1955-12 Chliapnikov serait vivant ! [Louzon]

Paru dans la Révolution prolétarienne N°401.

Telle est la nouvelle apportée récemment par un camarade des syndicats autrichiens, Karl Fischer, récemment libéré des camps de concentration de la Kolyma!

Il serait présentement le seul survivant de la vieille garde bolchevique envoyée à la mort par Staline au moyen de la balle dans la nuque et des camps de concentration au cours des années 30 et suivantes.

Aucune nouvelle ne pouvait nous émouvoir davantage. Car, en Chliapnikov, se résume à la fois le caractère ouvrier de la révolution d’Octobre et la fin de la révolution.

Parmi les dirigeants du parti bolchevik, Chliapnikov était, non seulement le seul qui fût ouvrier (ajusteur-mécanicien), mais aussi le seul qui pensait et sentait ouvrier, le seul pour qui la révolution ne pouvait signifier que révolution prolétarienne.

Aussi, lorsque ayant solidement assis son pouvoir et liquidé, grâce à l’appui sans réserve de la classe ouvrière, les dernières bandes czaristes, le parti bolchevik entreprit de liquider, à son tour, la classe ouvrière, Chliapnikov se dressa pour prendre la tête, à l’intérieur même du parti, d’une « opposition ouvrière » destinée à sauvegarder les conquêtes prolétariennes des Soviets de 17.

C’était en la fatale année de 1921. Et ce fut presque au moment même où Chliapnikov et ses amis tentèrent leur dernier effort au cours d’un Congrès du parti communiste russe que les marins de Cronstadt se soulevèrent avec, fondamentalement, les mêmes objectifs et dans le même but que ceux pour lesquels l’opposition ouvrière menait sa bataille dans le parti.

Mais l’opposition ouvrière fut battue et les marins de Cronstadt écrasés; sur les deux fronts, la bureaucratie triomphait. Le prolétariat était vaincu, la contre-révolution pouvait commencer.

Chliapnikov n’en continua pas moins à lutter, dans la mesure de ce qui lui restait de moyens, contre la dégénérescence bourgeoise des parvenus de ce qui avait été la Révolution.

Relégué dans le poste de conseiller d’ambassade à Paris, où il vint, avec Krassine comme ambassadeur, dès la reprise relations diplomatiques entre la Russie et la France, il eut à se quereller constamment avec son chef qui, fidèle aux ordres qu’il avait sans doute reçus, entendait faire revivre à l’ambassade dite « soviétique », , les manières et les splendeurs des ambassades czaristes.

Il lui fallut notamment refuser formellement d’accompagner Krassine dans la cérémonie de la remise des lettres de créances pour que celui-ci consente à réduire l’apparat avec lequel il comptait se rendre à l’Elysée. Le nouvel État russe avait déjà chaussé les bottes du czar, il avait honte de la simplicité ouvrière.

Bien entendu, Chliapnikov était sous étroite surveillance. Comme je déjeunais un jour, chez lui, à l’ambassade, un tiers, dont manifestement la présence était obligatoire, mangea avec nous, et il n’était pas besoin d’être grand clerc pour voir que c’était l’agent de la Guépéou.

D’ailleurs, Chliapnikov devait bientôt être rappelé en Russie, et, depuis lors, nous n’avions plus eu de nouvelles de lui, sinon que, comme tant d’autres, il avait « disparu ».

Après vingt-cinq années passées dans les geôles de la contre-révolution, le vieux révolutionnaire, l’ancien exilé du temps des czars qui avait gagné son pain dans les ateliers de mécanique de Suresnes et de Puteaux vit donc encore, ou plus précisément, était encore vivant l’an dernier.

Le seul bolchevik qui demeure se trouve être ainsi celui de 1′ « opposition ouvrière ». Faut-il voir là comme une sorte d’assurance que la classe ouvrière et sa volonté révolutionnaire, si elles peuvent momentanément être muselées, sont seules néanmoins capables de survivre ?

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