1947-04 La Commune de Varsovie [Zaremba]

Publié dans Les Cahiers Spartacus N°16, avril 1947

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ZYGMUNT ZAREMBA

ZYGMUNT ZAREMBA, un des principaux dirigeants du Parti Socialiste Polonais (P.S.P.), est né à Piotrkow en 1895. Dès 1911, il milite activement dans les organisations socialistes des jeunes. En 1912, il entre au parti socialiste (illégal: nous sommes au temps de tzar) et organise les ouvriers dans la banlieue de Varsovie. Son ardeur et son dévouement lui valurent d’être, en 1914, arrêté par la police russe et emprisonné. Ayant réussi, en 1915, à partir illégalement en Russie, il y prend part, en 1917, à la Révolution; il dirige le mouvement socialiste polonais d’Ukraine et en est délégué au Soviet de Kharkov.

En 1918, Zygmunt ZAREMBA rentre en Pologne et, en tant que représentant de la Section socialiste polonaise en Russie, il est élu au Comité central du Parti Socialiste, poste qu’il n’a cessé d’occuper jusqu’à la guerre.

Son activité dans le mouvement ouvrier polonais est multiple et des plus fertiles. Il dirige le journal officiel de la C.G.T. polonaise « LE SYNDIQUE ». En 1921, il se trouve à la tête de l’union des coopératives ouvrières de Pologne. De 1921 à 1939, il dirige les journaux socialistes, créant, entre plusieurs autres, l’hebdomadaire le plus lu en Pologne: LA SEMAINE OUVRIÈRE.

Député à la Diète de 1921 à 1935, date à laquelle les partis de gauche refusèrent de participer à la comédie parlementaire de la dictature Beck.

En septembre 1939, il organise des bataillons ouvriers pour la défense de Varsovie encerclée par les Allemands. Transformée en brigades ouvrières, ces bataillons joueront un rôle très important dans la lutte contre l’envahisseur hitlérien. En octobre 1939, il est avec M. NIEDZIALKOWSKI – peu après fusillé par les Allemands – un des quatre premiers membres de la Résistance. (Il doit bientôt également déplorer la mort de deux de ses vieux amis, les magnifiques militants du Bund Alter et Ehrlich, assassinés par les staliniens).

Lorsque l’État clandestin polonais s’organise, Zygmunt ZAREMBA devient membre du Conseil d’Unité Nationale et, à ce titre, un des dirigeants de l’insurrection de Varsovie. Pendant les cinq années de la Résistance polonaise, il est rédacteur en chef de la presse clandestine socialiste et, à partir de 1944, il dirige le journal l’OUVRIER (« Robotnik »), organe central du Parti Socialiste.

Actuellement il vit en France car il n’a plus aucune possibilité d’activité politique dans un pays asservi à Moscou. Nous sommes heureux de l’accueillir fraternellement parmi nos collaborateurs.

René LEFEUVRE

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Préface

Nous avons intitulé cette brochure LA COMMUNE DE VARSOVIE en souvenir du magnifique effort du peuple parisien et pour marquer la continuité historique de la lutte pour la liberté et la justice sociale. Cette lutte, le prolétariat de chaque pays la mène dans des conditions différentes, suivant la situation politique et le niveau de développement économique et social. Mais il est partout fidèle à sa ligne générale dont le socialisme est la vivante synthèse. Partout il fait preuve de dévouement et d’ardeur, témoignant de la force du courant historique qui, en dépit de tous les écueils, tend à réaliser de nouvelles formes de vie collective.

Au fur et à mesure que ce combat s’amplifie, un fait caractéristique apparaît: la classe sociale qui proclame la fraternité internationale des peuples, la solidarité de tous les travailleurs par delà les races ou les nationalités, cette classe, aux moments critiques, se place aux premiers rangs des combattants pour la liberté nationale. Plus encore: alors que les classes dirigeantes, impuissantes ou complices en face de la défaite, font à l’envahisseur de plates concessions, le prolétariat continue la bataille avec intransigeance. Ce fait, ne marque-til pas une ère nouvelle, un nouveau système de force. Un système dans lequel la classe ouvrière prend en charge l’intérêt matériel et moral du pays tout entier et joue le rôle prépondérant dans [la] vie nationale.

En héritant de ce rôle, la classe ouvrière lie indissolublement la cause de la liberté à celle de la transformation économique et sociale de la collectivité. C’est aux moments critiques que ce caractère de la lutte se révèle avec la plus grande netteté. C’est ainsi que la Commune de Paris fut la première manifestation de cette nouvelle forme de vie collective créée par les travailleurs.

Comme la Commune de Paris, l’Insurrection de Varsovie souleva l’enthousiasme des uns et la réprobation des autres. La réaction polonaise toute entière jeta l’anathème contre « ces criminels qui changèrent la capitale en décombres ». La Pologne possède aussi ses Thiers et ses Guizot. Mais, à côté d’eux, les dépassant dans la calomnie contre l’acte héroïque du peuple varsovien, apparut un élément nouveau, inattendu pour d’aucuns: le stalinisme.

En effet, alors que les Soviets projetaient de s’emparer de la Pologne pour en faire leur humble vassale, l’insurrection de Varsovie brouillait leur jeu perfide: la Pologne combattante, refusant de remplacer l’occupation allemande par celle de l’U.R.S.S., refusant d’entériner l’amputation territoriale dont Hitler paya la trahison soviétique de 1939, devait être présentée au monde comme une complice d’Hitler, libérée uniquement par les armées russes et leur devant obéissance. Aussi n’y a-til pas de calomnie dont les Soviets ne se fussent servis contre la Commune de Varsovie, soit directement, soit par le truchement de leurs agents polonais ou étrangers.

Ce phénomène mérite une attention particulière. N’y a-t-il pas une parenté frappante entre le communisme actuel qui revendique zones d’influence, conquêtes territoriales, transferts de population avec le droit de disposer de leurs demeures, et les principes gouvernementaux des Metternich et des Thiers, sinon des Mussolini et des Hitler?

La campagne de diffamation contre la Commune de Varsovie ne s’est pas limitée au territoire polonais. Les agents soviétiques la répandirent à travers le monde entier. Nous ne nous en étonnerons pas, car que reste-til d’autre à faire à ceux qui livrèrent Varsovie aux Allemands! Et qui furent pendant deux mois les témoins impassibles de la lutte surhumaine du peuple varsovien, ne lui accordant, sauf une propagande diffamatoire, aucune aide, pas même sous forme de défense anti-aérienne, pas même la moindre base d’atterrissage pour le secours aérien promis par les alliés occidentaux!

C’est par la calomnie, leur seule arme, qu’ils essaient de justifier l’attitude de l’Armée rouge qui, durant toute l’insurrection, campait à quelques kilomètres de Varsovie.

Pour avoir l’idée de la valeur de cette propagande, puisons à la source, citons une déclaration des plus autorisées, celle de Staline dans une interview accordée après l’étranglement de la Commune de Varsovie par les Allemands il allégua:

« Cette insurrection fut fomentée par des gens mal préparés au point de vue militaire et ne possédant pas un sens suffisant de la responsabilité. Dans sa marche vers l’Ouest, l’Armée Rouge en s’approchant des villes n’appelait jamais les habitants à l’insurrection » [1].

Il suffit de confronter cette affirmation avec les faits rapportés aux pages 18 à 22 de cette brochure.

Quant à la préparation militaire, prétendue insuffisante, elle n’a pas dû être si mauvaise puisqu’elle a permis aux insurgés – isolés du monde dans leur lutte – de tenir pendant 63 jours et de porter aux Allemands des coups sérieux.

Cette brochure a été écrite sur le vif, lors des combats de l’insurrection et rédigée définitivement depuis que j’ai quitté Varsovie.

Nous ignorions alors qui sortirait sain et sauf de ce brasier de feu et de sang et comment. Nous désirions néanmoins conserver un témoignage véridique de notre lutte et le transmettre à la collectivité

L’initiative de cet ouvrage est due au Comité du Parti Socialiste de la région varsovienne. Ayant entrepris cette tâche dans ces conditions, sans avoir le recul nécessaire, sans pouvoir envisager l’ensemble des événements, ce recueil ne peut être qu’une modeste contribution. Mais une contribution utile, car il donne un tableau exact des faits dont l’auteur a été témoin.

Au fur et à mesure de la rédaction de cette brochure, les feuilles dactylographiées furent remises à des amis, qui se chargèrent de les transmettre hors de Varsovie et de les déposer en lieu sûr.

La première édition, tirée à 800 exemplaires ronéotypés, a paru peu après la chute de Varsovie, par les soins d’un groupe de camarades œuvrant dans des conditions particulièrement difficiles pendant la dernière période de l’occupation allemande. Elle fut répandue immédiatement. D’autres tirages mis en circulation ont complété cette première édition à 1.500 exemplaires.

La soif de connaître l’histoire de cette lutte héroïque nécessita une deuxième édition. Le besoin en fut d’autant plus grand que la propagande communiste essayait, par mensonges et calomnies, et de salir la lutte pour l’indépendance, et de couvrir la responsabilité de ceux qui avaient condamné [de] Varsovie à l’anéantissement.

En juin 1945, le Parti Socialiste Polonais a fait, dans son imprimerie clandestine, une deuxième édition intitulée « L’Insurrection d’Août ». Elle fut diffusée à plus de 3.000 exemplaires.

Une édition en langue polonaise imprimée et illustrée de nombreuses photos et documents vient de paraître à Londres, et circule maintenant dans le monde.

Nul n’est encore en mesure d’écrire l’histoire de l’Insurrection. Il est cependant nécessaire de faire connaître à nos compatriotes et aux étrangers l’ensemble des événements imprégnés d’héroïsme et qu’une propagande intéressée veut discréditer par tous les moyens. L’importance historique du soulèvement de Varsovie exigera d’autres études plus détaillées. Ici, je n’introduis pas de modifications au texte initial. Je me borne uniquement à ajouter quelques notes complémentaires, en me servant d’un recueil de documents publiés par M. André Pomian.

Après la parution des deux premières éditions on m’a reproché de n’avoir pas assez mis en relief le rôle et les mérites des groupements et des individus. Je m’en suis abstenu, non seulement par des vieilles habitudes nées dans l’illégalité, mais aussi de crainte d’être incomplet. En effet, je n’aurais pu mentionner tous ceux qui se sont distingués par leur courage à toute épreuve.

Je n’ajoute qu’un chapitre nouveau relatif aux bases idéologiques de l’Insurrection. Je ne cite aucun nom. Le moment n’est pas venu de tout dire.

La brochure sort telle qu’elle a été conçue, témoignage d’un homme qui, placé au centre même des événements, a vu et vécu les 63 jours de la Commune de Varsovie.

Sans prétendre au titre d’historien, je puis toutefois témoigner de ce que fut l’Insurrection varsovienne, et de ce qu’elle restera dans la mémoire du peuple polonais.

Paris, janvier 1947.

La Commune de Varsovie

I

L’ORAGE APPROCHE

Nous sommes en juillet 1944. Les troupes soviétiques approchent des frontières orientales de la République polonaise puis les dépassent dans le rayon Rokitno-Sarny, à la hauteur de Pinsk. L’insurrection nationale contre les Allemands devient imminente car depuis le début de l’activité résistante le mouvement polonais se prépare à l’action armée contre l’occupant. Il ne peut ni ne veut rester un témoin passif de la guerre qui se déroule sur le territoire national. Cependant, la concentration de grandes forces allemandes en Pologne rend impossible une action armée s’étendant au pays entier. Aussi le commandement politique et militaire clandestin se prononce-t-il, en étroite liaison avec le gouvernement polonais de Londres, pour une tactique d’engagements locaux limités aux régions avoisinant le front.

L’Armée Clandestine (A.K.) reçoit l’ordre de harceler les Allemands. Elle ne doit sortir de la clandestinité qu’après le repli du gros de l’armée ennemie, quand le relâchement du contrôle permettra de regrouper des unités plus importantes. Comme suite à cette décision, « l’époque d’orage » est proclamée entraînant une forte action de diversion contre l’armée allemande, dans le but de paralyser ses unités combattantes. déclanché dans la province de Volynie, « l’orage » s’étend bientôt à d’autres régions où les forces nazies batttent en retraite.

Les organismes polonais de la Résistance reçoivent ordre de sortir de la clandestinité et de se faire connaître à l’Armée Rouge, dès que celle-ci entre sur notre territoire. On prévoit également que les éléments polonais pourront offrir aux pouvoirs soviétiques de collaborer à l’administration civile : L’Armée clandestine se placerait sous les ordres de l’État major soviétique à condition que celui-ci reconnaisse son indépendance et sa liai¬son avec le commandement suprême polonais. Elle est toute prête à coopérer avec l’Armée Rouge sous les ordres de l’État major soviétique.
Tel est le plan du gouvernement de la Pologne combattante en prévision de nouvelles batailles sur les terres polonaises. Nous désirons prendre part à la lutte d’une façon efficace, sous nos propres drapeaux, en coopération amicale avec l’U. R. S. S. Mais nous comprendrons bientôt que l’U.R.S.S. qui avance sur le territoire de la République, ne veut pas renoncer au cadeau territorial offert par Hitler en 1939 en récompense des facilités accordées à l’Allemagne pour envahir la Pologne, la France et d’autres pays européens. « L’orage » facilite considérablement l’avance des troupes soviétiques vers l’ouest, surtout dans les régions de Wilna et de la Volynie. Cependant il n’apporte pas le résultat attendu des Polonais, faute d’une action concertée des forces polonaises et russes. Les unités de l’Armée Clandestine remportent de magnifiques victoires sur l’ennemi dans plu¬sieurs batailles importantes. Après quoi, l’armée «alliée» les désarma et les supprime. L’U.R.S.S. a décidé de ne pas reconnaître le gouverne¬ment polonais légal, de ne pas tolérer l’existence de l’Armée clandestine. Elle la remplace d’ailleurs immédiatement par les « formations polonaises Berling » qui lui sont entièrement soumises. La situation se complique d’une manière tragique. La guerre, qui se déroule sur le territoire polo¬nais, cesse d’être le signal d’une levée générale en masse, d’une lutte spontanée de toute la nation pour sa liberté. La guerre se transforme du coup en un complot politique opposant la tendance polonaise qui veut la reconstruction de la République dans son indépendance politique et la tendance’ russe asservie à la politique soviétique et prête à céder les territoires orientaux de la Pologne, et a subir toutes les servitudes.
Le gouvernement et ses organismes créés dans la clandestinité, conscients de leur juste cause, représentent l’idée d’un État polonais indépendant.
Cependant le gouvernement soviétique, voulant saper l’autorité des pouvoirs polonais légaux et détruire les organismes indépendants, mobilise d’abord les unités Berling, et un Conseil National communiste, ensuite le Comité de Libération Nationale venu de Moscou en 1944 et dit de Lublin, entièrement asservi à l’U.R.S.S., appuyé par elle et reconnu comme représentation officielle de la nation polonaise.
Cet enchevêtrement de tendances contradictoires aura une répercussion désastreuse sur le dénouement de l’insurrection d’aôut 1944.

II

LE 1er AOUT 1944

En juillet 1944 les troupes soviétiques avancent donc vers Varsovie., Les Allemands se replient dans un désordre croissant sur la rive gauche de la Vistule. Au cours de la dernière décade du mois de Juillet des foules innombrables massées dans les rues de Varsovie suivent du regard d’étranges caravanes. Dans des charrettes tirées par de minables chevaux s’entassent mobiliers et objets hétéroclites. Les soldats qui conduisent les convois, hâves et déguenillés, trahissent une extrême fatigue. Bans des camions et tombereaux . stationnant devant les maisons réquisitionnées à Varsovie par l’armée d’occupation, les Allemands chargent en hâte des biens pillés. Avant d’évacuer la capitale, ils essaient d’emporter le maximum de butin.
A la vue de ce dernier acte de pillage, la population serre les poings. On se demande dans la foule : « Pourquoi n’attaquons-nous pas ? Pourquoi laissons-nous partir impunément ces brigands ? »
La jeunesse bout, impatiente de passer à l’action. Chacun veut que nous ne restions pas les témoins passifs d’un départ impuni, que nous frappions les hitlériens.
En attendant, les Allemands se sont retranchés dans Varsovie comme dans une forterresse. Tout immeuble qu’ils occupent est transformé en fortin. Aux points stratégiques de la capitale, ils construisent des blokhaus en béton destinés aux mitrailleurs et pouvant tenir en respect d’importants secteurs.
Les Polonais ont peu d’armes. Les unités de l’Armée Clandestine ne disposent que de quelques mitraillettes et de quelques carabines par section et, tout au plus d’une grenade par soldat. De nombreuses unités ne possèdent pas même cet armement. Prendre à l’arme blanche des centres allemands fortifiés, dispersés dans la ville, présente une tâche peu faciles qui exige une tactique prudente et habile.
Se rendant compte de l’état d’esprit général, les Allemands ordonnent Sa mobilisation de 100.000 jeunes Polonais pour fortifier les faubourgs de Varsovie. Personne ne se présente aux rassemblements. Des représailles s’annoncent menaçantes. L’atmosphère devient de plus en plus fiévreuse :

« Pourquoi attendre? Attaquons avant qu’ils ne puissent nous rafler et nous déporter! » dit-on de tous côtés.

Que la puissance nazie se désagrège, cela ne fait plus aucun doute: mais cela provoque par contrecoup un certain relâchement de la discipline dans les organisations illégales. Quelques essais de mobilisation de l’Armée Clandestine augmentent encore les risques de représailles. Toute imprudence peut compromettre le bénéfice d’une conspiration de cinq années.

Telle était la situation lorsque les troupes soviétiques s’emparèrent de la banlieue de Varsovie. Le samedi 29 juillet elles arrivent à Otwock (lieu de villégiature à 20 km. de Varsovie). Le dimanche elles occupent Swider, et se dirigent vers Anin. Elles sont déjà à Milosna à 10 km. de Varsovie; elles prennent Wolomin et Radzymin. De fortes unités soviétiques atteignent, à Jeziorna, la rive gauche de la Vistule. Chaque nuit, l’aviation soviétique illumine Varsovie de fusées éclairantes et bombarde les objectifs militaires allemands à Praga et dans la partie est de Varsovie. L’armée allemande ne cesse de reculer. La nuit, des bataillons de la Wehmacht, hâves, déguenillés, traversent Varsovie – témoignage de la défaite allemande.

C’est dans cette atmosphère que l’action est ordonnée et l’heure W (Wolnosc – Liberté – ) fixée au 1er août à 17 heures.

A l’heure dite, les unités de l’Armée clandestine se rassemblent aux endroits désignés. Chaque groupe a une tâche définie à remplir.

Dès 16 heures les bataillons commencent. A Zoliborz, où les Allemands se sont aperçus plus tôt des préparatifs, le combat se déclenche vers 15 heures. C4est le seul cas où la surprise ne nous a pas servis. Partout ailleurs nous avons l’initiative de l’action, ce qui compense, partiellement, l’insuffisance de notre armement. La hardiesse de l’attaque, la barvoure de nos combattants font le reste.

Dans de nombreux postes allemands pris au début de l’insurrection, nous trouvons des armes et des munitions qui nous permettent de renforcer et d’étendre nos attaques. D’autres centres de défense allemands tombent l’un après l’autre. Ce que nous avions escompté se produit: nous combattons les Allemands avec leurs propres armes. L’Insurrection éclate comme une flamme puissante.

III

Journées d’euphorie

Le peuple entier de Varsovie est au combat. Il arrache les emblèmes nazis exécrés et hisse les drapeaux polonais sur les bâtiments publics. Avec quelle joie la capitale contemple les drapeaux à deux couleurs flottant de nouveau sur l’Hôtel de Ville et sur la poste centrale. Ils symbolisent nos aspirations de cinq années, le miracle de la libération et la victoire sur une force puissante qui faisait trembler le monde. L’énorme pierre tombale dont Hitler voulait écraser la Pologne est rejetée. Un enthousiasme fou s’empare de la population. Les femmes, les enfants même se mêlent aux combattants. Chacun désire participer activement à la lutte. Et celui qui, faute d’armes, ne peut se battre, élève les barricades, aide à ravitailler les soldats, s’occupe du service de santé, s’emploie à éteindre les incendies, ou bien s’engage dans la D.C.A. Un million de coeurs bat d’un rythme commun. Ce million de coeurs puise dans ce premier succès la foi en la victoire finale.

Après huit jours de combat les Allemands ne sont plus maîtres que de certains faubourgs et de quelques fortins dispersés. Bien équipés en armes motorisées, ils ne pouvaient pas être chassés ou pris du premier coup. Mais les arrondissements du Nord s’étendant de la Citadelle et des Fortifications, jusqu’à l’ancien ghetto, à l’ouest forment une agglomération entièrement aux mains des Allemands qui tiennent également certains secteurs de la partie sud de la capitale et contre-attaquent: Des immeubles hâtivement transformés par les insurgés en centres fortifiés, doivent après une défense héroïque, céder finalement devant la force. Sans discerner entre combattants et non combattants, les Allemands déciment la population du quartier conquis. Les habitants subissent les représailles les plus cruelles. Rassemblés sur des places publiques, ils sont terrorisés, torturés, les femmes violées. Ceux que l’on ne fusille pas immédiatement sont menés au camp de Pruszkow (banlieue de Varsovie), d’où on les envoie, soit pour les travaux en Allemagne, soit aux camps de concentration. A l’exception des bâtiments qu’ils habitent, les Allemands brûlent toutes les maisons, jusqu’aux caves.

Praga, où l’Insurrection, étouffée dès le début, échoue, reste aux mains de l’ennemi, ainsi que les ponts qui relient ce faubourg à Varsovie. Sur les terrains du centre de la capitale conquis par les Polonais, l’ennemi garde nombre d’importantes positions qui paralysent l’action des insurgés sur un espace assez étendu. Ce sont les bâtiments de la Monnaie, de l’Université, du central téléphonique, de la banque d’économie nationale, du lycée Ste-Edwige, et de la caserne de gendarmerie.

Ces fortins allemands au cœur même de la ville entravent la liaison entre les positions des insurgés, empêchent d’organiser la vie de la capitale libérée. Il faut les liquider le plus rapidement possible. Aussi, tous les efforts de la population et de l’Armée Clandestine se concentrent-ils sur cette tâche: Pour défendre les rues dans les secteurs pris sous le feu de l’ennemi, les habitants élèvent des barricades et creusent des passages souterrains. Puis commence le siège des centres ennemis fortifiés. C’est alors que se produit une chose extraordinaire. Des retranchements allemands, abondamment équipés d’armes et de munitions, ravitaillés par tanks et avions, se rendent successivement aux unités polonaises faiblement armées. La Monnaie se rend, la caserne de gendarmerie tombe. Le lycée Ste-Edwige et l’immeuble de l’Y.M.C.A. sont pris d’assaut. Chacun de ces bâtiments devient une forteresse entre nos mains. Chaque succès accoît l’enthousiasme des masses qui y voient l’annonce de la victoire.

Quelles preuves d’invention et d’initiative ne donne-t-on pas au cours de ces luttes! Les armes – celles que nous possédons et celles que nous venons de conquérir – demandent de fréquentes réparations. Immédiatement se créent des ateliers d’armuriers qui fabriquent par surcroît des pistolets automatiques. Bientôt s’ouvrent d’autres ateliers qui sortent en série des grenades, nommées « philipines ». La grande pénurie de matière explosive exige une extrême économie. On ramasse tous les engins… qui n’ont pas explosé, en vue de les utiliser pour nos grenades. Ces premiers « parachutages »… d’origine ennemie nous rendent l’arme la plus répandue dans la lutte contre les tanks; elle remplace avantageusement les grenades lors de la prise des fortins ennemis.

Même l’innocent pulvérisateur de jardinier, savamment transformé par l’insurgé, lance des flamme à 20 mètres de distance. Ce modeste engin à insectes chasse les Prussiens de plus d’une position. Sur le mode antique des catapultes montées au moyen de cordes et de vieilles enveloppes d’auto projètent des grenades à une grande distance. Le courage et l’enthousiasme sont l’arme la plus importante de l’insurgé varsovien.

IV

Sous le feu des attaques allemandes

[à suivre]

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Voir aussi le site en anglais:

warsaw-ruins-1948.jpg
Membres de Tsukunft, jeunesses du Bund, dans les ruines du ghetto de Varsovie (1948)
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4 Réponses to “1947-04 La Commune de Varsovie [Zaremba]”

  1. Daniel Gaido Says:

    Thanks for this. Any chance that you could post the scan of the original brochure?

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  2. Daniel Gaido Says:

    The Italian version is available online here: Zygmunt Zaremba, La verità sull’insurrezione di Varsavia nel 1944 (Edito a cura del Partito Socialista Polacco in Italia, Roma [1946])
    http://www.aptresso.org/biblioteca/zygmunt-zaremba-la-verit-sullinsurrezione-di-varsavia-nel-1944-1946910

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  3. Daniel Gaido Says:

    Zygmunt Zaremba, La verità sull’insurrezione di Varsavia nel 1944 (Edito a cura del Partito Socialista Polacco in Italia, Roma [1946])
    http://www.aptresso.org/biblioteca/zygmunt-zaremba-la-verit-sullinsurrezione-di-varsavia-nel-1944-1946910

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