1935-09 Intervention au congrès de la CGTU [Valière]

Un première mise en ligne sur MIA avait été faite par S.J. d’après « Notre ami Marcel Valière » / Henri Féraud & Henri Vidalenche (supplément au n°8 de l’Ecole émancipée, février 1975). Le texte ci-dessous est reproduit d’après le compte-rendu du Congrès publié sur Gallica, pp. 192-196.

VALIÈRE (Enseignement). Camarades, c’est au nom de. la Fédération Unitaire de l’Enseignement, cette petite secte rageuse et impuissante, si l’on en croit Frachon, que j’interviendrai ici. Vous savez que nous sommes « minorité  » dans la C.G.T.U. Aussi tenons-nous à faire entendre notre voix sur des questions importantes comme celles de l’unité et de la lutte contre la guerre, et’les sommations d’Hénaff étaient pour le moins superflues.

J’ai laissé à notre ami Margaillan le soin d’exposer cette tribune notre concerption de l’unité syndicale.

Notre déclaration sur la question de la guerre, que nous voulons très nette, sera aussi une réponse aux affirmations tendancieuses et même aux calomnies d’Hénaff est de Frachon.

C’est parce que nous nous sommes dressés .contre le pacte franco-russe et la déclaration de Staline que la direction confédérale nous présente aujourd’hui comme des contre-révolutionnaires.

Nous protestons énergiquement contre une accusation aussi calomnieuse et. nous nous croyons particulièrement qualifiés pour le faire, puisque notre organisation a toujours donné l’exemple de l’internationalisme prolétarien et du défaitisme révolutionnaire, et qu’elle est la seule qui, au cours des années 1914 à 1919, a osé, dans sa revue l’Ecole Emancipée, mener l’action énergique qui s’imposait contre la guerre, alors que Jouhaux et d’autres, qui prétendent aujourd’hui nous donner des leçons, se vautraient dans le chauvinisme le plus sanglant.

Et notre position sur cette question de la guerre est si solide qu’on n’a pas osé, même ici, nous attaquer sur ce terrain, c’est-à-dire sur le fond même de la question.

La majorité confédérale (qui est minorité dans notre fédération) n’a eu d’autre argument, lorsque nous nous sommes insurgés contre la déclaration de Staline, que celui de nous accuser de sortir du cadre syndicaliste pour faire de la politique.

La majorité confédérale aurait-elle lancé la même accusation, si notre direction fédérale et notre congrès d’Angers avaient approuvé, au lieu de condamner, la déclaration de Staline ? Une telle approbation aurait pourtant été aussi de la politique.

Mais si ça été de la politique, nous sommes fiers d’être restés dans la tradition révolutionnaire de notre vieille fédération et si j’avais besoin de justifier, notre attitude, je n’aurais qu’à rappeler qu’à tous nos congrès la question de la guerre a été posée et étudiée que de tous nos congrès sont sorties dés résolutions approuvant notre conception de la lutte contre toutes les guerres impérialistes qu’au lendemain de la déclaration de Staline, en marquant notre indignation et notre volonté de lutter contre, nous n’avons fait que respecter les décisions de nos congrès souverains et je dirai même mieux que nous conformer aux mots d’ordre antérieurs de la C.G.T.U., mots d’ordre que Monmousseau, parlant au nom de la C.G.T.U., faisait acclamer à notre congrès de Montpellier, au mois d’août 1934.

C’est lui qui, alors que nous manifestions, non pas notre méfiance vis-à-vis de l’U.R.S.S., mais devant la politique extérieure de ses gouvernants, a déclaré nettement et clairement devant ce congrès ceci:

L’U.R.S.S. a-t-elle conclu, ou va-t-elle conclure, ou peut-elle conclure une alliance militaire avec un Etat capitaliste ?

Je ne parle pas de la France, je pose la question en général et je la poserai en pitrttculier pour la France ensuite. Je réponds Non ! Mais ce n’est pas tout, il faut prouver. Ne me demandez pas des  textes par lesquels l’U.R.S.S. s’y refuse on ne signe pas des textes de non-alliance. L’U.R.S.S. ne peut pas signer et ne signera jamais des traités d’alliance militaire avec un Etat capitaliste. Pourquoi ? Parce que l’U.R.S.S. est le pays du socialisme.

La deuxième raison est-ce que l’U.R.S.S. peut signer une alliance militaire, et aux termes de l’alliance se joindre en cas de guerre ci un groupe impérialiste contre l’autre ? Elle ne le peut pas. Pourquoi ? Parce que l’U.R.S.S. veut la paix.

Enfin, le dernier argument si, ayant signé un pacte avec l’impérialisme français, nous qui ne pouvons pas et ne voulons pas détacher notre activité révolutionnaire de masse du destin du prolétariat révolutionnaire de ce pays, nous qui voulons défendre l’U.R.S.S. comme nos yeux (le sentiment n’a rien à faire ici), à quoi nous erztrafnerait une telle pnlitique ? Les camarades avaient raison en supposant la possibilité que nous adoptions, dans un cas ou dans l’autre, cette politique, nous aboutirions ci prendre position aux c6tés de notre impérialisme et à réaliser l’union sacrée. Mais, dites-moi, que mériteraient (je parle sérieusement) des militants qui auraient une telle pensée dans la cervelle, dans la période même oiz la guerre est proche de nous vous le savez tous qui viendraient faire dans le pays une propagande pour l’unité d’action et pour l’unité- syndicale avec la pensée que nous allons entraîner les masses derrière notre Etat impérialiste ? Je vous le dis ce serait cent fois pire que la trahison de 1914, parce qu’elle serait concertée. En effet, alors que nous sommes convaincus que dans la trahison des chefs il y a deux parts, l’une de capitulation, l’autre d’erreur idéologique, celle-là ne pourrait absolument pas être excusée pour nous. Je veux vous laisser libres d’émettre le jugement que vous voudrez contre les militants qui oseraient présenter l’unité comme une telle trahison, qui en effet piétinerait tout ce que nous avons dit et fait contre la guerre, mais aussi tout ce qu’a dit Lénine et tout ce qu’a dit et répété l’Internationale, mais aussi tout ce qu’a dit et répété Staline. Ce serait répudier tout l’enseignement de la lutte des classes, ci savoir que dans l’Etat capitaliste, quelle que soit la fornte du pouvoir bourgeois, la guerre est un acte contre la classe ouvrière, el participer ci la défense nationale, c’est trahir.

(Extrait du sténogramme du Congrès de la Fédération Unitaire de l’Enseignement de 1934, à Montpellier).

Je ne vous ai pas apporté ici notre interprétation de la déclaration de Monmousseau mais le sténogramme même de celle-ci. Voilà quelle était, en août 1934, c’est-à-dire il y a un an à, peine, la pensée officielle de notre centrale avec laquelle alors nous étions complètement d’accord.

Depuis, et subitement, changement complet de la C.G.T.U.

Laval et Staline signent un pacte d’assistance mutuelle.

Staline « comprend et approuve pleinement les mesures prises par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécu-
rité.

Et, pour préparer les esprits, Gitton, parlant au nom de la C.G. T.U., ne se déclarait-il pas partisan du « soutien inconditionné de l’U.R.S.S. ?

C’était donner ainsi un encouragement au gouvernement des décrets-lois de misère qui dépossèdent odieusement les masses laborieuses au
seul profit du budget de la guerre.

Eh bien, camarades, et nous avons le devoir de le déclarer nettement et publiquement, nous nous refusons catégoriquement à être les complices d’une telle politique.

Nous restons fidèles à notre attachement à la révolution d’octobre que notre Fédération fut la première à saluer dès sa naissance et à soutenir.

Nous restons fidèles au prolétariat et à la paysannerie russes.

Mais, pour nous, le soutien inconditionné de l’U.R.S.S. ne doit pas conduire à l’écrasement d’un autre prolétariat, en la circonstance le prolétariat allemand.

Nous restons persuadés que pour reprendre l’excellente formule de Monmousseau « dans l’état capitaliste, quelle que soit la forme du pouvoir bourgeois, la guerre est un acte contre la classe ouvrière, et participer à la défense nationale, c’est trahira.

Et pour nous, la moindre concession dans la lutte contre la guerre ne peut trouver justification et conduit. fatalement l’union sacrée qui se prépare sous le couvert du Front populaire.

Nous ne nous laissons pas illusionner par la formule du « Front populaire au pouvoir parce qu’actuellement le Front populaire, tel
qu’il nous est donné,

Avec les éléments qui le composent,

Avec les Daladier et Frot que l’on veut porter au pouvoir et qui restent les mêmes que ceux qui se dégonflèrent le 6 février,

Ne peut que nous amener à un gouvernement.de la bourgeoisie de gauche qui a montré si souvent son impuissance, et à un nouvel effondrement d’un bloc des gauches élargi.

Ce Front populaire-là ne peut que préparer l’avènement du fascisme des masses lorsque le gouvernement qu’il aura porté au pouvoir som-
brera dans l’impuissance et la faillite.

Certes, beaucoup d’entre nous militent dans le Front populaire. Ils y vont avec toute leur foi révolutionnaire et nous nous garderons de les condamner parce que partout où il y a des travailleurs, nous devons être. Mais non pour les duper, non pour entretenir leurs illusions ou même comme actuellement pour ressusciter la confiance qu’ils avaient perdue en les chefs radicaux. Mais pour dénoncer, au contraire, cette politique confusionniste et électorialiste.

Pour nous, la petite secte dont parlait dédaigneusement Frachon, le Front populaire que nous voulons,

Celui pour lequel nous luttons et que nous soutiendrons sans réserve,

C’est celui qui, se plaçant sur le terrain de la lutte de classe, entraînant les classes moyennes derrière la classe ouvrière seule classe réellement révolutionnaire, et non la classe ouvrière derrière les classes moyennes, saura, par la pratique de l’action directe en vue de la grève générale, lutter efficacement

Contre le fascisme

Contre les décrets-lois

Contre la guerre et l’union sacrée

Et pour la prise du pouvoir, pour un gouvernement ouvrier et paysan.

Le temps de parole m’étant limité, voici la résolution que nous déposons, résolution qui est présentée et défendue au Congrès de la C.G.T. et que nous vous demanderons d’adopter.

Résolution adoptée par les minoritaires des deux C.G.T.
le 23 septembre 1935

Au bout d’un an de vicissitudes, l’Unité syndicale désirée par les masses, étant sur le point de su réaliser, les camarades minoritaires de la C.G.T. et de la C.G.T.U:, réunfs ct l’occasion des Congrès confédéraux de 1935, af firment leur accord complet sur les points suivants Ils se réjouissent de cette unité syndicale indispensable pour que les masses ouvrières prennent con f iance en elles-mêmes et s’engagent sur le chemin de la victoire.

Ils feront tous leurs ef forts pour que soient levées les dernières difficultés qui subsisienf encore et que soit, enfin, menée l’action syndicale révolutionnaire, seule efffcace actuellement.

Ils ne doivent pas se. dissimuler, en effet, que l’Unifé qui se prépara se fera dans l’abandon de la lutte de-classes. La Direction de la C.G.T., qui ne fait pas un pas en avant et celle de la C.G.T.U. qui vient sur les posifions réformistes de la C.G.T. et ceci, en une période d’une gravité exceptionnelle pour l’avenir du prolétariaf scellant leur accord:

1° Pour adhérer à la politique de confusion du Front Populaire, tel qu’il est conçu actuellement ;

2° Pour préconiser un plan dit de rénovation économique dans le cadre de la société capitaliste, masquant ainsi au prolétariat la nécessité
de s’emparer du pouvoir pour réaliser la transformation sociale;

3° Pour soutenir la S.D.N. qui reste, comme par le passé, une caverne de brigands impérialistes.

4° Pour renoncer au droit de libre expression des tendances et de libre organisation.

Cette unité risque de consacrer la collaboration des classes et de préparer l’Union sacrée. Contre ce danger, les camarades minoritaires sont prêts à tendre toutes leurs énergies. Ils affirment indispensables à la vie d’un mouvement sain et fort:

L’indépendance organique du syndicalisme à l’égard des gouvernements et des partis politiques.

La liberté d’opinion, la liberté de tendance l’intérieur du syndicat, la démocratie syndicale.

Ils s’engagent à combattre en commun dans la C.G.T. reconstituée pour un syndicalisme de masse, ouvert à tous les travailleurs, sans distinction d’opinions politiques ou philosophiques, se plaçant sur le terrain de la lutte de classes et ceuvrant pour la libération du prolétariat, par la pratique de l’action directe, son moyen spécifique de lutte.

Ils invitent les syndicats à organiser les travailleurs occupés et en chômage, pour leur lutte efficace contre les bandes fascistes et en vue de la grève générale contre les décrets-lois; contre toute atteinte aux conditions de vie des classes laborieuses contre l’Union sacrée et le déclenchement de la guerre.

N. B. Les camarades partisans de cette résolution sont convoqués à la réunion qui aura lieu à la Bourse du Travail, 3, rue du Château-d’Eau, petite salle des Grèves, le mercredi 25, à 21 heures.

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