1958 L’automation en Amérique [Dunayevskaya]

Extrait de Marxisme et liberté (cf. aussi la Préface )

deuxième section : la scène américaine

L’Amérique n’a pas échappé au capitalisme d’État, dont nous avons décrit le stade suprême dans notre analyse de l’économie russe. La deuxième guerre mondiale révéla le rôle primordial de l’État dans l’économie du pays. Il ne s’agissait pas d’un phénomène transitoire, lié à la guerre; il s’était déjà amorcé au cours de la période précédente, comme il ressort de l’étude des rapports des Comités économiques nationaux temporaires. (Temporary National Economic Committees)232. L’emprise de l’État sur l’économie est le véritable indice du stade actuel du capitalisme. En temps de paix comme en temps de guerre, l’État ne réduit ni les monopoles ni les trusts, il ne limite nul­lement ses interventions. Bien au contraire, il accentue les ca­ractéristiques du capitalisme, c’est-à-dire la centralisation du capital d’un côté, la concentration des travailleurs de l’autre. Ainsi se constituent deux parties adverses, planificateurs et ouvriers. Ces derniers créent leurs propres organisations, tel le Congress of Industrial Organisations (C.I.O.), pour lutter contre le National Recovery Act (N.R.A.), ou bien, ils ont recours aux grèves sauvages pour s’opposer aux bureaucra­ties ouvriers.

Le capitalisme d’État n’est pas le résultat direct d’une évolution ininterrompue du capitalisme. Celui-ci passe par la trans­formation progressive de certains phénomènes en leurs contraires. Il a vécu, survécu et progresse par la libre concurrence. C’est pourquoi il connut son apogée sous un régime démocratique bourgeois ou parlementaire. Le capitalisme d’État signifie et ne peut signifier que bureaucratie, tyrannie et oppression (cf. l’Allemagne nazie et, actuellement, la Russie totalitaire). Ces éléments sont partout présents, même aux U.S.A. «Il ne s’agit point ici, écrit Marx, du développement plus ou moins complet des antagonismes sociaux qu’engendrent les lois naturelles de la production capitaliste, mais de ces lois elles-mêmes, des tendances qui se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer. Le pays le plus développé industriellement ne fait que montrer à ceux qui le suivent sur l’échelle industrielle l’image de leur propre avenir 233. » La réciproque est vraie. Etant donné le contexte du marché mondial et le développement accéléré des pays sous-développés, dès qu’ils commencent à « rattraper » les pays avancés, les premiers montrent aux seconds l’image de leur propre avenir. Les Hitler, les Mussolini, les Staline ne sont pas seulement allemands, italiens ou russes. Leur volonté n’est pas la seule expression de leur volonté personnelle. Elle représente des forces objectives.

Staline croyait façonner l’État à l’image du Parti. C’était tout au moins son intention consciente. En fait, ce fut le contraire. l’état transforma le Parti à son image et celui-ci devint, à son tour, le simple reflet du dernier stade du procès de production capitaliste. Ce qui distingue le monopole d’État du monopole privé, c’est la non-séparation entre la politique (l’État) et la production (l’économie). Le Parti applique le plan d’État dans la société; l’armée des directeurs d’usines, des contremaîtres et des « délégués syndicaux » l’applique dans la production. C’est à bon escient que Marx résuma l’éco­nomie capitaliste dans la formule : « Le mort saisit le vif. » De nos jours, la « discipline militaire » par laquelle le travail mort domine le travail vivant revêt un masque macabre, même dans ses atours les plus riants. La classe dirigeante qui se fait appeler « intelligentsia sans classe » a pour compagnes la terreur et la mort. Disposant déjà de l’exemple moderne du capitalisme d’État russe, nous ne retracerons pas ici le déve­loppement économique des U.S.A. où le capitalisme d’État ne représente qu’une tendance. L’Amérique et la Russie poursuivent les mêmes objectifs, mais elles ne sont pas sœurs ju­melles. L’ « individu scientifique » (scientific individuel) qui travaille dur, persuadé de pouvoir éviter le totalitarisme du capitalisme d’État, est un phénomène spécifiquement amé­ricain. Il suffit de voir la masse de recherches et d’études sur « les rapports humains dans l’industrie », menées dans les années 30, puis à la fin de la deuxième guerre mondiale, alors que le pays traversait la période de transformation du New Deal Planning et approchait de l’ère de l’automation. L’Amérique, ce pays si pauvre en théoriciens qu’il vit dans l’illusion d’avoir échappé au marxisme, est le meilleur point de référence si l’on veut définir la différence entre « l’homme scientifique » et le bureaucrate d’État. La grande dépression brisa toute illusion. Elle détruisit définitivement la foi aveugle des ouvriers dans la rationalité du système économique améri­cain. Dans les secteurs à plein emploi, les patrons constatèrent bien vite qu’ils ne pouvaient exploiter davantage les ouvriers sur la base des anciens rapports économiques. Les secteurs frappés de chômage, et ils étaient nombreux, dénoncèrent la débâcle du capitalisme.

L’étude la plus retentissante concernant les « relations humaines » fut le projet Hawthorne234, mené à la Western Electric Company par Elton Mayo, professeur de Recherche industrielle à l’université Harvard. Ses analyses présentaient un caractère nouveau : elles avaient pour point de départ les rapports humains à l’usine, considérant ceux-ci comme le problème fondamental de l’industrie moderne. D’où la pro­fusion d’entrevues d’ateliers (plant interviews) et d’enquêtes sur le terrain (on the spot reporting)235. Elton Mayo fut le premier à découvrir que les ouvriers suivaient un code de conduite bien précis à l’usine : 1. ne pas faire montre de trop de zèle (rate-buster); 2. ne pas filouter (chiseler); 3. ne pas moucharder (squealer); 4. ne pas jouer au chef (big-shot).

Au début des années 40, les ouvriers américains commencè­rent à esquisser une nouvelle philosophie économique pour remplacer l’ancien dogme bourgeois : « Produire pour pro­duire. » Les G.I., loin de faire bande à part, étaient visible­ment du côté des ouvriers au premier rang de cette bataille contre l’ancienne philosophie économique. « Beaucoup d’au- tres chercheurs, écrit Sebastian de Grazia dans The Political Community236, ont illustré le caractère impersonnel de la vie moderne par des études approfondies sur les locataires de chambres meublées, de chambres d’hôtel, sur l’homme marginal. » Mais dans l’ensemble, ces individus ont vécu en marge des divers mouvements. Pour trouver une révolte contre a compétition et le dirigisme de nos sociétés, il faut donc se tourner vers un autre groupe social, celui des ouvriers. Leur révolte ne se pare pas de symbolisme. Les ouvriers vont de l’avant, sans craindre de porter des jugements moraux. «Même si je trouvais un meilleur boulot, à quoi cela servirait-il? Je pourrais tout au plus gagner cinq cents * de plus de l’heure… Mais pourquoi se faire bousculer par un contre­maître si on n’y est pas forcé? Le contremaître de mon atelier est un certain Simon Legree. L’autre jour, il a attrapé un type parce qu’il était resté trop longtemps aux W. C. Mon Dieu, il faut bosser, bosser sans arrêt. Pas une minute de répit. « C’est à cause de ce salaud que beaucoup d’hommes quit­tent cette usine. A cause de lui et d’autres comme lui. C’est un contremaître. Dès le premier jour, il met Jack devant deux fraiseuses. Le bâtard! Evidemment mon copain refuse, alors le contremaître appelle le chef d’atelier. Celui-ci dit à mon copain :  » Qu’est qu’il y a, G.I., le travail te fait peur?  » Et Jack lui répond :  » Le travail ne me fait pas peur, mais ça, c’est trop; je n’en veux pas, de ton boulot.  » Les patrons y vont trop fort. Ils demandent trop. Il y a deux contremaîtres vaches dans mon atelier. Il y a deux jours, quand un G.I. revient des W. C. le contremaître lui dit qu’il était resté trop longtemps. Que la guerre était finie. Vous vous rendez compte? Dans un autre atelier, un autre G.I. se trompa, ou ne tint pas la cadence, ou quelque chose comme ça, et le contremaître lui dit :  » D’où viens-tu?  » et le type lui lance à la figure :  » D’Italie, pour sauver ta peau.  » Ah, bon sang, que cette histoire me fit du bien! »

« Pour sûr, la plupart d’entre nous pourraient très bien dou­bler leur paie en travaillant au maximum, mais où serait l’avantage? Il faut bien qu’un type jouisse de la vie. Ma petite femme préfère me voir de bonne humeur plutôt que d’avoir quelques sous en plus. Etant donné le système, aucun de nous ne deviendra un Van Astorbilt, alors pourquoi se priverait-on du plaisir d’être avec les copains, de travailler ensemble? » Toute la sociologie et la psychologie sociale contemporaines débutent par cette réaction : le refus, de la part des ouvriers, de ne respecter aucun des anciens contrôles, aucune des an­ciennes normes du capitalisme.

1. Rangs et dirigeants syndicaux

La deuxième guerre mondiale contribua à déformer rapidement les dirigeants syndicaux américains; ils devinrent des bureaucrates ouvriers; c’est ainsi que la guerre consacra Reu-ther comme le planificateur : non content d’imposer des mesures de speed-up à la production, il transforma l’industrie de l’automobile en arsenal, avec le soutien de Wilson, secrétaire à la Défense et aussi président de la General Motors. Mais les ouvriers apprirent bien vite à haïr ces bureaucrates ouvriers autant que les P. D. G.

« Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, écrit un ouvrier de Detroit237, la compagnie n’a pas cessé d’introduire des changements dans l’atelier, avec la collaboration des délé­gués ouvriers (délégués d’atelier, membres des comités et dirigeants syndicaux). Après la création de l’ United Auto Workers (U. A. W.), le pire délit dont un délégué syndical pouvait se rendre coupable était de se montrer amical à l’égard d’un contremaître. J’ai connu des délégués d’atelier qui se sont fait vider pour cela. Il y avait une séparation bien nette entre les ouvriers et la compagnie. Tout ouvrier qui parlait ou qui plaisantait avec le contremaître passait un mauvais quart d’heure. Il devenait aux yeux des autres le fantoche de la compagnie.

« Au début, si l’ouvrier se disputait avec le contremaître, ce dernier essayait par n’importe quel moyen de régler l’affaire. Il essayait d’éviter à tout prix que l’ouvrier appelle le délégué d’atelier car il savait que celui-ci défendrait l’ouvrier. Les ouvriers usaient de tous les moyens dont ils disposaient, y compris la grève, pour lutter contre la direction. Et les diri­geants syndicaux étaient contraints de les suivre. Ils dépen­daient de la force des ouvriers. L’ouvrier moyen était lié à ses camarades par un fort sentiment de solidarité. Depuis cinq ou six ans, les dirigeants syndicaux s’efforcent de convaincre les ouvriers que les patrons ne sont pas si mauvais que ça, que les ouvriers qui provoquent des grèves veulent affamer les autres et leur famille. Ouvriers et patrons, disent-ils, peuvent coexister pacifiquement. Les dirigeants syndicaux menacent les ouvriers qui  » provoquent des grèves « . La direction a saqué des centaines d’ouvriers qui avaient mené des actions de grève avec l’approbation de leur syndicat. Elle menace de faire subir le même sort à ceux qui voudraient imiter leurs camarades. Cela a contribué, en partie, à affaiblir les liens qui unissaient les ouvriers.

« Aujourd’hui, le délégué d’atelier passe pratiquement toute sa journée à papoter dans le bureau de la direction, ou à se pro­mener avec des membres de la direction, bras-dessus, bras-dessous. Ils n’ont plus le temps de parler avec les ouvriers, sauf en période d’élections. Ils sont du côté de la direction dans presque tous les conflits. Aujourd’hui, lorsqu’un ouvrier se dispute avec un contremaître, celui-ci dit :  » Appelle le délégué « , car il sait fort bien quelle sera son attitude. Souvent, c’est lui-même qui va le chercher. Il le dresse contre les ou­vriers. Récemment, la direction retira un ouvrier d’une équipe de trois hommes qui faisaient le même type de boulot. Les ouvriers protestèrent. Sur ce, arriva le chef d’atelier qui leur dit :  » Si vous ne faites pas le boulot, j’appelle le délégué d’atelier et vous serez forcés de le faire quand même « . » Un membre de comité d’entreprise racontait, à la même épo­que, comment les ouvriers isolent grands bureaucrates et membres du comité :

« Actuellement, la source des conflits dans les ateliers n’est pas une question de salaires mais plutôt l’aversion des ouvriers pour leur rôle dans la production. Ils ont cru, en créant des syndicats, forger des instruments qui leur permettraient d’or­ganiser et de contrôler la production à leur profit. Les capita­listes, bien conscients de cela, insistèrent pour que les syndicats reconnaissent le mode de production capitaliste. Tel est le conflit de base que les dirigeants syndicaux sont incapables de résoudre, le dilemme qui déchire maint dirigeant issu de la classe ouvrière. Ce conflit réapparaît constamment, sous divers aspects; il harcèle les dirigeants syndicaux au niveau local. Par exemple, une norme de production est fixée. Si l’ouvrier responsable refuse de se plier à la norme, on l’envoie au bureau des Labor Relations; là, on le semonce; on lui ordonne de respecter les cadences. Le délégué censé représenter les ouvriers ne peut que se mettre de la partie et rappeler à l’ouvrier que sur la base du contrat, il doit produire selon les normes de la production ou accepter d’être licencié.

« Encore un exemple : on fixe les normes de production pour, disons, une chaîne de cent hommes. Les ouvriers protestent; ils sont prêts à faire la grève. La direction ou les ouvriers font venir le délégué. Celui-ci dit aux hommes que la direction a le droit de fixer des cadences; que les grèves sont illégales; qu’ils devraient accepter les normes. Les dirigeants essaient de résoudre ce dilemme en revendiquant des avantages hors du procès de production. Ils assument un rôle d’assistante sociale, à l’intérieur et à l’extérieur de l’atelier. Les ouvriers le sentent bien. Un jour, un ouvrier se plaignait de l’application d’un speed-up; il me demanda :  » Qu’allez-vous faire? Rien, comme d’habitude. A quoi sert le syndicat? Surtout ne venez pas me parler de l’action que vous allez entreprendre auprès de l’épicier ou du marchand de lingerie féminine du quartier pour obtenir une réduction de prix. Faites donc quelque chose contre le speed-up!  » »

Partout aux U.S.A., l’accroissement de la productivité est le problème primordial, au niveau tant industriel que politique. Dirigeants syndicaux, ingénieurs, businessmen, cadres et membres du gouvernement se retrouvent dans des conférences sur la productivité, parallèles aux conférences russes sur la production. Longtemps, ces conférences sur la productivité n’aboutirent à rien, jusqu’au jour où l’association de la « science pure » et de la technique produisit un miracle 2S8. Un cadre de Ford n’avait pas plus tôt baptisé ce « miracle » Automation que le nouveau terme était sur toutes les lèvres. Depuis la révolution industrielle, rien de comparable n’avait provoqué une telle scission dans la société. A l’usine, l’automation a imposé deux attitudes de classe radicalement différentes, selon le côté de la machine où l’on se trouve : si l’on est l’ouvrier qui la fait fonctionner, on sent son emprise sur chaque partie du corps : plus fatigué, plus tendu, plus éreinté qu’auparavant, on se sent aussi utile qu’une roue quelconque. Jamais on ne domine la machine. C’est toujours elle qui domine et isole l’ouvrier de ses camarades. Il se sent de plus en plus seul, au fur et à mesure que ce monstre déloge ses camarades d’atelier.

Si, par contre, on est le chef d’atelier, on compte minutieusement les pièces qui vont aux mains de la direction, on exalte les qualités et les bienfaits de la machine. Cette attitude des capitalistes et de leurs agents opéra un véritable lavage de cerveau chez les bureaucrates syndicaux. Ils restèrent indifférents aux griefs et aux aspirations des ouvriers; ils ne prêtèrent pas attention à leur mécontentement à l’égard des conditions de travail et des nouvelles cadences; ils n’écoutèrent pas les ouvriers qui récusaient ce type de travail où l’homme deviendrait une autre roue de l’engrenage et la machine, « le cerveau »; au contraire, ils recommandèrent aux ouvriers de ne pas agir « contre » l’automation. Ainsi, en 1949, lorsque les mineurs se virent confrontés, pour la première fois, avec une machine baptisée le mineur permanent, John L. Lewis ignora leur grève générale et annonça que le syndicat était pour le «progrès ». La force ouvrière des mines fut littéralement réduite de moitié.

Lorsque l’automation arriva chez Ford, Reuther exhorta les ouvriers à considérer « le futur » où ils connaîtraient la journée de six heures, à ne pas se révolter contre le chômage transitoire. Mais, faut-il le rappeler, on en est toujours à la journée de huit heures que les ouvriers obtinrent grâce à leurs luttes prolongées et tenaces.

Toute université, de Michigan à Harvard, possède un projet technologique. Les bureaucrates ouvriers assistent aux conférences pour répéter comme des perroquets les paroles de la « classe instruite » 239. Bureaucrates syndicaux et professeurs d’université cachent, sous des phrases pompeuses, les véri­tables résultats d’études spécifiques (case studies). Prenons l’exemple de la fermeture, il y a déjà quelques années, de l’entreprise Murray Body Works (tout ouvrier de l’industrie de l’automobile de Détroit ne connaît que trop bien ce cas) : cinq mille ouvriers se retrouvèrent les mains vides, dans la rue, toute la journée devant eux; ils avaient été licenciés. Mais la direction était « dynamique ». Elle se lança dans une autre affaire, un bowling. Elle quitta Detroit. Les cinq mille ouvriers restèrent à Detroit, chômeurs. Encore un autre exemple : le cas des ouvriers non licenciés, qui travaillent dans un secteur automatisé. Contrairement à la croyance que l’automation allège considérablement le travail de l’homme, les ouvriers soutiennent que celle-ci entraîne une plus grande tension car il faut produire plus vite et davantage.
Contrairement aux élucubrations de Reuther 240 pour qui tout ouvrier allait devenir un technicien spécialisé, l’automation ne s’accompagne pratiquement pas de promotion profession­nelle. Les dirigeants syndicaux poursuivent tranquillement leur technique de lavage de cerveau, qui se passe de salle de torture. Ils ne prêtent pas l’oreille aux revendication concrètes des ouvriers. Il est bien plus commode de prêter foi aux chi­mères qui perpétuent l’exploitation capitaliste. Mais l’attitude des ouvriers à l’égard de l’automation renferme le germe d’un changement radical des rapports à l’usine et donc dans la société.

(a) « Nickel », dans le texte : pièce de 5 cents. (N. d. T.)

l’automation et le nouvel humanisme

« La technologie met à nu le mode d’action de l’homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle, et, par consé­quent, l’origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent. L’histoire de la religion elle-même, si l’on fait abstraction de cette base matérielle, manque de critérium… Pour ce qui est du matérialisme abstrait des sciences naturelles, qui ne fait aucun cas du développement historique. »

Marx.

1. Différentes attitudes à l’égard de l’automation

L’année 1950 inaugura une ère nouvelle pour la production. Cette année-là, l’automation241 fit vraiment son apparition dans l’industrie sous la forme du mineur permanent. Le terme « automation » n’avait pas encore cours. Mais l’apparition du mineur permanent déclencha la plus longue grève de mineurs jamais entreprise depuis la création du Committee for Industrial Organization (C.I.O.). La grève éclata, d’ailleurs, dans les usines les plus modernes, où Consol, la plus grande compa­gnie de charbon, avait introduit le mineur permanent. Au cours des neuf mois de grève, les mineurs se tournèrent aussi contre John L. Lewis, autre fait sans précédent depuis la création du grand syndicat américain.

Rien ne les arrêta, pas même la loi Taft-Hartley, qui servit à infliger une amende d’un million de dollars au syndicat des mineurs. Ces derniers étaient décidés à ne pas laisser les autres penser à leur place. Ils ne disaient pas ce qu’ils avaient dans la tête; mais ils montrèrent que leurs préoccupations n’étaient ni la caisse du syndicat, ni la simple menace de chômage, mais quelque chose de nouveau qu’ils nommèrent le tueur d’hommes. Le mineur permanent leur inspirait une frayeur toute nouvelle. Les anciens griefs, la crainte des anciens risques, passaient au deuxième plan devant ce tueur d’hommes, véritable menace de mort. Bien vite, la hantise des mineurs devint réalité. Le fonctionnement sans répit du mineur permanent, la cadence qu’il imposait, déclenchèrent une telle panique que des ouvriers âgés essayèrent de faire valoir leur ancienneté pour y échapper; ils déclarèrent carrément préférer être congédiés, plutôt que travailler avec ce monstre. Avant 1949, la situation n’avait pas été poussée à une telle extrémité. Les mineurs se limitaient à préférer un travail plus léger à un salaire plus élevé; après 1949, la région minière connut la période du plus grand chômage depuis la dépression; le mineur permanent vidait des villes entières de leur population en Pennsylvanie et en Virginie occidentale; les mineurs mouraient littéralement de faim à cause du prolongement de la grève, mais continuaient à refuser de reprendre le travail. C’était, en presque vingt ans, la première rupture grave entre les mineurs et John L. Lewis.
Un mineur devait déclarer à l’auteur : « II y a un temps pour la prière, c’est le dimanche; il y a un temps pour agir : pendant la Dépression, nous prîmes les choses en main. Nous créâmes notre syndicat, et veillâmes à ce que nos familles ne meurent pas de faim. Il y a un temps pour penser. C’est ce qu’il faut faire maintenant. Ce que je voudrais savoir, c’est quand et comment les travailleurs, tous les travailleurs, auront assez de confiance en eux-mêmes pour comprendre qu’ils sont capables de créer un monde meilleur, et pour cesser de laisser aux autres le soin de penser à leur place. » Ce mineur avait compris que le syndicat ne valait guère mieux que la direction d’entreprise. Et cela, parce que les troupes avaient laissé aux « autres », aux dirigeants, le soin de penser et de signer les contrats à leur place. Que signifiait le mot « progrès » alors que cette nouvelle machine ravageait votre vie, au travail et ailleurs? Les changements apportés par l’action des ouvriers avaient fini par engendrer leurs contraires. Les mineurs nommaient un délégué qui était censé les représenter auprès de la direction. Mais celui-ci était devenu, et nul ne l’ignorait, un bureaucrate syndical, qui se rendait au Bureau du District, non pour combattre auprès des ouvriers contre la direction, mais pour leur ordonner de produire davantage. Ce mineur voulait savoir pour quelles raisons, en 1943, les mineurs avaient fait bloc et déclaré aux membres du Sénat qu’ils aillent eux-mêmes extraire le charbon, s’ils tenaient tant à augmenter la production, et pourquoi, actuellement, personne ne parlait de la sorte aux dirigeants syndicaux. « L’ouvrier a un cerveau, dit ce mineur, pourquoi laisse-t-il les autres penser à sa place? Si seulement il pouvait ne pas y avoir de séparation entre la pensée et l’action. » Mais personne ne prêtait l’oreille aux paroles des mineurs. Personne ne les écoutait. Les journaux quotidiens décrivaient en long et en large l’amende que le juge Goldsborough avait imposée à Lewis; le journal United Mine Workers Union en faisait autant; quant aux feuilles de gauche, elles annonçaient une nouvelle grève et réitéraient leurs témoignages de sympathie à l’égard des mineurs.
En 1953, une crise économique frappa les U.S.A.; à Detroit, capitale mondiale de l’industrie automobile, le chômage prit des proportions telles que le mot « automation » fut sur toutes les lèvres. L’automation ne se réduit pas à une seule machine, conçue spécialement pour une tâche donnée. C’est une nouvelle méthode de production qui embrasse l’industrie tout entière : des machines automatiques remplacent l’homme. En effet, dans la méthode de production automatique ou semi-automatique que l’automation entraîne, la fonction de l’ouvrier se réduit à surveiller la machine, à presser des boutons tandis qu’un groupe de techniciens se tient prêt à toute réparation éventuelle.
Très vite, l’opinion publique accusa le terme d’ « automation » de faire revivre la phobie des dépressions : depuis les savants, qui, dès le début avaient prévu les conséquences les plus néfastes de cette nouvelle révolution industrielle [242] jusqu’aux hebdomadaires d’affaires, sans oublier le « cadre » de Ford qui avait forgé le terme. Business Week [243] alla jusqu’à déclarer que, dans cette question d’automation, il y avait 90 p. 100 de névrose et 10 p. 100 de faits. Les bureaucrates syndicaux se mirent de la partie en saluant le « progrès » et en dépeignant un futur idéal au lieu de parler du présent. La séparation entre ouvriers et bureaucrates syndicaux saute aux yeux lorsqu’on considère leurs attitudes respectives à l’égard de l’automation. L’ouvrier de Detroit en parle comme d’un monstre qui affecte sa vie quotidienne; Reuther, lui, parle du futur et des « perspectives » d’ « amélioration considérable des conditions de vie » de « loisirs » qu’ouvre l’automation. « Je ne sais pas de quoi il parle, déclara une ouvrière à l’auteur. Je n’ai pas le temps de souffler et encore moins de flemmarder. Chez Ford, la semaine de travail est maintenant de cinquante-trois heures et ce bonhomme parle de  » loisirs « . Les conditions de travail n’ont jamais été aussi dures depuis la création du C.I.O. Tout ce que l’automation nous a apporté, c’est le chômage et le surmenage. L’un et l’autre. » Un mineur devait dire à l’auteur que les cadences et la tension de la production automatique lui avaient fait perdre quinze kilos. Et ce n’était pas tout. Il y avait aussi la question de la sécurité dans le travail. « Ils ne prennent plus le soin de vérifier les machines; le nombre d’accidents a beaucoup augmenté. On ne peut plus travailler en sécurité; je ne veux pas travailler  » tout en revendiquant « ; je m’y refuse, c’est tout. A quoi cela servirait-il de protester si je me fais tuer? Si quelque chose m’arrive, ce n’est pas l’entreprise qui va s’occuper de ma femme et de mes gosses. C’est déjà arrivé à un camarade. Je ne serai pas le deuxième. »
Les ouvriers de l’industrie automobile dénoncèrent, eux aussi, les risques de l’automation. A Detroit, les ouvriers disaient que ces nouvelles machines allaient mutiler beaucoup d’hommes. Un ouvrier racontait : « Le même jour, quelqu’un se fit écraser un doigt et couper un autre. Avant la fin de la semaine, un autre ouvrier perdit un doigt, et un troisième camarade s’en fit couper trois par une machine. » Tout l’atelier était couvert d’affiches, sur lesquelles on lisait : « Travailles-tu dans des conditions de sécurité? » Une demi-heure après le premier accident, les ouvriers avaient ajouté sur ces affiches : « Cette machine n’est pas assez sûre pour y travailler. » L’automation n’a pas créé de nouveaux postes de travail. Bien au contraire. De 1948 à 1955, le nombre de mineurs est tombé de 425 000 à 225 000, c’est-à-dire au niveau du début du siècle. C’est aux jeunes techniciens que vont les « nouveaux » postes. La direction espère ainsi creuser davantage le fossé entre les ouvriers et les « nouveaux techniciens » spécialisés (skilled « new scientific men »); jusqu’à maintenant, elle n’y a pas trop réussi. John L. Lewis, qui s’est toujours déclaré pour le « progrès » technologique, obtint une augmentation de salaires (ce dont les ouvriers se moquaient) au lieu de se battre pour une diminution de la journée de travail et de meilleures conditions (ce que les ouvriers désiraient). En 1955, tous durent admettre que la grève prolongée de la Westinghouse était causée par l’automation. On l’appela la première grève de l’automation. L’étude des cadences (time study) fut finalement reconnue comme étant à l’origine du conflit. Les ouvriers de cette industrie avaient compris que l’étude détaillée des mouvements requis pour une tâche donnée ne visait pas à alléger le travail des ouvriers, mais à concevoir un programme unique qui serait incorporé à la machine; celle-ci délogerait cent hommes; les ouvriers non congédiés devaient travailler à un rythme dix fois plus grand, avec, pour seul com-pagnon, ce monstre automate. Les ouvriers ne se perdent pas dans des discussions abstraites sur les loisirs et l’abondance d’une époque future, non précisée. Ils posent des questions bien concrètes : 1. quel taux de chômage l’automation apportera-t-elle? 2. est-ce que le droit d’ancienneté, conquis au prix de tant de luttes pour se protéger des licenciements arbitraires de la direction, ne deviendra pas lettre morte dans les nouvelles conditions? 3. où aboutira ce speed-up incessant? Les machines assassinent les hommes, elles ne cessent de se détraquer et détraquent le système nerveux de ceux qui travaillent dessus.
Un sondage de la radio de Detroit révéla qu’après la Russie, c’est l’automation que les ouvriers craignent le plus. Le ministère du Travail essaya par tous les moyens de rassurer le peuple américain : l’automation n’allait pas déferler comme un raz de marée; elle se ferait graduellement, pas à pas [244]. Les vieux radicaux, évidemment, déclarèrent solennellement qu’ils se rangeaient du côté des ouvriers dans la lutte pour la satis-faction des revendications immédiates, mais ils étaient persuadés que le capitalisme ne pourrait jamais introduire pleinement l’automation, ayant trop d’intérêts dans la structure de la production telle qu’elle se présentait alors. Il est incontestable que seul un dixième des investissements que les machines automatiques pouvaient « utiliser » fut, en fait, investi, à cause des complications inhérentes au système : opposition du travail, usure rapide du matériel [245.] Comme l’avait déjà prévu Marx, recueil sur lequel le capitalisme finit par se briser, c’est le capitalisme même. Les tendances à la stagnation, au déclin et à la baisse du taux de profit sont inhérentes au capitalisme. La réalité actuelle confirme les prévisions théoriques de Marx : la société capitaliste doit, « sous peine de mort », transformer l’ouvrier devenu un homme fragmentaire, un accessoire vivant de la machine, en un être pleinement développé, capable d’exécuter une grande variété de tâches.
Mais la chute du capitalisme ou l’apparition inévitable d’une société nouvelle n’ont rien d’automatique, hélas! Il faut attendre que les « antagonismes historiques » se résolvent d’eux-mêmes. Le capitaliste ne cèdera pas de sa propre volonté; mais les ouvriers, de plus en plus unis, disciplinés et organisés par le mécanisme même de la production, s’insurgent contre leur condition; ils ne sont pas prêts à accepter d’être réduits à la fonction d’accessoires. Leur révolte gronde dans le fracas des machines. Les savants ont fini par admettre que l’automation rend tout un chacun « nerveux ». D’après le Dr. Charles R. Walker, directeur de l’Institut de Technologie et de Recherche industrielle de Yale, une équipe de médecins entreprit des recherches systématiques sur les effets nocifs des « tranquillisants » (les « pilules pour les nerfs », comme les appellent les ouvriers), dont l’usage s’était beaucoup répandu. Mais tout ce qu’ils trouvèrent à dire, en parlant du futur, c’est : « Quels substituts du temps pourrons-nous trouver? » (C’est le Dr. Walker qui souligne.) Quel contraste entre cette attitude d’intellectuel et celle du mineur qui déclare que seule une nouvelle union de la théorie et de la pratique, matérialisée dans l’ouvrier lui-même, peut assurer l’édification d’une société nouvelle! Mais quand l’ouvrier aura-t-il assez de confiance dans ses propres capacités pour ne plus laisser « les autres » penser à sa place? La bureaucratie ouvrière, engagée comme elle l’est dans le « progrès », n’offre aux ouvriers d’autre possibilité que celle des grèves sauvages. De janvier à avril 1956, on en compta 170 dans les mines de charbon. Lors du 42° Congrès des Mineurs, Lewis insista surtout sur la grève sauvage massive qui paralysait l’industrie du charbon en Virginie du Nord-Ouest à la fin du printemps 1956. Les mineurs du district 31 participaient à la grève. Lewis définit ce soulèvement massif comme le travail d’ « un groupe d’individus ambitieux, qui, peut-être, escompaient être nommés ou élus à un poste élevé ». Le chef de la United Mine Workers’ Union déplorait, appa-remment, que les mineurs se battent pour défendre leur vie au lieu de laisser la compagnie mettre un ouvrier par machine, si tel était son bon plaisir. Il conclut son plaidoyer contre les mineurs du district 31 par l’admonition suivante : « Rapportez ce message. Dites-leur de ne pas recommencer. Dites-leur de ne pas oublier que je les surveille de près. » II a été amplement prouvé que « pleine production » et « plein emploi » ne vont nullement de pair. Selon le Bureau des Statistiques du Travail, en 1955, la production nationale enre¬gistrait une augmentation de 11 % par rapport à 1954, alors que, pour la même période, l’emploi n’avait augmenté que de 1 %. Les vraies victimes sont les ouvriers d’usine. Prenons, par exemple, l’industrie chimique : entre 1947 et 1955, la production augmentait de 53 p. 100; dans la même période, le nombre des ouvriers passait de 525 000 à 532 000 (soit une augmentation de 1,3 p. 100 seulement), alors que celui des ingénieurs, du personnel de bureau, etc., passait de 169 000 à 259 000 (soit une augmentation de 70 p. 100). Le nombre d’ouvriers qualifiés augmenta, mais de 14 p. 100 seulement alors que la production augmentait de 53 p. 100. Autre exemple, toujours pour la même période : dans l’industrie des montages électriques, la production augmenta de 87 p. 100, tandis que l’augmentation du nombre des employés et des ouvriers n’atteignait, respectivement, que 20 et 16 p. 100.
Le chômage n’est pas la caractéristique permanente des seules « zones de dépression » comme l’industrie textile, de la Nouvelle-Angleterre et des États du Sud; il sévit aussi dans l’industrie automobile où la production tourne à plein. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, malgré l’essor de la production, l’offre d’emploi s’est rétrécie considérablement. L’armée et le secteur tertiaire ont absorbé une bonne partie des chômeurs, mais certainement pas la totalité; et ils ne pourront pas le faire. Ceux qui veulent croire — mais ils ne convaincront certes pas les ouvriers — que la solution réside dans le développement du secteur tertiaire, oublient que celui-ci tire son existence du secteur secondaire : ce qui n’a pas été produit ne demande pas d’entretien.
Enfin, le travail à l’usine n’offre aucun attrait pour les jeunes. Un jeune ouvrier de Los Angeles déclara à l’auteur : « Avec cette automation, on n’a pas besoin de facultés particulières. Quelle satisfaction peut-on tirer de son travail si tout se fait automatiquement? Tout ce que vous avez à faire, si vous avez la chance de travailler, c’est d’appeler l’ouvrier d’entretien lorsque la machine se détraque. Et l’être humain, qu’est-ce qu’il devient dans tout ça? »
L’actualité de la pensée de Marx est stupéfiante. La description qu’il fit, il y a un siècle, de « l’automate » est plus exacte que celle de n’importe quel écrivain moderne. Contrairement aux libéraux de son époque qui virent l’Eldorado pour tous dans l’essor de la production, Marx écrivait, à propos de la lutte concrète de l’ouvrier contre la machine dans le système capitaliste : « Un système organisé de machines mues par un système de transmission provenant d’un automate central, voilà la forme la plus développée du machinisme. (…) Même ce travail allégé devient, en quelque sorte, une torture pour l’ouvrier puisque la machine ne le libère pas du travail mais ôte à celui-ci tout attrait.
« (…) Devenu un automate, l’instrument du travail affronte le travailleur pendant le procès de travail; sous la forme de capital, c’est-à-dire de travail mort, il domine et suce la force de travail vivant. La séparation entre les forces de travail intellectuel et manuel, concrétisée dans l’emprise du capital sur le travail, est actuellement consacrée par l’industrie moderne qui repose sur le machinisme. »
Toute science, tout savoir étant incorporés dans la machine, l’intellectuel est passé du domaine de la « culture » à celui de la production. Si, dans les années 30, nos savants découvrirent « le code de conduite » des ouvriers (production code), puis, dans les années 40, « la philosophie de la production » (production philosophy), l’automation des années 50 leur conféra un tel pouvoir que, pour user d’un terme de Hegel, ils « périrent ». Ainsi, l’avertissement de Marx est devenu une réalité, concrétisée dans le rôle social du planificateur. Au Plan tyrannique conçu par le capitalisme pour discipliner le travailleur, à l’automate devenu la vraie force motrice de la production, Marx oppose l’homme; il ne s’agit pas d’adapter le problème humain au statu quo mais plutôt d’établir une société nouvelle où le travail ne sera pas aliéné, où « il sera le besoin primaire de l’homme [246] ».

2. Les travailleurs ont leurs propres idées

« Le partisan de la dialectique, Hegel, n’a pas su comprendre le passage dialectique de la matière au mouvement, de la matière à la conscience — le second surtout: Marx a corrigé l’erreur (ou la faiblesse?) du mystique. »
Lénine [247].

L’ère moderne est parvenue, par l’automation, à un stade où la généralisation de la crise mondiale impose une perspective philosophique globale; telle est la nouvelle caractéristique de notre époque.

[à suivre]

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