1932-01 Front unique et leadership communiste [Thalheimer]

Source: Brochure du groupe Arbeiterpolitik: « Faschismus in Deutschland. Analysen und Berichte der KPD-Opposition 1928-1933 ». (1981). Traduit par l’équipe de la BS pour MIA en 2004.

Front unique et leadership communiste

August Thalheimer

Bon objectif , mauvaise méthode

8 janvier 1932


Plus le danger fasciste s’avère brûlant, plus les attaques patronales contre le pouvoir d’achat des ouvriers deviennent brutales, plus il devient clair que l’espoir nourri par le SPD sur les prétendus alliés bourgeois contre le fascisme est une tromperie, plus l’appel à la réalisation d’un front de classe prolétarien contre le fascisme monte en puissance. Les principaux obstacles à sa réalisation sont toutefois les bureaucraties du SPD et du KPD. Celle du SPD, parce qu’elle sait que l’action des masses une fois enclenchée devrait faire sauter le cadre de la politique sociale-démocrate et parce qu’elle hait l’action révolutionnaire comme la peste. La bureaucratie du KPD pour d’autres raisons. Elle explique qu’un front unique contre le fascisme n’est possible que sous direction communiste. Et par conséquent, le front unique ne signifie que le regroupement des travailleurs qui sont aujourd’hui prêts à se placer sous la direction du KPD. C’est ce qui est mis en avant sous le nom de « front unique rouge » (Roten Einheitsfront). Les faits démontrent que de cette manière le KPD n’est vraiment pas à même de rassembler les ouvriers qui sont prêts à combattre contre le fascisme. Il ne construit rien au-delà d’un front du parti communiste incluant sa périphérie de sympathisants. En revanche, le SPD développe son propre front, le « front de fer » (Eiserne Front). La scission au sein de la classe ouvrière perdure; le front de classe prolétarien ne se réalise pas. Sa réalisation est toutefois à ce point urgente que de plus en plus de travailleurs commencent à réaliser un large front de classe prolétarien à la base, malgré les instances du KPD ou du SPD, luttant sainement à niveau local au sein des organisations prolétariennes existantes dans la lutte contre le fascisme. Non seulement les instances du SPD, avec toutes sortes de manœuvres pourries, mais aussi celles du KPD avec des raisons d’apparence révolutionnaire, leur font obstacle, afin d’ empêcher que ce mouvement sain ne se développe plus encore à la base. Ce que font les travailleurs, et de plus en plus aussi des membres et cadres subalternes du KPD, devient du « brandlérisme » et de « l’opportunisme » ainsi désigné pour les en dissuader. Par conséquent, il est nécessaire de montrer l’erreur des instances du KPD, une erreur fondamentale qui se trouve être en opposition avec une tactique véritablement communiste.L’erreur consiste à ce qu’on fournit une mauvaise méthode pour un objectif correct, une méthode qui ne mène pas aux objectifs, mais les fait manquer. Quel est cet objectif correct ? C’est la conduite de la majorité, de la masse de la classe ouvrière, par le parti communiste, ce qui revient à réduire l’influence réformiste dans la classe ouvrière. Sans leaders communistes, sans la destruction de l’influence réformiste pas de victoire de la classe ouvrière, pas de défaite définitive du fascisme, pas d’issue socialiste à la crise économique.

Mais comment le parti communiste peut-il conquérir ce leadership ? C’est la question à laquelle les instances du KPD répondent de manière catastrophiquement fausse. D’une façon qui n’est pas nouvelle. Les Ruth Fischer et Maslow croient qu’il suffit de clamer jour après jours : « Le KPD est le seul parti ouvrier« . Mais cela ne suffit pas. C’est enfantin de procéder ainsi. Le KPD ne gagnera le leadership que lorsqu’il fera vraiment ses preuves dans la lutte quotidienne des travailleurs en tant que direction, c’est-à-dire qu’il représentera aussi courageusement qu’intelligemment leur intérêt de classe. C’est ce qu’a tout simplement dit la « lettre ouverte », avec laquelle l’Exécutif du KPD a terminé le cours ultra-gauche des Maslow et Ruth Fisher et sa faillite.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les instances du KPD expliquent : ralliez-vous au leadership communiste, vous êtes les bienvenus dans le « front unique rouge ». En réalité le « leadership » n’est toujours pas atteint puisqu’il ne vise qu’à associer les communistes à leurs sympathisants. Le leadership qui ne s’étend qu’à la périphérie des communistes n’est rien ! Le leadership communiste doit viser la masse de la classe ouvrière.

C’est ainsi qu’on n’a pas de vraies actions de masse conduites par les communistes, mais des actions de parti faibles, artificielles, dont l’impuissance se mesure à la croissance continuelle de l’ennemi de classe, du fascisme.

Ceux qui ne veulent mener la lutte contre le fascisme que lorsque la majorité des travailleurs sera communiste ou préalablement sous le leadership communiste, ne prendront pas seulement du retard : l’objectif avec une telle méthode ne sera jamais atteint.

Si la majorité des travailleurs était d’ors et déjà prête à suivre le drapeau communiste, il n’y aurait plus besoin de « front unique » – qu’il soit « rouge » ou d’une autre couleur.

S’il faut un front unique c’est parce que le KPD n’influence qu’une minorité de la classe ouvrière, et qu’il faut nécessairement lutter contre le fascisme par de grandes masses des travailleurs qui, si elles y sont prêtes, restent liées au réformisme, tant au niveau de l’organisation qu’à celui des idées.

Mais comment se réalise le leadership communiste ? Il ne peut pas se faire au début, mais à la fin. Il se réalisera si les actions de masses sont effectivement mises en route, et que dans ces actions les communistes y font leurs preuves en tant que véritables chefs sincères, décidés et expérimentés. Bref : la confiance visant le leadership communiste n’est pas acquise, en le sollicitant, mais en le gagnant dans l’action. La confiance dans le leadership communiste ne peut pas être une condition préalable à l’action de masse – car dans ce cas il n’y aura pas d’action de masse – elle l’accompagne, en est une conséquence (si le parti communiste sait la mener correctement).

Si le « front unique rouge » signifie un front unique sous conduite communiste, il ne se réalisera qu’avec la méthode défendue depuis un an par l’opposition communiste. Avec la méthode que les instances du KPD ont utilisé jusqu’ici et qu’ils défendent maintenant contre leurs meilleurs militants avec des raisons d’apparence communistes, il n’en sortira aucun front unique, pas seulement un « front unique rouge », mais seulement une orientation trompeuse.

Pour conclure, si les membres du parti communistes ne s’engagent pas totalement, et ne rejettent pas l’absurdité qui leur est servie, alors le résultat ne peut être que la défaite du KPD et du mouvement ouvrier allemand.

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