1964 Chroniques de la 1° Internationale [Rubel]

Publié dans les Cahiers de l’I.S.M.E.A. (1964). Première mise en ligne sur le site www.plusloin.org

Avant Propos

En composant ce cahier, nous avons voulu apporter à la recherche historique sur la Première Internationale une contribution éloignée de toute préoccupation politique. Cet effort, nous le poursuivrons dans un prochain cahier qui sera consacré : sinon entièrement du moins en grande partie à la Première Internationale. Si c’est là apporter un hommage au souvenir de la Première Internationale, nous pensons l’avoir fait dans la seule intention de servir la vérité historique. Nous ne pouvons que souhaiter que celle ci sorte indemne des célébrations du premier centenaire du meeting inaugural du 28 septembre 1864 à St. Martin’s Hall.

Plus de vingt ans avant de se joindre à la Première Internationale ouvrière, Marx avait cru constater que les hommes qui pensent et les hommes qui souffrent jusqu’alors séparés par le mur des intérêts divergents avaient enfin réussi à parvenir à une entente. Il en concluait que  » l’existence de l’humanité souffrante qui pense et de l’humanité pensante qui est opprimée deviendra nécessairement insupportable et indigeste au monde animal des philistins qui jouit passivement, incapable de penser » . Et il eut, alors cette prémonition : « plus les événements permettront à l’humanité pensante de devenir consciente, et à l’humanité souffrante de s’assembler, plus parfait naîtra le fruit que le présent porte clans ses flancs. » (Annales franco-allemandes, 1844). L’Internationale, on ne saurait en douter, c’était pour Marx cette rencontre, riche de promesses, de la misère sociale, incarnée, par la classe la plus nombreuse et la plus misérable » (Saint Simon) et de la pensée sociale que cette classe voulait se donner en créant, à l’échelle mondiale, sa propre organisation de propagande et de lutte. Car contrairement à la légende courante ce n’est pas Marx qui a « fondé » l’Internationale ; c’est l’Internationale qui a permis à Marx de s’affirmer à la fois comme théoricien et protagoniste du mouvement ouvrier international. Nul ne le savait mieux que Marx, qui n’a pas manqué une occasion de mettre les choses au point en montrant qu’il se faisait de l’Internationale une idée toute différente de celle que l’hagiographie marxiste s’obstine à accréditer. Il est donc bon de rappeler en guise de liminaire aux matériaux réunis dans ce cahier quelques témoignages significatifs fournis par Marx dans ses écrits ou déclarations orales sur l’Association Internationale des Travailleurs. Ces témoignages éclairent, implicitement le rôle qu’il a lui même joué dans l’Internationale.

Dans le rapport qu’il rédigea au nom du Conseil général pour le Congrès de Bruxelles (1868), on lit :  » Il n’y a que l’entente internationale des classes ouvrières qui puisse garantir leur triomphe définitif. Ce besoin a donné naissance à l’Association internationale des travailleurs. Elle n’est fille ni d’une secte, ni d’une théorie. Elle est le produit .spontané du mouvement prolétaire, engendré lui même par les tendances naturelles et irrépressibles de la société moderne. Dans le sentiment profond de  sa grande mission, l’Association internationale des travailleurs ne se laissera ni intimider ni détourner. Sa destinée est désormais inséparable du progrès historique de classe qui porte dans ses flancs la régénération de l’humanité.  »

Répondant, au correspondant du journal américain « The World » au sujet des prétendues « instructions secrètes » que le Conseil général aurait envoyées à la Commune de Paris :  » Y a t il jamais eu une Association qui ait poursuivi .son activité sans avoir recours à des moyens aussi bien privés que publics ? Ce serait pourtant méconnaître complètement la nature de l’Internationale que de, parler d’instructions secrètes venant de Londres, comme s’il s’agissait de décrets en matière de foi et de morale émanant de quelque centre pontifical de domination et d’intrigue. Ceci impliquerait une forme centralisée de gouvernement pour l’Internationale, alors que sa forme véritable est expressément celle qui, par l’initiative locale, accorde le plus de champ d’action à l’énergie et à l’esprit d’indépendance. De fait,l’Internationale n’est nullement le gouvernement de la classe ouvrière, c’est un lien, ce n’est pas un pouvoir. (…) Nos objectifs doivent nécessairement être assez vastes pour embrasser toutes les formes d’activité de la classe ouvrière. Leur donner un caractère particulier, c’eût été les adapter aux besoins des travailleurs d’une seule nation. Mais comment pouvait on demander à tous de s’unir pour atteindre les buts de quelques-uns ? Si, elle l’avait fait, l’Association aurait trahi l’Internationale. L’Association n’impose aucune forme aux mouvements politiques ; elle exige seulement le respect de leur but. C’est un réseau de sociétés affiliées, qui s’étend à l’ensemble du monde du travail. Dans chaque partie du monde se présente un aspect particulier du problème, et les ouvriers s’efforcent de l’aborder avec leurs propres moyens. Les ententes ouvrières ne peuvent pas être absolument identiques dans tous les détails à Newcastle et à Barcelone, à Londres et à Berlin. En Angleterre. par exemple, la voie qui mène au pouvoir politique est ouverte à la classe ouvrière. Une insurrection serait folie là où l’agitation pacifique peut tout accomplir avec promptitude et sûreté. La France possède cent lois de répression ; un antagonisme mortel oppose les classes, et on ne voit pas comment échapper à cette solution violente qu’est la guerre sociale. Le choix de cette solution regarde la classe ouvrière de ce pays. L’Internationale ne prétend pas dicter ses volontés : elle a déjà bien de la peine à donner des conseils. Mais à tout mouvement elle donne sa sympathie et son aide, dans les limites qui lui sont assignées par ses propres statuts. »

Enfin, du discours prononcé à l’occasion du septième anniversaire de la fondation de l’Internationale (nous le donnons plus loin in extenso) retenons les passages suivants, tels qu’ils ont été consignés par un correspondant du même journal américain  » Parlant de l’Internationale, il dit que le grand succès qui avait jusqu’alors couronné ses efforts était dû à des circonstances sur lesquelles les membres eux mêmes ne possédaient aucun pouvoir. La fondation de l’Internationale elle même était le résultat de ces circonstances et nullement due aux : efforts des hommes qui s’y trouvaient engagés. Ce n’était pas le travail d’une équipe de politiciens habiles : tous les politiciens du monde n’auraient pu créer la situation et les circonstances qui étaient nécessaires pour assurer le succès de l’Internationale. L’Internationale n’avait propagé aucun credo particulier. Sa tâche était d’organiser les forces de la classe ouvrière, d’unir et d’harmoniser les divers mouvements ouvriers. Les circonstances qui avaient si grandement aidé à développer l’Association étaient les conditions sous lesquelles les travailleurs étaient de plus en plus opprimés à travers le monde. C’était là le secret dit succès. (…) L’Internationale avait été fondée par les travailleurs eux mêmes et pour eux mêmes, et c’est ce qui faisait sa nouveauté. Avant la fondation de l’Internationale, tontes les diverses organisations avaient été des sociétés fondées pour les classes laborieuses par quelques radicaux appartenant aux classes dominantes ; mais l’Internationale avait été instaurée par les travailleurs eux mêmes. »

Ces déclarations contrastent avec certaines attitudes prises par Marx en tant qu’animateur du Conseil général, à différents moments de son fonctionnement. Il nous semble cependant que là encore la manie de l’affabulation, tant marxiste qu’anti marxiste, s’est donnée trop libre cours pour ne pas éveiller le soupçon et le doute de l’historien qui sait faire la part de, l’ »humain trop humain » dans le comportement des protagonistes d’un grand mouvement social. L’historien et le sociologue, s’ils ne sont pas dépourvus de sens psychologique, n’auront pas de mal à reconnaître chez Marx certains traits de caractère et de tempérament qui semblent mal s’accorder avec la personnalité profonde du penseur. Que le penseur révolutionnaire fût en Marx supérieur à l’homme de parti, le biographe averti aura vite fait de le découvrir, de même qu’il ne négligera pas de tenir compte, dans ses jugements, de l’existence de paria que Marx a menée pratiquement pendant toute sa carrière scientifique et politique. Ainsi, si l’on écarte dans les affrontements des deux principaux antagonistes de l’Internationale, Marx et Bakounine, ce que d’étranges phobies leur ont fait dire l’un sur l’autre, il n’en reste pas moins que Marx a donné à l’Internationale ce que Bakounine de son propre aveu était incapable de lui donner : une pensée sociale et une théorie politique. Et c’est grâce à Marx et non grâce à Bakounine, que la Première Internationale ouvrière a été et demeure ce qu’aucune des Internationales postérieures n’a su devenir : une force spirituelle. Comme telle, la Première Internationale continue à se proposer, dans l’histoire du mouvement ouvrier, comme le modèle et l’exemple à suivre. Nul doute que Bakounine a été plus conscient de la valeur spirituelle de son adversaire que la plupart des adeptes du « Parti Marx » y compris les révolutionnaires russes qui ont constitué une section de 1’lnteruationale à Genève et ont choisi Marx pour les représenter au Conseil général. Quel « marxiste » excepté Friedrich Engels, le vrai fondateur de l’école aurait pu formuler du vivant de Marx un éloge comme le suivant :

« (…) nous ne saurions méconnaître, moi du moins, les immenses services rendus par lui à la cause du socialisme, qu’il sert avec intelligence, énergie et .sincérité depuis près de vingt cinq ans, en quoi il nous a indubitablement tous surpassés. Il à été l’un des premiers fondateurs, et assurément le principal de l’Internationale, et c’est là à mes yeux, un mérite énorme, que je reconnaîtrai toujours, quoi qu’il ai fait contre nous ». (Bakounine à Herzen, 28 octobre 1869). Ou encore :  » Marx est le premier savant économiste et socialiste de nos jours. J’ai rencontré beaucoup de savants dans ma vie, mais je n’en connais pas d’aussi savant ni d’aussi, profond que lui. (…) C’est Marx qui a rédigé les Considérants si profonds et si beaux des statuts généraux et qui a donné corps aux aspirations instinctives, unanimes du prolétariat de presque tous les pays de l’Europe, en concevant l’idée et en proposant l’institution de l’Internationale. » (Bakounine aux Internationaux de la Romagne, 23 janvier 1872.)

Qui fut parmi les premiers traducteurs du Manifeste communiste, voire du Capital ? Bakounine. Si nous avons insisté sur cet épisode non le moindre de l’histoire de l’Internationale, c’est tout d’abord parce qu’il illustre. parfaitement, l’ambiguïté du marxisme par rapport à la pensée de Marx : Dans sa marche triomphale, l’appellation de « marxiste » a fini par signifier une émotivité religieuse plutôt qu’une conception théorique. C’est ensuite parce que nous voulons montrer qu’à travers les personnalités de Marx et de Bakounine s’affrontent __ il en étaient l’un et l’autre parfaitement conscients deux conceptions, voire deux méthodes foncièrement opposées de la lutte ouvrière. Plus qu’une question de prestige personnel certains commentateurs ont tendance à exagérer cet aspect du conflit c’est. le problème du mouvement ouvrier dans son ensemble qui était posé dans l’antagonisme Marx-Bakounine. Le passage de l’action isolée, dispersée, sporadique, explosive, conspirative, à la lutte, massive :, coordonnée, publique et organisée à la fois sur le plan économique (trade-unions et coopératives) et politique (ligues de réforme et partis parlementaires) était aux yeux de Marx le sens même du monde ouvrier moderne dont il se croyait appelé à jeter les fondements théoriques, en parachevant l’oeuvre de ses prédécesseurs. Cette supériorité intellectuelle de Marx, Bakounine a eu l’honnêteté de la reconnaître, tout en restant fidèle à l’habitude romantique sa seconde nature de penser le mouvement ouvrier en termes de conspirations et de coups de main. Que, cependant, dans ses critiques d’un certain comportement politique, voire tactique de Marx, Bakounine ait anticipé les accusations que l’on a pu porter, dans des moments plus proches de notre temps, contre les méthodes politiques se réclamant du marxisme, ne doit pas faire oublier cette vérité, aujourd’hui plus évidente que jamais : le phénomène qui se présente sous le nom de marxisme n’est, pas la pensée de Marx, mais, le plus souvent, la caricature sinon la négation de cette pensée quand ce n’est pas la parodie des accès passionnels du maître. C’est dans l’imitation de l’homme emporté par son tempérament plutôt que dans celle du penseur socialiste que se complaisent ses disciples les plus « orthodoxes ». Or, en condamnant telles démarches de l’homme de parti conséquences d’une transposition douteuse de la dialectique dans le domaine de la stratégie politique Bakounine a fait : preuve de lucidité.. Il admettait difficilement que l’homme dont il admirait le génie de théoricien et dont il reconnaissait l’attachement à la cause commune, pouvait à ses moments (jugés « historiquement nécessaires ») être russophobe, nationaliste, voire belliciste…

Une chronologie

Lorsqu’on sait quelle fut l’existence de Marx dans les années qui ont précédé immédiatement son adhésion à l’A.I.T, on comprend que sa démarche (qui, de l’obscur auteur allemand exilé à Londres, du journaliste anonyme et du Privatgelehrter, fera une célébrité politique) a été facilitée par un extraordinaire concours de circonstances. Sa situation matérielle, toujours précaire depuis son installation en Angleterre (1819), était devenue particulièrement critique en 1862, quand il dut cesser sa collaboration de plus de dix années à la New York Tribune. Ce n’est qu’en s’endettant et en faisant appel à Engels, toujours prompt à l’aider, qu’il put échapper à la pire détresse. N’avait il pas, au comble des embarras pécuniaires, sollicité un emploi dans un bureau de chemins de fer, qui lui fut refusé à cause de son écriture peu lisible ? Or dans les premiers mois de 1864, un double héritage celui de sa mère décédée en décembre 1863 et le legs de son ami Wolf, mort en Mai 1864 apporta à la famille Marx une certaine tranquillité et lui permit de se loger plus « bourgeoisement ». En 1860, les attaques perfides que le naturaliste Karl Vogt avait publiées dans la presse allemande contre Marx et son passé politique sans que la victime pût lui intenter un procès en diffamation (la foudroyante riposte de Marx, Herr Vogt, imprimée à Londres, n’a pratiquement pas pu atteindre le public allemand avait profondément blessé Marx et porté atteinte à l’honneur du parti qu’il était conscient de représenter. Coup d’autant plus sérieux qu’il l’avait obligé d’interrompre son travail théorique : la Critique de l’Economie politique, dont le premier cahier » qu’il avait réussi à publier en 1839, tomba dans le silence total, la science officielle n’ayant accordé aucune attention à cet ouvrage. Marx avait désormais peu de chances de trouver un public et encore moins un éditeur pour la suite de son Economie. En fait, de 1861 à 1864, il a réussi, malgré les difficultés matérielles et de fréquents accès de maladie, à réaliser une première rédaction de son Economie, autrement dit, à réunir .l’énorme masse de matériaux et d’études qui constituent le matériau brut des quatre livres du Capital. A la veille de soit entrée dans l’Internationale, il se croyait presque au terme de l’oeuvre et ne comptait plus qu’en mois, voire en semaines. L’Internationale, c’était dès lors le hasard heureux qui pouvait lui procurer l’arène et l’audience dont il avait besoin pour s’affirmer comme théoricien et comme éducateur politique de la classe dont il avait épousé la cause. Cette dernière circonstance était d’autant plus extraordinaire que quelques semaines avant la fondation de l’Internationale disparaît celui qui, clans une carrière fulgurante, étai devenu le leader du prolétariat allemand : Ferdinand Lassalle. En 1861, se posant en disciple de Marx, il avait presque convaincu son ami et maître de revenir en Allemagne pour tenter ensemble d’y ressusciter le mouvement ouvrier que l’échec de la révolution de 1848 avait plongé dans une longue apathie. Les autorités ayant refusé d’accorder à Marx la réintégration dans la nationalité prussienne (à laquelle il avait renoncé en 1819 pour échapper aux persécutions policières) ce projet avait tourné court, et c’est alors que se produisit l’événement qui devait tenir en haleine toutes les classes et tous les gouvernements des Etats allemands : l’Épopée triomphale de Lassalle et la création de l’Allgemeine Deutsche Arbeiter-Verein (A.D.A.V.). Or, dans l’intervalle (juillet 1862), Lassalle s’était rendu à Londres et y avait visité Marx cette rencontre avait mis au jour une foncière incompatibilité d’idées et de tempérament, et s’était terminée par une rupture, que le destin tragique de Lassalle devait rendre définitive. Marx eut alors l’occasion de constater que le paria qu’il était n’avait pas complètement perdu le contact avec le mouvement ouvrier allemand contact qu’il avait entretenu quinze ans auparavant par la Ligue des communistes et la Neue Rheinische Zeitung de Cologne. En effet, presque au lendemain de la mort de Lassalle, J. B. von Schweitzer, son ami et confident, et un groupe d’ouvriers lassalliens firent pressentir Marx (par Wilhelm Liebknecht) sur ses intentions quant à la succession de Lassalle à la tête de l’.A.D.A.V. Quelques semaines plus tard, le président désigné de l’A.D.A.V., Bernhard Becker se déclarait prêt à renoncer à sa fonction en faveur de Marx. Celui ci pouvait difficilement accepter ; outre qu’il ne tenait guère à rentrer en Allemagne, il n’était plus Allemand au regard de la loi. Quelques jours plus tard, cette décision allait lui être, semble t il, épargnée : Le Lubez l’invitait à représenter les ouvriers allemands au meeting de St. Martin’s hall, le 28 septembre 1864. I.a chronologie ; ci après embrasse l’activité de Marx à la fois dans son rôle officiel de membre du Conseil Général de l’Internationale et dans ses attitudes et, démarches d’homme de parti, tel qu’il apparaît dans son oeuvre épistolaire. La période considérée va de l’organisation du meeting londonien du 28 septembre 1864 à la dissolution officielle de l’A.I.T., en juillet 1876, à Philadelphie. Bien qu’il nous importe ici de définir le rôle de Marx exclusivement, nous avons tenu compte dans une large mesure de l’activité d’Engels depuis sa nomination au Conseil général (septembre 1870), les deux amis ayant sans doute travaillé de concert. Les sources utilisées dans le présent travail sont avant tout les procès verbaux publiés et inédits du Conseil général, les lettres échangées entre Marx et Engels ou adressées à des tiers, de même que la correspondance reçue par l’un et par l’autre. Pour celle ci, nous avons eu à notre disposition le fond Marx Engels de l’Institut International d’Histoire Sociale. Nous avons largement recouru aux oeuvres de Marx et Engels publiées par l’Institut du marxisme léninisme de Berlin (Werke, vol. 16, 17, 13, Dietz Verlag, Berlin, 7962), aux publications de l’Institut du marxisme léninisme de Moscou (Documents of the First International), aulx diverses rééditions de matériaux de l’A.I.T. réalisées en Suisse et aux Etats Unis (tels que le recueil publié sous la direction de J. Freymon, La Première Internationale, 2 vol., E. Droz, Genève, 1962 ; The First International, Minutes of the Hague Congress of 1872 with related documents. Edited and translated by Hans Gerth. The University of Wisconsin Press, Madison, 1958, XVII 315 p.). Certains faits n’étant signalés que par la Chronologie de Marx publié à Moscou (Karl Marx, Chronik seines lebens in Einzeldaten, Marx Engels Verlag, Moskau, 1934.), nous avons indiqué cette source par le sigle CHR. Nous employons le sigle FR pour le recueil Freymond mentionné plus haut. Étant donné le volume de cette étude, nous avons dû la diviser en deux parties : la première s’arrête à la fin de 1869 ; la deuxième sera publiée dans la prochaine livraison des Études de Marxologie.

1864

Septembre

M. accepte l’invitation de participer à un meeting organisé par les représentants des ouvriers anglais et français en vue de propager l’idée de la fraternité des peuples. Le meeting est fixé au 28 septembre à St. Martins Hall, Long Acre. M. propose, comme orateur, devant parler au nom des ouvriers allemands son ami, le tailleur J.G. Eccarius (Env. 19 sept.) M, assiste (« figure muette sur l’estrade « , écrira t il à Engels le 4 nov.) au meeting de St. Martins’s Hall ; lui et Eccarius sont désignés pour faire partie. d un comité chargé de rédiger les statuts d’une, « association internationale » des travailleurs, dont la création a été proposée par la délégation française et qui doit avoir pour objectif de réaliser « l’égalité sociale des travailleurs ». (28 sept.)

Octobre

Marx exprime à un membre de l’Association Générale des Travailleurs Allemands (A.D.A.V.), l’ouvrier Karl Klings son désir d’être élu à la tête de l’Association en remplacement de Ferdinand Lassalle (tué en duel, le 31 août). Cette nomination qu’au demeurant il devait décliner renforcerait sa position de représentant des ouvriers allemands au Comité international élu lors du meeting du 28 sept., comité qui a pour tâche de convoquer eu 1865 un congrès ouvrier international à Bruxelles. « Malheureusement je ne pourrai pas y participer, car je suis encore exilé de l’État modèle qu’est la Belgique, tout comme de la France et de l’Allemagne ». (M. à Klings 4 oct.).

Au cours de la première réunion du Comité international, M. est élu membre du sous comité chargé de rédiger la déclaration de principes et les statuts provisoires. Sur sa proposition, W.R. Cremer, membre (lu Comité international, est nommé secrétaire de ce sous comité. (5 oct.) Malade, M. ne peut assister ni à la réunion du sous comité (8 oct.), ni à celle du Comité (11 oct.). Au cours de la première, il est décidé qu’une déclaration de principes, rédigée par Weston, sera soumise au Comité, après avoir subi des retouches, de même seront soumis au Comité les statuts de l’Association des Travailleurs Italiens, proposés par le mazzinien Luigi Wolff comme modèle pour l’A.I.T. Marx est informe, par Eccarius due son absence de la réunion du sous comité a été vivement ressentie et diversement interprétée (« tu dois absolument imprimer le sceau de ton esprit concis et profond à cet enfant premier né de l’organisation européenne des travailleurs ») ; que Weston a soumis une déclaration « sentimentale et déclamatoire » et que les documents, y compris les statuts, seront de nouveau examinés par le sous comité : que selon Cremer la rédaction des documents doit être confiée à un comité restreint et que M. est the right man in the right place pour s’en charger. Grenier écrit à M. que le sous comité serait heureux de pouvoir compter sur sa présence. (13 oct.) Le Comité international tient séance et discute le programme, et les statuts remaniés par le sous comité. Sur la proposition de *Cremer et de M., la « substance du programme » (rédigé par Le Lubez) est adopté. Le texte définitif du préambule et des statuts sera réexaminé par lé sous comité et soumis à la prochaine réunion du Conseil Central (C.C.), titre adopté par le Comité international. (18 oct.) Cremer, J. P. Fontana et Le Lubez (tous membres du C.C.) se réunissent au domicile de M. qui prend connaissance des documents. Après une discussion, qui se prolonge tard dans la nuit, sur le premier article des statuts, M. propose une nouvelle réunion du sous comité. (20 oct.) M. rédige l’Adresse et les Statuts de l’Association internationale des Travailleurs. (Env. 21 27 oct.) Cremer à qui M. avait envoyé une copie de l’Adresse, remercie et demande que M. change « un ou deux mots qui ne seront peut être pas compris par la masse ». (27 oct.)

Novembre

M. lit devant le C.C. l’Adresse et les Statuts qu’il a rédigés. Sur la proposition de deux membres, les mots profit mongers sont rayés du texte de l’Adresse qui parlait de frightened avarice of profit mongers). L’Adresse, le préambule et les Statuts sont adoptés à l’unanimité, et M., Weston et Le Lubez reçoivent les congratulations du C.C. « pour avoir produit une Adresse aussi admirable > . (1″` nov.)

Inquiet du long silence d’Engels (lui avait fait un voyage sur le continent en Silésie, et qui a des ennuis d’affaires par suite de la crise américaine), M. annonce à son ami qu’il a « toutes sortes de choses importantes à lui communiquer ». (M. à E., 2 nov.) Au reçu d’une lettre d’E.. (2 nov.), M. commente, dans sa réponse, les récents événements : la succession politique de Lassalle en .Allemagne, l’A.I.T., sa rencontre avec Bakounine, la crise économique. Faisant le récit de la fondation de l’Internationale, il parle en détail de sa propre participation au meeting ( » Je savais que, cette fois, de vraies « puissances » étaient présentes aussi bien du côté de Londres que du côté de Paris, et j’ai donc décidé de faire une entorse à la règle que je m’étais donnée : décliner ce genre d’invitation ») ; (les diverses réunions du sous-comité, des statuts d’inspiration mazzinienne présentés par Luigi Wolff ; du manifeste d’une confusion extrême » ) de Weston ; de la déclaration de principes lue par Le Lubez (« un préambule affreusement phraséologique, mal rédigé• et tout à fait enfantin, enveloppé dans les lambeaux les plus fumeux du socialisme français et qui sent partout son Mazzini »). ; puis des textes qu’il a lui même préparés : l’Adresse aux classes ouvrières (« une sorte de revue des aventures des classes depuis 1845 (…l Pour autant qu’il est question de politique, je parle de pays, et non de nationalités, et je dénonce la Russie et nullement les nations mineures ») ; ses considérants des Statuts (« j’étais obligé d’y accueillir deux phrases contenant les mots devoir et droit, de même les mots vérité, moralité et justice, mais je les ai placés de manière qu’ils ne puissent faire de dégâts) ; des Statuts (« dix au lieu de quarante ») : « Il était très difficile de faire la chose de telle sorte que nos conceptions parussent sous une forme qui les rendit acceptables dans l’état actuel du mouvement ouvrier (… Il faudra du temps avant que le. mouvement ressuscité permette l’ancienne hardiesse de langage. Soyons fortiter in re , suaviter in modo » ; de Bakounine :« je dois dire qu’il m’a beaucoup plu, même mieux qu’autrefois …). En somme, c’est un des rares hommes que je retrouve, après seize ans, ayant marché en avant et non rétro gradé ». (M. à E., 4 nov.)

Engels à M. « .le suis impatient de lire l’Adresse aux Travailleurs (… Il est bon que nous ayons de nouveau contact avec les hommes qui tout au moins, représentent leur classe, car en fin de compte c’est là l’essentiel (…) Du reste, je pense que cette nouvelle Association se divisera très rapidement en ses élément théoriquement bourgeois et théoriquement prolétariens, aussitôt que les problèmes seront mieux précisés ». (7 nov.) M. rend visite à Bakounine qu’il n’a pas revu depuis 1848 et qui vient de lui annoncer son arrivée à Londres et son prochain départ pour l’Italie. lis discutent. du soulèvement polonais de 1863 et de l’A.I.T. ; Bakounine se déclare prêt à militer en Italie en faveur de l’Internationale.

M. signale les informations erronées, publiées par des journaux londoniens sur la dernière réunion du C.C. Sur sa proposition, le C.C. décide dle communiquer les comptes rendu des séances à la presse par l’intermédiaires du secrétaire. Egalement sur sa proposition, Georg Lochner (ancien membre de la Ligue des communistes) et Charles Kaub (Allemand réfugié à Londres) sont nommés membres du C.C. –

M. signale les erreurs typographiques dans l’adresse inaugurale et propose l’impression de 500 exemplaires de l’Adresse, du programme et des Statuts. (8 nov.) Annonçant à E. le prochain envoi de l’Adresse, etc., M. lui écrit : « L’affaire n’était pas si difficile que tu penses, parce qu’on avait affaire à des « ouvriers ». Le seul homme littéraire de la société est l’Anglais Peter Fox, écrivain et agitateur [ …] Mazzini est plutôt dégoûté du fait que ses partisans aient co signé, mais il faut faire bonne mine à mauvais jeu. » (17 nov.)

Discussion du C.C. sur les conditions à remplir par les organisations constituées qui désirent adhérer à l’A.I.T. ; M. intervient et propose l’ajournement du débat. (l 5 nov.) Intervenant dans le nouveau débat sur l’admission des organisations ouvrières, M. propose qu’un appel soit lancé à ces groupements pour qu’ils adhèrent à l’A.I.T. et délèguent leur, représentant aux C.C., qui aurait le droit d’accepter ou de rejeter ces candidatures – M. propose que L. von Breidtscheidt (« Otto »), membre allemand du C.C. soit autorisé à correspondre, au nom de 1 A.I.T.., avec les « amis du progrès en Espagne ». (22 nov)

M. rédige, au nom du C.C., une Adresse de félicitation à Abraham Lincoln, réélu ( » Les travailleurs d’Europe sont persuadé que, tout comme la guerre de l’indépendance américaine a marqué le début d’une ère nouvelle pour la bourgeoisie, la guerre américaine contre l’esclavage sera le début. d’une ère nouvelle pour le prolétariat »). l.’ :Adresse, lue par M. devant le C.C. du 29 nov. et adoptée à l’unanimité, est diffusée dans la presse anglaise et allemande.

M. envoie ou fait communiquer des exemplaires de l’Adresse et des Statuts de l’.A.I.T. (publiés sous forme de brochure) à ses amis et relations en Europe et aux Etats Unis (Engels, E. Jones, L. Kugelmann, Lyon Philips, Bertha Markheim, Johannes Miquel, ,J. Weydmeyer. M. Bakounine, G. Garibaldi, Victor Schily,, Tolain, Elie Reclus, etc.). Dans les lettres qu’il écrit à cette occasion, il souligne l’importance des liens unissant le C.C. de l’A.I.T. et les chefs des trade-unions britanniques (« les vrais rois des travailleurs de Londres »), les chefs des travailleurs parisiens et les sociétés ouvrières d’Italie.  » Bien que depuis des années, j’aie décliné systématiquement toute participation à toutes ces organisations, j’ai cette fois accepté puisqu’il s’agit d’une affaire ou l’on peut faire, quelque dusse d’important » . (M., à Weydemeyer, 29 nov.) – « Par politesse envers pour les Français et les Italiens, qui emploient toujours de grandes phrases, j’ai dû accueillir clans le préambule des Statuts, mais non dans l’Adresse, quelques figures de style inutiles ». (M. à Lion Philips, 29 nov.)

Décembre

M. entretient E. de son activité au C.C. et des difficultés qu’il rencontre. Sur l’Adresse à Lincoln : « Ce fut à moi d’écrire la chose (ce qui est. beaucoup plus difficile qu’un travail substantiel), afin que la phraséologie, à quoi se réduit ce genre d’exercice littéraire, se distingue tout au moins de la vulgaire phraséologie démocratique. (…). Le Lubez s’était prononcé pour que ce texte soit adressé au peuple américain et non à Lincoln (…) Je me suis bien moqué de lui et j’ai expliqué aux Anglais que l’étiquette démocratique des Français ne valait pas plus cher que l’étiquette monarchique ),. M. demande à E. de devenir actionnaire du journal Beehive, choisi comme organe de l’A.I.T. Il trace le portrait de L. Otto von Breitscheidt, membre allemand du C.C., recruté par Eccarius. (2 dec.)

Dans les séances du sous comité et du C.C., M. critique le projet d’une Adresse sur la Pologne, rédigé par P.Fox-Anrée et qui tend à prouver que la politique étrangère traditionnelle de la France a toujours été favorable à l’indépendance de la Pologne (6 et 13 déc.). Il s’en exprime dans une lettre à E.

« Je m’y suis opposé , et j’ai exposé un tableau, historiquement irréfutable, de la trahison permanente perpétuée par les Français envers la Pologne, de Louis XV à Bonaparte ». Louis Blanc ayant approuvé l’Adresse inaugurale dans une lettre envoyée au secrétariat général de l’A.I.T.,

M. le soupçonne de vouloir se faire nommer membre honoraire « Ayant prévit ce genre d’ambitions, j’ai réussi par bonheur à faire adopter une disposition selon laquelle personne (excepté les sociétés ouvrières) ne devait être invité et personne ne pourrait devenir membre d’honneur ». (M. à E., 10 déc.)

M. exhorte W. Liebknecht à agir auprès des associations et syndicats allemands en vue de leur affiliation à l’A.I.T. (Env. 18 déc.)

M. assiste à la séance du C.C. du 20 déc. qui doit reprendre la discussion du projet de P. Fox. Le débat est ajourné.

Poursuivant son action pour gagner l’adhésion des organisations ouvrières d’Allemagne à l’A.I.T., M. demande au poète Karl Siebel de se rendre auprès de Karl Klings, coutelier à Solingen, pour lui parler en son nom et lui expliquer combien il serait urgent que l’Association générale des ouvriers allemands (livrée aux intrigues de Bernhard Becker, successeur de Lassalle à la présidence de cette organisation), dans son prochain congres de Dusseldorf décide d’adhérer à l’A.I.T. « Tu comprendras que l’adhésion de l’A.D.A.V. ne nous est utile face à nos adversaires que dans l’immédiat. Plus tard, il faudra faire sauter toute l’institution de cet organisme dont les bases sont fausses ». (M. à Siehel, ’22 déc.)

1865

Janvier

M. présente au C.C. une traduction allemande de l’Adresse inaugurale et des Statuts de l’ A.1.T, et affirme que 50 000 exemplaires en ont été diffusés cri Allemagne. Il reprend ensuite la discussion sur l’Adresse de Fox et démontre < dans un aperçu historique fort pertinent que la politique étrangère traditionnelle de la .France n’a pas été favorable à la restauration et à l’indépendance de la Pologne. Le Dr. Marx illustre son exposé par d’importants faits historiques qu’il serait très utile de rendre publics >. Il est. décidé de modifier l’Adresse  » afin qu’elle concorde avec la vérité historique  » . (Procès verbaux, 31 janv.)

M. écrit à J.B. von Schweitzer, fondateur du Social Demokrat, organe de l’A.D.A.V., pour protester contre la publication d’une correspondance parisienne (13 janv.), dans laquelle l’auteur, Moses Hess, reproche au C.C. ses liaisons avec Tolain, qui a des fréquentations avec le prince Napoléon. Dans sa réponse, Schweitzer explique qu’il n’y avait trouvé rien de blessant pour M. et qu’il avait demandé l’avis de Liebknecht avant d’insérer l’article de Hess (18 janv.). Fâché contre Liebknecht, mais non contre Schweitzer, M, envoie à ce dernier un article nécrologique sur Proudhon. L’article paraîtra dans le Social Demokrat des 1°`, 3 et 5 févr. (M.à E ;, 24 janv.)

Sur la proposition de M., le C.C. décide de retenir les 500 cartes de membre destinées à la section parisienne, jusqu’à plus ample information. Il déclare que, pour des raisons de légalité formelle, l’A.D.A.V. ne peut s’affilier à l’A.I.T. et que celle ci peut disposer des colonnes du Social Demokrat. (Procès verbaux du C.C.24 janv.)

Lecture, au C.C. (3l janv.), de la réponse, transmise par l’ambassadeur américain Ch. F. Mains, à l’Adresse du C.C. à Abraham Lincoln. II y est dit que  » les États Luis considèrent leur cause, dans l’actuel conflit contre les esclavagistes insurgés, comme la cause de l’humanité et que le témoignage des travailleurs d’Europe constitue pour les États Uni., un nouvel encouragement à persévérer dans cette lutte.  » C’est jusqu’ici la seule réponse du vieil homme qui soit plus que purement formelle « . Sur la présence au C.C. du 31 janv. d’un délégué d’une société littéraire d’aristocrates polonais :  » Ils proclament solennellement qu’ils sont démocrates et puisque l’aristocratie a beaucoup diminué en nombre, elle serait folle de ne pas comprendre qu’une restauration de la Pologne sans un soulèvement des paysans est impossible. Qu’ils pensent ou non ce qu’ils disent, ces gens n’ont pas oublié tout à fait la leçon de ces derniers temps > . Sur une invitation adressée au C.C. de participer à un meeting organisé par un comité, sous la présidence de Richard Cobden, en faveur du suffrage universel :  » Devons nous leur accorder notre appui ? Pour eux, il est décisif, et ils en ont besoin tout autant que dans l’affaire américaine [allusion aux manifestations d’ouvriers anglais contre la menace d’une guerre anglo américaine en 1862, M.R.). Sans les trade unions, il n’est pas possible d’organiser un meeting de masse, et sans nous les trade unions ne marcheront pas. C’est pourquoi ces messieurs font appel à nous [ …] Sur ma proposition, il a été décidé 1° d’envoyer une délégation simplement a en observation  » ; 2° de participer à leur action à condition que premièrement leur programme proclame directement et publiquement le suffrage universel ; deuxièmement, que des hommes choisis par nous fassent partie du comité définitif pour pouvoir observer ces gens et être en mesure de les compromettre, au cas où ils trahiraient, comme c’est leur intention, quoi qu’il arrive « . (M. à E., 1° févr.)

Février

M, participe aux préparatifs d’un meeting organisé en commun par des réfugiés polonais et l’A.I.T ». pour commémorer le soulèvement polonais de 1863. M. adresse un sévère avertissement à Liebknecht et menace de rompre avec le Social Demokrat qui vient de, publier un nouvel article du  » plonploniste  » Hess accusant le C.C. de plonplonisme ; « . M. propose à E., de publier une déclaration commune pour mettre au pilori à la fois  » Bonaparte Plonplon et Bismarck, ennemis de la classe ouvrière. (M. à E., 3 fevr) Quelques jours plus tard, il. envoie à E. le brouillon d’une déclaration dans laquelle on lit : Le prolétariat parisien s’oppose résolument, avant comme après, au bonapartisme dans ses deux formes, celle des Tuileries( Napoléon III) et celle. du Palais Royal (Plonplon), et il n’a pas songé un instant à vendre, pour un plat de lentilles, le droit d’aînesse qu’il tient de l’histoire en tant que pionnier de la révolution. C’est là un exemple que nous recommandons aux ouvriers allemands.  » (6 févr.)

Schily informe M, que Tolain, tout en rejetant l’accusation de plonplonisme, serait disposé à se retirer. Au C.C., M. propose Lefort comme correspondant attitré de l’A.I.T. auprès de la presse française. (Procès ventaux, (C.C., 7 févr.) .

Tout en s’excusant de son long silence, Bakounine informe M. des difficultés que son action pour l’A.I.T. rencontre en Italie.

Hess s’étant déclaré prêt à retirer ses accusations, la déclaration de M. ne sera pas publiée. Schweitzer informe M. de cette décision et annonce son intention de ne plus militer pour l’adhésion de l’ A.D.A.V. à l’A.I.T. Liebknecht étant seul responsable des informations publiées dans le Social Demokrat sur 1″Internationale M. répond à Schweitzer que lui et E., ne sauraient approuver la politique, du journal favorable à Bismarck ni le culte qu’il porte à Lassalle. Il expose à Schweitzer ses vues sur le droit de coalition et les trade unions comme « moyens d’organiser la classe ouvrière dans sa lutte contre la bourgeoisie » il rappelle les illusions que Lassalle se faisait sur les mesures  » socialistes >, réalisées par le gouvernement prussien :  » La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n’est rien > . (M. à E. 13 et 18 fév.)  » Aussi longtemps que la calamité lassallienne aura le dessus en Allemagne, l’ Association Internationale ne pourra y prendre pied.  » (13 févr.)

Devant le C.C., M. parle du mouvement pour la réforme électorale, signale la création d’une section de l’A.I.T. à Manchester et fait état des débuts de l’Internationale en Suisse. (C.C., 14 févr.)

M. s’oppose à la nomination d’Edm. Beales, président de la Reform League, comme membre du C.C. Sur sa proposition, Schily est invité à collaborer avec Le Lubez. envoyé à Paris pour arbitrer le différend qui oppose Lefort à Tolain et Fribourg (C.C.,21 févr.). II. envoie des instructions privées à Schily pour régler ce différend : r< Nous aurions pu vendre 20 000 cartes à Paris, mais comme une partie accusait l’autre de tramer avec Plonplon, il fallait d’abord suspendre la distribution des caries. Sous ce despotisme militaire, il règne naturellement la plus grande suspicion mutuelle (…) M. quoi s’ajoute que les ouvriers s’acharnent apparemment à exclure tous les intellectuels, ce qui est absurde, car ils en ont besoin dans la presse ; mais cela se comprend, vu la trahison permanente des intellectuels (…) Ainsi, il y a à Paris d’un côté Lefort (intellectuel et, qui plus est, fortuné, donc un bourgeois , mais dont la réputation est immaculée, et, pour ce qui est de la belle France, le fondateur véritable de notre société et de I’autre côte. Tolain, Fribourg, Limousin,etc. qui sont des ouvriers.  » (M. à E. 25 févr.). A propos d’un autre meeting .en !’honneur de la Pologne, jugé inopportun par certains parlementaires anglais :  » Je leur ai répondu par l’intermédiaire du C.C. que la classe ouvrière ; avait sa propre politique étrangère, qui se soucie fort peu de ce que la bourgeoisie juge opportun. ( …) en fait, le principal but du meeting est de procurer des secours d’argent. Tant il est il que les pauvres émigrés ( cette fois, il s’agit surtout d »ouvriers et de paysans, nullement protégés du prince Zamoyski et Cie) meurent de faim, parce qu’en ce moment les bourgeois anglais jugent inopportun de mentionner jusqu’au nom de la Pologne (Ibid.).

M. fournit à Kugelmann des explications détaillées sur ses rapports avec Lassalle et avec Schweitzer et sur les raisons qui l’empêchent d’intervenir en Prusse :  » Je préfère cent fois mon action ici par le canal de l’Internationale. L’influence sur le prolétariat anglais est directe et de suprême importance. (…) dans l’ensemble, les progrès de cette Association dépassent toutes nos attentes ici, à Paris, en Belgique, en Suisse et en Italie. En Allemagne toutefois nous nous heurtons, naturellement aux successeurs de Lassalle qui (…) connaissent mon opposition à ce que les Allemands appellent  » politique réaliste « . (C’est cette sorte de « réalité » qui place l’Allemagne si loin derrière touts les pays civilisés)  » . Marx instruit Kugelman sur les possibilités de recruter en Allemagne des adhérents pour l’A.I.T. el lui demande d’adhérer lui-même. (M. à K., 23 fevr.) M. est informé par Schily de l’opposition que Lefort rencontre dans les sections parisiennes et même chez Le Lubez. En présence de Fribourg, et de Tolain, venus de Paris, le C.C. engage, avec la participation de M., une discussion sur cette question qui est transmise au sous comité, M.. annonce sa rupture avec le Social Demokrat. (C.C., 28 févr.)

Mars

M. participe très activement à la constitution de la nouvelle, Reform League dont le comité directeur se compose en majorité de membres du C.C. A cet effet, il est en contact fréquent avec le leader chartiste Ernest Jones (CHR P. 241)

M. assiste au meeting commémoratif du soulèvement polonais (1° mars). Le, meeting adopte une résolution de l’A.I.T. (manifestement inspirée par M.) proclamant qu’une Pologne intégrale et indépendante est la condition indispensable d’une Europe démocratique et aussi longtemps que cette condition restera lettre morte, tous les triomphes révolutionnaires sur ce continent ne seront que des préludes éphémère, à de longues périodes de domination de la contre révolution « .

Sur le conflit parisien :  » Les affaires françaises sont très embrouillées. […] II y a rivalité entre nos agents ouvriers de la première heure et ces Messieurs sociaux et politiques, (…) pour savoir qui aura des rapports avec nous.. Les ouvriers français, surtout ceux de Paris (…) considèrent pratiquement le Conseil de Londres comme un gouvernement « extérieur » des ouvriers.  » (M. à E. 4 mars.)

M. participe aux discussions du sous comité et du C.C. sur la situation dans les sections parisiennes. Le C.C. adopte plusieurs résolutions : 1° Tolain est libre de maintenir sa démission et le bureau parisien jugera de l’opportunité de cette démission ; 2° La nomination de Lefort est annulée, mais le C.C. « exprime au citoyen Lefort sa haute estime, particulièrement comme un des initiateurs de l’A.I.T.  » ; il proteste en outre contre le principe que seuls les ouvriers peuvent. exercer des fonctions dans l’Association : 3° Les deux parties sont exhortées à s’entendre ; 4° Le C.C. décide de coopter Pierre Vinçard ; 5° Schily est nommé délégué du C.C. auprès dit bureau parisien. Cette séance du 7 mars, où Le Lubez fut complètement blackboulé, a été très pénible et orageuse ; elle a donné l’impression, particulièrement en Angleterre. que les Français ont vraiment besoin d’un Bonaparte !  » (M. à E.. 13 mars.) Plusieurs membres français du C.C. protestent contre l’annulation de la nomination de Lefort. M. appuie la proposition tendant à exhorter Lefort à revenir sur sa décision de quitter l’A.I.T. et à militer pour la formation de nouvelles sections en France. (C.C. 1,1 mars.) Liebknecht à Engels :  » Si Marx pouvait venir ne serait ce que quelques jours il Bertin, ou s’il voulait écrire une courte brochure populaire sur la position de notre parti, nous serions les maîtres absolus du mouvement.  » (29 mars.)

M. se rend chez ses cousins en Hollande (19 mars 9 avril).John Weston propose. en son absence, que le C.C. discute deux thèses sur les syndicats : 1° des salaires meilleurs ne peuvent améliorer le sort des ouvriers ; 2° les trade unions ont généralement une influence néfaste sur l’économie. (4 avr.) Pendant l’absence de M., l’éditeur Meissner lui envoie un contrat d’auteur par lequel M. s’engage à livrer son Economie (deux volumes d’environ 800 pages) à la fin de mai, dernier délai (!).

M. est nommé secrétaire provisoire pour la Belgique. II propose Dupont comme secrétaire pour la France. (C.C., 11 avril).  » Le Lubez et Denoual ont démissionné. (…) Par suite des intrigues de Le Lubez et surtout du major Wolff, instrument de Mazzini, les délégués Lama et Fontana ont quitté le C.C. Prétexte : II faut que Lefort […] garde son poste de mandataire près la presse parisienne. Le club des ouvriers italiens n’a pas quitté la société, mais il n’a plus de représentant au C.C. En attendant, je tenterai une riposte contre Mazzini par l’intermédiaire de Bakounine, qui est à Florence. L’Union des cordonniers anglais 5 000 membres a adhéré à notre société. > M. à E. 11 avr.)

M. réclame à Fontaine (Bruxelles) un rapport sur la situation de l’A.I.T., en Belgique. 0,11 il ’F., 15 avr.) A la demande de Liebknecht et de l’Union des imprimeurs de Berlin, M. entreprend une action pour venir en aide aux typos en grève à Leipzig. Le C.C. le délègue, avec Fox et Grenier, pour intervenir auprès du syndicat londonien des typos. M. envoie à Liebknecht 30 thalers. (15 avr. 1″ mai, CHR., p. 243.)

Sur la proposition de M., Karl Schapper, ancien membre de la Ligue des Communistes, est coopté par le C.C. (25 avril et 2 mai). M. appuie la nomination, proposée par H. Jung de F. Dupleix, Falconnet et J. Ph. Becker comme membres correspondants de l’A.I.T. eu Suisse.

M. demande à Liebknecht d’obtenir des adhésions individuelles à l’ A.I.T. (Env. 26 avr., CHR., p. 24.3.)

M. à .E. :  » Tu me pardonneras de t’écrire seulement aujourd’hui. […) Je suis vraiment surchargé de besogne, l’achèvement de mon livre d’une part, l’A.I.T. d’autre part, me prennent presque tout mon temps. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la petite Jenny, et ce soir je recevrai chez moi Ernest Jones en compagnie d’Odger, Lessner, Fox et Jung, de sorte que l’anniversaire sera fêté publiquement (…) Le grand succès de l’A.I.T., le voici : La Reform League est notre oeuvre. Tous les ouvriers dans le comité restreint des 12 (6 bourgeois et 6 ouvriers) sont des membres de notre Conseil (parmi eux Eccarius). Nous avons déjoué toutes les tentatives des bourgeois pour tromper la classe ouvrière. Le mouvement dans les provinces dépend cette fois entièrement de l’initiative de Londres […] Si nous réussissons cette opération de résurrection du mouvement politique de la classe ouvrière anglaise, notre Association, sans avoir fait beaucoup de bruit, aura plus fait pour la classe ouvrière européenne qu’il n »eût été possible de le faire par d’autres moyens. Tu sais que ce n’est pas la section italienne, mais ses délégués qui ont quitté le C.C. A leur place, nous y avons des Espagnols. Une nation latine en remplace une autre. Si ces gens ne désignent pas bientôt de nouveaux délégués, ainsi que nous le leur avons demandé, Bakounine devra nous procurer quelques Italiens à vie.  » (1°` mai.)

Au C.C.. Weston fait un exposé sur la question des salaires et des grèves, M. un rapport sur la situation à Paris, Cremer sur l’assassinat de Lincoln. (2 mai.)

M. demande à E. de participer à l’achat des actions du Beehive, organe des trade unions :  » Si nous sommes assez forts [ …] pour choisir les directeurs, ce gredin de Potter (il n’est que manager) sera dans nos mains. L’affaire est très importante pour tout le mouvement.  » II prie E. de former à Manchester une section de l’A.1.T. et de s’en faire élire comme correspondant pour Londres. Les correspondants sont en effet automatiquement. membres du C.C., et ils y siègent et votent, quand ils sont à Londres.  » (9 Mai.)

M. donne lecture de l’Adresse qu’il a été chargé de rédiger pour flétrir l’assassinat de Lincoln.  » Après une guerre terrible (…). votre tâche est d’extirper par la loi ce que l’épée a abattu, de veiller à l’oeuvre ardue de la reconstruction politique et de la régénération sociale. Le sentiment profond de votre grande mission vous préservera de toute compromission face à vos lourds devoirs. Vous n’oublierez jamais que, pour ouvrir la nouvelle ère de l’émancipation du travail, le peuple américain a confié les responsabilités du gouvernement à deux hommes appartenant à la classe ouvrière, Abraham Lincoln et Andrew Johnson.  » (9 Mai.)

Aux réunions du sous comité et du C.C., M, prend part à la discussion sur la réadmission de Le Lubez au (C.C. (6 9 mai.)

E. informe M. qu’il lui sera impossible de réunir à Manchester le nombre (6) d’individus nécessaire pour former une section de l’A.I.T. En outre, le rôle de correspondant lui imposerait des charges qu’il ne pourrait remplir.  » Et à quoi bon ? De toute façon, je ne pourrais pas te soulager.  » Il envoie à M. 5 £ pour 20 actions du Beehive. (13 mai.)

M. informe le C.C. qu’il a envoyé à la New York Tribune un exemplaire de l’Adresse à Johnson. (C.C., 16 mai.) Au C.C., M. polémique contre les thèses anti syndicalistes de Weston (20 et 27 mai).  » Il n’est pas facile d’analyser devant des ignorants tous les problèmes économiques qui surgissent à ce propos. On ne peut pas comprimer dans une heure un cours d’économie politique, mais je ferai de mon mieux. > (M. à E., 20 mai.)

M. demande au C.C. de tendre ses efforts pour faire du Congrès de l’A.I.T. à Bruxelles une réussite. (C.C., 30 mai.)

Juin

M. annonce au C.C. son intention de faire un exposé sur thèses soutenues par Weston relatives aux grèves et aux salaires. (6 juin.)

M. donne lecture de son travail sur le thème  » Salaire, .prix et plus value  » (C.C., 20 et 27 juin). Sur sa proposition, quatre Français (Talbot, de Caen ; F. Duhamel, de Lisieux Ferrat, de Pantin ; Bose, de St. Denis) sont nommés secrétaires correspondants du C.C. (20 juin.) Malgré la résistance de Schily, de J. Ph. Becker et du comité parisien, M. obtient l’accord du C.C. pour ajourner le Congrès de l’A.I.T. prévu pour 1865 :  » J’ai pourtant réussi et c’est décisif, à gagner le Conseil d’ici pour que cette année, vu la campagne électorale, une conférence (privée) provisoire se tienne a Londres ; les conseils centraux de l’étranger pourront y envoyer un délégué par pays […) Je suis certain que le Congrès de Bruxelles eût été un fiasco.  » (M. à E., 24 juin.)

 » L’A.I.T. progresse très bien, malgré l’ » énorme ( !) concours » qu’elle reçoit de l’Allemagne » (M. à Liebknecht,24 juin.)

Juillet

M. informe les sections belges de la convocation de Ia Conférence de l’A.I.T. à Londres. (M. à Fontaine, 25 juillet)

Malade, sans ressources et accablé .de dettes, M. décide de s’absenter, sous prétexte d’un voyage, pendant quelque des réunions du C.C.,  » afin d’avoir au moins une fois quinze jours jours de liberté et de tranquillité pour faire avancer le travail « , dont il lui reste encore trois chapitres à écrire «  »pour en finir avec la partie théorique (les trois premiers livres) ». (M. à E., 31 juil.).

Il informe E. des difficultés rencontrées dans l’achat actions du Beehive, des contacts pris avec le journal Miner and Workman’s Advocate et des raisons données officielle par le C.C. à l’ajournement du Congrès de l’A.I.T. nécessité d’une entente préalable entre les comités. exécutifs ; obstacles rencontrés dans la propagande à la suite des grèves en France ; du mouvement pour la réforme électorale ; des expositions industrielles en Angleterre ; promulgation en Belgique d’une loi des étrangers qui empêche la tenue à Bruxelles d’un Congrès de l’A.I.T. (Ibid.).

Août

M. fait part à E. de ses griefs contre Liebknecht qui, entre autres,  » n’a pas réussi à former en Allemagne ne fût ce qu’une seule branche de six hommes pour l’A.I.T.  » (M. à E., 5 août.)

M. réapparaît aux réunions du sous comité et du C.C. (22 et 28 août).  » Les gaillards de l’Internationale ont fini par découvrir que je n’étais pas parti. ]’ai donc été sommé d’assister aujourd’hui à une réunion du sous comité.  » (M. à E., 22 août.)

Septembre

M. demande à Liebknecht de participer (en qualité des délégué pour l’Allemagne) à la prochaine conférence londonienne de l’A.I.T. (M. à L., 11 sept.) Au C.C., M. intervient dans la discussion sur la future Conférence de l’A.I.T. (C.C., 12 sept.) Publication d’un  » Appel du C.C. aux sociétés ouvrières y exhortant les trade unions, les sociétés de secours mutuel et autres sociétés ouvrières  » à adhérer collectivement à l’A.I.T. Un seule condition : les membres doivent reconnaître les principes de l’Association et payer la somme de 5 sh. Au moment de l’adhésion « . L’appel est co signé par M.,  » secrétaire correspondant pour l’Allemagne ».

Sur la proposition de M., le C.C. coopte l’émigré polonais K. Bobczynski, combattant de l’insurrection de 1863. M. annonce qu’il n’y aura pas de délégué d’Allemagne. à la Conférence de Londres, mais qu’un rapport lui parviendra de ce pays ; qu’il a invité Ernest Jones à prendre .la .parole Iors de la commémoration du 28 septembre. A l’occasion de la réorganisation du Comité permanent, M. en est élu membre. aux côtés de Odger, Eccarius, Dupont, Jung, Dell, Howell, Fox, Weston et Bobczynski. (C.C., 19 sept.) M. presse Liebknecht de lui envoyer un rapport sur l’Allemagne, destiné à la Conférence du 25 septembre. (20 sept.)

M. participe aux quatre réunions du comité permanent et aux trois séances de la première Conférence de l’A.I.T. à Londres. Il intervient dans les débats sur la question des cotisations et des moyens, pour l’A.I.T.., de se procurer des ressources ; sur la question de l’organe de l’A.I.T. (Workman’s Advocate.) ; sur le prochain Congrès, qui aura lieu à Genève, en 1866. Il donne lecture du rapport du Comité permanent. Lors de la discussion du programme du futur Congrès, M. et Fribourg proposent que soient ajoutées à l’ordre du jour les questions suivantes : le travail coopératif, la réduction des heures de travail, le travail des femmes et des enfants les impôts directs et indirects. Quant aux questions de l’influence des idées religieuses et l’organisation des secours mutuels, elles sont inscrites au programme du Congrès sur la proposition des délégués parisiens. (25 29 sept.)

Octobre

M, est chargé de rédiger le rapport sur la Conférence de Londres. (C.C., 3 oct.) Sur la proposition de Bobczynski et de M., l’ex colonel polonais Louis Oborski, combattant de l’insurrection de 1830-31, est élu membre du C.C. (C.C., 3 et 10 oct.) M. approuve le projet d’une commémoration, organisée conjointement par le C.C. et l’émigration polonaise de Londres, de la Révolution de 1830.

Novembre

Séjour de M. à Manchester, chez E. Pendant son absence, le C.C. discute la question de la célébration de l’insurrection polonaise ; d’un article, hostile à l’A.I.T., paru dans l’International Courier (branche française) ; de l’adhésion donnée à l’A.I.T. par l’historien Henri Martin. (14 nov.)

M. rend visite à Jung, malade, et discute avec lui des affaires de l’A.I.T. (19 nov.). Il lui communique le programme du futur Congrès, établi par la Conférence de Londres. (20 nov.)

Par suite de la publication, par les délégués français, d’un rapport sur la Conférence de Londres, M. est, à sa demande, déchargé par le C.C. de cette tâche (Cf. FIL, I, pp. 16 24). Il informe le C.C. des progrès de l’A.1.T. en Allemagne, où des sections sont sur le point d’être créées à Berlin, Mayence et Leipzig. Il propose que le Dr. P. Coullery de La Chaux de Fonds (canton de Neuchâtel), soit nommé correspondant de l’Association. (21 nov.)

M. à E. :  » Les Parisiens ont publié un rapport sur la Conférence (de Londres) et en même temps le programme que nous avons établi pour le prochain Congrès. Ce programme a paru dans tous les journaux libéraux, quasi libéraux et républicains de Paris […] Nos Parisiens sont un peu décontenancés du fait que c’est justement le paragraphe sur la Russie et la Pologne, auquel ils s’opposaient, qui fait surtout sensation […]. La publication parisienne m’épargne la peine d’écrire un rapport français « . (20 nov.)

M. à Liebknecht :  » Pour ce qui est de ton rapport, je ne pouvais pas le soumettre à la Conférence : tu m’y mets trop en vedette. […] Je t’enverrai ces jours ci quelques numéros du Workman’s Advocate. Tu pourrais y écrire sur n’importe quel sujet, social ou politique. Jusqu’à présent, le journal est de bonne volonté, mais encore très médiocre. Naturellement, je n’avais pas et je n’ai pas encore le temps d’y collaborer, bien que j’en sois un des directeurs. A cause de mes affreuses rechutes continuelles, j’étais forcé d’interrompre le travail pour mon livre que je suis en train de terminer ; je dois maintenant lui consacrer tout mon temps, dont une partie est malgré tout absorbée par l’Internationale. (…) J’insiste très sérieusement pour que tu adhères à l’Association avec quelques hommes, peu en importe le nombre (je ferai la même chose à Mayence, par Stumpf, et j’écrirai aux Berlinois à ce sujet). Je t’enverrai les cartes que j’ai déjà payées, si bien que tu peux les offrir gratuitement. Mais maintenant au travail ! […] Je t’enverrai le programme (des questions à débattre par le Congrès) dans une prochaine lettre. Tous les journaux libéraux et républicains de Paris ont fait grand tapage autour de notre Association. Henri Martin, l’historien bien connu, lui a consacré un éditorial extrêmement enthousiaste « . (21 nov.)

En l’absence de Jung, correspondant pour la Suisse, M. rapporte que J. Ph. Becker a lancé un appel aux Allemands de Suisse pour se joindre à l’A.I.T. Un journal, rédigé en allemand et en français, sera probablement publié comme organe de l’Internationale. (C.C., 28 nov.)

Décembre

M. participe à une assemblée des actionnaires du Miner and Workman’s Advocate dont il est un des directeurs. (5 déc.) J. Ph. Becker invite M. à collaborer au Vorbote, dont la parution est prévue pour janvier 1866. (18 déc.) M. informe le C.C. de la fondation de sections à Bâle et à Zurich. Le poste de secrétaire général de l’A.I.T.. étant vacant, M. propose que les secrétaires continentaux soient habilités à imprimer leurs propres cartes d’adhérents, qui ne seraient pas numérotées. (C.C., 19 déc.)

Le Lubez ayant soumis au C.C. les premiers d’une série d’articles parus dans l’Echo de Verviers et dirigés contre la politique du C.C., M. prend la défense de ce dernier. (C.C., 26 déc.)

M. à E. :  » Pour ce qui est de l’A.I.T. et tout ce qui s’y rattache, elle pèse sur moi comme un cauchemar, et je serais heureux si je pouvais m’en débarrasser. Mais ce n’est pas le moment.  » Co directeur du Workman’s Advocate, il doit veiller à ce que ce journal ait une base solide ; en outre la Reform League vient de remporter un énorme succès au meeting ouvrier.  » Si demain je me retirais, l’élément bourgeois qui nous regarde sans plaisir agir dans les coulisses […] l’emporterait. « . Depuis le fiasco du mouvement ouvrier en Allemagne. les sections suisses de l’A.I.T. sont devenues un centre d’attraction pour les éléments ouvriers. En France, les progrès de l’Internationale sont sensibles.  » Dans ces circonstances, si je démissionnais, je ferais le plus grand tort à la cause ; et pourtant, vu le peu de temps dont je dispose, ce n’est pas facile pour moi : près de trois meetings par semaine dans le Westend ou la City, tantôt réunion du Conseil international, tantôt celle du Comité permanent, puis celle des directeurs ou actionnaires du Workman’s Advocate ! En outre, il faut gribouiller sans cesse !  » (M. à E., 26 déc.)

2 Réponses to “1964 Chroniques de la 1° Internationale [Rubel]”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] Maximilien Rubel: Formation et développement du capital en URSS (1957) * Maximilien Rubel: Chroniques de la 1° Internationale (1964) * Groupe de liaison pour l’action des travailleurs (GLAT): Le Luxemburgisme, fausse […]

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  2. Romain Says:

    très belle article merci du post et bonne continuation ;)

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