de larges masses ouvrières que les trahisons successives de la social-démocratie ont rendu indifférentes.

Dans quel but exploitent-ils tout cela ?  Pour ouvrir, sous le manteau de la fense nationale et de la lutte contre l’invasion de la Ruhr et contre le traité de Versailles, la guerre contre la classe ouvrière et proclamer la dictature fasciste.

Cette dictature doit servir à introduire et réaliser le programme des gros industriels: destruction des organisations ouvrières, exploitation capitaliste poussée à ses dernières limites, journée de travail de dix heures et remises de toutes les entreprises de l’Etat au capital privé.

Peut-être la proclamation de République rhénane quemalgré tous les  démentis ! –  les instruments stipendiés  de Poincaré-la-Ruhr préparent fiévreusement déclanchera-t-elle le mouvement ? Peut-être sera-ce un autre événement.

Personne maintenant ne peut plus s’illusionner sur le sérieux de la situation. Les fascistes en eux-mêmes sont insignifiants. Mais ils s’appuient sur le concours militaire de la Reichswehr. Toutes les couches de la bourgeoisie sont prêtes à se courber devant eux, car la bourgeoisie sait que lorsque la lutte  éclatera il faudra choisir entre la dictature fasciste et la dictature prolétarienne. Le fascisme ne craint pas la social-démocratie en tant que parti. Elle est incapable de lutter. Ses chefs déserteront la lutte ou se soumettront.

La seule et véritable force qui peut se mesurer avec le fascisme et dans la lutte se mettra à la tête des masses prolétariennes, c’est le. parti communiste.

Notre parti a besoin de toutes les forces pour rendre la classe ouvrière capable de lutter et de vaincre. Ces dernières semaines il a conquis la sympathie  et la confiance de nombreux ouvriers, il a vu venir lui de nombreux membres et sa presse a recrute de nouveaux lecteurs. Le parti, unanime, a la volonté de lutter infatigablement et avec la dernièré énergie contre le coup d’Etat fasciste. Il déploie maintenant une large propagande pour préparer organiquement et spirituellement les ouvriers, employés et fonctionnaires à la lutte contre le fascisme, pour neutraliser ou pour attirer à lui la petite bourgeoisie.

La lutte sera inexorable. Elle décidera du sort du mouvement ouvrier européen tout entier.

Les résultats de cette lutte auront aussi une grande importance pour la classe  ouvrière française.

La classe ouvrière française peut faciliter la lutte de la classe ouvrière allemande en redoublant d’énergie dans la lutte contre les visées impérialistes du  Comité des Forges, en intensifiant la propagande dans l’armée d’occupation et parmi la classe paysanne.

Le parti communiste d’Allemagne vient de lancer un appel au parti. La lutte trouvera tous les membres du parti à leur poste.

Auguste TALHEIMER.


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