1928-07 Lettre de la Fraction de gauche à Contre le courant

Paru dans Contre le courant N°13 (5 août 1928), texte saisi par nos soins.

A propos de la lettre ouverte de l’Opposition communiste

Réponse de la Fraction de Gauche

Nous publions ci-dessous la réponse de nos camarades de la Fraction de gauche à notre Lettre aux communistes d’Opposition. Cette réponse n’est parvenue entre nos mains que le 20 juillet.

Au groupe « L’Opposition communiste »

Chers camarades,

Nous avons bien reçu votre lettre du 2 courant. nous sommes d’accord sur la perspective d’une politique très agressive de la bourgeoisie, alors que la grave crise de l’Internationale et des partis communistes représente un formidable obstacle au développement de la lutte du prolétariat révolutionnaire.

A l’avis de notre fraction de gauche, le devoir des communistes, c’est bien de tirer de toutes les expériences prolétariennes, et surtout des plus récentes, les leçons qu’elles comportent; c’est de former la condition indispensable afin que le processus de dégénérescence de l’Internationale, processus qui s’accompagnera de catastrophes, de luttes extrêmement aiguës dans le monde entier, et dans la Russie elle-même, se résolve dans une réelle régénération du marxisme révolutionnaire de gauche, pour remettre l’avant-garde prolétarienne à la tête des combats décisifs.

Une telle condition se prépare, se développe, se perfectionne au cours de la lutte révolutionnaire, par notre intervention, par une attitude politique très claire, qui s’efforce de soulever les prolétaires communistes et les masses à la vision d’une directive d’action qui perce les ténèbres actuelles du découragement, de la désillusion, du désorientement produits par les erreurs des partis communistes, et s’affirme toujours plus nettement, pour devenir puissante le jour où les conflits définitifs qui ressortent de la crise mortelle du capitalisme, pousseront la classe ouvrière dans la voie des combats; peut-être aussi qu’il y aura de nouvelles défaites, qui, pour se conclure dans la victoire communiste, exigeront le triomphe contre le nouvel opportunisme qui a désormais gagné l’organisation de l’Internationale communiste.

Pas mal de groupes d’opposition croient devoir se borner au rôle d’un cénacle qui enregistre les progrès du cours dégénérateur et ne présente au prolétariat que l’étalage des vérités qu’on présume avoir dites. Eh bien, nous nous pensons que nous aurons le lendemain que nous saurons préparer.

Mais le plus important, c’est d’établir par quel moyen on peut établir la directive de l’action communiste. nous pensons que la crise de l’Internationale dépend de causes très profondes, de sa fondation apparemment uniforme mais substantiellement hétérogène, de l’absence d’une politique ferme et d’une tactique communiste, ce dont il est ressorti une altération des principes marxistes qui a conduit à une série de désastres révolutionnaires. La crise du parti russe, la lutte fractionnelle en Russie qui dure depuis 23 sont la conséquence des causes susdites, tandis que la véritable raison de l’échec provisoire du groupe de gauche, dirigé par Trotsky, réside surtout dans le fait que les autres partis, et nombre de groupes d’opposition, sont restés aux côtés de la crise et des événements, et ont cru pouvoir remplir leur tâche par des déclamations contre le stalinisme. Il est inconcevable que tous les événements que nous avons vécu puissent se renfermer dans l’anti-stalinisme, et il est tout à fait sûr que cette base – l’anti-stalinisme – ne fournit aucune garantie pour la régénération du mouvement révolutionnaire.

Les oppositions qui se sont promenées dans l’autobus Zinovief, celles qui restent encore, sont la forme et l’expression de la réaction inorganisée du prolétariat contre l’opportunisme. Mais les prolétaires réagissent, se révoltent et reflètent les contrastes qui se produisent entre une politique fausse et les nécessités de la lutte de la classe ouvrière. C’est aux groupes qui encadrent ces prolétaires, de fournir une réponse adéquate autre que celle de l’antistalinisme, une réponse qui arrive à fixer les résultats réels.

En dehors de l’opposition russe, seule notre fraction a élaboré une plate-forme qui est due au camarade Bordiga. Nous pensons que les autres oppisitions doivent en faire autant, qu’elles doivent rechercher la raison de leur naissance en rédigeant la solution particulière, la plus complète possible, qu’elles donnent à tous les graves événements qui se sont produits.

Il y a beaucoup d’oppositions. C’est un mal; mais il n’y a pas d’autre remède que la confrontation de leurs idéologies respectives, la polémique pour aboutir après à ce que vous allez nous proposer.

Si l’on met la charrue avant les boeufs, on enfreint et dévie l’effort intérieur que les groupes d’opposition doivent faire, on en reproduit la confusion dont les résultats ont été si lamentables. S’il existe plusieurs oppositions, c’est qu’il y a plusieurs idéologies qui doivent se manifester dans leur substance et non pas se rencontrer dans une simple discussion, dans un organe commun. Notre mot d’ordre, c’est d’aller en profondeur dans notre effort sans nous laisser guider par la suggestion d’un résultat qui serait en réalité un nouvel insuccès.

Nous pensons qu’il est indispensable de se connaître réellement avant d’en arriver à affirmer si tel ou tel groupe fait une véritable critique de gauche.

Des plate-formes d’abord, et pas de semblables à celles présentées par le groupe Treint-Girault il y a quelques mois! La nôtre, vous le savez, a été présentée au Congrès de Lille du Parti français. Nous allons rééditer en français les articles les plus importants du camarade Bordiga, et nous avons déjà décidé d’éditer quelques numéros de notre journal, en français, afin que les camarades puissent être bien informés sur nos pensées. Enfin, comme vous le savez, nous avons donné une solution très précise en constituant la fraction de gauche. Nous pensons que si l’Internationale, après avoir officiellement altéré ses programmes, a manqué à son rôle de guide de la Révolution mondiale, il n’en reste pas moins vrai que les partis communistes – étant donné la nature de la situation que nous vivons – sont les organes où l’on doit travailler pour combattre contre l’opportunisme, et – ce n’est pas du tout exclu – pour en faire le guide de la Révolution.

Notre camarade Bordiga soulignait une fois l’activité de Lénine, lequel après avoir dit en 1914 que la II° Internationale était morte, a attendu jusqu’en 1919 pour lancer le mot d’ordre de la constitution des partis communistes. Il se peut que les opportunistes nous excluront tous; nous sommes convaincus que les situations imposeront aux dirigeants de nous réintégrer, en tant que fraction organisée, à moins que les situations ne doivent voir l’éclipse totale des partis communistes. Dans ce cas aussi, que nous jugeons fort improbable, nous nous trouverons également dans la possibilité d’accomplir notre devoir communiste.

Voilà les raisons pour lesquelles nous devons refuser votre invitation tout en nous réservant d’étudier votre plate-forme pour formuler notre avis. Il est naturel que nous vous saurions gré de connaître votre avis et vos critiques éventuelles sur notre plate-forme.

Recevez, chers camarades, nos saluatations fraternelles.

Paris, le 8-7-28.

Pour le Bureau politique

VERCESI.

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