1961-07 Comment Tito s’empara du Parti Communiste Yougoslave [Ciliga]

Article publié dans Corrispondenza Socialista, a. II, n° 7, juillet 1961, p. 393-399. Mis en ligne par c.raymond2@wanadoo.fr sur son site Etudes et recherches yougoslaves.

Note introductive

 » Ante Ciliga, un des fondateurs du Parti Communiste Yougoslave, fut membre du Comité central et du Politburo de ce parti, ainsi que rédacteur en chef de  » Borba  » et secrétaire régional pour la Croatie. Il se déplaça ensuite en Union Soviétique où il vécut d’octobre 1926 à décembre 1935. Il passa les trois premières années, à Moscou, comme instructeur à l’École du parti des communistes yougoslaves immigrés. En 1930, il enseigna à l’Université communiste de Leningrad. Arrêté par la Guépéou (GPU) pour son opposition à la politique du gouvernement soviétique, il fut déporté en Sibérie en camp de concentration. Après cinq années, il réussit à obtenir la commutation de sa peine en une expulsion du territoire soviétique. A partir de là Ante Ciliga a vécu en France et en Italie, déjà radié en 1929 du Parti Communiste Yougoslave et ensuite démis, Ciliga s’est aligné sur les positions socialistes démocratiques, sans pour cela entré dans aucun groupe politique. « 

A la fin de l’été 1935, après trois ans passés à Verkhne-Uralsk dans la prison politique centrale de l’Union Soviétique et deux ans passés en exil en Sibérie, tandis que je menais un combat désespéré pour sortir du territoire soviétique, je reçus deux cartes postales me rendant compte des dernières nouvelles par un vieux militant de notre groupe d’opposition yougoslave de Moscou, Heberling, depuis peu lui aussi déporté en Sibérie. Des communications d’Heberling, il résultait que la femme de Josip Broz Tito, Pelagea Denisova-Belusova, adhérant à notre groupe d’opposition, avait été arrêtée, et par la suite, elle était morte en prison.

Que signifiait cette mort en prison ? S’agissait-il d’une mort naturelle due aux privations et à la faim, de suicide ou d’une éventuelle exécution consécutive suite à une condamnation à mort ? Dans cette même communication d’Heberling il n’y avait aucune précision, aucun détails d’importance fondamentale : Dans quelles circonstances Pelagea Denisova-Belusova avait été démasquée par la GPU ou arrêtée ? L’interruption de la correspondance épistolaire avec Heberling ne me permit pas de savoir comment effectivement s’étaient déroulées les choses.

Arrivé à Moscou, à l’école du Parti Communiste Yougoslave au printemps 1929, Pelagea Denisova-Belusova avait bien vite adhéré à notre groupe d’opposition : Pour des raisons particulières et sur notre conseil, son adhésion fut clandestine, et elle dut soutenir en publique les thèses officielles d’alors en condamnant l’opposition pour mieux pouvoir être en mesure de réaliser son travail. Dans les années 1929-1930 elle se maintient en contact par une correspondance secrète avec notre nouveau centre de Leningrad. Pelagea Denisova-Belusova ne fut pas la première communiste yougoslave à être arrêtée en Russie par la police de Staline. Cinq de nos camarades du Centre avaient déjà été découverts en mai 1930 et avaient été aussitôt condamnés à trois ans de réclusion. Elle fut pourtant la première à trouver la mort dans les prisons de Staline.

La femme de Tito fut arrêtée pendant l’hiver 1934-1935, et plus exactement au début de 1935 (ce fut évidemment à cause de ce passé très récent qu’en été 1935 Heberling ne considéra pas nécessaire de donner plus de précision). Elle fut arrêtée justement au moment où Tito, après avoir accompli cinq ans de prison en Yougoslavie se trouvait à Moscou en tant que second représentant du Parti Communiste Yougoslave au près du Komintern (le premier représentant était à cette époque Vladimir Copic, futur héros de la guerre d’Espagne,  » épuré  » ensuite à Moscou). Pelagea Denisova-Belusova vivait avec Tito dans la maison du Komintern (l’ex Hôtel Lux) et ce fut justement là qu’elle fut arrêtée une nuit par la GPU, en la présence de son mari qui n’osa pas bouger le petit doigt pour prendre sa défense. L’arrestation de sa femme mit Tito dans une situation très difficile car elle projetait sur ce dernier la suspicion de trotskisme. Pendant une bonne période de trois ans à cause de cette suspicion nourrie à son égard par la GPU, Tito vécu entre la vie et la mort et il n’a donc pas à s’étonner si le même Tito a affirmé en parlant en avril 1959 (avec combien de retard ! ! !) sur son aspect de ce séjour à Moscou entre 1935 et 1938, mais en taisant l’arrestation et la mort de sa femme, il affirma :  » Ce furent ces jours là les jours les plus pénibles de ma vie. Même durant la guerre tout était plus facile : Au moins on savait où se trouvait l’ennemi …  » (Interview accordée par Tito à  » Kommunist  » Belgrade, 16 avril 1959).

Après 1948 et la rupture du PCY avec le Kominform on parla souvent dans la presse mondiale de ces suspicions de Staline et de la GPU sur le trotskisme de Tito : Mais il ne fut jamais indiqué sur quelles bases furent fondées ces suspicions. Tito dans son interview révèle qu’un communiste monténégrin très populaire à l’intérieure du Parti Communiste Yougoslave, Petko Miletic, arriva à Moscou en provenance directe de Yougoslavie, au début 1938 pour l’accuser — affirme Tito textuellement — de trotskisme (nous ajouterons nous — pour lui disputer et lui arracher la direction du PCY rendue vacante après l’arrestation et la disparition de Gorkic. Mais sur ce sujet nous reviendrons plus loin) pourtant même Tito ne révèle pas sur quels arguments Petko Miletic fondait son accusation.

Petko Miletic en 1929 se trouvait à Moscou à l’école du Parti Communiste Yougoslave (où j’enseignais) et il partageait une bonne partie de nos thèses d’opposition, il connaissait presque tous les secrets et était au courant des rapports qui existait entre la femme de Tito et le responsable du Centre de notre opposition Stanko Dragic ex-secrétaire à Zagreb du Comité local du parti.

Mais Miletic ne voulait pas accepter nos conclusions et se refusait de passer à une action concrète et effective d’opposition. Il se limitait à soutenir que nous devions conserver nos opinions, que nous ne devions pas suivre aveuglement en tout et pour tous les Russes, que nous devions même nous méfier d’eux par apport à certaines de leurs manières et prétentions, mais sans jamais leur faire comprendre : Une tactique qui fut par la suite adoptée avec beaucoup de succès par Tito, tandis qu’après la deuxième guerre mondiale, il commençait à préparer silencieusement sa rébellion ouverte contre le Kremlin. De son côté, Petko Miletic (ce même Miletic, qui en 1929, se devant de voter à l’école de Moscou pour ou contre la ligne du parti yougoslave au sein du Komintern, s’était abstenu de participer à la réunion en disant à son ami Stanko Dragic :  » Mes amis je ne comprends pas quel sens il y a à aller finir en Sibérie avec vous tous « ) finit en 1938 en Sibérie dans un camp de concentration de la Kolyma. Le fait, que Tito se soit laissé aller à ces révélations seulement trois ans après le fameux rapport secret de Khrouchtchev au XX° Congrès, c’est à dire alors que déjà les partis communistes avaient été mis au courant des erreurs de Staline, le fait, que Tito ait été le dernier parmi les dirigeants du mouvement communiste international à condamner l’épuration d’autrefois et à réhabiliter, même si c’est en partie, les victimes de ces épurations, démontre qu’il existe indubitablement quelques rapports inconnus et mystérieux entre les épurations advenues dans le PCY en 1937-1938 et le succès de la carrière de Tito.

Encore plus étrange et mystérieux est le silence conservé jusqu’à aujourd’hui par Tito sur l’arrestation et la mort en prison à l’instigation de Staline de sa femme Pelagea Denisova-Belusova. Dans la biographie de Tito rédigée par Vladimir Dedjier on parle de sa femme seulement à l’occasion de son arrivée en Croatie et de son mariage avec Tito. Dans l’édition yougoslave de cette biographie on ajoute même que la première femme de Tito se trouvait en Russie tandis que le mari se trouvait dans la prison yougoslave de Sremska Mitrovica sans pourtant rien préciser sur son destin ultérieur.

Ne voulant évidemment pas découvrir le mécanisme cynique de son premier succès carriériste de 1927-1928 et de son second et définitif succès de 1937-1938, Tito est obligé de laisser aujourd’hui dans l’ombre la question des vrais rapports entre le Parti Communiste Soviétique et le Parti Communiste Yougoslave, et la question des épurations advenues dans le Parti Communiste Yougoslave dont furent victimes de très nombreux militants yougoslaves (quarante dans la petite épuration qui va de 1929 à 1935 — dont la femme de Tito — et les autres dans la grande épuration de 1937-1938).

L’année 1927 fut en Russie l’année décisive de la lutte entre le bloc de centre droit Staline-Bukharin et le bloc de gauche Trotsky-Zinoviev. Trotsky et Zinoviev furent battus et expulsés du parti, les vainqueurs se partagèrent les reines du pouvoir : À Staline le parti, à Bukharin le Komintern, à Rykov la présidence du gouvernement. Bukharin, patron du Komintern, eut carte blanche en ce qui concernait la politique du Komintern étant donné que Staline, à ce moment là, était trop occupé pour s’emparer définitivement du pouvoir à l’intérieur du pays. À cette époque l’acceptation de la part des différents partis communistes de la ligne bukharinienne signifiait l’acceptation de la politique russe et de l’hégémonie soviétique.

En Yougoslavie, l’année 1927 passa sous le signe d’une nouvelle crise aiguë du régime et de l’État avec la formation de l’opposition Radic-Pribicevic (parti paysan croate et parti des Serbes de Croatie) contre Belgrade et l’hégémonie serbe.

La relative tranquillité des années 1925-1926 connut un arrêt brutal et ceci causa des considérables répercutions dans la vie à l’intérieur même du Parti communiste (jusqu’alors semi-légal) : Le bloc de centre droit (Sima Markovic et les syndicalistes croato-slovènes Salaj et Zorga), investi du pouvoir par le Komintern à l’occasion du III° Congrès du PCY (été 1926) s’écroula rapidement. Sima Markovic, porte-voix de la tendance nationaliste serbe, fut destitué de ses charges : Les syndicalistes du centre, commandés par Djuro Cvijic, s’unirent contre la gauche, et à l’automne 1927 le Comité central nomma Cvijic secrétaire politique du Politburo à la place de Sima Markovic.

La place forte de la tendance anti-fractioniste et anti-intellectualiste, l’organisation du parti de Zagreb (création de Stanko Dragic, à ce moment là résident à Moscou et remplacé par Anton Mavrak), s’associa complètement à ce tournant. Tout ceci s’était produit sans consultation préalable avec Moscou et contre la ligne de Bukharin alors en vigueur. Puisqu’à Moscou se profilait un nouveau conflit entre Staline et Bukharin, ce dernier se sentit particulièrement obligé de se garantir au sein du Komintern du glissement vers des positions de gauche des différents partis communistes. Dans la personne de Milan Gorkic (dont le vrai nom était Josip Cizinski né en Bosnie de parents tchèques), second secrétaire de l’Internationale des Jeunes Communistes, appartenant au groupe des jeunes bukhariniens, Bukharin reconnut un précieux élément pour une opération yougoslave. La direction de  » centregauche  » du PCY devait être dissoute : On n’aurait pourtant pas pu l’installer des nouveaux au secrétariat de Sima Markovic car c’était un élément trop compromis. En plus de tout cela, Markovic était doté d’un excessif esprit d’indépendance. On pensa alors à organiser un groupe  » russe  » pour l’envoyer en Yougoslavie pour s’emparer du PCY et renverser la direction de  » centregauche « . Le groupe fut formé par de vieux prisonniers de guerre de l’armée austro-hongroise dissoute, par des émigrants américains d’origine yougoslave et par des jeunes Yougoslaves dotés d’une solide éducation bolchevique, à ceci s’ajoutèrent des carriéristes et des opportunistes de toutes sortes.

Gorkic était un grand travailleur, un homme très diligent et scrupuleux, mais, il n’avait aucune capacité d’organisation, de plus, il ne connaissait pas les hommes. Ces aspects négatifs le compromirent fortement en 1928-1929 et le ruinèrent définitivement comme nous le verrons plus tard en 1937-1938.

Malgré qu’ils eurent minutieusement préparé cette opération, Bukharin et Gorkic considérèrent opportun et avantageux de conférer à leur manœuvre un aspect spontané et démocratique. La direction de  » centre-gauche  » du PCY ne fut pas dissoute de suite et le groupe made un URSS ne fut pas dès le début expédié en grand complet en Yougoslavie. On commença seulement par envoyer en Yougoslavie quelques personnes soigneusement choisies et sélectionnées, qui avaient pour tâche de persuader certaines organisations locales du parti — en premier lieu, celle de Zagreb — pour demander l’aide et l’intervention du Komintern dans la vie interne du PCY.

Un ouvrier métallurgiste d’origine croate et de grande qualité morale, Djuro Djakovic, fut expédié de Moscou (où il fréquentait les cours du Komintern) à Zagreb en qualité de chef de l’opération : Officiellement, il était sensé seulement être secrétaire du syndicat de la métallurgie. Son adjoint fut un ex-prisonnier de guerre de l’armée austro-hongroise en Russie, Mathias Brezovic, nommé secrétaire du parti pour la Croatie (par la suite ce Brezovic s’avéra être un espion de la police yougoslave). Un ex-maître d’école monténégrin qui était en train de terminé les cours de l’Académie politico-militaire Tolmacev de Leningrad, fut expédié à Vienne : Jovan Malisic, dit Martinovic. Malisic, à Vienne, devait faire fonction d’agent de liaison entre Gorkic resté à Moscou et Djakovic opérant à Zagreb. Un autre militant engagé dans cette opération était Josip Broz (aujourd’hui Tito) qui, venant de Russie, était entré en Yougoslavie voilà deux ans (depuis l’été 1925 et non 1920 comme il l’affirme de façon inexacte). C’était le dernier d’un groupe d’étrangers engagés dans l’Armée Rouge durant la période de la guerre civile, étrangers démobilisés entre les années 1923-1925. Josip Broz, découvert, utilisé et valorisé, dans cette affaire, par Djuro Djakovic se révéla bien vite une recrue de premier ordre et de capacité exceptionnelle. Tandis que la majorité du Comité du parti de Zagreb se refusait résolument à accepter les suggestions du Komintern, Josip Broz, membre de ce comité, soutenu seulement par une minorité restreinte réussit à les faire accepter au cours d’une conférence convoquée exprès en février 1928 à Zagreb.

La proposition de Josip Broz de demander l’intervention du Komintern dans la vie interne du PCY fut vraiment faite de cette façon par l’organisation du parti de Zagreb, et le même Josip Broz devint le secrétaire de cette organisation.

Accueillant cette requête spontanée des communistes yougoslaves, le Komintern en mai 1928 adressa une lettre ouverte au PCY. Il dissout officiellement la direction de centre–gauche du parti et nomma une direction provisoire avec à sa tête Djuro Djakovic qui fut chargé de préparer un congrès.

Tito définit encore aujourd’hui cette mise en scène comme une initiative authentiquement spontanée de la base du parti, nous pouvons au contraire affirmer de façon certaine qu’il s’agit d’une manœuvre soigneusement préparée et téléguidée par Moscou.

Deux faits imprévisibles changèrent radicalement la tournure des choses : L’attentat contre Radic en 1928 et l’abrogation de la Constitution et des libertés politiques par le roi Alexandre en janvier 1929. L’attentat du Parlement à Belgrade démontra sans équivoque à quel point était arrivé le conflit entre les Serbes et les Croates. Moscou et son groupe ne pouvaient par conséquent plus ignorer, et, de toute façon faire abstraction de l’existence de ce conflit. Au sommet du Komintern on pourvut rapidement à un changement de ligne politique : Au lieu de luttes sociales on parla surtout des conflits entre nationalités. On organisa un Comité militaire du parti et Josip Broz fut mis à sa tête.

En travaillant avec des réfugiés hongrois de la République Soviétique de Bela Kun et avec l’organisation des jeunes du parti de Radic, le Comité s’occupa de rassembler des armes en grande quantité. On croyait fermement à la possibilité d’une victoire d’une révolution communiste née de la révolte nationale croate contre l’hégémonie de la Yougoslavie grand-serbe.

La police, grâce aux informations de Mathias Brezovic et des nombreux autres provocateurs infiltrés au sein du parti, était parfaitement au courant de tous ces préparatifs, en particulier ceux d’une embuscade organisée pour le 1° août 1928. Le tribunal infligea cinq ans de prison à celui qui deviendra ensuite le chef de l’État yougoslave.

Le 6 janvier 1929 le roi Alexandre proclama  » sa dictature personnelle « , en s’appuyant sur l’armée, dirigée par des officiers serbes, et sur la police. Il fut proposé un compromis, sous forme d’ultimatum, au Parti communiste : Si vous vous limitez à la question sociale en vous abstenant de vous initier dans le conflit national serbo-croate, serbo-macédonien on vous laissera en paix et vous pourrez continuer à exercer votre activité, autrement vous serez anéantis. Évidement le PCY ne pouvait pas accepter un tel compromis. Suite à son refus il fut donc soumis à une implacable campagne de persécution. Djuro Djakovic fut immédiatement assassiné et des dizaines, puis des centaines de militants et de dirigeants communistes furent tués ou jetés dans les prisons yougoslaves. Pour Josip Broz le fait d’avoir été arrêté et condamné avant le 6 janvier 1929 s’avéra une chance. Détenu dans la prison de Lepoglava il profita d’un traitement relativement privilégié. Comme électricien de la prison il avait droit à des sorties libres en ville et  » comme charmeur des femmes  » il jouissait de la belle vie dans la bourgade. Pourtant, tout ceci ne l’empêcha pas, quand Mosha Pijade et Rodoljub Colakovic organisèrent dans la prison une école du parti, d’être un des élèves des plus studieux et diligents.

Josip Broz se levait chaque jour à quatre heures du matin et dans sa cellule il apprenait patiemment la leçon qui lui avait été enseignée par les instructeurs.

Le groupe de Gorkic, après le 6 janvier, fit banqueroute en démontrant qu’il était formé de lâches, d’incapables et de traîtres. L’École du Parti Communiste Yougoslave de Moscou, qui depuis le début s’était déclarée contre l’opération Bukharin-Gorkic, fut prise d’une  » fièvre de révolte  » : Un petit groupe de camarade yougoslave, qui était déjà depuis longtemps en contact avec l’opposition trotskiste russe de Moscou, s’employa activement afin que la  » fièvre de révolte  » se transforma en révolte ouverte et définitive. Le rapport présenté par le délégué du Komintern fut repoussé par l’assemblée générale de l’École avec 90 voix contre et 5 favorables.

Puisque dans cette période là se développait déjà la lutte entre Staline et Bukharin, l’opposition à Gorkic (et donc à Bukharin) aurait certainement été tolérée, mais à cette opposition s’étant mélangée à une composante trotskiste, et donc anti-stalinienne outre qu’anti-bukharininne, trois étudiants des cours furent radiés pendant un an du parti et vingt autres durent abandonner l’École et la ville même Moscou.

À la IV° Conférence du PCY (Ljubljana, décembre 1934), dans la résolution  » Enseignements de 1929-31 «  la révolte des camarades de l’École du Parti de Moscou fut expliquée et condamnée en ces termes :

 » …dans la direction, à côté des meilleurs ouvriers comme Djuro Djakovic, fut élue une série de camarades peu ou pas du tout liés au parti, qui n’ont pas grandi dans le parti, et qui ont étaient éduqués hors de la vie du parti. Le Comité Central ne s’est pas préoccupé d’assurer les conditions pour une union organique entre les activistes qui se formaient dans les écoles du parti à Moscou et les activistes qui se formaient dans le travail pratique de tous les jours en Yougoslavie. Tout ceci conduisit à l’éloignement de la direction des meilleurs éléments du parti autant dans l’émigration que dans le pays à la chute dans des erreurs politiques d’une série de camarades dévoués au parti dans l’émigration du fait qu’ils aient mordus à l’hameçon des trotskistes Ciliga et Dragic.  » (Archives historiques du PCI — vol. II, p. 235-236, Belgrade 1950).

Après que Josip Broz fut condamné à Zagreb et envoyé à la prison de Lepoglava, sa femme, avec son jeune fils Zarko, abandonnèrent Zagreb pour se réfugier à Moscou. Elle arriva à l’École du parti avant notre éloignement, mais après l’assemblée générale, au beau milieu de l’enquête organisée par le Comité Central russe contre nous. Qu’est-ce qui la poussa à s’associer à nous, contre la politique du Parti russe, contre la politique du Komintern en Yougoslavie, qui était la même politique acceptée et faite justement par son mari ?

Au printemps 1929, l’insuccès retentissant de la politique du Komintern et de Gorkic en Yougoslavie était déjà évident et manifeste. Elle accepta pleinement notre thèse selon laquelle le PCY avait été trompé par le Komintern.

En outre à cette époque, avant même la même direction du PCY, nous avions découvert l’activité de provocation et d’espionnage de Mathias Brezovic, émissaire numéro 1 de Gorkic en Yougoslavie. A cette déconcertante constatation était définitivement parvenu Stanko Dragic qui avait examiné avec la femme de Josip Broz tous les détails relatifs à l’arrestation de ce même Broz ainsi que ceux relatifs à l’arrestation de nombreux autres militants communistes. La réalité sociale et politique existante dans notre parti et hors de lui, réalité que Pelagea Denisova-Belusova eut moyen de toucher du doigt lors de son retour en Russie, la convainquit définitivement d’accepter nos critiques et notre ligne d’opposition. Deux semaines après son arrivée, elle se rendit à Omsk pour retrouver son père un vieil ouvrier bolchevik de Pietroburg exilé en Sibérie par le tsarisme. Il n’est pas exclu, il est même, très probable, que ce fut justement ce vieux militant de la vieille garde qui l’a poussée vers l’Opposition. En plus de tout ça on doit se rappeler que son père n’avait pas été seulement le chef de groupe des usines ferroviaires d’Omsk où Josip Broz avait travaillé comme prisonnier de guerre, mais il avait été celui qui avait gagné à la cause du communisme Josip Broz qui jusqu’alors non seulement dans la période de la guerre mais jusqu’à l’hiver 1919-1920 était resté très fidèle à l’Autriche, à son empereur et au grade de feldwebel (sergent).

Dans quelle mesure Pelagea Denisova-Belusova informa de ses nouvelles positions politiques son mari quand, après cinq longues années, ils se revirent et se réunirent de nouveau ?

Sa première ascension dans la hiérarchie du parti Josip Broz la réalisa en 1927-1928 sur la plate-forme politique de Bukharin alors toléré par Staline.

En 1934-1935 Bukharin vint à se trouver dans une lutte acharnée désespérée avec Staline. Les positions conservatrices de Josip Broz avant son adhésion au communisme pouvaient constituer un motif ultérieur de réserve et de perplexité à l’égard de l’ouragan déchaîné par Staline. Une déclaration, de Broz sur les impressions négatives rapportées à l’occasion de l’un de ses voyages dans l’Oural en 1935, pourrait être une allusion aux informations reçues dans ce voyage par son vieux beau-père et maître, le père de Pelagea Denisova-Belusova, ou attribuée à une pensée mélancolique dédiée à la disparition dans les épurations staliniennes de ce vieux et très fidèle bolchevik…

Mais en 1935, la cause de Bukharin était déjà une cause manifestement perdue. Josip Broz n’était pas l’homme des causes perdues, ambitieux, carriériste, amant, avant tout, de la belle et brillante vie, sans scrupule, doté d’une forte volonté, Broz était peu apte à accepter les nouvelles positions politiques de sa femme, positions politiques d’un groupe désormais pratiquement vaincu. Personnage authentiquement thermidorien, pour Josip Broz il était logique et naturel d’être terroriste en période terroriste, opportun en période opportuniste, et peut-être même monarchiste en période de restauration. Ce fut ainsi que non seulement il se garda bien de partager les positions de sa femme, il réussit même à éviter que son arrestation lui nuise.

Josip Broz fut coopté en août 1934 dans le Politburo du parti, alors formé de Gorkic, Horvatin, Copic, Parovic, Muk et Oscar (un ouvrier slovène dont on a plus rien su). Après quoi Broz reparti pour la Yougoslavie pour convoquer les Conférences locales et provinciales des organisations du parti en Croatie et en Slovénie. À l’assassinat du roi Alexandre à Marseille (9 octobre 1934), Broz revint à Vienne d’où il prépare la Conférence nationale du PCY qui se tiendra en décembre 1934 à Ljubljana. En juillet 1935, au VII° Congrès du Komintern, les délégués yougoslaves proposèrent Josip Broz comme représentant du PCY au sein de l’exécutif du Komintern. Manuilsky repoussa pourtant la proposition en affirmant que seul Gorkic jouissait de la pleine confiance du parti russe et du Komintern. Pourtant, le nom de Gorkic n’avait pas remporté l’unanimité des approbations des délégués yougoslaves. Ce fut ainsi que le PCY n’eut pas un représentant au sein de l’exécutif de l’Internationale Communiste, mais seulement un membre-suppléant qui fut de toute façon Gorkic, le candidat de Manuilsky. En cette circonstance, Josip Broz se dépêcha d’expliquer aux Soviétiques qu’il était complètement dans l’ignorance des délégués yougoslaves de proposer son nom à la place de celui de Gorkic.

* * *

Mais retournons maintenant à l’interview concédée par Tito au journal  » Kommunist  » de Belgrade en avril 1959, interview dans laquelle il est fait allusion aux épurations dont fut victimes dans les années de la grande purge stalinienne le groupe des émigrants communistes yougoslaves à Moscou.

Malgré qu’Alexander Rankovic dans son rapport d’organisation au V° Congrès du PCY, qui s’était tenu à Belgrade en juillet 1948 tout de suite après l’exclusion du Kominform, malgré qu’il eut publiquement approuvé en bloc les épurations staliniennes advenues au sein du groupe dirigeant yougoslave, Tito, dans ses déclarations, réhabilite quelques uns des communistes yougoslaves liquidés à Moscou dans ces années là. Rien que moins que ça, l’intervention cependant devient lacunaire, et pas dans les moindres mesures. Nous chercherons donc, à cet endroit, de suppléer à de telles lacunes, qui ne sont certes pas involontaires ou dues au hasard, en commençant par nous arrêter sur la fin de Milan Gorkic.

La tombée en disgrâce du secrétaire du CC du PCY advint en été 1937 ce fut justement à partir de ce moment là que le leadership du communisme yougoslave passa entre les mains de Tito. Contrairement à ce qu’on pense communément, la liquidation de Gorkic eut des motifs d’ordre politique, et non des raisons politico-idéologiques. Gorkic était en effet pour Moscou un homme de toute confiance, connu pour son obéissance aveugle et fanatique au patron du Kremlin, tel qu’il était. Gorkic avait organisé pour le compte du Komintern le départ de Marseille d’un bateau qui aurait dû se rendre aux Bouches de Kotor pour embarquer et ensuite transférer en Espagne, où sévissait la guerre civile, un millier de communistes yougoslaves destinés aux Brigades Internationales. Mais l’homme de confiance de Gorkic — Muk, membre du Politburo yougoslave — fut arrêté par la police de Belgrade, et sous la torture, il révéla tous les détails de l’opération. Le navire fut surprit au moment où il levait l’ancre des Bouches de Kotor : Tous les volontaires, qui s’y trouvaient à bord, furent capturés et toute l’entreprise, qui avait coûté à Moscou plus de 7000 000 francs, échoua. On fit endosser la responsabilité de l’affaire à Gorkic qui fut immédiatement rappelé à Moscou, arrêté et accusé injustement d’espionnage. À Moscou, déjà se trouvait en prison son ex-femme employée à l’appareil technique du Komintern et ensuite directrice du Parc de la Culture de Moscou : Betty Glan, une juive russe de Kiev, qui après son divorce avec Gorkic s’était mariée avec un citoyen anglais et était à cause de cela accusée d’être une espionne au service des Anglais.

Gorkic, après le divorce avec sa première femme, s’était remarié à Paris avec une juive polonaise fonctionnaire de la NKVD : C’est justement celle-ci qui persuada son mari de retourner à Moscou en obtempérant l’invitation à qui lui était adressée par les Soviétiques.

Cette femme réapparue à Paris après la seconde guerre mondiale comme employée de l’ambassade soviétique et vraisemblablement toujours comme fonctionnaire de la NKVD. Une fois Gorkic liquidé, Tito succéda immédiatement à son poste. Pendant quelques mois il se déroula une lutte impitoyable entre lui et Petko Miletic aux fins de sa succession. Tito, à peine eut-il la nouvelle du rappel de Gorkic à Moscou, eut l’intuition de ce qu’il se passait, il se précipita à Paris où il reçut du Secrétaire balkanique du Komintern l’autorisation de traiter les affaires ordinaires du PCY tant que ce dernier ne prenait pas de décision définitive à l’égard de Gorkic. Dans la même période Petko Miletic, une fois accomplie sa condamnation en Yougoslavie, rejoignit Moscou via la Bulgarie et Constantinople. Tito dans son interview du  » Kommunist  » de 1959, affirme que l’expatriation de Miletic fut préparée et organisée par  » quelques Bulgares de la Section Cadrent du Komintern « . En cette époque là en effet les Bulgares soutenaient la gauche du PCY et donc Petko Miletic qui était le leader indiscuté de cette gauche. Ils s’étaient donc empressés de faire parvenir Miletic à Moscou afin qu’il fut en mesure de recueillir la succession de Gorkic.

Au sein du très influent groupe des Bulgares alors résidents à Moscou, Tito avait seulement deux amis : Dimitrov et Karaivanov. Ce dernier, qui à cette époque travaillait à la Section des Cadres du Secrétariat balkanique du Komintern, après 1945 s’établit à Belgrade, hôte du gouvernement yougoslave, il résida jusqu’à sa mort en 1960. Dans un de ses articles paru le 16 mai 1952 dans la revue belgradoise  » Politika Internacionala  » (article publié à l’occasion du 60° anniversaire de Tito), Karaivanov fournit des très importantes précisions au sujet de la lutte ouverte entre Tito et Miletic pour la succession au Secrétariat du PCY :

 » …Damjanov, un bulgare qui était alors à la tête de la Section des Cadres du Komintern, et la Bulgare Stella Blagoeva, responsable de la Section des Cadres du Secrétariat balkanique du Komintern, avaient organisé le voyage de Petko Miletic de Constantinople à Moscou dans le but précis d’obtenir par son intermédiaire des pièces d’accusation contre Tito. Miletic à cette époque ébruitait continuellement des mensonges et des calomnies à l’égard de Tito en soutenant carrément que celui-ci n’était en fait pas inscrit régulièrement au PCY … « 

De l’article de Karaivanov nous avons donc la confirmation que non seulement les Bulgares de la section des Cadres du Komintern appuyaient Petko Miletic, mais que carrément ils se servaient de lui pour liquider Tito.

Mais évidement la protection des Bulgares ne fut pas suffisante à Miletic. Pour répondre aux accusations de ce dernier, Tito rejoignit bien vite Moscou. En contradiction avec ce qui avait été affirmé précédemment par Karaivanov , Tito dans son interview au  » Kommunist  » de 1959, cherche de minimiser l’importance de l’appui dont jouissait à Moscou, de la part des Bulgares, son rival Miletic, et il explique que ce même Miletic avait été démasqué comme espion et traître par la NKVD avant même d’arriver à Moscou en provenance de Constantinople. Selon Tito, en effet, les choses se seraient déroulées en ces termes :

 » À peine arrivé à Moscou, un Russe, qui était à la tête de la Section des Cadres du Komintern, m’avertit que Miletic était en train de répandre des calomnies à mon égard en m’accusant en trotte de trotskisme. Le Russe me précisa en souriant que je ne devais avoir aucunement peur puisqu’il savait très bien quelle était la vérité. Le jour suivant j’apprit de la part du même Russe que Miletic avait été arrêté : Le NKVD était au courant de la capitulation de Miletic face à la police yougoslave, capitulation advenue tout de suite après son arrestation par cette même police yougoslave … « 

La version fournie par Karaivanov à propos de l’arrestation de Miletic par le NKVD était au contraire bien différente. Selon Karaivanov, Damjanov et Blagoeva, une fois obtenue de la part de Miletic le matériel d’accusation contre Tito, décidèrent de l’envoyer en Crimée en signe de remerciement pendant une longue période de repos, après quoi ils s’occuperaient de l’investir de très hautes responsabilités. Dans la nuit, au contraire, juste avant son départ pour la Crimée, Petko Miletic fut arrêté par la NKVD et déporté en Sibérie au fameux camp de travail forcé de la Kolyma. Depuis lors, on n’a jamais rien su de lui, ce fut de même pour Milan Gorkic.

Entre ce qu’affirmait en 1952 Karaivanov et en 1959 Tito, existe un autre élément de discordance. Karaivanov raconte qu’à la tête de la Section de Cades du Komintern il y avait alors le Bulgare Damjanov : Tito affirme au contraire qu’à la tête de cette section il y avait un Russe sans d’ailleurs fournir son nom.

Il nous semble inutile de préciser ici que les accusations selon lesquelles Petko Miletic fut arrêté pat la NKVD (accusations confirmées et approuvées par Tito dans son interview au  » Kommunist  » de 1959) sont ridicules et infondées. Miletic, rentré en Yougoslavie en 1930 après son séjour à Moscou, se comporta si héroïquement — autant en dirigeant l’activité clandestine du parti, qu’en tenant tête aux interrogatoires de la police une fois arrêté — qu’il devint carrément un personnage légendaire. Quand il tomba entre les mains de la police de Belgrade, sa popularité était si forte que le Komintern se sentit en devoir de lancer dans la presse communiste internationale une intense campagne qui avait pour but d’en obtenir sa libération. Expédié au pénitencier de Sremska Mitrovica pour purger sa peine Petko Miletic devint très vite le chef indiscuté du groupe des communistes qui y étaient détenus, groupe qui comptait parmi ses rangs des militants au prestige remarquable tel que Mosha Pijade et Alexander Rankovic. Au début de la guerre d’Espagne le bataillon des volontaires yougoslaves fut baptisé du nom de Petko Miletic.

Dès que Petko Miletic fut expédié à Kolyna, en février 1938, Tito fut nommé secrétaire général du PCY. Staline et Manuilsky étaient d’avis de dissoudre le PCY, comme ce fut le cas pour le parti communiste polonais, mais Dimitrov réussi à les convaincre d’essayer une expérience avec Tito. Dès que Tito pris ses fonctions à la tête du secrétariat du parti, il s’empressa — et ce fut sa première action — de bolcheviser le PCY (il faut dire : Staliniser) au moyen d’une épuration de tous les éléments non suffisamment liés à Moscou. Parti pour Paris, il commença par liquider le groupe d’opposition Kusovaz-Maric, groupe trop lié à Petko Miletic (Maric fut persécuté en Yougoslavie même après 1945). Après avoir rejoint ensuite la Yougoslavie, Tito, pendant toute l’année 1938, prépara jusque dans les moindres détails, la grande opération épurative. En janvier 1939, il fit approuver par le nouveau Politburo yougoslave (nommé par lui-même sur la base des pleins pouvoirs qui lui avaient été conférés par Moscou) les dispositions épuratives qu’il avait préparées. Après donc être parti à Moscou et avoir obtenu la ratification définitive du Komintern, Tito rendit public les résultats de sa campagne épurative en les publiant en mai 1939 dans l’organe officiel du PCY  » Proleter « .

Et voici ce qui fut publié par  » Proleter  » (ces données comme nous l’avons précisé plus haut ont été utilisées par Rankovic dans son rapport au V° Congrès) :

 » …Suite, à l’activité destructive et anti-parti, à la formation de groupes, aux tentatives de conduire les luttes fractionnistes dans le PCY, aux tentatives d’apporter la confusion dans les rangs du Parti à l’étranger et dans le pays, aux tentatives de diffuser de faux propos à l’étranger, suite à leurs rapports avec des éléments trotskistes et d’autres éléments suspects, sont expulsés du PCY Ivo Maric, Maria Maric, Labud Kusovaz, et sa femme … Comme éléments étrangers et nuisibles au Parti est expulsé du PCY Bobo (Bizic). Pour avoir formé des groupes illégaux dans le Parti et pour avoir une activité anti-parti, pour avoir était en étroit contact avec des éléments trotskistes et pour leur avoir communiquer des secrets du parti est expulsé du PCY I.B. (Ivo BaljkasJacques). Pour indiscipline, formation de groupes illégaux et refus de se soumettre aux décisions du parti, est expulsé du PCY V.J. (Vicko JelaskaStari). Comme élément suspect et étranger est expulsé M.C. (Mladen Copic)…

Comme éléments qui ont amené au Parti et à la classe ouvrière des préjudices énormes pendant de longues années avec leur lutte de fraction et leur liaison avec l’ennemi de classe, comme éléments qui ont trompé le Komintern, comme éléments qui avec leur sabotage ont empêché le développement du parti et ont donc privé le développement de la classe ouvrière yougoslave de leur guide le plus efficace, sont expulsés des rangs du PCY Milan Gorkic (Cisinski), Fleischer (Ivo Grzetic) Sima Markovic, Sima Miljus, Anton Mavrak, Djuro Cvijic (Kresic), Stephan Cvijic (Andrej), Kamilo Hrovatin (Petrovski), Vladimir Copic (Senjko), Jovan Malisic (Martinovic), Kosta Novakovic (Dragacevac), Akif Seremet (Berger), Jovanka Hrovatin (Graberica), Zoran Miljus, Ggrur Vujovic, M. Jankovic (Drenovski), Vilim Horvaj (Svarcmann), Gojko Samardjic (Svarc), Rade Vujovic (Lic)…

Pour ces tentatives de créer des fractions dans le Parti, pour indiscipline et refus d’appliquer les décisions du parti, pour manque de sincérité face au Comité central, pour avoir amené la confusion dans les rangs du parti, pour avoir eut un comportement de traître face à l’ennemi de classe — des faits avec lesquels furent induits en erreurs non seulement le PCY mais toute la classe ouvrière — est exclu du Parti Petko Miletic. Pour fractionnisme, indiscipline et activité anti-parti, sont expulsés du parti Vojlovic et Korskj. « 

Sur cette liste il manque — avant tout — notre groupe d’opposition 1928-1929, c’est à dire une vingtaine de personnes dont je pense être l’unique survivant. Il manque ensuite des cas individuels d’importance notable comme celui de Filipovic- Boskovic, représentant officiel du PCY d’abord à Moscou et ensuite à Vienne et à Berlin, ou comme celui de Voja Vujovic, déjà secrétaire de l’Internationale des Jeunes Communistes à l’époque de Zinoviev. Tous les deux ont été expulsés du PCY et ont disparus de la circulation dans des circonstances qui sont encore aujourd’hui inconnues.

Qui était la trentaine de personnes épurées par Tito dès que celui-ci fut à la tête du secrétariat du PCY, personnes dont les noms apparurent sur  » Proleter  » en mai 1939 ? Il s’agissait d’ex-secrétaires du parti, des membres du Politburo, des membres du Comité Central, en un mot il s’agissait à peu près de tout le groupe dirigeant du parti. Parmi ceux-ci figurait bien cinq ex-secrétaires du PCY : Sima Markovic, Djuro Cvijic, Jovan Malisic, Anton Mavrak, Milan Gorkic. L’unique ex-secrétaire du parti qui réussit à se soustraire à l’expulsion et donc à la liquidation fut Trisa Kaclerovic qui s’était retiré en 1926.

De ces trente personnes exclues du Parti, 16 ont été de façon sûre assassinées en Russie par la police secrète de Staline. En ce qui concerne la fin de Sima Markovic leader de la droite du PCY, des nouvelles non confirmées soutiennent qu’il mourut de mort naturelle dans une petite ville de province de la Russie européenne où il avait été envoyé en exil et où on lui avait concédé la possibilité d’enseigner dans un collège. Sa veuve, après 1945, quitta l’Union Soviétique pour revenir en Yougoslavie, elle obtient de nouveau la carte du parti. En 1948, au moment de la rupture entre le Kominform et le PCY, elle s’aligna résolument sur les positions pro-soviétiques et pour cette attitude elle fut arrêtée par la police de ito. Elle fut envoyée et emprisonnée aux îles de Goli Otok et de Sveti Grgur où avait été installé un camp de concentration pour les kominformistes yougoslaves.

Des trente personnes exclues du Parti dont il est fait allusion dans le communiqué paru dans  » Proleter « , onze appartenaient au groupe du centre-gauche qui fut allié à la gauche historique de 1923 à 1937, quatorze autres au groupe de centre-droit et une à la droite historique, des trois restantes il est difficile de préciser leur exacte position au sein du PCY. Il en résulte de toutes évidences que Tito et les Soviétiques s’acharneront particulièrement et à peu près exclusivement contre les groupes de gauche, en laissant presque tranquille ceux de droite. Il faut qu’on se rappelle en outre que si le dirigeant de le droite Sima Markovic fut réellement une victime de l’épuration, il ne fut pas cependant liquidé physiquement comme ce fut le cas des militants de la gauche. De plus on doit se rappeler que sa femme ne fut pas victime de dispositions disciplinaires contrairement à celles des militants de gauche qui furent exclues avec leur mari.

Dans le  » Proleter  » ainsi que dans d’autres documents officiels du parti de la période 1937-1941 on fait souvent référence au trotskisme yougoslave. En réalité à l’exception de notre groupe d’opposition de l’Ecole du Parti de Moscou (1928-1929) qui pouvait vaguement être taxé de trotskisme. Dans le PCY, il n’y a jamais eu d’éléments trotskistes actifs ni — d’autant moins — des groupes trotskistes organisés. Le fameux Darsula, par exemple, qui fut souvent considéré dans les déclarations officielles du parti comme trotskisme, était un jeune Dalmate qui appartenait à la gauche historique et qui avait fréquenté l’École du Parti de Moscou. Dans les faits il advint que tous ceux qui au nom de l’internationalisme prolétarien s’opposaient aux infiltrations nationalistes grand-serbes au sein du parti furent de façon inexacte dénommés trotskistes et expulsés comme tels.

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