1936-05 Intervention au Congrès de la SFIO [Modiano]

René Modiano. La Seine a voté contre le rapport du Populaire. Une majorité de la Fédération de la Seine a voté la motion que je vous lirai tout à l’heure. Et je vous demande de considérer que la Fédération qui a ainsi prouvé qu’elle était mécontente du journal du Parti, tout en reconnaissant d’ailleurs, les efforts qui ont été faits pour le développer, est la Fédération de France où la vente au numéro est la plus développée. Mais je vous prie de croire, camarades, que ceux, qui, dans les sections, ont le plus protesté contre certaines déformations, se sont le plus dressés contre certaines imperfections, ce sont précisément les camarades qui, tous les dimanches matins, vont vendre le Populaire dans les rues, qui tous les dimanches matin soutiennent les efforts du Comité central de diffusion du Populaire, qui tous les dimanches matin sont en contact non seulement avec les militants du Parti, mais aussi avec la masse même de nos lecteurs, ceux qui coudoient la classe ouvrière, qui sont capables de recueillir les échos que provoque notre journal central, et aussi les critiques qu’il suscite. Quelles sont ces critiques ? Nous reprochons essentiellement au Populaire de ne pas être suffisamment le journal du Parti, le journal des militants et le journal des masses. Ces critiques, elles portent surtout, d’abord sur la ligne politique suivie par le Populaire. Et j’entends bien ici votre objection. Je vous entends d’ici, dire que la ligne politique, ce n’est pas l’affaire du Populaire, mais l’affaire du Parti ; et que si la ligne politique du Parti ne nous plaît pas, il ne tient qu’à nous de faire triompher nos conceptions dans les Congrès qui sont qualifiés pour cela. Ce n’est pas tout à fait ce qu’entend dire la Fédération de la Seine. Ce qu’elle a voulu dire, c’est simplement ceci : dans l’intervalle des Congrès,un journal quotidien du Parti socialiste est chargé de déterminer tous les jours l’orientation, l’interprétation socialiste des événements. Cela, un Congrès ne peut pas le faire. Cela, un Conseil national ne peut pas le faire. Cela, la C.A.P ne peut pas le faire, car l’actualité varie tous les jours. Et nous souffrons précisément, dans la diffusion de notre organe central, de ce que l’interprétation des événements n’est pas toujours rigoureusement conforme à la ligne déterminée par les Congrès, ou de ce qu’il y a des divergences d’interprétation. Je n’en veux pour preuve que la divergence sensible entre le ton des articles à notre camarade Paul Faure et le ton des articles de notre camarade Rosenfeld après le coup de poing d’Hitler, au mois de mars. Tandis que l’un disait que la lutte pour la paix était peut-être un jeu, mais un jeu auquel on n’avait pas le droit de perdre, les articles de l’autre donnaient un ton sensiblement différa Ce sont là des choses fâcheuses et auxquelles il conviendrait de remédier. De même, nous avons à apporter des critiques sur le ton même du journal. Il est bien entendu que ce ton doit être essentiellement socialiste et prolétarien. Et nous avons éprouvé une certaine émotion en lisant, par exemple, certain articles de notre camarade Bidoux,lorsqu’un jour il y eut une séance mémorable du Comité exécutif du Parti radical, lorsqu’un jour la voix militant de base du Parti radical se fit entendre au Comité exécutif par l’organe d’un jeune délégué de province qui sortit à M. Herriot ses quatre vérités.Ce délégué de province lui a fait entendre qu’il était paradoxal qu’un homme qui se dit radical, reste dans le cabinet Laval, alors que les trois quarts des députés de ce parti étaient contre ce cabinet ; ce jour-là nous avons eu quelque émotion en lisant le Populaire, de voir une véritable caricature du délégué en question et une apologie enthousiaste de M. Herriot. [Applaudissements]

Camarades, quel ton croyez-vous qu’il fallait donner au Populaire, au lendemain même des élections, dans le numéro qui devait annoncer la victoire que nous célébrons tous aujourd’hui ? C’était évidemment un ton de victoire, un ton de triomphe qu’il fallait donner. Avez-vous remarqué, camarades la manchette du Populaire au lendemain du premier tour des élections ? Cette manchette, c’est à peu près la même que celle qui paraissait dans Le matin, c’était simplement ceci : « La France a voté dans le calme ». [Quelques applaudissements]

Et j’en arrive maintenant à quelque chose qui est peut être plus important que le reste, au contenu même du Populaire.

D’abord le choix des informations. Nous serions heureux que le Populaire renonce à cette méthode paresseuse qui consiste à reproduire telles quelles les dépêches des agences bourgeoises, sans les faire précéder ou suivre du moindre commentaire socialiste. Nous voudrions, précisément, que cette prise de position soit faite tous les jours, au lieu que les militants du Parti ne soient informés en somme que par l’Agence Havas. Celle-ci est valable en particulier pour les informations internationales où l’Agence Havas triture tellement les « textes, déforme tellement les nouvelles.

Ceci est valable aussi dans un domaine qui paraîtra peut-être moins important, mais qui l’est : il y a souvent une interprétation socialiste des faits divers. Il y a une interprétation socialiste des suicides de chômeurs. Eh bien ! Souvent nous ne voyons que la dépêche d’agence ou le ragot de concierge tel que vous pouvez les trouver dans le Petit Parisien, journal spécialisé, ou dans n’importe quel autre journal de la presse bourgeoise.

J’en arrive, car je ne veux pas m’appesantir sur ces détails, j’en arrive à la question des pages spéciales. Eh bien ! nous voudrions que dans la période de lutte ouvrière intense qui se développe en ce moment et qui ne va faire que s’accentuer, nous voudrions que le Populaire ait une page syndicale qui soit véritablement digne de la classe ouvrière. Nous voudrions que la page syndicale du Populaire ne soit pas inférieure à celle de l’Humanité. C’est essentiel pour notre propagande dans les milieux ouvriers. Nous voudrions un compte rendu quotidien sur les questions syndicales. Nos voudrions une revue de la presse syndicale car les lecteurs ne savent pas ce qu’écrivent les militants syndicaux, s’ils ne le lisent pas eux-mêmes par ailleurs.

La page du cinéma, je ne sais pas si vous la lisez, camarades. Mais ce qu’on peut dire, c’est qu’une association nouvelle et intéressante comme « Ciné-Liberté » n’y a pratiquement aucune place. Ce qu’on peut dire c’est que bien souvent il n’y a pas d’interprétation, d’inspiration prolétarienne dans la critique des films. Ce que l’on peut dire c’est que les articles de notre camarade Charles Jouet, sur le cinéma, ne font pas ressortir le sens socialiste des nouvelles productions, et lirai même jusqu’à dire qu’ils sont rédigés de façon telle, que pour moi, tout au moins, ils restent souvent parfaitement incompréhensibles.

3 Réponses to “1936-05 Intervention au Congrès de la SFIO [Modiano]”

  1. Chronologie de la Gauche révolutionnaire (1935-1938) « La Bataille socialiste Says:

    […] 1936-05 Intervention au Congrès de la SFIO [Modiano] […]

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  2. alicia.lyb@noos.fr Says:

    Bonjour, j’aurais voulu savoir quelles étaient les sources (Le Populaire? Les archives de la SFIO?) pour ce document.
    En vous remerciant par avance,
    A. Leon.

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    • lucien Says:

      Effectivement dans le compte-rendu sténographique du Congrès l’intervention est un peu plus longue…

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