1946-05 La politique communiste [Lefeuvre]

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René Lefeuvre

LA POLITIQUE COMMUNISTE

La ligne et les tournants

Cahiers Spartacus, mai 1946

La Ligne et les Tournants

Le lecteur trouvera ici une série de documents irréfutables concernant l’activité du parti communiste français, en particulier depuis la signature du pacte franco-soviétique en 1935 entre Laval et Staline jusqu’à la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie. Quelques rappels de la période antérieure à 1935 situent ce que furent les positions théoriques de la Section Française de l’Internationale Communiste. On trouvera également une analyse critique de la Constitution Soviétique.

Les documents que nous publions sont puisés aux sources des collections conservées officiellement et pour eux nous n’avons à craindre aucune espèce de démenti. Ils établissent d’une manière indiscutable que le parti communiste français a suivi fidèlement toutes les fluctuations de la politique extérieure de l’État soviétique. En se livrant à une propagande belliciste à la veille de la guerre, aussi bien qu’en appuyant l’offensive allemande de « paix » qui aurait permis à Hitler de gagner la guerre en 1939, et en dénonçant le gaullisme dans les termes de Gobbels après la défaite de 1940, le parti communiste français est resté fidèle à son orientation fondamentale unique et constante: le soutien de la politique étrangère de l’U.R.S.S. quelle que soit son incidence sur les intérêts de la France et de la classe ouvrière française.

Il ne s’agit donc aucunement à ce propos de la taxer de « trahison » et c’est bon droit que les thuriféraires de Maurice Thorez ont pu dire du chef communiste français qu’il avait été « résistant » à sa manière dès 1939… D’autre part le sacrifice des héros et des martyrs du parti communiste français à partir du moment où les dirigeants soviétiques contraints par la force des choses (c’est l’Allemagne qui a déclaré la guerre à la Russie) l’ont autorisé à appuyer la résistance antihitlérienne, ce sacrifice n’est nullement en cause. Nous n’estimons pas cependant qu’il puisse servir d’alibi à une politique générale qu’il est bon d’éclairer par son contexte historique si l’on veut en comprendre la véritable signification.

On peut se demander si le public ouvrier qui suit le parti communiste franaçsi se rend compte exactement de sa nature. Le parti communiste se donne en France à la fois comme un parti national, le « grand parti de la renaissance française » et comme le parti de la classe ouvrière. Il n’est en réalité ni l’un ni l’autre. Le nationalisme aussi bien que l’internationalisme du parti communiste français ne sont que des façades et servent tour à tour à camoufler son asservissement aux manœuvres de la politique extérieure russe. Toute son histoire récente démontre qu’il ne soutient une politique « nationale » en France que dans la mesure où elle coïncide avec des calculs de messieurs Staline et Molotov.

Une orientation de politique extérieure commune à tous les partis socialistes européens et, pour commencer, aux socialistes de France et de Grande-Bretagne, déterminerait probablement un nouveau tournant du P.C. revenant à la politique de « défaitisme révolutionnaire ». De même une orientation de politique économique et sociale ayant pour but le bien-être et la liberté des travailleurs et non plus la production en vue d’une politique de puissance qu’ils veulent mettre au service des buts de l’U.R.S.S. déterminerait sans doute aussi le même retournement vers le sabotage de la production au lieu du stakhanovisme associé au blocage des salaires. On connaît déjà l’exemple de tels retournements pour des motifs qui n’ont rien à voir avec l’internationalisme.

Le parti communiste français est la marionnette de l’U.R.S.S. En ce sens il mérite bien l’appellation de « Parti nationaliste étranger » que lui a décerné Léon Blum dans son livre: « A l’échelle humaine« . Un gouvernement communiste en France ne serait qu’un Quisling soviétique.

D’un autre côté il est incontestable que le parti communiste français est un « parti ouvrier » si l’on entend par là un parti qui rallie dans ses rangs une majorité d’éléments ouvriers sans exclure toutefois ceux de la petite bourgeoisie. Le P.C.F. a même réussi à acquérir une place prépondérante dans le syndicalisme français mais par des moyens qui le plus souvent constituent la négation même de la démocratie prolétarienne. La géographie électorale de la France dans les régions industrielles montrerait toutefois que le P.C.F. est encore loin d[u] compte dans sa prétention d’avoir fait la conquête de la majorité de la classe ouvrière. Il ne s’ensuit pas davantage que le parti soit le parti de la classe ouvrière française en ce sens qu’il représenterait les véritables intérêts de cette classe. Une majorité d’ouvriers abusés par une démagogie sans scrupules peut suivre momentanément un parti politique sans que ce parti devienne pour cela le parti de la classe ouvrière au sens marxiste et révolutionnaire du mot, c’est-à-dire le défenseur de ses intérêts généraux et permanents aussi bien que temporaires et partiels. Le parti communiste ne saurait être le parti de la classe ouvrière française, d’abord, parce que sa direction est une sorte de « cinquième colonne » étrangère en France, ensuite parce que son idéologie, sa structure et ses méthodes totalitaires s’opposent à la démocratie à laquelle le sort de la classe ouvrière est lié historiquement ; enfin parce que ce parti est totalement dépourvu de principes révolutionnaires ou autres et qu’il a remplacé la stratégie de classe par une tactique opportuniste au service d’un but étranger.

La souplesse tactique du P.C.F. que les nigauds admirent tant, ne vise aucun but révolutionnaire. Elle n’est dans chaque cas que l’adaptation, commandée par en haut à la manœuvre changeante de la politique russe, aujourd’hui expansionniste, conformément aux anciens buts panslaves. Il s’agit dans chaque cas en France comme dans le reste du monde, non pas de défendre la classe ouvrière, amis de défendre auprès de la classe ouvrière et des autres couches sociales les intérêts soviétiques. La besogne des dirigeants du parti communiste français consiste à détourner la classe ouvrière française des buts qui lui sont propres et d’utiliser sa force pour la convertir en instrument de chantage et de pression destiné à maintenir le gouvernement français dans une ligne conforme aux intérêts russes.

Pour mener à bien ce travail le P.C.F. bénéficie du prestige de la révolution russe dont les prolétaires français ne connaissent pas suffisamment l’évolution intérieure – ne sachant pas qu’Octobre n’est plus qu’un souvenir – et oubliant que la vieille garde bolchevique a été anéantie par Staline. Ils ignorent le plus souvent que le pouvoir politique et économique loin d’être usurpé par une bureaucratie civile et militaire qui monopolise pour son compte personnel les conquêtes réalisées en 1917. Ils ignorent que cette bureaucratie a l’ampleur, les prérogatives et les privilèges d’une nouvelle classe dirigeante, que l’U.R.S.S. n’est pas davantage le pays de l’égalité que celui de la liberté mais vit sous un régime de stricte hiérarchie sociale et de contrainte dictatoriale. Un tel régime n’est pas le socialisme mais correspond à l’avortement de la Révolution socialiste dans un pays arriéré où le capitalisme privé n’ayant pas accompli ses tâches historiques s’est trouvé finalement remplacé par un Capitalisme d’État aussi oppresseur et aussi égoïste. La politique d’expansion impérialiste qu’il mène actuellement dans le monde et qui est incontestablement le plus grave danger pour la paix devrait pourtant les éclairer sur la nature de ce prétendu socialisme. A coup sûr il n’est pas souhaitable de voir un tel régime s’installer dans notre pays pour y ruiner les conquêtes démocratiques et compromettre les chances du socialisme européen.

René LEFEUVRE

LES COMMUNISTES ET LA DEFENSE NATIONALE

I

1935-1945

ANTIMILITARISME

La condamnation de toute participation à la Défense nationale pour les socialistes des pays capitalistes était une des vingt et une conditions d’adhésion à l’Internationale communiste.

Cette condamnation a été le credo des commuistes de 1920 à 1935, avec toutes les conséquences pratiques qu’elle comportait.

Travail de décomposition dans l’armée: appui de tous les mouvements séparatistes: Alsace-Lorraine et colonies; fraternisation et soutien des bandes d’Abd-el-Krim au Maroc en 1925; aide inconditionnée au service soviétique des renseignements: Affaire Crémet-Fantômas.

C’est l’époque où l’Humanité diffusait l' »Hymne des gueules de vaches » sur l’air de « Monte là-dessus »:

REFRAIN DES G.D.V.

En français ça veut dire gueule de vache
C’est bien approprié
Avec la gueule de nos officiers
G.D.V.
L’capiston
Le colon
L’général avec son beau panache
Et tous les lieutenants
Et les adjudants
C’est des gueules de vaches.

(l’Humanité, 22-10-1927)

1/ APRES L’AVENEMENT D’HITLER

Contre les deux ans, les communistes ne sont pas moins énergiques. C’est ainsi que Lucien Sampaix écrit dans l’Humanité du 8 décembre 1933:

« Il faut que la résistance s’affirme dans tout le pays contre l’augmentation du temps de service pour la suppression des périodes et manœuvres de guerre. »

Le 6 février 1934 ne fait pas les communistes changer d’avis sur le problème de la Défense nationale. Maurice Thorez déclare le 26 septembre 1934:

« Parce que nous subordonnons tout à la nécessité de préparer les prolétaires à la prise du pouvoir, à la dictature du prolétariat, notre attitude en temps de guerre nous fait les adversaires déterminés, farouches de la défense nationale. »

Le 7 juin 1934, Paul Vaillant-Couturier dénonce la duperie de la défense passive et affirme que l’ennemi est dans notre pays:

« Or, il n’y a qu’une guerre défensive pour le prolétariat que le combat contre son propre adversaire. Notre ennemi est chez nous. Cela est vrai pour ceux qui subissent Hitler comme pour ceux qui subissent Tardieu. L’ennemi vient, depuis février, de nous faire 15 morts. Et la campagne de duperie (criminelle au sens littéral du mot) sur l’efficacité de la défense passive contre le gaz, dans la guerre impérialiste en est la plus éclatante des preuves. Aussi nous sommes persuadés que les travailleurs socialistes émus comme nous par les préparatifs de guerre de l’impérialisme français, sauront exiger de leurs chefs de file, qu’ils prennent position sur cette question capitale. »

« C’EST LA GUERRE CIVILE QUI NOUS INTÉRESSE »

« Il faut transformer la guerre impérialiste en guerre civile », déclare Marcel Cachin, le 23 juin 1933, à la Conférence nationale du parti communiste, et il ajoute:

« Le PC a appris lui-même à lutter contre la guerre. Il a élaboré un programme d’action contre sa préparation. Il fait sa propagande dans l’armée et a puisé dans l’arsenal bolchevik les conseils et les exemples concrets pour transformer la guerre impérialiste en guerre civile. »

Le 21 octobre 1934, Raymond Guyot, président de la Fédération des Jeunesses communistes, actuellement membre de l’Assemblée Constituante, propose aux Jeunesses socialistes une action commune contre les deux ans. L’article 2 des propositions stipule:

« Condamnation de la défense nationale en régime capitaliste, action « antimilitariste » résolue auprès des jeunes travailleurs, conscrits et soldats. »

Le 15 juin 1934, Staline n’ayant pas encore fixé sa politique, le parti communiste s’en tient à sa position traditionnelle, Maurice Thorez, à la tribune de la Chambre, condamne dans un discours, reproduit ensuite en brochure par le parti communiste, la Défense nationale, et dit aux socialistes:

« Vous avez tenu à souligner – c’est votre droit – que vous étiez des hommes de la Défense nationale. Pour nous, nous sommes contre la Défense nationale. Nous avons dit: Nous sommes nous, les partisans de Lénine, les partisans du défaitisme révolutionnaire. »

2/ PAS DE PATRIE

« Nous ne voulons pas un seul instant croire à la Défense nationale. Nous en sommes restés, nous communistes, à cette phrase du Manifeste de Marx: « les prolétaires n’ont pas de patrie ».

3/ PAS D’UNION SACRÉE

D’autre part, M. Dewès, député communiste, termina le 16 juin 1934 son discours à la Chambre par ces mots:

« Pour les travailleurs de ce pays, pas de Défense nationale dans le cadre du régime capitaliste. Ils suivront le mot d’ordre de Karl Liebknecht. Ils comprendront que leur ennemi est dans leur propre pays. Ils repousseront l’union et préfèreront l’insurrection à la guerre. »

Le 15 mars 1935, Maurice Thorez, à la même tribune, répondant à ceux qui affirment que les travailleurs français se lèveront pour résister à une agression hitlérienne, déclare:

4/ PAS DE GUERRE DE LA DÉMOCRATIE CONTRE LE FASCISME

« Ici je veux répondre à l’affirmation qu’on a produite à cette tribune: les travailleurs de France se lèveront pour résister à une agression hitlérienne. Nous, nous ne permettons pas qu’on enchaîne la classe ouvrière dans une guerre de défense de la démocratie contre le fascisme. (Très bien! très bien! à l’extrême gauche communiste)

 » Je déclare nettement que les communistes ne laisseront pas propager un tel mensonge, une telle illusion. « (Très bien! très bien! à l’extrême gauche)

Le 15 mars 1935, lorsqu’il était déjà question d’unité et de Front populaire, Thorez terminait ainsi son discours contre les deux ans, à la Chambre:

« Sans doute, les divergences fondamentales séparent sur la question de la lutte contre la guerre notre parti communiste du parti socialiste. Le parti socialiste se prononce pour la défense nationale, alors que le parti communiste reste fidèle au manifeste de Marx et Engels: les prolétaires n’ont pas de patrie. Mais nous pouvons nous entendre pour la lutte commune contre les deux ans… Les communistes ne s’en tiendront naturellement pas qu’à une simple propagande contre la guerre. Nous sommes résolus à accomplir sans défaillance et en dépit de la répression la tâche antimilitariste. »

II

MAI 1935

Premier tournant: « Vive la France »

« Vive l’armée »

En mai 1935, c’est le voyage de Pierre Laval à Moscou et la fameuse déclaration de Staline du 8 mai 1935 qui dit:

« Monsieur Staline comprend et approuve pleinement la politique de Défense nationale faite par la France pour maintenir sa force au niveau de sa sécurité »

FRONT FRANÇAIS

Les communistes français ont immédiatement reconsidéré leur position et voté les crédits militaires à partir de 1936. Brûlant les étapes, ils ont alors préconisé « le Front français ». Finie l’époque des « gueules de vaches » et des « brutes galaonnées ». Lucien Sampaix fait appel aux officiers français patriotes » (l’Humanité, 3-8-1936).

Tandis que Gabriel Péri, le 14 novembre 1936, écrivait:

« Notre sympathie va tout entière aux masses laborieuses de Tchécoslovaquie, aux minorités slovaques, allemandes, juives, hongroises, opprimées par le gouvernement central de Prague. »

Maurice Thorez, lors de Munich, déclarait le 7 octobre 1938:

« Le diktat de Munich, c’est d’abord le démembrement de la Tchécoslovaquie, d’un peuple jusque là ami et allié de la France, c’est le sacrifice imposé à la nation de Mazaryk. »

L’ALLEMAGNE DE GOETHE…

Alors que les communistes cultivent la haine contre le « peuple » allemand, il est bon de rappeler un tract de l’Humanité du 7 septembre 1938:

Mais le peuple français ne confond pas et ne confondra jamais le peuple allemand avec ses bourreaux qui, incapables de donner du pain aux ouvriers et aux paysans, veulent les tuer sur le champ de bataille.

La France du front populaire ne confond pas l’Allemagne de Beethoven, de Goethe, de Kant et de Schiller, qu’elle admire et qu’elle aime, avec l’Allemagne des camps de concentration de l’hitlérisme.

Peuple allemand, qui veut la paix et qui veut la grandeur de ton pays par le travail et non par la guerre, tu dois savoir que, si Hitler déclenche la guerre, il trouvera en face de lui des forces matérielles et morales dont il ne soupçonne pas l’ampleur.

A l’heure de l’agression hitlérienne, les communistes promettaient d’être là…

Hitler déchaînant la guerre aurait contre lui le peuple de France tout entier avec d’énormes moyens matériels, avec son courage, son amour de la liberté, son attachement au front populaire et sa volonté indomptable de rester maître de son destin.

Il aurait contre lui l’Angleterre démocratique avec ses innombrables moyens d’action, tant maritimes que militaires.

Il aurait contre lui les États-Unis d’Amérique avec leur formidable armature économique et leurs immenses réserves.

Il aurait contre lui le grand pays du socialisme, l’Union des Républiques socialistes soviétiques qui a montré au Japon la puissance de ses moyens d’action et qui constitue un péril redoutable pour les fauteurs de guerre.

Français, qui voulez vivre libres et en paix, soyez tous unis pour signifier à Hitler et à ses agents que vous voulez rester maîtres de votre destinée et pour dire aussi qu’ennemis du fascisme international, vous souhaitez voir un jour prochain la France du front populaire libre, forte et heureuse, fraternellement unie à une Allemagne libre, forte et heureuse dans la grande communauté européenne et universelle.

Après avoir, pendant quatre ans, prêché la croisade des démocraties contre le fascisme, à l’heure du danger, parce que l’U.R.S.S. changeait provisoirement de camp, les communistes devaient faire un nouveau et brusque tournant. Il y eut plusieurs jours de confusion: leurs maîtres moscovites avaient dédaigné de prévenir des serviteurs si dévoués.

III

23 AOUT 1939

Second tournant: Le pacte germano-russe

Après le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, le parti communiste donne comme nouveau mot d’ordre: « Révolte au front et à l’arrière ».

Pendant quelques semaines les dirigeants communistes, surpris par le pacte qui avait été signé sans les prévenir, prisonniers des positions qu’ils avaient tenus pendant plus de quatre ans, ne savent trop comment s’en dégager, et votent encore le 1° septembre 1939 les crédits de guerre.

1/ HITLER NE VEUT PAS LA GUERRE

Le 24 août 1939, Aragon dans Ce Soir tient à prouver que l’U.R.S.S. sert la paix et qu’Hitler n’a pas pris Dantzig. Il soutient le thème du bluff allemand:

Je le repère, dit-il, la guerre a reculé hier et déjà les postes de radio le constatent ce matin, le ballon d’essai antisoviétique qui, prétendant qu’en conséquence du pacte Berlin-Moscou, un ultimatum de 24 heures était envoyé à la Pologne, à propos de Dantzig, était un faux, pour exploiter l’état d’esprit développé à Paris par une presse en délire. Les 24 heures sont passées, Hitler n’a pas pris Dantzig. On fera bien de se méfier des fausses nouvelles. »

L’absence des ordres de Moscou se fait sentir, les meilleurs militants et les dirigeants du P.C. sont dans le brouillard. Le 26 août 1939, les communistes affirment encore qu’il faut défendre la Pologne:

« la tâche de la minute présente est d’unir tous les Français, les unir contre Hitler, représentant du fascisme le plus bestial dont le parti communiste est plus que jamais l’ennemi implacable »

Mais la Russie est devenue l’alliée de l’Allemagne. La France et l’Angleterre sont en guerre avec le Reich. Les communistes sont devenus défaitistes. Eux qui voulaient mourir pour Dantzig ne marchent plus. Il est vrai que la question de la Pologne a été réglée amicalement par le Reich et l’U.R.S.S. le 28 septembre 1939. Cet accord approuve purement et simplement le dépècement polonais. En voici le texte:

2/ TEXTE DE L’ARRANGEMENT SOVIETO-ALLEMAND RELATIF A LA POLOGNE

« Le gouvernement du reich et le gouvernement de l’Union soviétique, ayant réglé, par arrangement, signé aujourd’hui définitivement les questions qui découlent de la dissolution de l’État polonais, et ayant ainsi créé une base pour une paix durable en Europe orientale, expriment en commun, l’opinion qui correspondrait aux véritables intérêts de toutes les nations, de mettre fin à l’état de guerre qui existe entre l’Allemagne d’une part, et la France et l’Angleterre d’autre part. »

Accord complet

« Les deux gouvernements entreprendront donc des efforts commun le cas échéant, d’accord avec d’autres puissances amies pour parvenir le plus rapidement possible à ce but. »

Une menace

« Si toutefois, les efforts des deux gouvernements restent sans succès, le fait serait alors constaté que l’Angleterre et la France sont responsables de la continuation de la guerre. Dans le cas de cette continuation, les gouvernements du reich et de l’Union soviétique se consulteraient réciproquement sur les mesures nécessaires. »

(signé: Von Ribbentrop-Motov)

Alors, rapidement, un « redressement » du parti s’opère:

L’article de Dimitrov, l’appel de l’Internationale communiste, la lettre ouverte de « Marty à M. Léon Blum », lettre du 4 novembre 1939, de Thorez au Daily Worker précisent les arguments de la nouvelle orthodoxie.

3/ POLITIQUE DE CAPITULATION

Dans sa lettre à Léon Blum, dont la publication en France, fin 1939 devait motiver le retrait de la nationalité française à André Marty, nous relevons notamment:

« Qui mène cette guerre?

Daladier pleins pouvoir, Daladier antiparlementaire, Daladier pouvoir personnel, qui concentre entre ses mains cinq ministères. Le gouvernement français ne couvre-t-il pas les feuilles infâmes de diffamation et de meurtre, alors qu’il a interdit le seul journal libre de France, l’Humanité de Jaurès et de Vaillant-Couturier, l’Humanité de Cachin et du parti communiste.

A la faveur de la guerre, le gouvernement auquel vous apportez votre soutien total a liquidé les lois sociales et les derniers restes de libertés démocratiques, ce gouvernement inflige au peuple de France la répression la plus dure qu’il ait connue depuis celle qui suivit la Commune. Il met en œuvre des méthodes qui se différencient de moins en moins de celles d’Hitler. »

(Lettre à M. Léon Blum parue dans l’hebdomadaire Le Monde du 4. 10.39, éditée à Bruxelles pour remplacer la correspondance internationale)

Thorez devient munichois et déserte

Maurice Thorez dans sa déclaration au journal communiste anglais, que l’Humanité clandestine du 27 novembre 1939 a reproduite, explique qu’il a déserté pour mener le combat contre la guerre:

« Les forces de réaction en France expriment la même fureur devant la dénonciation que nous avons faite de buts impérialistes de la guerre imposée au peuple français. Des hommes sont tués et on se prépare à en faire tuer davantage pour la défense des coffre-forts des capitalistes. Les communistes luttent de toutes leurs forces contre la guerre impérialiste…

Nous agissons contre les vrais défenseurs du peuple français en ne voulant pas que les jeunes gens de notre pays soient les victime du massacre causé par les capitalistes anglais dans la guerre d’intérêts qu’ils font contre les capitalistes allemands. »

(Lettre de M. Thorez au journal communiste Daily Worker, reproduite dans l’Humanité clandestine n°7 du 17 novembre 1939. Article intitulé: Maurice Thorez vous parle).

4/ LE POINT DE VUE DE MOSCOU

Déclaration de Molotov

A la même date, M. Molotov s’adressant au Soviet suprême de l’U.R.S.S. déclarait:

« Il est criminel de faire la guerre à l’hitlérisme, une guerre de ce genre ne saurait être justifiée en aucune façon. L’idéologie de l’hitlérisme, comme tout autre système idéologique peut être reconnue ou rejetée, c’est une question d’opinions politiques. Mais n’importe qui comprendra qu’on ne saurait en finir avec elle par la guerre.

C’est pourquoi il est insensé, voire criminel, de mener une semblable guerre pour l’anéantissement de l’hitlérisme en la couvrant du faux drapeau de la lutte pour la démocratie. »

Un blâme

Les communistes français sont blâmés par le Komintern pour leur tiédeur. L’éditorial des Cahiers du Bolchevisme, publiés à la fin de 1939, dénonce « l’opportunisme du groupe parlementaire communiste, de lourdes fautes ont été commises ».

« Le groupe parlementaire n’utilise point l’unique séance de la Chambre pour protester contre la politique de réaction et de guerre de Daladier et des chefs socialistes. Il vote les crédits de guerre. Tout cela ne pouvait qu’affaiblir la lutte du parti et des travailleurs contre la guerre impérialiste, contre la besogne de trahison et de provocation, des chefs socialistes et de quelques renégats passés à l’ennemi. »

Le comité central n’a pas compris

« Le Comité central aussi a commis de grosses fautes. Le Comité central, précédant les Cahiers, n’a pas compris à temps la signification des changements qui se précipitaient à la fin du mois d’août et au début de la guerre. »

IV

PAIX IMMEDIATE

La Lettre des députés communistes à M. Herriot

Les nouveaux mots d’ordre ont leur répercussion sur le plan parlementaire. Le 1° octobre, les députéscommunistes envoient au président Herriot, la lettre signée Ramette et Bonte par laquelle ils demandent la convocation immédiate du Parlement pour examiner les propositions hitlérienne de paix.

« Monsieur le président,

La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix, et à la seule pensée que la paix prochaine pourrait être possible, une immense espérance soulève le peuple de notre pays, qu’angoisse la perspective d’une guerre longue qui ensevelira les trésors de la culture humaine sous des monceaux de ruines et coûterait la vie à des millions d’hommes, de femmes et d’enfants confondus dans le massacre.

Est-il possible que des propositions de paix puissent être rejetées avant d’être connues et sans que la représentation nationale et souveraine ait été consultée?

Nous ne le pensons pas quant à nous, et nous vous demandon, en tant que président de la Chambre, d’intervenir auprès des pouvoirs publics pour demander:

1°) Que le Parlement soit appelé à délibérer en séance publique sur le problème de la paix;

2°) Que les parlementaires aux armées puissent prendre part aux délibérations sur cette question capitale, d’où dépend la vie, ou la mort de millions de Français;

Chaque Français veut la paix, car il sent qu’une guerre de longue durée serait terrible pour notre pays et compromettrait à la fois son avenir et ses libertés démocratiques. IL faut empêcher que l’on puisse rejeter à priori des propositions de paix, et nous conduire par cela même à l’aventure et aux pires catastrophes.

Voilà pourquoi nous avons conscience de servir les intérêts de notre pays en demandant que les propositions de paix qui vont être faites à la France soient examinées avec la volonté d’établir au plus vite une paix juste, loyale, durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens.

(Signé: F. Bonte, Ramette, députés.) »

1/ SABOTAGE A L’USINE – SABOTAGE AU FRONT

A ce moment, le parti communiste commence et intensifiera jusqu’à juin 1940 sa campagne contre la guerre, en organisant la révolte au front, le sabotage dans les usines travaillant pour la Défense nationale.

Dans toute cette période les mots d’ordre lancés par différents tracts sont: Paix immédiate, c’est-à-dire le même que celui signé en septembre par Déat, auquel le parti communiste reproche de s’être « dégonflé ».

(Tract de la banlieue ouest en décembre 1939):

« Le gouvernement appuyé par la réaction et par les chefs socialistes, prétend qu’il fait la guerre de la liberté contre le fascisme. Rien n’est plus faux. Comme en 1914, ce sont les intérêts capitalistes qui sont en jeu et ce sont les ouvriers et les paysans que l’on envoie au massacre pour défendre les intérêts qui ne sont pas les leurs. »

Appel aux femmes françaises à la même date:

« Nous ne voulons pas que nos poilus meurent pour la finance internationale. Les Français veulent vivre. Vive la paix! A bas la guerre! »

(Tract de la région parisienne en février 1940)

« PAR TOUS LES MOYENS »

« Par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d’intelligence et vos connaissances techniques, empêchez, retardez, rendez inutilisables les fabrications de guerre. »

En mars 1940, devant le Tribunal militaire de Paris, le député Billoux, actuellement ministre de la Reconstruction, déclare:

« La guerre qui se déroule actuellement, c’est une guerre impérialiste. Il y a deux camps opposés l’un à l’autre. L’Allemagne d’un côté, la France et l’Angleterre de l’autre. Question de vie ou de mort pour l’Angleterre qui par des guerres impérialistes successives menées contre la France, les Indes, la Birmanie, a asservi sous sa domination des peuples. Nous sommes pour la paix, parce que nous ne voulons pas, nous, Français, travailler pour que des Hindous et des Sud-Africains continuent à pourrir dans les prisons. »

2/ LA POLITIQUE COMMUNISTE JUGÉE PAR LES RADICAUX

Le gouvernement français lui-même stigmatise violemment « ces menées de la trahison ». M. Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, s’écriait en séance du Sénat, le 19 mars 1940:

« La propagande communiste et hitlérienne – elles ne font qu’une – la propagande ennemie. J’ai eu l’occasion de m’en expliquer devant votre commission de législation criminelle et civile. Le chef de cette propagande est le chancelier Hitler, dont le bolchevik est le « lieutenant » s’il était besoin de faire la preuve de cette affirmation, il suffirait d’indiquer avec le fait que ce sont les avions allemands qui éparpillent les tracts communistes, cet autre fait que les postes de radio et de propagande communiste, « La Voix de la Paix », « Radio-Humanité » qui sont répétées, lancent leurs émissions du territoire allemand. »

(Journal Officiel du 20 mars 1940, page 266)

3/ LA POLITIQUE RADICALE JUGÉE PAR LES COMMUNISTES

Après l’armistice de 1940, les communistes dénoncent la politique de guerre de la France et fustigent les radicaux et tous les partis qui ont soutenu la défense nationale, dans un tract distribué en juillet 1940, ils stigmatisent ainsi la politique française:

« La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants, subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont conduits les politiciens à la Daladier, à la Reynaud, à la Mandel, qui, soutenus par un Parlement de valets et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés politiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l’U.R.S.S., pays du socialisme (envoi de matériel aux gardes blancs finlandais et constitution de l’armée Weygand en Syrie).

La clique de dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l’appui de tous les partis unis dans une même besogne de trahison, et dans une même haine de la classe ouvrière et du communiste. Le parti radical avec ses Daladier, ses Bonnet, ses Chautemps et ses Chichery; le parti socialiste avec ses Blum, ses Sérol, ses Ziromski, ses Paul Faure; les partis de droite, avec Flandrin, Marin, Laurent, Laval, Chiappe; l’U.R. avec Frossart, de Monzie, Déat, Marquet; le P.S.F. avec La Roque et Ybarnégaray; la bande de Doriot et les usurpateurs de la C.G.T., les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc… sont tous responsables du malheur de la France. »

V

JUILLET 1940-JUIN 1941

1/ La collaboration

Collaboration et fraternisation sont les mots d’ordre de l’Humanité clandestine qui dans son n° du 14 juillet 1940 publie deux articles significatifs:

« Travailleurs français et soldats allemands

Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir amicalement avec des soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistrot du coin.

Bravo! camarades, continuez, même si ça ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants. »

Et le peuple de France veut la paix

Il demande d’énergiques mesures contre tous ceux qui par ordre de l’Angleterre impérialiste voudraient entraîner à nouveau les Français dans la guerre. »

Le même journal dans le n° 61 du 13 juillet 1940, publie la note que voici:

Fraternité franco-allemande

Les conversations amicales entre les travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient. Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître et quand on dit aux soldats allemands que les députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la paix, quand on dit qu’en 1923 les communistes se dressèrent contre l’occupation de la Ruhr, on travaille pour la fraternité franco-allemande.

SOUTIEN DE LA PROPAGANDE ALLEMANDE

Dans un autre tract, distribué en mars 1941, et intitulé « Au service du peuple », ils préconisent:

« 1°) Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand, en rappelant l’action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l’occupation du bassin de la Ruhr, contre l’oppression d’un peuple par un autre peuple.

2°) Conclusion d’un pacte d’amitié et d’un traité commercial avec l’U.R.S.S. et poursuite résolue d’une politique de paix, destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste. »

2/ POUR LA LÉGALISATION OFFICIELLE DU PARTI

Le parti communiste entre, au début de juillet, en pourparlers avec les Allemands pour obtenir la légalisation du parti et de la presse communiste, la réinstallation des élus communistes dans les mairies et la libération de tous les communistes arrêtés. Dans l’argumentation fournie aux Allemands pour justifier leurs titres à leur bienveillance, on insiste sur l’attitude hostile au traité de Versailles et surtout sur la lutte que le même parti a conduit seul en faveur du pacte germano-soviétique et contre la guerre. Cette argumentation est développée dans des centaines de tracts et journaux et surtout dans la brochure Nous accusons publiée en octobre 1940. Dans cet opuscule, on peut lire notamment:

« Les dirigeants du Reich ayant affirmé au peuple allemand que la guerre leur avait été imposée par les gouvernements de Londres et de Paris, ils avaient ajouté que l’armée allemande n’avait pas d’autre ennemi que la ploutocratie occidentale. Ils avaient dit encore que l’Allemagne se félicitait d’entretenir, depuis le 23 août 1939, des relations de bon voisinage avec l’U.R.S.S. Aussi les communistes français répliquèrent: « S’il en est ainsi, accordez vos actes à vos déclarations, des milliers d’hommes sont en prison et dans les camps parce qu’ils ont lutté contre la guerre. Qu’on les libère! Des municipalités ont été destituées parce qu’elles étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française; qu’on réinstalle les municipalités ouvrières! Des journaux ont été supprimés parce qu’ils ont approuvé le pacte soviéto-allemand; qu’on restitue le droit de parution légal à l’Humanité, à Ce Soir, à l’Avant-Garde, à la Vie ouvrière, à la revue Russie d’aujourd’hui. »

Et ce langage était le seul digne du peuple français et du peuple allemand (Page 42-3 de la brochure). A la demande du P.C. la propagande Staffel autorisa alors la parution de l’Humanité, mais le gouvernement de Vichy obtint alors que cette décision soit reportée.

3/ FRONT UNIQUE AVEC LES NAZIS

Les communistes ont donc proposé aux autorités allemandes une sorte de « Front unique » contre tous les partis qui avaient trempé dans la guerre. Si ce « Front unique » n’a pas été très loin, la faute n’en est point au parti communiste…

L’armistice et la paix

Le parti communiste ne se prononce pas contre l’armistice, s’il le condamne parfois, c’est uniquement parce qu’il a été conclu par Pétain et non par lui.

Dans la brochure « Jeunesse de France » (page 43), publiée en septembre 1940, on peut lire:

« Nous n’avons jamais cru que l’existence d’un régime déterminé en Allemagne dut constituer un obstacle entre la France et l’Allemagne. Nous proclamons sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolcheviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, nous aurions mis fin à la guerre, nous aurions signé la paix comme les bolcheviks l’ont signé en 1918. »

Molotov et Hitler (Berlin, novembre 1940)

VI

Politique intérieure

Si la collaboration du P.C. sur le plan franc-allemand, ne diffère pas essentiellement de celle que pratiquent Déat, Doriot, de Brinon et Laval, sur le plan intérieur, la propagande communiste s’associe et appuie plus nettement la propagande de ces derniers.

Dans le même tract, cité plus haut, ils demandent que les tribunaux populaires jugent les responsables de guerre: ils donnent les noms:

1°) L’ancien Président de la République (Lebrun).

2°) Les présidents du Sénat et de la Chambre (Jeanneney, Herriot).

3°) Les anciens présidents du Conseil depuis 1933 (Paul Boncour, Sarraut, Chautemps, Flandin, Laval, Blum, Daladier, Reynaud).

4°) Les anciens ministres de la Défense nationale (guerre, marine, air) depuis 1933 (Daladier, colonel Fabry, général Morin, maréchal Pétain, Pierre Cot, général Denain, Marcel Déat, Campinchi, etc…)

5°) Les anciens ministres des Affaires étrangères (Bonnet, Laval, Delbos, Flandin).

6°) Les députés et sénateurs ayant soutenu la politique de guerre de Daladier et Reynaud.

7°) Les journalistes, hommes publics et agents occultes, ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l’U.R.S.S. dans le secret dessein de l’affaiblir et de préparer la défaite.

8°) Les généraux Gamelin et Weygand et les membres des Conseils supérieurs de la guerre, de la marine et de l’air depuis 1933.

9°) Les gouvernements, hommes politiques et journalistes qui, depuis l’armistice ont trahi les intérêts de la France, détruit les libertés publiques et honteusement sacrifié l’intérêt de la nation aux intérêts des trusts et des oligarchies capitalistes et demandent:

« Publication de tous renseignements relatifs à la culpabilité des responsables de guerre.

Publication de toutes les clauses secrètes des divers traités conclus par la France, afin d’informer le peuple des agissements de ses gouvernements. »

2) C’EST AU PARTI COMMUNISTE D’INSTRUIRE LE PROCÈS

L’Humanité d’octobre 1940 écrit:

« Il y a trois mois, après les journées de débâcle, les généraux battus et les politiciens faillis avaient promis que les coupables seraient jugés et châtiés. Un tribunal serait convoqué qui frapperait vite et fort. On sait ce qu’il advint de cette farce… Tirons l’échelle. Le procès des responsables de la guerre ne relève pas de la cour de Riom. Il relève de la classe ouvrière française. Un seul parti peut l’instruire, le parti communiste. »

3/ CONTRE LE MAQUIS

Précédent les milices de Déat et Darnand, le parti communiste s’élève avec force contre la participation des maquisards à la guerre au côté des Alliés.

Les communistes se félicitent d’abord de leur attitude antibelliciste depuis le début de la guerre en septembre 1939:

« En nous dressant contre le guerre impérialiste, dans laquelle la France avait été jetée par un gouvernement indigne, soutenu par un Parlement unanime, à l’exception des communistes, nous avons rempli notre devoir de politique révolutionnaire »

(1941. Thorez et Guitton. Lettre aux militants communistes)

« Le parti communiste français a combattu le traité de Versailles, l’occupation de la Ruhr et a défendu le peuple allemand contre les impérialistes alliés. »

(l’Humanité clandestine, février 1941)

L’Humanité clandestine du 6.2.1941 fait l’éloge de J. Rieu qui, en pleine guerre, en avril 1940, a dénoncé les fauteurs de guerre et combattu de toutes ses forces l’équipe Reynaud, alors au pouvoir.

Le parti communiste accuse Vichy de favoriser un mouvement secret de révolte:

« La racaille fasciste de Vichy mise sur l’Angleterre et l’Amérique »

(l’Humanité clandestine, 8.2.41)

« Les ploutocrates anglo-américains se font plus pressants; chacun essayant à nouveau d’entraîner la France dans une guerre impérialiste.

Les jeunes engagés (ceux qui passèrent à la France libre, N.D.L.R.) feront de la chair à canon pour les champs de bataille coloniaux où se disputent les impérialismes aux prises. »

(Humanité clandestine, 13.2.41)

M… POUR DE GAULLE

Le parti communiste est dans cette période, non seulement violemment antisocialiste, mais aussi violemment antigaulliste. Dans le premier numéro de l’Humanité publié après l’armistice (n°58 du 1° juillet 1940) on peut lire:

« Le général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City. Les Français répondent le mot de Cambronne à ces messieurs. »

Lorsqu’à la fin de mai 1941, les événements des Balkans, les entretiens de Darlan avec Hitler à Berchtesgaden et autres indices prouvent que la situation internationale est en pleine évolution, le parti communiste lance un appel à la constitution du Front National, mais en précisant qu’il réclame: « La poursuite résolue d’une politique de paix destinée à tenir la France hors du conflit (Cahiers du Bolchevisme, 2° et 3° trimestres 1941, p. 26) et met en garde le pays contre les bellicistes:

« Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l’envahisseur, placent à tort leurs espoirs dans le mouvement de Gaulle. »

Id. page 27:

De Gaulle a déclaré à la radio de Londres qu’il entendait rassembler tous les Français qui luttent pour la liberté. Or, ce Monsieur a fait partie de l’état-major de Gamelin, Weygand, et autres généraux jésuites qui, bien que renseignés sur les forces en présence, ont mené leurs soldats à la boucherie. De Gaulle poursuit sa carrière en Angleterre, où il est l’allié du gouvernement réactionnaire anglais, des lords et des banquiers. »

(Humanité clandestine, n°4, janvier 1941)

« Le mouvement des de Gaulle et des Larminat, foncièrement réactionnaire et antidémocratique ne vise à rien d’autre, lui aussi, qu’à priver notre pays de toute liberté en cas de victoire anglaise. »

(M. Thorez et J. Duclos, Humanité clandestine du 18 mars 1941, consacrée à l’anniversaire de la Commune).

CONTRE LES ÉTATS-UNIS

Jacques Duclos, en 1941, n’est pas moins catégorique:

« Expliquons-nous: la puissance qui, de l’autre côté de l’Atlantique, se couvre d’une carapace d’acier et qui va mobiliser pour la guerre le travail de ses concitoyens, dont les avions vont sillonner le ciel de l’Europe, quelle est-elle? Que représente-elle? Elle représente l’omnipotence des trusts, le pouvoir du capitalisme le plus évolué. C’est la direction de quelques familles oligarchiques qui descendent dans l’arène de la guerre. »

(Brochure n°3. L’impérialisme américain et la guerre mondiale. 5 mars 1941)

VII

JUIN 1941

Troisième tournant

En juin 1941, le Reich déclare la guerre à l’U.R.S.S.; immédiatement, nouvelle attitude des communistes. Ils deviennent antiallemands, gaullistes, proanglo-saxons.

Inutile de citer des textes, tout le monde les connaît.

***

DEUXIEME PARTIE

LE PROBLEME DE L’UNITE OUVRIERE

à suivre…


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