1945-06 Réponse au projet de charte d’unité de la classe ouvrière de France présenté par le PCF [OCR]

L’Organisation Communiste Révolutionnaire met le Parti Communiste Français au défi de diffuser le présent texte parmi les militants.
25 juin 1945.

Au sortir de la deuxième guerre impérialiste mondiale, les ouvriers français, comme ceux de tous les pays, veulent démasquer les responsables de ce massacre et rechercher les moyens d’empêcher l’éclatement d’une nouvelle tuerie dont personne, dès aujourd’hui n’oserait nier la menace.

Les ouvriers de tous les pays se demandent quel rôle on leur a fait jouer dans cette tragédie. Ils se demandent quelle voie suivre pour parvenir à l’instauration d’un régime qui mettra fin aux tueries mondiales périodiques, à l’oppression et à l’exploitation dont sont victimes les travailleurs, autant et plus aujourd’hui qu’avant cette guerre de soi-disant « libération ». Quel Parti leur indiquera le chemin de la liberté, de l’égalité, de la paix ?

LE PARTI DU PROLETARIAT : La « charte » dit « Le Parti Ouvrier Français plonge ses racines dans le passé révolutionnaire de notre pays ». A cela nous répondons : le Parti du Prolétariat continuera la IIIe Internationale de Lénine, qui, elle-même continuait le Parti bolchevik. Le Parti du Prolétariat est l’expression consciente de la lutte du Prolétariat International contre le capitalisme international. Il hérite de l’expérience révolutionnaire du prolétariat mondial. Il y a un siècle, c’était le prolétariat anglais qui avait mené le plus loin la lutte contre le capital ; en 1871 c’était le prolétariat français ; en 1905 et 1917, c’était le prolétariat russe. Le Parti du prolétariat héritera de ces expériences et de toutes celles du Prolétariat mondial.

Le Parti du Prolétariat ne continue pas la « Grande Révolution Française », qui avait remplacé le pouvoir de l’aristocratie féodale par le pouvoir de la bourgeoisie. Par contre, il continue la lutte des révolutionnaires prolétariens de tous les pays contre la bourgeoisie. Il n’hérite pas seulement de Blanqui et de Lafargue, mais aussi des communistes allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, assassinés en 1919 avec la complicité des « socialistes » de contre-révolution.

Le projet de charte d’unité se réclame des Guesdistes et du Parti Socialiste Unifié en 1905. Nous constatons que Guesde a trahi la classe ouvrière en 1914 avec la majorité des chefs de la IIe Internationale qui se sont rangés aux côtés de « leurs » bourgeoisies nationales respectives pour les aider dans leurs guerres de brigandage.

Le projet de charte d’unité prétend que les « divisions » des ouvriers en plusieurs partis sont provoquées et entretenues par les « ennemis de la classe ouvrière ». Au premier rang de ces « ennemis de la classe ouvrière » se trouve sans doute Lénine qui a constitué en 1903 le Parti bolchevik par « division » des socialistes russes …

Il ne s’agit pas que les ouvriers soient « groupés en un seul Parti ». Le Parti du Prolétariat ne peut pas grouper tous les ouvriers mais seulement les plus conscients. Il ne pourra remplir cette tâche que s’il se délimite strictement de tous les courants traîtres à la classe ouvrière.

Le Parti bolchevik constitué par scission a refusé en 1914 de participer à la guerre impérialiste et il a appelé tous les socialistes qui étaient restés dans le camp du Prolétariat a scissionner d’avec les traîtres.

Le Parti Bolchevik a conduit en Russie la guerre civile contre le régime capitaliste. Une grande partie des chefs sociaux démocrates combattaient par les armes le pouvoir des soviets.

En 1914, Rosa Luxemburg traitait la IIe Internationale de « cadavre puant ». En 1919, le premier congrès de l’Internationale Communiste constatait que :
« La social-démocratie dégénèrera en un parti anti-socialiste et chauvin ».

Et il poursuivait :
« La conférence socialiste de Berne en février 1919 était une tentative de galvaniser le cadavre de la IIe Internationale.
La composition de la Conférence de Berne montre que le prolétariat révolutionnaire n’a rien de commun avec cette Conférence »

Il concluait sur la IIe Internationale :
« Le Congrès invite les ouvriers de tous les pays a entamer la lutte la plus énergique contre l’Internationale jaune et à préserver les masses les plus larges du peuple de cette internationale de mensonge et de trahison ».

Le 2e Congrès de l’Internationale Communiste formulait parmi les conditions d’admission à l’internationale Communiste :
« Les partis désireux d’appartenir à l’internationale Communiste ont pour devoir de reconnaître la nécessité d’une rupture complète avec le réformisme et la politique du centre, et de préconiser cette rupture parmi les membres de l’organisation. L’action communiste conséquente est à ce prix ; l’Internationale Communiste exige impérativement et sans discussion cette rupture qui doit être consommé dans le plus bref délai ».

Cette politique de classe de Lénine et du Parti bolchevik avait éclairé une grande partie des militants des partis socialistes de tous les pays. Les ouvriers avancés comprirent la nécessité de rompre avec les chefs « socialistes » traîtres à la classe ouvrière, agents du capitalisme ans la guerre comme dans la paix.

La scission de 1920 a eu lieu sur ces bases. Elle faisait partie d’une série de scission qui devaient permettre la création et le développement des Partis Communistes dans tous les pays et de la IIIe Internationale.

LA DOCTRINE DU PARTI DU PROLETARIAT

Le « verbiage révolutionnaire » (probablement celui qu’on trouve tout au long de l’oeuvre de Lénine), « risque de discréditer », si l’on en croit la « Charte d’unité », « la révolution aux yeux des masses ». Les ouvriers qui crèvent de faim, qu’on pousse à « combattre », c’est-à-dire à se faire tuer et à « travailler » pour l’enrichissement des patrons n’ont pas peur des mots et des actes révolutionnaires. Ils savent bien que, dans la guerre civile révolutionnaire « ils n’ont rien à perdre que leurs chaînes, ils ont un monde à gagner » (Marx et Engels – Manifeste Communiste).

Les Encyclopédistes du XVIIIe siècle avaient contribué à l’avènement au pouvoir de la bourgeoisie française en 1789 ;, mais c’est pour le renversement de la domination de cette bourgeoisie que Karl Marx et Frédéric Engels ont élaboré les principes dont se réclame la classe ouvrière. Celui qui de Marx et d’Engels ne peut pas se réclamer des Encyclopédistes.

Avec Marx et Engels, les ouvriers révolutionnaires du monde entier savent que la société est divisée en classes.

La classe capitaliste, la classe possédante, la classe exploitatrice en poussant au développement de l’industrie dans le but d’augmenter ses profits a permis la création et le développement de la classe ouvrière.
En même temps que s’accroissent les moyens de production et l’accumulation du capital, s’aggravent les contradictions qui minent les bases mêmes du régime bourgeois.

Première contradiction :
Le niveau de vie des ouvriers est nécessairement maintenu le plus bas possible, pour préserver le taux de profit.
Par suite, la consommation ne peut pas absorber toute la production. Au Brésil, le café, le blé sont jetés par milliers de tonnes à la mer, le coton sert à faire les routes en Egypte, pendant que les masses souffrent de la faim et du froid dans la plupart des pays.

Des crises économiques viennent périodiquement mettre le régime bourgeois en détresse. Des méthodes palliatives sont instituées jusqu’à la nouvelle crise, et la principale de ces méthodes est la guerre qui « résorbe » les richesses « en trop » en les détruisant.

Deuxième contradiction :
Les capitalistes, pour essayer de résoudre leurs crises sont amenés à se faire une concurrence acharnée. Les divers Etats capitalistes sont des  instruments aux mains des principaux groupes (nationaux ou internationaux) de capitalistes. La politique impérialiste de ces Etats vient de ce que les capitalistes se livrent entre eux une lutte à mort pour se voler les uns aux autres les matières premières (pétrole, minerais, etc.), les marchés extérieurs et les pays neufs où ils espèrent placer leurs capitaux (chine, colonies, etc.).

C’est LA CAUSE PRINCIPALE DES GUERRES DE BNOTRE EEPOQUE, les guerres impérialistes. Il est significatif que la « charte » reste muette sur ce point. La seule allusion qu’elle fasse à la guerre actuelle est pour parler de « guerre contre le fascisme ».
La « Charte » » se tait sur le fait que la guerre actuelle est comme la guerre de 1914 – 1918, une guerre de capitalistes pour le partage du monde. Les grandes puissances s’étaient 7 en 1939 (USA, Angleterre, Allemagne, Russie, France, Japon, Italie). Elles ne sont plus que trois aujourd’hui. Les trois principaux vainqueurs se sont enrichis des dépouilles des vaincus et de leurs « alliés » plus faibles. Voilà le premier résultat de la guerre et son véritable but.

Lénine considérait le traité de Versailles comme un traité de brigands, et le premier Congrès de la IIIe Internationale (1919) considérait la société des Nations comme :
« Un mot d’ordre trompeur au moyen duquel les social-traîtres aux ordres du capital international divisent les forces prolétariennes et favorisent la contre-révolution impérialiste ».

Mais le PCF a approuvé le nouveau traité de Versailles conclu à Yalta et la nouvelle SDN formée à San Francisco. Sur cela aussi, la « Charte » se tait.

Troisième contradiction.

Le développement de l’industrie a donné naissance à un prolétariat concentré qui au cours de ses luttes contre les exploiteurs prend conscience de ses intérêts, et qui, guidé par un Parti Communiste Révolutionnaire déclenchera l’assaut contre le capital international.
Cette lutte révolutionnaire, menée sur le plan mondial, en dehors de toute considération de nation est la seule voie qui demeure à l’humanité. les couches moyennes, artisans, petits commerçants, employés, et les paysans pauvres le comprendront d’autant mieux que les lois implacables de la dictature capitaliste provoquent la disparition de ces couches sociales autrefois « privilégiées », mais qui rejoignent de plus en plus la masse des exploités et des pauvres.

C’est pourquoi, le Parti du Prolétariat doit défendre non seulement les intérêts des ouvriers, mais aussi ceux de tous les travailleurs exploités par le capitalisme.
Mais le PCF veut défendre aussi les intérêts de « tous ceux qui sont victimes de l’exploitation et de la rapacité des trusts », en dehors des « paysans, petits commerçants, intellectuels et employés ». Cela ne peut désigner que la bourgeoisie moyenne, les petits et moyens patrons.

Ceux-la sont des « ennemis » des « trusts », c’est-à-dire des capitalistes plus puissants qui les dominent dans la concurrence, MAIS CE SONT EUX MEME DES BOURGEOIS ET DES CAPITALISTES, et par suite essentiellement des ennemis de la classe ouvrière. Ils n’ont comme raison de vivre que l’exploitation d’un nombre plus ou moins grand de travailleurs.

S’ils craignent les grands trusts, ils craignent d’avantage encore les luttes révolutionnaires des ouvriers. Ils ont leur place aux banquets de Maurice Thorez à Ivry. Ils ne l’ont pas dans les luttes prolétariennes.

Ce n’est pas la première fois que le PCF défend les intérêts de diverses couches bourgeoises. On se rappelle ses campagnes en faveur des « patrons patriotes ». Mais aussi quand les auteurs de la « charte », quelques lignes plus loin prétendent vouloir lutter « contre le capitaliste », les ouvriers révolutionnaires ne pourront pas les croire.

Toute cette politique de la main tendue a tout le monde, renforce certainement les petits-bourgeois et paysans, dans leurs préjugés républicains et patriotiques. Elle fait reculer à coup sûr d’un demi-siècle les luttes du prolétariat.

LA DICTATURE DU PROLETARIAT.

« La conquête du pouvoir par la classe ouvrière est indispensable pour transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste » explique la « charte d’unité ». oui, mais cette conquête ne s’effectue pas par les élections ou par l’augmentation du nombre de ministres « communistes » du gouvernement bourgeois. Cette conquête passe par la Révolution, c’est-à-dire le développement de la lutte de classe ; par la guerre civile et finalement par l’insurrection armée.

Ainsi Lénine écrivait en 1917 :

« Le mensonge opportuniste qui veut que la préparation de l’insurrection et, de façon générale, l’habitude de considérer l’insurrection comme un art soient du « blanquisme » est une des pires déformations du Marxisme et peut être la plus répandue parmi celles des partis « socialistes » dirigeants ». (Lénine, OEuvres complètes – tome 21, page 240)

Mais, c’est peut-être là du verbiage révolutionnaire ?

L’instauration du pouvoir ouvrier, cela commence par la destruction de tout l’appareil d’Etat, c’est-à-dire par la suppression de l’armée, de la police, des tribunaux bourgeois « La conquête du pouvoir politique par le prolétariat signifie l’anéantissement du pouvoir politique de la bourgeoisie.
La conquête du pouvoir gouvernemental ne peut se réduire à un changement de personnes dans la constitution de ministères, mais doit signifier l’anéantissement d’un appareil d’Etat étranger, la prise en mains de la force réelle, le désarmement de la bourgeoisie …, l’armement du prolétariat des soldats révolutionnaires, et de la garde rouge ouvrière, la destitution de tous les juges bourgeois et l’organisation des tribunaux prolétariens, la destruction du fonctionnarisme réactionnaires et la création de nouveaux organes d’administration prolétariens ». (Manifeste de l’Internationale Communiste adopté par le 1e Congrès de l’I.C., 1919)

Il ne s’agit pas comme le dit la « Charte d’unité » d’une « limitation de la liberté des exploiteurs et des oppresseurs du peuple » à qui il resterait donc le droit d’exploiter et d’opprimer dans certaines limites ; non ! Il s’agit de leur suppression totale et définitive.

Il ne s’agit pas non plus d’un « élargissement considérable de la démocratie pour le peuple », ce qui peut figurer dans le programme d’un parti radical bourgeois, ni de la prise du pouvoir par un parti, mais du gouvernement par la classe ouvrière.

« Les ouvriers, maîtres du pouvoir politique, briseront le vieil appareil bureaucratique, le démoliront de fond en comble, n’y laisseront pas pierre sur pierre et le remplaceront par un nouvel appareil, comprenant les ouvriers et les employés, et pour empêcher ceux-ci de devenir bureaucrates eux-mêmes, prendront immédiatement les mesures proposées par Marx et Engels : 1/ éligibilité et aussi amovibilité en tout temps. 2/ salaire égal au salaire d’un ouvrier. 3/ participation de tous au contrôle et à la surveillance de telle sorte que tous soient temporairement « fonctionnaires » mais que personne ne puisse devenir « bureaucrate » ». (Lénine, L’Etat et la Révolution)

La Dictature du Prolétariat n’est pas comme dit la « charte » une formule traditionnelle, mais une réalisation concrète de l’écrasement du capitalisme. La Dictature du Prolétariat, c’est le prolétariat tout entier organisé en Milices et en conseils Ouvriers. C’est dans ces « Conseils » de masse que les travailleurs vivent politiquement, discutent librement, élisent, révoquent et contrôlent à tout instant leurs délégués, les responsables qui ont des fonctions gouvernementales.

C’est sur ces bases, qu’avec Marx et Lénine les ouvriers veulent et peuvent instaurer non pas une « France socialiste », mais la République prolétarienne mondiale.

LES VICTOIRES SET LES DEFAITES DU PROLETARIAT

En vue de démonter la supériorité et la force des principes marxistes, le communistes Révolutionnaires font connaître les grandes luttes, les grandes réalisations du parti bolchevik de Russie en 1917 ; mais ils dénoncent en même temps les principaux actes de contrerévolution en Russie :

L’URSS sous la pression du capitalisme mondial est redevenue Etat capitaliste. Les actes les plus caractéristiques de la nouvelle classe dominante en Russie ont été :

1/ La suppression de la démocratie et du rôle des soviets ; il n’y a q’une sorte de candidat dans toutes les élections, les candidats du seul Parti Stalinien qui détient tous les pouvoirs sous la direction de Staline et sous la surveillance du Guépéou.

2/ La transformation des syndicats russes autrefois organes de défense des ouvriers contre la bureaucratie en organismes d’Etat destinés à mobiliser les travailleurs pour la surproduction, le « stakhanovisme » en vue du profit de la nouvelle bourgeoisie et de sa guerre.

3/ Le remplacement des milices du peuple par une armée qui a repris toutes les méthodes hiérarchiques de l’ancienne armée tsariste, avec les fonctions de maréchaux, de colonels, etc. non élus mais désignés et ayant droit de vie et de mort sur leurs inférieurs.

4/ Le rétablissement des églises russes destinées à abrutir les masses par les pratiques de la religion, que Marx appelait « l’opium du peuple ».

5/ L’augmentation des différenciations sociales. En 1917, la République des soviets avait supprimé tout privilège pour les fonctionnaires et établi l’égalisation des salaires. En 1936, le salaire moyen d’un ouvrier était de 100 à 200 roubles par mois avec lesquels il pouvait acheter 180 à 250 Kg de pain noir par mois, tandis que les traitements des hauts fonctionnaires atteignaient et dépassaient 10 000 roubles par mois. Les différences se sont encore accentuées.
Tandis que les veuves des maréchaux reçoivent des centaines de milliers de roubles, plusieurs millions d’ouvriers (un tiers du prolétariat en 1937), travaillent dans des conditions effroyables dans les caps de déportation de la Sibérie et du Nord.

6/ Le rétablissement et l’accumulation des obligations ou actions qui permet à une classe, comme en tout pays capitaliste de participer à l’exploitation de la masse des ouvriers.

7/ La participation de l’URSS à tous les marchandages impérialistes et à la guerre impérialiste mondiale, non dans le but de défendre un « socialisme » inexistant mais celui d’annexer des territoires (Pologne, Finlande, etc.) et d’acquérir des matières premières (pétrole de l’Iran, de Roumanie et de Pologne, mines de Silésie, etc.).

8/ L’URSS cesse d’être un centre de mouvement révolutionnaire international. Loin de diriger les mouvements révolutionnaires dans les divers pays, les partis « communistes » font tout pour les briser. C’est ainsi que, en 1936, Thorez collabore avec Blum pour briser les grèves du prolétariat français en 1936 – 1937, le Parti Communiste espagnol détruit les comités et les milices ouvrières pour rétablir dans toute sa puissance l’Etat bourgeois « républicain ». En mai 1937, à Barcelone, il participe avec les autres traîtres, « socialistes » ou « anarchistes » du gouvernement catalan, au massacre des ouvriers révolutionnaires. C’est seulement quand la Révolution est écrasée de l’intérieur que l’URSS se décide à aider la République.

La IIIe Internationale, bien avant d’être dissoute n’était plus qu’un instrument utilisé par le nouvel Etat impérialiste russe pour les besoins de sa politique étrangère. Ainsi le Parti Communiste Français devient patriote et partisan d’une « attitude ferme » envers l’Allemagne en 1935 – 1938 à cause du pacte franco-russe signé par Laval. Il devient défaitiste en 1939 – 1940 à cause du pacte germano-russe. Il redevient patriote en 1941 à cause de la guerre germano-russe.

Il n’y a pas de socialisme en Russie. La classe ouvrière avait été victorieuse en Octobre 1917, mais l’Etat prolétarien isolé en Russie après l’échec de la Révolution allemande et européenne de 1918 – 1920 était trop faible pour subsister en face de la réaction mondiale. Lénine l’avait prévu quand il disait en novembre 1918 au VIe congrès des soviets :

« La victoire socialiste ne se conçoit pas dans un seul pays, mais exige la collaboration la plus active de plusieurs pays avancés au moins, de plusieurs pays au nombre desquels nous ne pouvons pas compter la Russie ».

Le Parti Communiste Français se déclare « national en ce sens qu’il défend les véritables intérêts français ».

Il ne nous dit pas ce que sont ces « intérêts français ». S’il s’agit des intérêts des capitalistes français, grands ou petits « patriotes » ou non, alors que ces intérêts sont en opposition absolue avec les intérêts des ouvriers français que le PCF prétend défendre. S’il s’agit des intérêts des ouvriers français, alors ces intérêts n’ont rien de particulièrement « français ». Ce sont les mêmes intérêts que ceux des ouvriers de tous les pays.
Il existe des intérêts de classe qui sont communs à tous les ouvriers du monde, qui opposent le prolétariat international aux capitalistes de tous les pays. Il n’existe pas « d’intérêts nationaux » qui puissent « unir » les exploiteurs et les exploités, les oppresseurs et les opprimés, les patrons et les ouvriers. Les Communistes Révolutionnaires, comme Marx et Lénine se déclarent internationalistes et antipatriotes. Le grand révolutionnaire communiste allemand Karl Liebknecht disait : « L’ennemi est dans notre propre pays ». Les Communistes Révolutionnaires répètent avec lui que le premier ennemi de chaque prolétaire est dans son propre pays. Ils répètent après Marx et Engels que tous les prolétaires du monde sont solidaires et que « les ouvriers n’ont pas de patrie » (Manifeste Communiste).

Les lois de la lutte de classe, de la lutte pour le Socialisme ne dépendent pas du « génie national de notre pays » comme le dit la « charte », mais des conditions identiques où se trouve la classe ouvrière dans tous les pays.

Le Parti Communiste Français par « Internationalisme » entend simplement avoir des rapports fraternels avec les partis des autres pays qui poursuivent des buts identiques Lénine avait une autre conception de l’Internationalisme quand il était prêt en 1918 à sacrifier le pouvoir du prolétariat en Russie pour assurer la victoire de la Révolution en Allemagne, quand il écrivait :

« Celui qui ne comprend pas que, pour la victoire sur la bourgeoisie, pour la prise du pouvoir par les ouvriers, pour le commencement de la Révolution prolétarienne mondiale, on ne peut et on ne doit reculer devant aucun sacrifice, fut-il territorial, impliquait-il de lourdes défaites infligées par l’impérialisme n’est pas socialiste. Celui qui n’a pas démontré par les actes qu’il est prêt à consentir pour « sa » patrie les plus grands sacrifices, pourvu que la cause du Socialisme progresse réellement n’est pas un Socialiste ». (lettre aux ouvriers américains, août 1918)

Les thèses du IIe Congrès de l’Internationale Communiste (1920) disaient dans le même sens :

« L’Internationalisme prolétarien exige : 1/ La subordination des intérêts de la lutte prolétarienne dans un pays à l’intérêt de cette lutte dans le monde entier. 2/ De la part dees nations qui ont vaincu la bourgeoisie, le consentement aux plus grands sacrifices nationaux en vue du renversement du capitalisme international ».

Par ailleurs, la « Charte » oublie de dire comment le Parti qui « défend en toutes circonstances les véritables intérêts français » – « Français d’abord » dit Marcel Cachin dans l’HUMANITE du 13/5/45 – pourra éviter de se trouver en guerre demain contre le parti du pays voisin, qui défend lui aussi les « véritables intérêts » « anglais » ou « allemands » ou « italiens », etc.

Les Communistes Révolutionnaires à la suite de Marx, Engels et Lénine comprennent autrement les rapports entre les révolutionnaires de tous les pays. Ils luttent pour la constitution d’un Parti mondial du Prolétariat dont le Parti Communiste Révolutionnaire en France ne sera qu’une section pour une nouvelle internationale Communiste qui prendra la suite des trois premières internationales du Prolétariat et particulièrement de la IIIe Internationale de Lénine.

Le Parti Communiste Français prétend « combattre tous les préjugés raciaux et entretenir des rapports fraternels avec les peuples de tous les pays ». Mais que signifie la lutte à mort non seulement contre les nazis, mais contre tous les ouvriers allemands en uniforme ? Que signifiaient les exhortations au crime : « A chaque parisien son Boche » qui se lisaient dans l’Humanité aux jours sanglants de la soi-disant « libération » ?

Le PCF dénonce-t-il les actes du gouvernement tchécoslovaque actuel, « allié » de l’URSS et auxquels participent les « communistes » tchèques ? Pourtant ce gouvernement vient de décider la déportation des tous les Allemands habitant en Tchécoslovaquie (3 millions de personnes), Y COMPRIS LES ANTI NAZIS ?

Le PCF prétend « défendre la liberté et l’indépendance des peuples », mais condamne-t-il Staline qui s’est jeté sur la Pologne en collaboration avec Hitler en 1939, et qui aujourd’hui annexe une importante partie de ce pays et impose à ce qui reste un gouvernement de son choix.

Les ouvriers révolutionnaires, restés dans le PCF avaient eu l’espoir de voir la révolution ouvrière éclater dans tous les pays occupés par l’Armée « Rouge ». Ils ont dû constater au contraire, qu’il n’était question en Roumanie, en Hongrie, en Finlande, en Pologne, que de « maintenir l’ordre » et de constituer des gouvernements bourgeois où les anciens communistes eux-mêmes ne sont que peu ou pas admis.

Pour les peuples coloniaux ou semi coloniaux, la « charte » réclame « la liberté ou l’indépendance ». Comment le PCF accorde-t-il cela avec sa propagande de plusieurs années pour la défense de « notre » empire colonial (l’empire colonial des capitalistes français) ? encore un « tournant » de la politique du PCF qui coïncide avec un tournant de la politique russe : l’URSS vient de se déclarer pour « l’indépendance des colonies » parce qu’elle s’intéresse aux pétroles du Levant …

Les Communistes Révolutionnaires avertissent les travailleurs des colonies que « l’indépendance » en régime capitaliste n’est que continuation de l’exploitation par l’un ou l’autre des impérialismes, et qu’il n’y a pas de liberté pour les ouvriers et les paysans que par la lutte contre tous les exploiteurs et oppresseurs aussi bien indigènes que métropolitains. En même temps ils invitent les soldats envoyés aux colonies pour maintenir « l’ordre » impérialiste à lutter pour la défaite de leur propre impérialisme et à fraterniser avec les travailleurs coloniaux.

LA STRUCTURE DU PARTI

Le Parti Communiste Français proclame la nécessité de véritables bases démocratiques en ce sens qu’une fois « les décisions prises démocratiquement par les assemblées souveraines du Parti nul n’a le droit de s’y soustraire ». Mais le Parti osera-t-il promettre que tout militant qui défendrait des positions révolutionnaires que nous propageons ne sera pas exclu ? Le Parti Communiste Français condamnera-t-il le gouvernement de Staline qui envoie en Sibérie ou détruit d’une balle dans la nuque ceux qui réclameraient le rétablissement du rôle des Soviets, la révocabilité a tout instant du Commissaire du Peuple ou simplement la convocation d’un congrès du Parti Russe ? Le Parti Communiste Français oublie-t-il qu’il a effectué ses plus grands tournants sans consulter la base ? qui a seulement été « informée » après coup.

Quand en 1935, le PCF après des années de luttes antimilitaristes, a adopté le drapeau tricolore et la Marseillaise, a-t-on consulté la base ?, a-t-on pris l’avis d’un congrès ? quand, après des années de lutte contre toute participation au pouvoir bourgeois, le PCF a accepté deux portefeuilles dans le gouvernement De Gaulle, a-t-on pris cette décision « démocratiquement dans des assemblées souveraines » ?

Le PCF pratique les « tournants » contre le Parti. Il les impose a la base comme a un troupeau inconscient. On louait hier Frenay le résistant ; on demande aujourd’hui aux cellules de réclamer sa démission. Personne dans les cellules ne connaît les mobiles de politique extérieure qui provoquent ces changements.

Le Parti Communiste Français reconnaît-il enfin, comme le Parti bolchevik de Lénine, le droit des militants à constituer des fractions au sein du Parti, avec tous les droits de réunions et de publications fractionnelles ?

C’est à tout cela qu’on reconnaît la démocratie dans un Parti et à cela qu’on juge de l’hypocrisie des déclarations de la « charte » sur la démocratie. « L’unanimité derrière le Comité Central » dont se vantait récemment Thorez, c’est l’unanimité derrière le Maréchal Staline. Elle vaut l’unanimité derrière Hitler ou Mussolini.

LA « LEGALITE »

« Le Parti communiste Français veut poursuivre son activité dans le cadre de la légalité existante ». Thorez au Vélodrome d’hiver demandait en effet aux ouvriers de laisser la police du gouvernement et les tribunaux de l’Etat maintenir l’ordre et rendre la justice. Mais qu’est-ce que la « légalité existante » sinon l’ordre bourgeois, c’est-à-dire l’ensemble des lois et règlements destinés à préserver le régime, à faire durer l’exploitation des ouvriers.

Le PCF a-t-il « oublié » les enseignements de Lénine et de l’International communiste invitant les communistes à lier en tout temps le travail légal et le travail illégal ?

Le Parti bolchevik agissait-il « dans le cadre de la légalité existante » quand il a renversé en Octobre 1917 le gouvernement « socialiste » de Kerenski ? (pourtant plus « démocratique » que le gouvernement de De Gaulle).

Le deuxième congrès de l’Internationale communiste (1920) définissait ainsi les tâches principales de l’I.C. :

« Le renversement de la bourgeoisie par la violence , la destruction de son mécanisme d’Etat, parlementaire, judiciaire, militaire, bureaucratique, administratif, municipal, etc. jusqu’à l’exil ou l’internement de tous les exploiteurs les plus dangereux et les plus obstinés, sans exception, l’exercice sur leurs milieux d’une stricte surveillance pour la répression des tentatives qu’ils ne manqueront pas de faire dans l’espoir de restaurer l’esclavage capitaliste, telles sont les mesures qui peuvent seules assurer la soumission réelle de la classe entière des exploiteurs ».

Ce respect de la légalité, cette politique « d’amélioration sociale » dans le cadre des lois, c’est ce qu’on a toujours appelé le « réformisme » dont les vieux traîtres Jouhaux, Blum sont des représentants typiques.

Le Parti Communiste Français ne place évidemment pas dans ses tâches la destruction de la légalité, la destruction de la police, des tribunaux, de l’armée. il n’envisage pas, en un mot, la Révolution.

LE PROGRAMME DU « PARTI OUVRIER FRANÇAIS » ET LE SOCIALISME

Le Parti Communiste Français, comme les réformistes ou mieux, les radicaux propose en fait de révolution les nationalisations des moyens de production et d’échange. les monopoles des PTT, SNCF, des tabacs qui n’ont jamais constitués aux yeux de personne une révolution.

Les nationalisations envisagées ne signifient pas non plus la remise dans les mains du peuple des moyens de production. Il ne faut voir là qu’une démagogie trompeuse et un renforcement du pouvoir de la bourgeoisie.

« Enlever aux trusts les moyens de production et de transports, pour les transférer à la « nation », c’est-à-dire à l’Etat bourgeois, c’est-à-dire au plus puissant, au plus avide des trusts capitalistes, c’est non pas enrayer le mal, mais en faire une loi commune » (Manifeste du IIe congrès de l’internationale Communiste, 1920).

Les ouvriers n’en seront pas moins exploités après qu’avant. Quand après cela, la « charte d’unité » parle de « l’Economie que sera dirigée par la Nation elle-même et par l’intermédiaire des organes compétents » elle achève le tableau du Capitalisme d’Etat qu’Hitler et Mussolini avaient commencé d’instaurer, que Staline impose au peuple russe.

Pour nous « la nation elle -même » n’est qu’une formule qui ne cherche qu’à confondre les exploiteurs avec les exploités. Pour nous, il n’y a pas d’autres « organes compétents » ques les « conseils ouvriers » qui en Russie, en, 1917 s’appelaient les Soviets, c’est-à-dire les masses ouvrières librement organisées et ayant tout pouvoir .

Pour le Parti Communiste Français, la « lutte contre les trusts » résume toute la lutte des ouvriers; comme si l’on pouvait séparer les trusts du régime bourgeois lui-même ; le système capitaliste ne constitue qu’un bloc comprenant aussi bien les trusts que les petits patrons, aussi bien le gouvernement où siègent les « communistes » que les administrations ou les assemblées parlementaires. Il n’y a pas de luttes contre les trusts, qui sont internationaux, en dehors de la lutte du prolétariat international contre le régime capitaliste.

Cette lutte ne se fait pas par des phrases, des discours a la tribune du parlement mais par la lutte revendicative et politique de chaque jour. Chaque travailleur lutte contre le régime et par conséquent contre les trusts, en luttant contre son patron, en luttant contre la mobilisation, en luttant contre les restrictions qui ne sont réelles que pour ceux qui n’ont pas de capitaux.

La « charte » prétend exporter un remède aux crises économiques par un « plan » qui prévoira « l’augmentation continue de la production ». Or nous connaissons ces plans. Nous avons vu les « plans quinquennaux » dans la Russie de Staline et les palans de 4 ans dans l’Allemagne de Hitler. Ces plans n’aboutissent nullement à « l’accroissement du bien être » des travailleurs.

Chacun sait ce qu’il en était en Allemagne. En Russie, les chiffres suivants sont significatifs : l’ouvrier moyen de Moscou touchait en 1927 cent roubles par mois, ce qui lui permettait d’acheter 500 Kg de pain noir. En 1936, il touchait 190 roubles, mais ceux-ci ne lui permettaient plus d’acheter que 225 Kg de pain noir. Son niveau de vie avait baissé des deux tiers. Voilà le résultat de deux plans quinquennaux.

Les « plans » et l’augmentation de la production en régime capitaliste ne peuvent servir qu’à l’augmentation des profits capitalistes. Que les trusts soient « nationalisables » ou non, cela n’y change rien. Quant aux crises économiques, elles ne pourront être supprimées qu’avec l’instauration du socialisme, c’est-à-dire la disparition définitive des classes. Alors seulement on pourra envisager un plan économique qui règle harmonieusement les rapports de la production et de la consommation. Il ne s’agira pas seulement d’augmenter la production mais d’augmenter la production utile. Au contraire, en régime capitaliste, en Russie comme en Allemagne, en France ou aux Usa ce qui augmente c’est surtout la production de guerre. La production d’objets destinés à être détruits en pure perte. C’est ainsi que , dans le budget de l’URSS la part de la défense nationale est passée de 8 milliards de roubles en 1935 à 40 milliards de roubles en 1939 et à 153 milliards de roubles en 1943 (soit la moitié du budget total). Maintenant que la guerre se termine, les capitalistes ne savent plus comment utiliser les usines d’armement et une crise économique terrible s’annonce dans le monde entier, la Russie y compris.

Dans le régime que nous promet la « charte » (régime qu’elle n’ose pas appeler « communiste » ni « socialiste ») on nous dit que la production française n’a pour but unique de satisfaire les besoins des Français. C’est la fameuse théorie du « socialisme dans un seul pays » que Lénine avait toujours trouvé irréalisable. A notre époque le monde est un tout du pont de vue économique. Aucun pays ne peut se suffire à lui-même, quelles que soient ses prétentions à « l’autarcie ». Les auteurs de la charte (illisible) voient sans doute un monde où la production anglaise aura pour but unique de satisfaire les besoins des anglais et de même pour la production espagnole, russe, mexicaine, chinoise, etc. Alors ils devraient bien nous dire comment les Français satisferont leurs besoins en pétrole que la France ne produit pas ? Ou bien comment les anglais par exemple se procureront l’aluminium (qui est produit pour une grande part en France) ?

Ce tableau ridicule nous donne la mesure du bluff que constituent les « plans » à l’intérieur d’un seul pays. La société sans classe internationale pourra organiser la production. Mais comment dans un pays isolé, la France par exemple, pourrait-on des plans alors qu’il est impossible de savoir à quel prix les Etats-Unis fourniront le pétrole, ou bien quelle quantité d’aluminium l’Angleterre pourra acheter ?

En réalité la propagande du PCF pour un « plan » constitue comme les « plans » en Russie une mesure pour pousser les ouvriers à travailler toujours plus. Mais les ouvriers ne marchent pas pour le « stakhanovisme » (qui n’est autre que le « système de la sueur » américain), pour le travail à outrance. Ils savent que cela signifie uniquement l’augmentation des profits patronaux et la préparation d’une nouvelle guerre. Ils savent que la prospérité des patrons petits et grands n’augmente en rien leur « bien être ».

POUR LA PROPRIETE PRIVE ?

Le Parti Communiste Français veut garantir la propriété privée fruit d’un travail personnel ou familial. C’est ce que les bourgeois ont toujours dit ! Les marxistes font dans la propriété privée une différence. Ils distinguent entre la propriété du capitaliste, petit ou grand, qui sert à exploiter le travail d’autrui et la petite propriété du paysan pauvre et de l’artisan travaillant lui-même. Les capitalistes, grands ou petits devront être expropriés par le prolétariat au pouvoir. Les artisans et les paysans pauvres devront au contraire être menés par la persuasion à abandonner leur propriété dans une collectivité. Mais jamais il ne peut être question de garantir la propriété privée. Les marxistes savent depuis un siècle que la petite propriété si elle se développe librement engendre forcément la grande propriété capitaliste. La propriété privée est inséparable de l’exploitation de l’homme par
l’homme.

Or la « charte » ne fait même pas la distinction entre la petite propriété artisanale. Elle parle de défendre « la propriété privée » en général. C’est qu’il s’agit de défendre la propriété des fameux « patrons patriotes » … a cela on peut juger de l’hypocrisie des auteurs de la « charte » sur la « suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme ». tant qu’il restera des patrons et des ouvriers, l’exploitation de l’homme par l’home subsistera.

Pour ce qui est de la propriété « fruit du travail personnel et familial », voici ce qu’en disent Marx et Engels dans le « Manifeste Communiste » :

« La propriété fruit du travail, de l’effort, du mérite personnels : Parle-t-on de la propriété du petit bourgeois, du petit paysan qui à précédé la propriété bourgeoise ? nous n’avons pas à l’abolir. le développement de l’industrie l’a abolie et l’abolit tous les jours. Ou bien parle-t-on de la propriété bourgeoise des temps modernes ? Mais le travail du salarié, le travail du prolétaire créé-t-il de la propriété à ce prolétaire ? Pas du tout. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié ! Et c’est l’abolition de cet état de choses que la bourgeoisie appelle abolition de la personnalité et de la liberté. Et à juste raison ; il s’agit en effet d’abolir la personnalité, l’indépendance des bourgeois ».

Les ouvriers ne se soucient pas de ce « fruit du travail personnel et familial ». Ils n’ont aucun capital à faire fructifier. Ils n’ont aucun héritage à espérer ni à transmettre ; leur propriété familiale n’a jamais dépassé la baraque qu’ils sont parfois arrivés à construire de leurs mains.

« UNITE FRANCAISE »

La « charte » se termine par un appel à « l’unité française », et elle explique en même temps que cette « unité » se fera quand il n’y aura plus de classes. Bien sûr, quand il n’y aura plus de classes, il n’y aura plus de luttes de classes. Mais ce n’est pas dans « la France » que s’effectuera la disparition des classes. C’est dans la république prolétarienne mondiale résultant de la prise du pouvoir par la classe ouvrière dans le monde entier.

Or, pour atteindre ce but, il ne faut pas que « tous les Français » s’unissent comme le PCF l’a répété pendant des années. Il faut au contraire que les ouvriers français cessent de suivre la bourgeoisie française, que les ouvriers anglais cessent de suivre la bourgeoisie anglaise, que les ouvriers allemands cessent de suivre la bourgeoisie allemande, que les ouvriers russes cessent de suivre la bourgeoisie russe, etc. Il faut que, dans tous les pays, les exploités prennent conscience de l’antagonisme irréductible qui les oppose à leurs exploiteurs. Et il faut que les ouvriers français prennent conscience de la communauté d’intérêts qui les unit à leurs frères de classe d’Angleterre, d’Allemagne, de Russie et de tous les pays.

Si la « charte » se termine par ces mots : « Travailleurs de France, unissons nous ! », le « Manifeste Communiste » de Marx et Engels se termine par cet appel : « TRAVAILLEURS DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS »

QUE FAIRE ?

De nombreux ouvriers communistes et socialistes sincères sont trompés par le nouveau « tournant à gauche » du Parti Communiste Français. Pendant des années ont leur a dit à l’oreille : « tout ce que nous faisons maintenant c’est des manoeuvres pour tromper la bourgeoisie, mais tu verras un jour !!! » Et maintenant on veut leur faire croire que ce jour tant attendu est arrivé.

C ‘est le plus grand crime du Stalinisme contre la conscience prolétarienne que d’avoir répandu dans la classe ouvrière cette idée que le Parti du Prolétariat pourrait par des « manoeuvres » tromper la bourgeoisie. Les Communistes Révolutionnaires, au contraire, ne cessent pas de répéter après Marx et Lénine, que la principale arme idéologique des révolutionnaires c’est la vérité. La bourgeoisie ne se laisse pas tromper. Par contre, chacun des mensonges que des révolutionnaires répandraient soit disant « pour l’intérêt de la Révolution » ne ferait qu’obscurcir la conscience ouvrière. Or la principale tâche idéologiques des révolutionnaires est d’éclairer la conscience politique du plus grand nombre de prolétaires.

Aussi le seul fait que les dirigeants du PCF (et ceux des autres partis « communistes » staliniens dans tous les pays) se permettent de tels « tournants », ce seul fait prouve que ce ne sont pas des révolutionnaires.

En a-t-on vu des « tournants à gauche » suivis quelques mois ou quelques années plus tard d’un autre « tournant » en sens inverse ! Qu’on se rappelle la grève du 30 novembre 1938, puis le tournant de septembre 39. Le PCF était redevenu « défaitiste » et « antimilitariste » ! Mais un trait remarquable de tous ces prétendus « tournants à gauche », c’est que le PCF alors même qu’il soutenait une politique contraire à celle qu’il avait eue auparavant se refusait à condamner sa politique intérieure. Au contraire, il s’en réclamait en déclarant invariablement : « les communistes avaient raison ». Or on reconnaît la sincérité d’un changement de position politique quand celui qui change fait son autocritique et condamne ses positions antérieures.

Si les dirigeants du PCF continuent à se réclamer de leur politique d’hier, c’est qu’ils se réservent de la reprendre demain. Leur « tournant à gauche » n’est qu’un mensonge de plus. Nous avons démontré dans l’analyse qui précède que la « charte » n’apporte rien de nouveau dans la politique du PCF qui continue a être fondée sur le chauvinisme, la collaboration de classes anti-ouvrière. Les phrases pseudo révolutionnaires ne sont qu’un camouflage et sont chacune démenties à la ligne suivante.

Alors pourquoi ce nouveau « tournant » ? Il y a deux raisons principales. D’une part le PCF continue d’être un instrument de la politique extérieure de la Russie impérialiste. Au lendemain du pacte franco – russe de 1944, il avait fait un tournant à droite pour apporter à De Gaulle l’appui le plus complet et supprimer tout ce qui pourrait le gêner – « travailler d’abord, revendiquer ensuite », « pas d’exigences socialistes ni communistes » », l’autorité entière entre les mains des « organisations régulières de l’Etat », etc. – aujourd’hui une tension existe entre les impérialismes français et russe ; le PCF prend une attitude d’opposition. si demain De Gaulle se rapproche de nouveau de Staline, le PCF fera un nouveau « tournant » à droite et assurera De Gaulle de sa « loyauté » parfaite en vue « d’unir tous les Français ». Par contre, si De Gaulle se range résolument dans le camp anti-russe, le PCF ne tardera pas à crier « A bas De Gaulle, agent des trusts ! », à rappeler que De Gaulle écrivait dans « l’Action Française » avant la guerre et à suggérer que c’est la raison pour laquelle Maurras n’a pas été condamné à mort … Car le mépris que les chefs staliniens ont pour les ouvriers est tel qu’ils se permettent après avoir soutenu un homme pendant des années de révéler que c’est un agent des trusts (cas du ministre des prisonniers, Frenay) sans se donner la peine de chercher a expliquer pourquoi ils ont soutenu un agent des trusts !

D’autre part, les dirigeants staliniens se voient en face d’une recrudescence de la lutte des classes. Beaucoup d’ouvriers français avaient espéré que la « libération » leur apporterait le pain, la paix, la liberté. Ils voient maintenant qu’il n’en est rien et ils commencent à comprendre la nécessité de s’attaquer directement au capitalisme. De nombreux ouvriers étaient rentrés au PCF dans l’espoir de se livrer à une activité révolutionnaire et ils s’impatientent.

La transformation des « Jeunesses Communistes » en « union de la Jeunesse Républicaine de France » ne s’est pas faite sans heurts. Des fractions se sont formées pour résister à la dissolution. Beaucoup de JC ont refusé d’entrer à l’UJRF. au sein du PCF lui-même une opposition sourde, mais puissante croissait contre la politique de chauvinisme et de collaboration de classes. Il ne se passait pas de jour sans que quelqu’un des chefs du PCF tonne contre les « gauchistes » et les « trotskistes » qui « ‘infiltrent jusque dans le Parti ». Mais rien n’y faisait. Les dirigeants avaient beau calomnier les gauchistes en les traitants « d’hitlériens » et « d’agents de la Ve colonne », ceux-ci répondaient : « Si c’est être gauchiste que de vouloir la révolution, alors je suis gauchiste », et le danger gauchiste croissait. Les dirigeants du PCF ont vu de près le danger d’une scission, d’un éclatement du Parti. Le prétendu « tournant à gauche » est un moyen d’essayer de regagner la confiance de la base ouvrière par un camouflage de la politique de trahison de classe derrière quelques phrases pseudo révolutionnaires.

Les Communistes Révolutionnaires, qui, eux n’ont pas trahi les enseignements de Marx et de Lénine vont, selon les « méthodes démocratiques » en vigueur dans le PCF, être traités d’agents du fascisme. Mais le vrai danger au sein du mouvement ouvrier, ce sont ceux qui freinent et brisent les grèves, ceux qui veulent renforcer l’armée bourgeoise, ceux qui participent au gouvernement bourgeois, ceux qui déforment le marxisme et le léninisme. La Ve colonne contre-révolutionnaire ce sont les dirigeants du Parti Communiste Français.

Les Communistes Révolutionnaires seront appelés des « trotskistes ». En réalité les Communistes Révolutionnaires sont des adversaires des Trotskistes pour les principales raisons suivantes :

1/ Les Trotskistes réclament eux aussi les nationalisations et proposent des « plans » de rénovation de l’Economie Capitaliste.

2/ Les Trotskistes réclament un gouvernement formé par les organisations qui trompent les ouvriers : Parti socialiste, Parti Communiste Français, la CGT.

3/ Les Trotskistes sont pour la défense de l’URSS et nient son caractère impérialiste et contrerévolutionnaire.

4/ Les Trotskistes se sont à plusieurs reprisent rangés du côté de la bourgeoisie dans la guerre impérialiste, principalement par leur activité « résistante ».

5/ Les Trotskistes constituent un obstacle pour la formation du Parti du Prolétariat. Ils ont longtemps voulu « redresser » le cadavre de la IIIe Internationale. Ils ont ensuite démoralisé les ouvriers révolutionnaires en les entraînant dans les « entrées » collectives dans les partis de la IIe Internationale ou leurs satellites. Ils ont enfin constitué une prétendue « IVe Internationale » sur un programme équivoque et opportuniste. Ils ont encore prêts à s’unifier sans principe avec n’importe quel groupe vaguement à « gauche ».

Les Communistes Révolutionnaires ne confondent pas les ouvriers sincèrement révolutionnaires qui se trouvent dans le Parti Communiste Français et dans le Parti Socialiste, avec les dirigeants traîtres de ces partis. C’est aux ouvriers révolutionnaires organisés ou non que nous nous adressons.

Une crise révolutionnaire mondiale commence. Déjà de grandes luttes de classes secouent l’Italie et la Belgique. Partout, la vague ouvrière monte. Le moment est venu de préparer le nouveau Parti du Prolétariat qui pourra conduire la clase ouvrière à la victoire.

Scissionnez avec tous les briseurs de grève !

Cessez d’écouter les patriotards et les nationalistes au service du Capital.

Séparez vous des Partis de collaboration de classe qui fournissent des ministres aux gouvernements bourgeois. Formez des cercles marxistes  révolutionnaires. Prenez contact avec l’Organisation Communiste Révolutionnaire, diffusez notre littérature. Mettez vos dirigeants au défi de réaliser lez programme révolutionnaire dont ils se réclament hypocritement.

Refusez d’exécuter leurs ordres contre-révolutionnaires. Exigez l’édition et la communication à tous les militants des oeuvres de Lénine (« Contre le Courant », « L’impérialisme … », « L’Etat et la Révolution », etc.) et des thèses des premiers congrès de l’I.C. Demandez à voir la collection complète de « L’Humanité » (d’avant-guerre et de la guerre). Reprenez les contacts avec les ouvriers révolutionnaires de toutes nationalités.

ENSEMBLE, NOUS CONSTRUIRONS LE PARTI COMMUNISTE REVOLUTIONNAIRE EN FRANCE, SECTION DE LA NOUVELLE INTERNATIONALE COMMUNISTE.


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