1934-05 Notre position exacte pour le Congrès de Toulouse [Zyromski]

Nous avons pu réaliser un accord auquel j’ai personnellement collaboré, et qui a abouti à la rédaction d’une motion qui est soumise aux votes des  Sections de la Fédération de la Seine.

Cette motion réunit les signatures de camarades écrivant soit dans la Bataille Socialiste, soit dans le Combat Marxiste, soit dans les cahiers de Révolution Constructive ; elle a également l’adhésion de vieux militants aimés et respectés ; elle est une motion de véritable synthèse volutionnaire.

Elle repose sur cette conclusion  fondamentale que la crise de l’économie capitaliste n’est pas une crise cyclique normale, mais une crise terminale.

Nous sommes entrés dans la période finale du système de production capitaliste, période dont la durée ne peut être chiffrée, mais période au cours laquelle le capitalisme, afin de prolonger son existence, se coulera de plus en plus dans le moule du fascisme. C’est cette crise du régime capitaliste qui détermine une  accentuation croissante des tendances  dictatoriales et fascistes du capitalisme. Au cours de cette période,  nous assisterons au rétrécissement et à la mutilation progressive de la démocratie. Cette dégradation de la démocratie a pour conséquence la diminution de sa force propulsive et animatrice. Ainsi elle ne pourra plus  être cet instrument perfectible aux  mains du prolétariat pour marcher au socialisme.

C’est sans doute regrettable, mais c’est ainsi. C‘est encore une fois une conséquence l’évolution fasciste  du capitalisme, et cela n’implique nullement une hostilité de notre part vis-à-vis de la démocratie, au contraire. Mais cela rend nécessairement urgente une restauration des méthodes révolutionnaires. Et ici il faut dissiper des équivoques tenaces.

Par méthodes révolutionnaires, nous n’entendons pas faire revivre les pratiques désuètes du blanquisme et  du carbonarisme; par méthodes révolutionnaires nous entendons l’appel et la mise en mouvement de cette puissance qui sort directement de la classe ouvrière et qui découle de sa force de masse et de sa capacité de  production.

Nous sommes les adversaires irréductibles de tout « putschisme », de ces émeutes sporadiques sans sonance réelle. Nous voulons la préparation et le déclenchement  de ces actions de masses qui correspondent à la volonté ardente et consciente du prolétariat.-

Parce que nous savons que cette  action exige une préparation matérielle, morale, psychologique, nous  voulons que toute la propagande soit orientée dans ce sens.

Cette restauration des méthodes révolutionnaires, la mise en relief de cette arme décisive de la lutte prolétarienne: la grève générale, voilà une des conceptions essentielles de notre motion.

Cette orientation de la stratégie du mouvement ouvrier nous amène à concevoir une adaptation de la structure du Parti à ces nécessités. Adaptation ne signifie pas militarisation, bolchevisation, mais meilleur engrenage des rouages et la plus grande rapidité d’exécution.

Quant au « plan « , il importe   encore de préciser. Je ne crois pas verser dans un utopisme pré-marxiste par ce que je lui accorde à la fois une valeur comme instrument de propagande et de rassemblement des masses et aussi comme programme d’action immédiate du Parti au pouvoir.

Les progrès mêmes du capitalisme nous permettent de voir plus clairement et plus nettement les ligne s nérales d’une socialisation progressive de l’économie.

Je ne crois pas à une socialisation  immédiate, totale, simultanée de l’économie. Une pareille notion me  semble même tout à fait contraire  à notre doctrine socialiste.

Il est bien entendu que nous n’entendons nullement arrêter arbitrairement le mouvement de socialisation. Notre objectif reste le socialisme, mais il y a des étapes à parcourir. sur ce plan de l’économie. Est-ce du « réformisme » ?

Je ne le pense pas encore. C’est une application rigoureuse de la thode marxiste qui se base sur les degrés variables de concentration capitaliste.

N’ironisons pas trop facilement à propos du plan ; les calembours sont toujours faciles à imaginer. Le problème est plus sérieux et il rite d’être traité autrement.

Conquête du pouvoir nécessaire et préalable pour une socialisation de l’économie par la constitution de points d’appui, de bases, de « têtes de pont » sur la zone même du capitalisme, telle est notre., conception  et en la défendant, nous ne pensons  avoir ni rien oublié, ni rien abdiqué.

. Jean ZYROMSKI.


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