1929-11 Ceux qui restent au secret dans les geôles de Staline : Les communistes ouvriers de Russie

Paru dans l’Ouvrier communiste N°4/5.

Chers camarades,

Vous irez éventuellement voyager en Sibérie. Nous demandons à ceux d’entre vous qui irons là-bas, de se mettra à la recherche des communistes de gauche (groupes ouvriers communistes) qui y dépérissent dans les prisons, et en particulier des camarades Gabriel Miasnikov (à Tomsk), Nicolas Kouznetsov (à Barnaul) et Porestatov (à Semipalatinsk), de tenir avec eux un entretien personnel et détaillé, et de nous rendre compte aussitôt de votre avis et de votre impression sur leur situation et celle de leur famille.
En plus de cela, nous vous demandons de contrôler, en Russie, les faits suivants :
1) Le 27 décembre 1924, une partie du  » Groupe ouvrier-communiste  » de Moscou, mis en arrestation, a été expédié par train spécial à environ 3 heures du matin vers les forêts du nord de la Russie (district de Tcherdynsk) sous une très forte escorte du Guépéou. Que sont devenus ces camarades ? Exigez de la centrale du Guépéou une liste minutieuse et nominale, ainsi que les raisons de cette brutale arrestation en masse.
2) Un tract illégal du  » Groupe ouvrier-communiste  » de Moscou, en date du 8 décembre 1924 rendait compte du fait que les onze membres arrêtés du Groupe Ouvrier de Perm (Oural), avaient commencé la grève de la faim pour réclamer l’ouverture d’une procédure publique. Exigez le motif de leur arrestation et recherchez ce qu’ils sont devenus. Depuis cette nouvelle un silence complet règne à leur sujet.
3) Nous vous prions encore d’insister auprès de la centrale du Guépéou de Moscou, pour connaître sans réticence le sort des autres membres arrêtés du groupe ouvrier. Parmi eux citons : Alexandre Medvediev (Electrotrust de Moscou), Kotchov, Tiounov, Ilin, Sforvin, Moïséiev, Michaelov, Bersina, Demidov, Polosov, Mairosov, Baranov. Les camarades Demidov et Bersina bien que membres du soviet de Moscou ont été jeté en prison sans jugement. De même Medvediev contre qui on n’a pu trouver aucun élément authentique d’accusation, est tenu emprisonné, malgré une tuberculose grave et sept jours de grève de la faim.
4) Nicolas Kouznetsov est en prison, en Sibérie (à Barnaul), depuis janvier 1924. Depuis ce moment, il a soutenu, autant que la nouvelle nous est parvenue, trois grandes grèves de la faim, dont l’une de treize et l’autre de quinze jours. Si le camarade Kouznetsov a recouru à cette arme terrible de la faim, nous devons en conclure que de son cachot, sous l’impitoyable étouffement, il a voulu lancer au dehors dans le monde une brûlants protestation. Qu’est-il advenu maintenant de ce communiste honnête et éprouvé ?
5) À Oulianovsk (Simbirsk), dix-sept membres de l’opposition ouvrière ont été arrêtés et condamnés ; Barinov et Kozlov à l’internement à Tobolsk (Sibérie), les autres au bannissement dans diverses localités éloignées. Le communiste-ouvrier Kapoustine, qui pendant les émeutes ouvrières du district du Don, en 1924, fut – comme ils disent – placé à la disposition du Parti, a été, de nouveau, arrêté comme opposant de gauche. Tchéliabinsk est entre toutes les localités comme le point de concentration des prisonniers et des condamnés de l’opposition communiste. Allez donc y voir, camarades !
6) Dans la presse étrangère, il a été signalé, qu’à Nikolaïev sur la Mer Noire, le président des conseils ukrainiens, Petrovski, a remis en liberté vingt-six des quarante-six membres détenus du  » Groupe ouvrier-communiste « . Cette information est-elle exacte ? Que fait-on des vingt autres militants emprisonnés ?
7) Il est signalé, en outre, dans la presse étrangère, que quatre camarades du Groupe Ouvrier dans le gouvernement d’Oural et quatre autres à Bakou, ont été exécutés pour en être venus aux mains avec ceux qui les brutalisaient. La raison de leur arrestation était qu’on leur reprochait d’être les instigateurs de grands mouvements de mécontentement et de grèves chez les ouvriers.
8) Dans une brochure illégale éditée à Ekaterinoslav par l’opposition des communistes-ouvriers, le 17 février courant (1927), est relatée la brutalité bestiale du Guépéou d’Ekaterinoslav (Sverdlovsk) qu’on avait lancé contre Nilov. Ce dernier, porte-parole du Groupe Ouvrier local, était soupçonné d’avoir participé à l’activité d’un comité d’action illégal, organisateur de plusieurs grèves dans le district. Après sa livraison au Guépéou on a exigé de Nilov, qui actuellement, se trouve enfermé en cellule à l’hôpital de la prison, qu’il avoue les faits dont il était inculpé. Devant son refus décidé de répondre aux questions posées, l’Inspecteur ordonna de le déshabiller à nu et de lui appliquer vingt coups de fouet. Ce traitement bestial fut exécuté par des Baschkirs (Mongols) appartenant à l’année rouge. Après cet horrible traitement, le blessé, qu’il fallait porter par les épaules, fut reconduit à l’inspecteur. Mais la torture n’avait pu briser son silence. Rendu enragé par ce nouveau refus, l’inspecteur lui fait sauter un oeil avec le canon d’un fusil et on reconduit Nilov à sa cellule la face inondée de sang. Là on lui donne pour la première fois quelques soins au bout de deux jours. La brochure réclame que l’on arrête immédiatement cet Inspecteur et qu’on défère aux tribunaux toute la direction du Guépéou de Sverdlovsk.
9) En ce qui concerne le camarade G. Miasnikov, le bruit a couru parmi les travailleurs étrangers et dans la presse étrangère, qu’il aurait été exécuté par le Guépéou de Tomsk, ce qui a provoqué dans la classe ouvrière ouest-européenne un sursaut de révolte contre l’application de la terreur aux prolétaires gauchistes de Russie.
Chers camarades, nous vous prions de ne pas traiter la demande que nous vous adressons fraternellement, avec la légèreté démagogique habituelle – mais de contrôler honnêtement les faits relatés, comme des frères de classe de ces communistes-ouvriers russes opprimés ; de reconnaître l’injustice qu’on commet à leur endroit ; de lutter en prolétaires et en militants pour la libération des camarades emprisonnés ; de faire front contre les représailles encore plus sauvages menaçant les communistes de gauche.
Par cette action, camarades, vous gagnerez le droit à la confiance et à la sympathie de la classe ouvrière mondiale, et vous aurez fait un pas en avant vers l’unité révolutionnaire.

La Fédération Internationale communiste de gauche :
Pour le groupe allemand : Lauterbach, E Guillich.
Pour le groupe français : Y. Dupont.
Pour le groupe anglais et écossais : Guy Aldred.
Pour la groupe russe : Ivan Karpelansky, Kruchenko.
Pour le groupa tchécoslovaque : Svelik, Anton, Johann.
Pour le groupe oriental : Ali Akbar (Indes), Yamada (Japon)
Pour le groupe polonais : W. Mousnouski.


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