1950-08 Contre les deux blocs, pour le socia­lisme [UOI]

Pendant que les deux puis­san­ces qui écrasent le monde, tuent tous les jours des cen­tai­nes d’hommes, se dis­pu­tent et rasent la Corée, leurs ser­gents recru­teurs cher­chent à convain­cre le monde des vertus paci­fis­tes, démoc­ra­tiques ou socia­lis­tes de l’uni­forme qu’elles offrent avant de l’impo­ser. Mais, dans leur majo­rité, les hommes, sans dis­tinc­tion de race ni de natio­na­lité, mép­risent les lita­nies de [la] pro­pa­gande, trop usées depuis 1914, répudient et haïssent la guerre, car ils savent que les deux camps, quel que soit le vain­queur, assom­bris­sent l’avenir. Cependant, tout le monde, prolét­aires, paysans exploités et intel­lec­tuels non vendus, se laisse conduire à la guerre avec un fata­lisme et une résig­nation dignes des saints les plus banals. Mais les saints du chris­tia­nisme croyaient au moins à leur dieu, tandis qu’aujourd’hui les hommes et les clas­ses dont l’action serait déci­sive pour l’avenir immédiat du monde, loin de voir un sau­veur dans la Russie ou les Etats-Unis, les mép­risent pareille­ment. Cette pas­si­vité-sui­cide qui laisse la voie libre aux pro­mo­teurs de la guerre, doit cesser. Opposée à la guerre pour plus des trois quarts, l’huma­nité pour­rait l’empêcher si elle le vou­lait, mais à condi­tion de pren­dre réso­lument l’ini­tia­tive et de tarir la source même de la menaç­ante hécat­ombe.

Dans chaque pays, on ne manque pas d’un nombre suf­fi­sant d’hommes pour faire les pre­miers pas. Les choses en sont arrivées à un point où l’homme du commun, à Paris aussi bien qu’en Corée, à New York ou à Moscou, est acculé à cette alter­na­tive : se battre et périr par dizai­nes de mil­lions en détruisant la civi­li­sa­tion et le monde pour le lais­ser au pou­voir de Moscou ou de Washington, ou bien se battre, dès main­te­nant, contre la guerre et les puis­san­ces qui l’engen­drent. Le choix ne fait pas de doute ; mais il faut passer à l’action sans tarder. En face des intérêts pour­ris du Kremlin et de la Maison-Blanche, l’écras­ante majo­rité de l’huma­nité doit trou­ver le chemin de la paix et de la concorde entre les peu­ples, qui ne sau­rait exis­ter sous les régimes d’exploi­ta­tion.

Les prét­extes mêmes de la guerre de Corée, comme de la guerre géné­rale que cou­vent les chan­cel­le­ries et l’ONU, sont faux jusqu’au gro­tes­que. De la Corée du Nord ou de la Corée du Sud, de la Russie et ses flics ou des Etats-Unis et ses cour­tiers, qui est l’agres­seur ? Qui sauve le peuple coréen de l’oppres­sion ? Les ruines de Corée crient la rép­onse. En réalité, le seul atta­qué est le peuple coréen. Etats-Unis et Russie se l’étaient par­tagé comme butin de guerre par le 38e parallèle, Etats-Unis et Russie sont en train de le sauver à coups de canon.

Si le peuple coréen est la seule vic­time réelle et digne de déf­ense, n’empêche qu’un des deux impér­ial­ismes en lutte a pris l’ini­tia­tive des hos­ti­lités. Et, à notre époque où tous les concepts et même les mots ont été avilis, les idées les plus élém­ent­aires retrou­vent tout leur prin­cipe actif. Les révo­luti­onn­aires doi­vent le dire et non pas le cacher : comme en 1914 et en 1939, et comme il arri­vera (sauf révo­lution) une fois de plus dans le siècle, le pre­mier coup de canon a été déli­bérément tiré en Corée par l’impér­ial­isme le plus affamé. L’impér­ial­isme repus, bien adossé à ses rés­erves mon­dia­les, aspire spi­ri­tuel­le­ment à une diges­tion paci­fi­que. Oui, Moscou a atta­qué Washington en Corée, Moscou a déchaîné la guerre en Asie. Et il l’a fait avec toutes sortes de cir­cons­tan­ces aggra­van­tes, en se dis­si­mu­lant der­rière l’appel de Stockholm et au nom d’une lutte contre l’impér­ial­isme qui masque sa propre cause archi-impér­ial­iste. Cependant, le prolé­tariat et spéc­ia­lement les révo­luti­onn­aires com­met­traient une erreur peut-être fatale pour l’avenir de l’huma­nité si, du fait indén­iable de l’agres­sion russe ou du men­songe et du tota­li­ta­risme hor­ri­ble consub­stan­tiel au sta­li­nisme, ils déd­uisaient une nécessité d’appuis sous quel­que forme que ce soit, direct ou indi­rect, com­plet ou mitigé et cri­ti­que, à l’impér­ial­isme amé­ricain.

De même que l’appel sta­li­nien de Stockholm « pour la paix », le sca­pu­laire de la « lutte contre l’agres­sion » dont chaque camp cher­che à s’affu­bler, ne sert qu’à édifier des caser­nes. En effet, l’agres­sion n’est que le pre­mier coup de feu, mais les causes de la guerre sont aussi bien chez l’assailli que chez l’assaillant ; non pas chez eux isolément, mais chez eux en tant que chefs de file de deux frag­ments du même monde capi­ta­liste. À tra­vers ses mul­ti­ples va-et-vient colo­niaux et com­mer­ciaux, ses crises et ses guer­res, tirant avan­tage des nom­breu­ses révo­lutions ratées ou tra­hies, le capi­ta­lisme mon­dial, depuis plus d’un siècle, se pola­rise en sec­teurs de moins en moins nom­breux et de plus en plus différ­enciés. La der­nière guerre, en anni­hi­lant pour toujours les espoirs de supré­matie des capi­ta­lis­mes alle­mand, ita­lien et japo­nais, en les sou­met­tant à un régime de semi-colo­nies, a pro­vo­qué également la chute bru­tale de la France et de l’Angleterre au rang de puis­san­ces secondai­res. Les orbi­tes et les systèmes ont fermé leur cycle. Deux puis­san­ces sont main­te­nant maîtr­esses uni­ver­sel­les, révérées par leurs Quisling res­pec­tifs. Les satel­li­tes rece­vront un trai­te­ment de plus ou moins grande faveur et réus­siront par­fois, dans de rares cas, comme Tito, à chan­ger d’astre, mais en aucun cas leur qua­lité de satel­li­tes. Les de Gaulle et les Churchill savent si bien que leurs fan­fa­ron­na­des chau­vi­nes sont condamnées d’avance à l’impuis­sance qu’ils n’y recou­rent que pour arra­cher des conces­sions à leur chef de file.

En der­nière ins­tance, le pro­ces­sus mon­dial de l’évo­lution ne fait que tra­duire le total des pro­ces­sus natio­naux de concen­tra­tion du capi­tal en un nombre de mains de plus en plus réduit, jusqu’à arri­ver à l’Etat comme capi­ta­liste abs­trait et idéal. Ainsi, ce qui pousse la Russie contre les Etats-Unis et les Etats-Unis contre la Russie, en main­te­nant une insup­por­ta­ble menace sur l’huma­nité, c’est la poussée auto­ma­ti­que du capi­tal vers un très petit nombre de maîtres et fina­le­ment vers les pri­vilégiés d’un seul pays. Cependant, l’huma­nité labo­rieuse ne jouit même pas de la moitié des fruits de son tra­vail. Les quan­tités astro­no­mi­ques de riches­ses ainsi accu­mulées sont consommées, ou détournées vers des objec­tifs de guerre, pour la domi­na­tion du capi­tal mon­dial, par un petit nombre de pri­vilégiés de tous les pays, depuis les finan­ciers amé­ricains et les poten­tats ou nat­chal­niks russes, jusqu’aux bour­geois et sta­li­niens de chaque nation, sans parler de la mép­ri­sable tourbe d’amis et de pro­pa­gan­dis­tes res­pec­tifs. En fin de compte, l’exploi­ta­tion des trois quarts des habi­tants de la Terre se mesu­rera-t-elle en dol­lars ou en rou­bles ? De là, la guerre de Corée, la menace qui pèse sur l’Allemagne occi­den­tale, la Yougoslavie, la Turquie, la menace d’une guerre géné­rale.

Il n’y a pas d’autre raison de confla­gra­tion. Truman et Staline, sym­bo­les des deux blocs, pré­parent la guerre pour l’exploi­ta­tion des peu­ples et leur paix ne pour­rait être établie que par un accord sur la dis­tri­bu­tion des divi­den­des et le par­tage des zones d’influence. À quel­que règ­lement qu’ils arri­vent en Corée, ce sera tou­jours aux dépens des Coréens et en lais­sant sus­pen­due sur nos têtes la menace de la Troisième Guerre mon­diale. Si, demain, ce danger recu­lait pour quel­ques années grâce à un nou­veau Munich ou à un nou­veau Potsdam, pro­fi­ta­ble à Moscou ou à Washington, l’inter­valle de paix serait beau­coup plus court qu’entre le traité de Versailles et la crise du cou­loir polo­nais. La domi­na­tion mon­diale incontes­ta­ble et la guerre pour l’impo­ser sont insé­pa­rables de la suprême concen­tra­tion impér­ial­iste du capi­tal dans laquelle la Russie de Staline s’est engagée avec la rapa­cité exaspérée du der­nier venu. Si l’on ne veut pas que la lutte pour la paix faci­lite la domi­na­tion mon­diale d’un des deux blocs, il faut s’atta­quer à la racine même du mal : le système éco­no­mique qui pro­duit la guerre, ali­mente les armées et les arme­ments mons­trueux, main­tient les fron­tières et l’exploi­ta­tion de l’immense majo­rité des hommes.

Aucun des deux camps, il est vrai, n’est à court de sor­net­tes. Le bour­rage de crânes des Etats-Unis, c’est la déf­ense de la démoc­ratie contre l’inva­sion tota­li­taire ; celui de la Russie, la déf­ense du socia­lisme contre l’encer­cle­ment capi­ta­liste. Mensonge gros­sier de part et d’autre, simple appel à la mort stu­pide et catas­tro­phi­que pour la marche de la civi­li­sa­tion, de cin­quante ou cent mil­lions d’hommes. Assez de bour­rage de crânes.

À part une poi­gnée de sta­li­niens fana­ti­ques et une autre de bour­geois éga­lement arriérés et obtus, seuls des indi­vi­dus cor­rom­pus jusqu’à la moelle voient aujourd’hui le socia­lisme dans le régime russe. Bien avant la der­nière guerre, la révo­lution de 1917 et ses auteurs avaient été exter­minés. Le stalinisme, expres­sion poli­ti­que et éco­no­mique de la contre-révo­lution, a imposé un capi­ta­lisme d’Etat dont la bru­ta­lité et l’obs­cu­ran­tisme font pâlir toutes les tyran­nies prés­entes et passées. Le « plan quin­quen­nal » est tout entier basé sur l’avi­dité exploi­trice des nou­veaux maîtres, les nat­chal­niks, comme ceux d’en bas les appel­lent avec mépris. C’est le plan qu’impo­se­raient les cin­quante ou cent capi­ta­lis­tes les plus cupi­des et réacti­onn­aires de n’importe quel pays, s’ils avaient, comme la bande de Staline, pou­voir absolu sur l’éco­nomie, la lég­is­lation et la police.

Une moyenne de quinze mil­lions de forçats sont néc­ess­aires en per­ma­nence pour attein­dre les pré­visions d’une pro­duc­tion des­tinée en majo­rité à la guerre. Les procès pour « espion­nage » et « sabo­tage » et les mil­lions de condam­na­tions admi­nis­tra­ti­ves n’ont d’autre objet que de cou­vrir les prévisions du plan en matière de dét­ention, en vue d’attein­dre les pré­visions éco­no­miques. De son côté, le prolé­tariat, for­mel­le­ment libre, est contraint par la loi de tra­vailler sur le lieu et pour le salaire que le gou­ver­ne­ment lui impose. Il manque tota­le­ment des droits de parole, de réunion, de grève et d’orga­ni­sa­tion. En Russie, l’exploi­ta­tion a été portée à des extrêmes com­pa­ra­bles à ceux atteints dans les anciens régimes colo­niaux et pis encore. L’encer­cle­ment capi­ta­liste existe, oui, mais c’est le Kremlin qui le main­tient, par la ter­reur sur le prolé­tariat de Russie et des pays qu’il occupe. Se battre pour ce régime ? Jamais ! Et l’on peut être cer­tain que le prolé­tariat ne le fera que le revol­ver sur la nuque. C’est un devoir et une néc­essité très urgente pour les révo­luti­onn­aires du monde entier que de l’aider à retour­ner ses armes contre la nou­velle caste d’exploi­teurs de Staline et ses dis­ci­ples. Mais ce serait une vile trom­pe­rie que de prét­endre y par­ve­nir en sou­te­nant l’impér­ial­isme amé­ricain comme un moin­dre mal.

Non moins fal­la­cieuse est, en effet, la déf­ense de la démoc­ratie prônée par le bloc yankee. Ses Singman Rhee lui don­nent un dém­enti aussi caté­go­rique qu’à Staline ses Gottwald, ses Kim Ir Sen et son propre per­son­nage. Les trom­peurs vou­draient que les mil­lions d’hommes des­tinés à servir de chair à canon soient dépo­urvus de mém­oire.

Rappelons donc qu’en Russie le tota­li­ta­risme sta­li­nien est venu à bout de toutes les oppo­si­tions révo­luti­onn­aires, avec la com­plai­sance et l’appui de Londres, Paris et Washington. Depuis l’assem­blée de Genève où Chamberlain deman­dait à Staline la tête de Trotsky comme condi­tion préa­lable à toute entente, jusqu’à la séance du Parlement bri­tan­ni­que où Churchill jubi­lant annonçait l’écra­sement de la révo­lution sociale en Grèce avec l’aide du Kremlin, la soli­da­rité de classe des vieux impér­ial­ismes occi­den­taux avec l’impér­ial­isme mos­co­vite nais­sant n’a pas failli chaque fois qu’il s’est agi de repous­ser la révo­lution.

Rappelons encore l’Espagne où le Kremlin, applaudi et appuyé par Londres, Paris et Washington, a détruit la révo­lution avec ses pro­pres hommes. L’« Occident démoc­ra­tique » n’a eu vent du tota­li­ta­risme russe et n’a dénoncé ses camps de concen­tra­tion qu’à l’heure où le dis­po­si­tif mili­taro-poli­cier de Moscou (rés­ultat de l’ané­ant­is­sement du prolé­tariat), une fois délivré du danger révo­luti­onn­aire, bien retran­ché dans son immense glacis, et fai­sant fi des mar­chan­da­ges de Téhéran et de Potsdam, entre­prit l’atta­que des posi­tions amé­ric­aines. Le valet, qui, pen­dant trente ans, a empêché toutes les révo­lutions au béné­fice des démoc­rates occi­den­taux, sans autre but appa­rent que de les gagner à une alliance mili­taire, est devenu leur égal, leur redou­ta­ble égal. Le Kremlin aspire main­te­nant à jouir lui-même des fruits de son œuvre antiré­vo­luti­onn­aire, non plus à l’éch­elle d’un glacis que ceux d’en face sont dis­posés à lui aban­don­ner, mais à l’éch­elle mon­diale. C’est alors que le monde occi­den­tal met en avant sa démoc­ratie et les camps de Sibérie.

L’Orient et l’Occident ne sont pas deux systèmes éco­no­miques et idéo­lo­giques de nature sociale opposée et incom­pa­ti­ble. Capitaliste est le régime américain, et capi­ta­liste le régime russe. Entre l’un et l’autre, les différ­ences sont quan­ti­ta­ti­ves et en aucune manière qua­li­ta­ti­ves. La Russie n’est qu’un seul trust capi­ta­liste où les bour­geois n’exis­tent pas au sens tra­di­tion­nel de ce terme, bien que les magnats russes aient un train de vie en tous points com­pa­ra­ble à celui de n’importe quel mil­lion­naire « occi­den­tal » et acca­pa­rent un plus grand des­po­tisme poli­ti­que direct.

Aux Etats-Unis, un grand nombre de petits et moyens pro­priét­aires sont soumis à un groupe res­treint de grands trusts dont le gou­ver­ne­ment de Washington est l’expres­sion par­le­men­taire. Si, en Russie, la tri­nité nuclé­aire du Bureau poli­ti­que – Staline, Malenkov, Molotov – décide dictatorialement de tout, aux Etats-Unis, soixante famil­les mani­pu­lent à leur guise l’éco­nomie – pas seu­le­ment l’amé­ric­aine – et dét­er­minent, grâce au mécan­isme domes­ti­qué de la démoc­ratie bour­geoise, la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale.

Sur la base d’un dével­op­pement capi­ta­liste inférieur à celui du bloc amé­ricain, la Russie a une plus grande cen­tra­li­sa­tion éco­no­mique et par conséquent poli­cière. En réalité, le système russe marque un abou­tis­se­ment de l’évo­lution géné­rale du capi­ta­lisme des trusts en capi­ta­lisme d’Etat. Les exi­gen­ces antiré­vo­luti­onn­aires du sta­li­nisme ont accéléré son dével­op­pement dans ce sens, de même que, de leur côté, les condi­tions pri­vilégiées du dével­op­pement du capi­ta­lisme occi­den­tal ont permis à ce der­nier de conser­ver cer­tai­nes formes cons­ti­tu­tion­nel­les.

Mais la démoc­ratie amé­ric­aine tant vantée, ou plus géné­ra­lement, la démoc­ratie bour­geoise, là où elle existe, est, par rap­port à la liberté de l’homme, une trom­pe­rie aussi nauséab­onde que la pro­priété éta­tique par rap­port au socia­lisme. Ni l’exis­tence de cer­tains droits élém­ent­aires niés en fait par l’orga­ni­sa­tion sociale, ne représ­ente la liberté, ni l’inter­dic­tion de posséder des indus­tries comme capi­tal privé ne cons­ti­tue le socia­lisme. Indépendamment du fait que les Etats-Unis ne vont pas à la guerre pour la démoc­ratie mais pour la dic­ta­ture éco­no­mique et poli­ti­que sur le monde, les libertés bour­geoi­ses qui res­tent dans cer­tains pays – très rares – sont de plus en plus res­trein­tes et fic­ti­ves. Par ailleurs, le grand pro­blème de notre époque, sur le plan poli­ti­que, consiste à attein­dre la démoc­ratie effec­tive, celle des pro­duc­teurs en pos­ses­sion des ins­tru­ments de tra­vail, de même qu’il consiste, sur le plan éco­no­mique, à attein­dre le socia­lisme. Là où sub­siste une liberté, si étr­oi­tement bour­geoise qu’elle soit, elle doit être employée à empêcher la guerre et à se battre contre le régime qui l’engen­dre.

Démocratie et socia­lisme se déf­endent par la révo­lution sociale, jamais par la guerre impér­ial­iste. Loin d’être un motif de confla­gra­tion mon­diale, ils cons­ti­tuent la plus urgente et la plus pro­fonde raison de se rév­olter éga­lement contre Moscou et Washington, en com­mençant où l’on pourra. Rien, per­sonne, aucun Etat, aucune lég­is­lation répr­es­sive, aucun appa­reil sta­li­nien ou yankee, aucune occu­pa­tion amé­ric­aine ou russe, n’empêc­hera cette vérité de se frayer un chemin et, fina­le­ment, de mettre en mou­ve­ment les peu­ples par-dessus leurs gou­ver­ne­ments res­pec­tifs et contre eux. La démocratie et le socia­lisme exi­gent, non la vic­toire de Moscou sur Washington ou celle de Washington sur Moscou, mais celle des misé­rables du monde fra­ter­nel­le­ment unis, sur le capi­ta­lisme russo-amé­ricain. Aucune autre lutte ne vaut, aucune autre ne sus­ci­tera d’enthou­siasme pro­fond et spon­tané. Moscou et Washington n’auront de sol­dats que par la cré­ti­ni­sation intel­lec­tuelle pro­duc­trice de brutes fana­ti­ques, ou grâce à la coer­ci­tion ter­ro­riste pro­duc­trice d’escla­ves. Par contre, aus­sitôt qu’on saura en mon­trer l’oppor­tu­nité, des dizai­nes de mil­lions d’hommes blancs, noirs et jaunes se dresseront contre la guerre et le capi­ta­lisme avec l’élan et la sincérité de ceux qui déf­endent leur cause et celle de l’homme de demain.

Il faut se mettre à l’œuvre. Nous nous adres­sons à tous les exploités, à tous les hommes révo­luti­onn­aires de la terre. Nous leur deman­dons d’entreprendre incondi­tion­nel­le­ment l’orga­ni­sa­tion de la lutte de l’homme contre la guerre, pour le socia­lisme, pour la liberté.

Pour la patrie mos­co­vite ou amé­ric­aine, rien, pas un homme, pas un cen­time, pas une arme ! Tous contre la guerre, tout pour la paix qui doit être le socia­lisme triom­phant, ou ne sera pas !

Oui, la guerre peut être évitée, mais à condi­tion de ne pas recu­ler devant la puis­sance aussi impres­sion­nante que cor­rom­pue du Kremlin et de Wall Street.

Août 1950

Union ouvrière inter­na­tio­nale (France)

Grupo de com­bate revo­lu­cio­na­rio (Espagne)


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