1946-04 Premier Mai 1946 [CR]

JOURNEE DE COMBAT POUR LA SOLIDARITE INTERNATIONALE ET POUR LA REVOLUTION MONDIALE DU PROLETARIAT

Il y a 57 ans, le premier congrès de la II° Internationale a proclamé le Premier Mai comme journée de lutte de la classe ouvrière internationale. Ce Congrès s’ouvrit le 14 juillet 1889, le centième anniversaire de la prise de la Bastille. Paul Lafargue, dans son discours adressé aux délégués, déclarait alors :

« Les délégués réunis dans cette salle ne représentent pas leurs différentes patries ! Ils ne se réunissent ni sous la tricolore, ni sous un autre drapeau national ; ils se réunissent sous le drapeau rouge du prolétariat du prolétariat international ! »

La nécessité absolue de la fraternisation prolétarienne et de la solidarité internationale des travailleurs ont donné naissance à l’idée du Premier Mai.
Les revendications générales à cette époque étaient la journée de 8 heures et la liberté syndicale.
Le capitalisme agonisant, le capitalisme d’État avec son économie de guerre permanente, abolit toutes les conquêtes, mêmes réformistes du prolétariat.
Cependant, aujourd’hui ce ne sont plus les revendications partielles qui se posent en premier lieu. La question du pain quotidien pose la question du pouvoir même. L’histoire a mis à l’ordre du jour l’abolition du capitalisme et la réalisation de la société socialiste sans classes.
Tant que la classe ouvrière – par manque de conscience – n’aura pas réalisé cette révolution, elle sera « punie » de plus en plus terriblement par la guerre impérialiste permanente, par la crise chronique, par la famine généralisée et par le fascisme intégral.

La non-transformation de la guerre impérialiste en guerre civile

Quelle est la cause profonde de la faiblesse actuelle du mouvement prolétarien-révolutionnaire ? Comment est-il possible que la 2ème guerre impérialiste qui a causé les ravages les plus terribles dans le monde, se soit terminée sans révolution prolétarienne ?
La guerre de 1870 a provoqué la Commune de Paris, 1ère révolution prolétarienne. La guerre entre l’impérialisme russe et l’impérialisme japonais s’est terminée par la première révolution des travailleurs russes. Cette révolution, malgré sa défaite, a trouvé sa continuation en février et en octobre 1917. La 1ère guerre mondiale s’est terminée par une vague de révolutions prolétariennes en Europe Centrale et Orientale.
Quand nous examinons l’issue de cette grande vague révolutionnaire, nous trouvons la solution de ce phénomène extraordinaire que la 2ème guerre mondiale, plus terrible et plus longue que toutes les précédentes, se soit terminée sans révolution sociale.

La contre-révolution russe, obstacle principal

Le prolétariat révolutionnaire a été battu en Allemagne (1919-1923), en Hongrie (1919) et en Russie (1921). L’absence de partis communistes révolutionnaires en Allemagne et en Hongrie, et l’isolement de la révolution en Russie, ont abouti à cet échec provisoire du premier assaut international contre la forteresse capitaliste.
En Allemagne et en Hongrie la contre-révolution bourgeoise a été ouverte et incontestable. Elle a abouti d’abord aux dictatures des généraux réactionnaires et ensuite au fascisme.
En Russie la même contre-révolution bourgeoise a triomphé sous les drapeaux « rouges » du « bolchevisme », du « socialisme », de « l’État ouvrier ». Comme en Allemagne, elle a exproprié le prolétariat et l’a délogé de son pouvoir conquis auparavant (octobre 1917), elle a dissous les milices et les conseils ouvriers, elle a détruit le parti bolchevik en tant que parti du prolétariat révolutionnaire, elle a transformé les syndicats et les « soviets » en organes du nouvel État capitaliste ; elle a déporté et massacré le prolétariat révolutionnaire à Cronstadt, en Sibérie et dans la 2ème guerre impérialiste mondiale.
Cependant, les partis « communistes », instruments directs du nouvel impérialisme russe, avec l’aide des sociaux-démocrates, des trotskistes et autres fractions de « gauche » ont pendant 20 ans caché la vérité terrible qui est la suivante :

La Russie, depuis 1921 environ, est un État capitaliste et impérialiste, un maillon dans la chaîne de l’impérialisme mondial. Le prolétariat russe a perdu toutes les conquêtes de sa révolution. Il est aussi exploité et opprimé que le prolétariat des autres pays et sous certains rapports sa situation est encore plus misérable.

Le socialisme ou l’État Ouvrier dans un seul pays sont impossibles. Le capitalisme a créé le marché mondial, l’économie mondiale. Le socialisme, plus encore que le capitalisme, ne peut être qu’international. Avant le renversement du capitalisme mondial, il ne peut pas y être question de la construction du socialisme. Le socialisme, c’est l’abondance. L’abondance n’est possible qu’après la destruction du capitalisme international.
La révolution prolétarienne ne peut évidemment pas éclater partout à la fois, elle commence dans un ou plusieurs pays mais elle doit s’étendre sur le monde entier ou périr. Le prolétariat, après avoir conquis le pouvoir dans un pays, doit, à travers la guerre civile internationale, l’étendre sur le monde entier. S’il échoue dans cette tâche, il perd inévitablement son pouvoir et ses conquêtes qui, avant sa victoire internationale, ne sont que provisoires.
L’histoire a prouvé qu’on ne peut pas ruser avec le rapport de force international, on ne peut pas jouer à cache-cache avec l’ennemi de classe. Ou bien nous l’abattons, ou bien il nous abattra. Les traités de commerce, les accords diplomatiques, politiques et militaires qui ont remplacé la guerre civile internationale, n’étaient que l’expression du renversement de l’État prolétarien des conseils et du rétablissement du capitalisme.
Le capitalisme d’État n’est pas une forme progressive mais la phase la plus accentuée et la plus brutale d’avoir conduit le prolétariat à la victoire d’octobre 1917 ; ont commis la grande erreur de ne pas reconnaître la contre-révolution capitaliste qui après les défaites prolétariennes en Allemagne et en Europe Centrale était inévitable en Russie (il manque évidemment une ligne ou plus dans ce paragraphe incompréhensible sous cette forme, ndr).

Le grand mensonge

Ainsi un État capitaliste, impérialiste et contre-révolutionnaire a été présenté pendant 20 ans comme « État ouvrier », comme « avant-garde » de la révolution mondiale ! Ce grand mensonge a contribué de façon décisive à jeter les travailleurs du monde à la fois dans la 2ème guerre impérialiste mondial et dans la défaite.
Il fallait ce grand mensonge pour mobiliser les masses ouvrières de tous les pays pour la guerre « idéologique ». 50 millions de travailleurs sont morts dans l’illusion d’avoir lutté non pas pour la maintien du capitalisme financier et étatique – ce qui est la vérité – mais pour un régime socialiste. Ces mensonges ont été encore plus efficaces que ceux de 1914 (« pour la démocratie », « contre le tsar », « contre le Kaiser », etc.)
Le mensonge monstrueux de l’ »État Ouvrier » n’a pas seulement fourni la chair à canon aux impérialismes russe, américain, anglais et français – et indirectement aux impérialismes allemand, italien et japonais – il a aussi empêché la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile !
Il ne fallait pas « affaiblir » l’effort de guerre de l’État « Ouvrier » et de ses Alliés, il fallait « attendre » la « libération » par l’armée « rouge » et ses alliés. Même les masses travailleuses d’Allemagne, d’Italie et des pays occupés de l’Europe et de l’Asie ont été hypnotisées par cet infâme mensonge. Pourquoi faire la révolution puisque l’armée « rouge », « avant-garde invincible du prolétariat mondial » avance irrésistiblement ! « Les drapeaux de l’armée rouge se joindront à nos drapeaux rouges », voici la ligne générale des social-traîtres pendant toute la guerre.

Nous payons … !

Le résultat de cette trahison qui dépasse celle de 1914 s’étale devant nous : la bourgeoisie mondiale a réussi à terminer la guerre contre l’impérialisme allemand et ses alliés, sans que le prolétariat n’apparaisse comme facteur révolutionnaire et indépendant ; elle a pu organiser la famine et l’esclavage dans le monde ; elle peut préparer la 3ème guerre mondiale.
Le prolétariat, lié par le grand mensonge à l’impérialisme russe et ses « alliés », affamé et réduit à l’esclavage, trahi par « ses » partis et « ses » chefs, est abandonné aux appétits des impérialistes victorieux.
Voici la cause principale de la terrible défaite du prolétariat international : la trahison des partis « ouvriers » et des fractions « ouvrières » vendus à l’impérialisme. Et voilà pourquoi nous payons.
NOUS PAYONS maintenant 20 ans de trahison et de corruption idéologique des partis et des fractions qui se sont présentées comme « avant-garde » du prolétariat et du marxisme. NOUS PAYONS maintenant l’abandon du marxisme révolutionnaire, la « tactique » du Front Unique politique, du Front Populaire, de la Coalition Antifasciste et autres alliances avec la bourgeoisie « démocratique ».
NOUS PAYONS les « théories » de l’État « Ouvrier » qu’il fallait défendre inconditionnellement et jusqu’à la lie. NOUS PAYONS de 50 millions de morts et d’autant d’estropiés et de fous, par la famine et le cannibalisme, par la suppression de toutes les libertés même bourgeoises, par le super-fascisme stalinien, par l’accentuation de la répression sauvage des révoltes coloniales et par la barbarie sanglante dans le monde entier.
Mais le compte n’est pas encore complet. La trahison coûte cher. NOUS PAYERONS peut-être encore par une 3ème guerre mondiale, car le même mensonge qui a servi à la préparation et à la réalisation de 2ème guerre mondiale sert aussi à la préparation et à la réalisation de la 3ème.

La troisième guerre impérialiste mondiale est à l’ordre du jour.

Est-elle inévitable ? Non. Certes la bourgeoisie la prépare ouvertement et de plus en plus cyniquement. Mais les masses, fatiguées de la guerre, opposent une résistance passive à ces préparatifs. Les soldats américains manifestent pour leur démobilisation. Les soldats russes désertent en masse. Dans l’armée britannique, surtout dans les colonies, des mutineries et des révoltes se produisent. Des luttes sociales secouent l’Amérique et l’Empire britannique et en Russie ce n’est que la dictature de fer qui empêche l’explosion ouverte des contradictions sociales.
Ces luttes, incomparablement plus faibles que celles de 1917-21, sont néanmoins susceptibles de freiner les préparatifs des impérialistes. Peuvent-elles aboutir à l’éclatement ouvert de la révolution prolétarienne dans tel ou tel pays avant une 3ème guerre mondiale ? C’est possible mais ce n’est pas du tout sûr.
Ceux qui présentent la guerre civile comme « inévitable » avant une 3ème guerre mondiale, préparent la pire démoralisation des cadres révolutionnaires et renoncent à la lutte active contre la préparation de la guerre mondiale qui nous menace effectivement.
Ceux qui considèrent la 3ème guerre mondiale comme « inévitable » organisent également la démocratie des militants révolutionnaires (sic, oubli d’une ligne ?, il faut peut-être lire « démoralisation » à la place de « démocratie », ndr) et renoncent également à la lutte révolutionnaire contre la préparation de la guerre.
Comme nous le voyons ces deux erreurs « inévitables » et fatalistes se rejoignent. Les marxistes ne sont ni des fatalistes ni des prophètes ; ils envisagent toutes les possibilités et luttent dans tous les cas pour la solution révolutionnaire.
La continuation du massacre impérialiste dépend de l’issue des luttes sociales en cours. Donc, la nouvelle guerre mondiale n’est pas « inévitable », elle peut et doit être empêchée par la révolution prolétarienne victorieuse.
À l’opposé de ceux qui en face d’une guerre qui leur semble déjà « inévitable », abandonnent la partie, et de ceux qui se débarrassent d’une menace en fermant les yeux, nous préconisons LA LUTTE RÉVOLUTIONNAIRE CONTRE LA PRÉPARATION DE LA III° GUERRE IMPÉRIALISTE MONDIALE ; cette lutte est identique avec la lutte contre le capitalisme et pour la révolution prolétarienne internationale.

CONTRE LE CAPITALISME ET TOUS SES SERVITEURS
CONTRE LA PRÉPARATION D’UNE NOUVELE GUERRE MONDIALE
POUR LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE !
POUR LE POUVOIR OUVRIER !
POUR LA NOUVELLE INTERNATIONALE DE LA CLASSE OUVRIÈRE !
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS !

LE PROLÉTAIRE.


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