1937-07 Pour les emprisonnés du P.O.U.M. et de la F.A.I.-C.N.T.

Article publié dans La Révolution prolétarienne N°250 du 10 juillet 1937.

Voilà brisé le silence que la coalition stalinienne et bourgeoise tentait d’organiser autour de l’emprisonnement des meilleurs militants du P.O.U.M. et de nombreux adhérents de la F.A.I.-C.N.T.

L’opinion ouvrière est saisie. La Fédération de la Seine du parti socialiste en a discuté dans son congrès et a affirmé sa volonté d’accorder aux accusés des possibilités de défense. Le Populaire à la date du 27-6-1937 reprenait cette même revendication, en l’atténuant toutefois d’une série de réserves et sans relater aucune des ignominies commises par le gouvernement de Valence (arrestation comme otages des femmes des militants réfugiés dans l’illégalité, assassinat de Bob Smilie dans les cachots de Valence, occupation des locaux en arrachant le drapeau rouge, etc…). Il est vrai que le Peuple de Bruxelles, organe du P.O.B. dans son numéro du 22-6-37 s’était permis de publier la version stalinienne sur l’inculpation infâme en l’intitulant : « Où il est démontré que le POUM trahissait au profit de Franco ».

Heureusement qu’il est encore par le monde quelques socialistes qui devant le crime qui se trame n’écoutent que leur conscience et ne tiennent pas compte des calculs politiques poussant aux réserves ou même à l’acquiescement : ainsi ce fut la socialiste Madeleine Paz qui anima la délégation d’écrivains et d’intellectuels, se rendant à l’ambassade d’Espagne, appuyée par des hommes comme Poulaille et Challaye, pour affirmer que l’inculpation elle- même jurait contre toute la vie des accusés, dont les délégués déclaraient répondre comme d’eux-mêmes.

Dans le monde syndical aussi, des militants de tendances très diverses se sont sentis unis dans l’indignation devant l’infamie ourdie. Voici leur lettre à laquelle bien des camarades sans doute voudront joindre leur adhésion en écrivant à la R.P.

Paris, le 22 juin 1937.

A Monsieur l’Ambassadeur d’Espagne à Paris,

Nous apprenons avec inquiétude l’inculpation du POUM pour complicité avec le fascisme espagnol.

Un millier d’arrestations auraient eu lieu à Barcelone; les femmes des militants Arquer et Gorkin seraient retenues comme otages; les locaux du Secours Rouge du POUM auraient été fermés, privant les emprisonnés politiques de tout secours matériel et de toute assistance juridique, rendant impossible leur défense devant les tribunaux; un secrétaire du P.O.U.M., Nin, aurait été transféré vers les prisons de l’Espagne du sud; un milicien de la première heure des Colonnes, le camarade Bob Smilie, membre de l’I.L.P., serait décédé en prison à Valence, d’une soi-disant crise d’appendicite aiguë, etc… etc.

Nous connaissons assez la longue lutte menée par ce parti et ses militants, les sacrifices de ses colonnes au front de la guerre civile contre Franco pour être surpris des accusations dont il est l’objet. Nous craignons de nous trouver devant la répétition des derniers procès de Moscou. Nous voulons croire que Barcelone et Madrid n’en sont pas arrivés là; aussi nous pensons que liberté sera donnée aux inculpés de se défendre, que la publicité des débats du procès du POUM sera assurée en présence de délégués ouvriers internationaux et particulièrement de délégués français syndicaux, socialistes, libertaires.

Nous espérons que l’opinion publique mondiale n’aura pas à déplorer une fois de plus le spectacle d’une révolution assassinat quelques-uns de ses meilleurs défenseurs.

  • C. Delsol, secrétaire du Syndicat du Gaz de banlieue.
  • M. Chambelland, secrétaire du Syndicat des correcteurs.
  • F. Charbit, A. Largentier, Pacault et Amaré, de la Chambre Syndicale Typographique.
  • R. Hagnauer, secrétaire du Syndicat des Instituteurs de la Seine et membre de la Commission Exécutive de l’Union des Syndicats.
  • P. Monatte et R. Louzon, de la Révolution Prolétarienne.
  • Brenette, secrétaire de la 19* sous-section  du Syndicat des Instituteurs de la Seine (à titre personnel).
  • M. Roy, secrétaire de la Fédération des Métaux.

Se sont joints ensuite à cette protestation:

J. Bernier et J. Biso, correcteurs syndiqués.

Le Comité entier de la Chambre syndicale typographique.

Enfin une délégation comprenant: Fenner Brockway, militant de l’Independent Labour Party, Wolf, journaliste de la Lumière, Billis, avocat socialiste et Robert Louzon, est partie depuis plusieurs jours en Espagne pour divulguer au grand jour tout le mécanisme de l’odieuse machination contre nos frères du POUM et de la FAI-CNT

L. Nicolas.

PS — Au moment de mettre en page la presse ouvrière espagnole nous apporte le terrible verdict condamnant les ouvriers de Tor- tosa, coupahles de s’être défendus au au cours des journées de Mai dans les conditions atroces décrites dans notre numéro précédent.

Procès monstre : 128 accusés. 4 CONDAMNATIONS A MORT. Une dizaine de peines variant de 6 à 20 ans de prison.

Un espoir subsiste encore : Effrayés eux- mêmes par la rigueur des peines prononcées par les magistrats présidant le tribunal, les jurés ont de suite déposé une demande de révision de leur verdict, cette révision est accordée.

L.N.

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