1951 Lettre à Bordiga sur la question syndicale [Damen]

Texte en italien ici.

Il me semble superflu de préciser encore une fois ma position concernant le problème « syndicat-parti » sur les très nombreux points où notre identité de vue est parfaite, par comparaison avec les points peu nombreux, et même rares, où l’analyse différente naît plus d’une expérience ressentie différemment parce que vécue différemment, que d’un désaccord de principe.

Procédons par ordre. Notre accord est complet:

1) pour refuser le mot d’ordre exprimé, ou sous-entendu, ou de toute façon mis en pratique, du boycott des syndicats, des organes d’entreprises et des agitations ouvrières.

2) pour participer, quand notre succès est matériellement possible, aux élections aux C.I. [Commissioni Interne ?] avec une liste propre, mais sans occuper les sièges éventuellement gagnés;

3) pour considérer comme base de travail les groupes d’usine, en partant du parti vers les lieux de travail et non l’inverse;

4) pour considérer comme toujours valable la position de la Gauche qui s’est toujours déclarée, concernant la question syndicale, participationniste et non-boycotteuse ni scissionniste.

L’accord n’apparaît plus comme complet quand ce participationnisme est transféré de l’usine vers le syndicat, dans lequel nous sommes pratiquement absents et par conséquent dans l’impossibilité d’y exercer une influence quelconque.

En outre, nous nous différencions nettement dans la position du problème de la reconquête des syndicats actuels. Tu écris:

 » Si l’offensive capitaliste est affrontée par un fort parti communiste, si le prolétariat se détache ouvertement de la tactique (syndicaliste) du Comité de Libération National, si il se soustrait à l’influence de la politique russe actuelle, il est alors possible qu’à l’instant X, dans un pays Y, puissent ressurgir des syndicats classistes, soit ex-novo, soit par la conquête, sans doute à coups de trique, des syndicats actuels. On ne peut l’exclure du point de vue historique. Et ces syndicats se formeront certainement pendant une période d’avancée des luttes ou de conquête du pouvoir ».

Je pense que le syndicat corporatif actuel (fasciste, social-démocrate ou communiste, peu importe) est destiné, de par sa fonction d’organe indispensable à la vivification du système capitaliste, à vivre jusqu’au bout les vicissitudes économiques, sociales et politiques, du capitalisme agonisant et qu’il ne sera brisé, en même temps que l’État impérialiste, que par l’assaut du prolétariat révolutionnaire. Dans une phase semblable d’avancée ou de conquête du pouvoir, le regroupement des forces du prolétariat n’attendra pas que la praxis traditionnelle du syndicat se répète, mais il se mettra, grâce à de nouveaux organismes de masse (conseils d’usine, soviets ou autres comme en Russie ou en Allemagne) structurellement et politiquement plus adéquats que le syndicat, à ressentir concrètement, sous la direction du parti révolutionnaire, les problèmes du pouvoir.

Pour conclure, l’hypothèse de soustraire le prolétariat à l’influence russe entraîne au besoin l’autre hypothèse de sa chute immédiate et certaine sous l’influence américaine, un ballotement à caractère pendulaire qui se produit en fonction de la capacité d’attraction des deux pôles opposés du dispositif impérialiste.

C’est peut-être la période historique de la pluralité des syndicats à coloration politique variée, mais en aucun cas elle n’est ou ne sera celle du syndicat de classe.

Dans l’état actuel, les syndicats nous intéressent non pas parce que nous les considérons comme des organismes prolétariens sous la dictature bourgeoise, comme tu le penses, mais en raison des masses qui sont dedans, lesquelles, si elles sont d’un côté incapables de bouger par leur propre force sur le plan de classe, sont de l’autre constamment sujettes à se laisser entraîner sur le plan des compétitions impérialistes. C’est là que doit s’exercer notre action critique de rééducation classiste et d’orientation politique, action qui doit être accompagnée par une politique syndicale qui soit nôtre et qu’il s’agit de développer sur les lieux de travail où la réaction de la bureaucratie syndicale apparaît, en dépit de tout, moins efficace et déterminante pour le plus libre jeu de l’expression politique des partis.

Dans ce sens, la nécessité d’un regroupement, peu importe s’il est modeste au début, de prolétaires sur le plan de l’autonomie la plus absolue, doit être toujours, je pense, au centre des préoccupations du parti.

C’est sous cette lumière que doit être envisagée l’expérience pas très lointaine et fortement significative de notre fraction syndicale.

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