1972-02 La voie chilienne [Allende]

Traduit dans L’Unité du 4 février 1972, suivi de la mention: « Ce texte, que « L’Unité » publie en exclusivité, est celui d’une récente communication du président Allende aux cadres du Parti socialiste chilien. « 

Le chemin que nous avons choisi pour aller vers le socialisme suppose des efforts considérables de la part de tous les Chiliens. Il suppose en outre, comme préalable fondamental, que nous puissions établir le cadre institutionnel de la nouvelle forme d’organisation socialiste dans le pluralisme et la liberté.
Notre tâche est de définir et de mettre en pratique, comme voie chilienne vers le socialisme, un nouveau modèle d’Etat, d’économie et de société, fondé sur l’homme, ses besoins et ses aspirations. Il n’y a pas d’expériences antérieures dont nous puissions nous inspirer. Nous avons à découvrir la théorie et la pratique de nouvelles formes d’organisation, politique et économique, aussi bien pour en finir avec le sous-développement que pour construire le socialisme.
Nous ne pourrons y parvenir qu’à condition de ne pas nous laisser détourner de notre route. Si nous oublions que notre mission est d’établir un projet social pour l’homme, toute la lutte de notre peuple pour le socialisme se transformera en une tentative réformiste supplémentaire. Si nous oublions les conditions concrètes dont nous partons, avec la prétention de créer ici et maintenant quelque chose qui excède nos possibilités, nous échouerons également.
Notre action gouvernementale est dictée par le programme de l’Unité populaire que nous avons présenté aux élections. Et les mesures que nous prenons ne sacrifieront pas les besoins des Chiliens d’aujourd’hui au profit d’entreprises démesurées.
Nos propositions peuvent paraître trop simples pour ceux qui préfèrent les grandes promesses. Mais les habitants de ce pays doivent pouvoir vivre dans des maisons décentes, avec un minimum de conditions d’hygiène, envoyer leurs enfants dans des écoles qui n’auront pas été faites seulement pour les pauvres, et manger suffisamment chaque jour de l’année. Le peuple a besoin de travail, de protection contre la maladie et la vieillesse, de respect de sa personnalité. C’est cela que nous voulons donner à tous les Chiliens dans un délai prévisible. C’est cela qui a été refusé à l’Amérique latine au long des siècles.
Dans le processus révolutionnaire que nous vivons, notre combat politique et social se définit en cinq points : la légalité, le fonctionnement des institutions, les libertés politiques, l’attitude vis-à-vis de la violence et la socialisation des moyens de production.
Le peuple chilien est en train de conquérir le pouvoir politique sans avoir été contraint de prendre les armes. Il avance sur la voie de sa libération sociale sans avoir dû combattre contre un régime despotique ou dictatorial, si ce n’est contre les limitations imposées par une démocratie libérale. Notre peuple aspire légitimement à franchir l’étape de transition au socialisme sans avoir à recourir à des formes autoritaires de gouvernement.
Notre volonté, sur ce point, est très claire. Mais la volonté de garantir l’évolution politique vers le socialisme ne réside pas seulement dans le gouvernement, dans les mouvements et partis qui y sont représentés. Notre peuple s’est soulevé contre la violence institutionalisée que fait peser sur lui le système capitaliste. C’est pourquoi nous sommes en train de transformer les bases de ce système.
Mon gouvernement repose sur la volonté populaire librement exprimée. Il n’a de comptes à rendre que devant elle. Les mouvements et partis de l’Unité populaire ont mission d’orienter la conscience révolutionnaire des masses et d’exprimer leurs aspirations et leurs intérêts. Ils sont également directement responsables devant le peuple.
Si la violence, intérieure ou extérieure, la violence sous l’une quelconque de ses formes, physique, économique, sociale ou politique, venait à menacer notre développement normal et les conquêtes des travailleurs, se trouveraient alors en grave péril la continuité institutionnelle, les fondements juridiques de l’Etat, les libertés politiques et le pluralisme. Le combat pour l’émancipation sociale ou pour la libre détermination de notre peuple adopterait obligatoirement des formes différentes de ce que nous appelons, avec un légitime orgueil et un réalisme historique, la voie chilienne vers le socialisme.
L’unité des forces populaires et le bon sens des couches moyennes nous donnent la supériorité indispensable pour que la minorité privilégiée ne puisse facilement recourir à la violence. Si la violence ne se déchaîne pas contre le peuple, nous pourrons transformer les structures fondamentales du système capitaliste dans la démocratie, le pluralisme et la liberté. Sans contraintes physiques inutiles, sans désordres institutionnels, sans désorganisation de la production. Mais selon le rythme déterminé par le gouvernement en tenant compte des besoins du peuple et du développement de nos ressources.
Ceux qui vivent de leur travail ont aujourd’hui entre leurs mains la direction politique de l’Etat. Responsabilité suprême. La construction du nouveau régime social trouve dans le peuple ses acteurs et ses juges. Il appartient à l’Etat d’orienter, d’organiser et de diriger, mais en aucune façon de se substituer à la volonté des travailleurs. Tant dans le domaine économique que politique, ceux-ci doivent détenir le pouvoir de décision. Réaliser cela sera le triomphe de la révolution.

Voir aussi:

3 Réponses to “1972-02 La voie chilienne [Allende]”

  1. Charles Says:

    Quel discour,emprunt de liberté et de Socialisme.
    La lutte vers le socialisme Chilien a eut le malheur d’etre contraire au visée politique americaine.Les aspirations du peuple chilien bafouer par les contradiction de l’imperialisme américain.

    La revolution par les urnes,Allende en avait voulut,il en fut tristement autrement.

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  2. Montoya Pierre Says:

    L’impérialisme et la bourgeoisie ont un conception particulière de la démocratie, la leur et prompts à la jeter à la face des autres. C’est une démocratie politique et non pas économique. Elle est soumise et tributaire des intérêts économiques et selon le niveau des profits. Tout est autorisé, sauf de toucher ou d’infléchir la courbe ascendante des profits et des moyens qui les générent. La propriété capitaliste entre autre. La victoire des urnes n’est qu’une des conditions de la transformation et Salvador Allende n’a pas été le premier à croire qu’elle était la condition essentielle et presque unique. Parmis eux, il y a ceux qui ont plié et ceux qui ont été éliminés tant que subsiste l’appareil d’Etat bourgeois qui est toujours le produit de la classe dominante. D’autre part, il y a le contexte politique de cette période à l’echelle mondiale. Allende refuse de s’inféoder à l’URSS et de s’aligner sur la politique soviètique et se retrouve isolé et les « démocraties » occidentales inféodées à l’impérialisme laissent faire car nous sommes dans la zone d’influence US. Comme quoi il ya des 11 septembre à géométrie variable. Contrairement à Cuba , le Chili ne bénéficie pas du soutient de l’URSS et des batiments de guerre russes croisent au large du Chili sans intervenir , ni sans même menacer d’intervenir. Pinochet et la CIA savent qu’ils peuvent agir tranquillement et sans risques. C’est également un avertissement pour tous ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure de la transformation sociale et rompre les équilibres des influences de l’impérialisme comme de l’hégémonisme. Nous remarquons également qu’il y a les ingrédients traditionnels, l’armée, l’église et la petite bourgeoisie réactionnaire, alliés de l’impérialisme. Il faut également noter la faible solidarité du mouvement ouvier d’Amérique latine en termes révolutionnaires et à nouveau la lacheté occidentalle des prétendues démocraties. Même si le coup d’état n’était pas prévisible dans un premier temps, les masses devaient être tenues en éveil et mobilisées dans le but de transformation car c’est d’abord leur affaire même si cela peut heurter. Le rapport de force doit être permanent, sinon il profite à la bourgeoisie. Reste à déterminer le rôle de Corvalan et son action pour maintenir des officiers supérieurs dont Salvador Allende se méfiait. Le Chili est devenu le laboratoire des sinistres chicagos-boys et du néo libéralisme que gère actuellement les « socialistes » chiliens. Salvador Allende est un grand homme du socialisme et il y a des défaites qui sont des promesses de victoire. Non l’impérialisme ne lachera jamais les échines du peuple car il ne reconnait que sa forme de démocratie et la violence pour l’imposer et c’est toujours la force qu’il faut lui opposer.

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  3. hicham Says:

    ce qu’a fait l’imperialisme a l’amerique latine et comme l’histoire tourne pour ne pas dire que ca ce repete , mais l’application et la meme au moyen orient pays de petrole( toujours les profits , busness qui dominent)

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