1937-08 Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE

Texte envoyé par l’organisation socialiste de Madrid, représentant l’opinion de la gauche caballeriste du parti. D’après des extraits publiés dans Independent News, bulletin français de l’I.L.P., et l’édition anglaise du bulletin d’information de la C.N.T. N°49 traduit en français par Nicolas Lazarévitch dans La révolution prolétarienne.

Un peuple est invincible à condition qu’on ne lui fasse pas perdre la foi en ses aspirations de liberté, à condition que, de son propre sein et de ses sacrifices collectifs, il ne voie pas surgir un nouveau pouvoir tyrannique, un despotisme interne qui glacerait son enthousiasme dans le combat et à l’arrière et à la longue l’affaiblirait en face de la tyrannie extérieure.
(…) La conscience qu’il existe une organisation politique travaillant avant tout à l’accroissement de son pouvoir, avec la secrète aspiration de devenir l’organisation unique pendant et après la guerre ébranle sérieusement le moral des combattants et des travailleurs de la ville et des champs.
(…) C’est à la section espagnole de l’Internationale communiste que nous nous référons. Nous rendons ce parti principalement responsable des malheurs subis depuis trois mois par la cause républicaine et de ceux, plus grave encore, qui sont à venir si l’on n’y trouve un prompt remède.
Il y a trois mois encore existait en Espagne une véritable unité d’action antifasciste. Tous les partis et syndicats collaboraient directement au contrôle et aux responsabilités de la guerre. Aujourd’hui, cette unité d’action s’effrite chaque jour davantage. Par la faute de qui? En premier lieu par la conjuration pour éloigner du pouvoir les hommes et les organisations qui ne se soumettaient pas aux consignes importées du communisme; plus tard, il dénigrait lui-même les personnalités qu’il avait placées sur un piédestal, s’il voyait en elles un obstacle à sa besogne de partisan, soit à la guerre, soit dans les départements de l’État. Il se basait sur la ridicule théorie que les partis politiques, et en particulier le Parti communiste, sont des corps privilégiés, d’origine quasi divine, chargés de la mission de diriger la conduite publique; tandis que les syndicats doivent simplement travailler et aveuglément obéir à ces nouveaux aristocrates; comme si ceux qui ont une profession manuelle ou intellectuelle avaient moins de capacité pour les affaires de l’État que ceux qui ont pour métier la politique et, parfois, quelle politique!
Ce parti a déclaré une guerre à mort à ceux qui, dans l’U.G.T. et dans la C.N.T., s’opposent à sa politique totalitaire, qui n’est pas précisément la dictature du prolétariat. Il a brisé les relations cordiales qui existaient entre ce parti et l’aile gauche du Parti socialiste depuis la révolution d’Octobre et pendant les premiers mois de l’insurrection militaire de 1936. A présent, ils ont même l’audace de dire que c’est de notre côté que la politique est changée.
Les socialistes de gauche sont ce qu’ils étaient avant. Ils ne sont pas responsables d’un seul acte hostile contre le Parti communiste, mais les communistes ont de pareilles responsabilités. Les socialistes de gauche veulent toujours l’unité politique des deux partis, mais aux trois conditions formulées comme base de discussion et établies par une assemblée de leur groupement en avri1936.
Le parti unique doit être soumis à une direction et à une responsabilité exclusivement nationales; en tout cas, seul un Congrès national peut rejeter l’unité.
Nous désavouons la campagne de pression et de persécution menée par le Parti communiste sur les fronts et à l’arrière; elle est contraire à l’équité; elle révolte les socialistes qui gardent la dignité de leur parti et leur propre dignité en tant qu’hommes et espagnols. L’injustice et le favoritisme déchaînés n’ont jamais servi de moyens d’attraction en Espagne; les dirigeants mal avisés de la section espagnole de l’Internationale communiste auraient dû tenir compte de cela.
Quelque-chose de plus a été détruit. Un gouvernement, qui était le plus national par son but et le plus efficient, simultanément dans le pays et à l’étranger, que l’Espagne républicaine ait eu depuis le début de la guerre; il était aussi pour l’unité de tous les partis et syndicats, ainsi que pour la compréhension des partis ouvriers appuyant l’unité politique. Ainsi la confiance des soldats au front et des ouvriers à l’arrière fut détruite; malgré que la guerre soit une chose bien tragique, coûtant des fleuves de sang au peuple espagnol, le Parti communiste n’a pas hésité à la mettre au service de sa politique d’absorption et de spéculation.
Si les récentes et malheureuses opérations de Brunete, repoussées antérieurement, à plusieurs reprises, par les techniciens qui les considéraient comme vouées à l’échec, si ces opérations n’étaient le fruit que d’erreurs purement militaires, nous nous tairions, sauf pour demande la destitution et le châtiment des coupables de tant de sang populaire inutilement répandu; mais dans ces opérations, les objectifs militaires étaient subordonnés à de louches fins politiques; à la glorification des chefs communistes qui les dirigeaient, en cas de succès. Il s’agissait de montrer la supériorité d’un gouvernement qui pouvait revenir et sauver Madrid par contraste avec un gouvernement accusé d’avoir abandonné la ville; de démontrer également que si une victoire si aisée n’avait pas été obtenue plus tôt, cela était dû à la résistance déraisonnable de ceux qui confondaient l’inaction avec la prudence, et l’opposition aux passions partisanes du communisme avec la réflexion et le souci de ne pas verser criminellement des torrents de sang populaire. Les résultats lamentables ont démontré qui avait raison.
(…) Politique de division et politique spectaculaire, au prix de milliers et de milliers de morts et de blessés, sans aucun profit stratégique, telle a été et est la politique du Parti communiste. Si nous étions aussi malveillants qu’eux, nous penserions que cette politique doit servir à créer les conditions morales et matérielles qui favoriseraient une défaite ou une nouvelle embrassade de Vergara.
Nous voulons bien croire qu’il s’agit d’erreurs de jugement et de manœuvres issues d’une intelligence mécanisée et courte qui se figure que la victoire est proche et qu’il suffit des communistes pour l’obtenir.
Erreur profonde si cela était. La victoire sera celle de toutes les forces antifascistes ou ne sera pas. Un parti qui suit cette politique est incapable pour la direction et les responsabilité de guerre. De deux choses l’une: ou bien le Parti communiste modifiera sa politique de défaite, ou bien il faut l’écarter des affaires publiques, comme ennemi de l’Espagne républicaine.
(…) Il y a une infinité de formes de trahison. Mais celle de vouloir liquider un parti au profit d’un autre était inédite (…) De cela ne peut être capable qu’une minorité antirévolutionnaire, antidémocratique, et sans scrupule, à qui importe seulement le pouvoir pour le pouvoir, à n’importe quel prix.

2 Réponses to “1937-08 Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] (UC): Camarades anarchistes! (1937) * Nicolas Lazarévitch: L’assassinat de Berneri (1937) * Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE (1937) * Le Comité pour la reprise des Relations internationales (1921, Auszug aus der […]

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  2. From the archive of struggle, no.40: Yale Yiddish special « Poumista Says:

    […] (UC): Camarades anarchistes! (1937) * Nicolas Lazarévitch: L’assassinat de Berneri (1937) * Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE (1937) * Le Comité pour la reprise des Relations internationales (1921, Auszug aus der […]

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