1975 Critique du trotskysme

article publié dans Socialisme Mondial N°5, 1975, sous le titre “Socialisme mondial: oui. Capitalisme d’Etat : non”.

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Au Québec, comme partout ailleurs dans le monde, beaucoup d’organisations politiques se réclament du socialisme. Qu’une organisation se proclame socialiste ne signifie pas qu’elle soit socialiste pour autant. Nous considérons que seuls le Parti Socialiste du Canada et les partis compagnons sont les réels et uniques partis socialistes révolutionnaires du monde. Toutes les autres organisations qui se proclament socialistes ont pour but le capitalisme d’Etat (dans les cas des organisations du type léniniste-staliniste-trotskyste-maoïste-castriste) ou bien un mélange de capitalisme d’Etat et privé (recette social-démocrate).

Au Québec, une organisation trotskyste affiliée à la “Quatrième Internationale”, la “Ligue Socialiste Ouvrière” (LSO), tout en réclamant du socialisme marxiste, poursuit un but et pratique des moyens qui n’ont rien à voir avec le socialisme.

Le LSO prétend poursuivre comme objectif le socialisme. Voici le “socialisme” exposé dans leur programme électoral d’octobre 1973 (dans Libération, octobre 1973):

  • l’indépendance nationale par l’expulsion conséquente de l’impérialisme . . .
  • . . . Pour l’unilinguisme français . . .
  • pour l’expropriation de tous les monopoles étrangers, sous le contrôle ouvrier ; nationalisation des banques ; planification de l’économie . . . une industrialisation capable d’enrayer disparité régionale et chômage.
  • séparation de l’Etat et de l’Eglise ; expropriation des richesses de l’Eglise catholique afin de financer la construction massive de logements à loyer modique.
  • . . . Abrogation des lois sur l’avortement . . .
  • salaire égal à travail égal ; fin à la discrimination contre la femme au travail et sa restriction aux postes les plus serviles et les moins payants ; . . .
  • garderies gratuites financées par l’Etat.

Suit d’autres réformes. Vers la fin du programme, la LSO propose :

  • la création d’un parti des travailleurs, opposé à tous les partis bourgeois ; un parti qui ne se limitera pas aux élections, mais qui participera et renforcera toutes les luttes de masses et qui défendra les intérêts des opprimés à l’Assemblée Nationale et à tous les paliers de la vie nationale. Nous soumettons le programme ci-haut élaboré pour considération et adoption par un tel parti de classe ;
  • le lancement d’un journal ouvrier quotidien . . .
  • la démocratie syndicale et l’unité syndicale dans l’action.

Les trois derniers items étaient proposés aux centrales syndicales du Québec. Ce fameux “parti des travailleurs” sera tout au plus un parti réformiste, opportuniste et bureaucratique comme les partis sociaux-démocrates et “communistes” du monde entier. Il est clair que ce programme est plein de réformes du capitalisme, qu’il n’est pas un programme révolutionnaire avec le mot d’ordre marxiste “Abolition du salariat”.

La nationalisation sous “contrôle ouvrier” n’a rien à voir avec le socialisme; dans ce cas l’Etat possède les moyens de production et de distribution, non la communauté. Ceux qui détiennent le pouvoir politique se forment alors une classe capitaliste collective, comme cela s’est fait en Russie, en Chine, à Cuba. En ce qui a trait au fameux “contrôle ouvrier”, nous pouvons dire que celui-ci fut implanté en Russie en 1917, et qu’en 1918, avec Lénine et Trotsky au pouvoir (les Maîtres de la LSO), il se transforma en “une discipline de fer pendant le travail, avec la soumission absolue pendant le travail à la volonté d’un seul, du dirigeant soviétique” (Lénine dans Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets, mars-avril 1918). Et que vient faire le “contrôle ouvrier” dans le socialisme, alors que celui-ci est un système de société sans classes et sans Etat ? S’il existe encore une classe ouvrière (comme le suppose l’expression “contrôle ouvrier”) obligée de vendre sa force de travail à l’Etat, il n’y a aucune trace du socialisme. L’exploitation de la classe ouvrière par l’Etat plutôt que par l’entreprise privée n’est pas un pas en avant vers le socialisme. En Russie, la classe ouvrière perdit tout simplement la démocratie politique dont elle avait pu jouir pendant quelque mois, avec la prise du pouvoir par le Parti bolchevique de Lénine et de Trotsky et l’introduction du capitalisme d’Etat en novembre 1917.

Le programme de la LSO démontre clairement qu’elle désire la réforme du capitalisme, non son abolition. Elle parle d’indépendance nationale pour le Québec, pas de l’unité de la classe ouvrière mondiale pour le renversement du capitalisme et l’établissement du socialisme. En bref, son objectif réel est l’établissement d’un capitalisme d’Etat national au Québec avec l’“avant-garde” trotskyste au pouvoir.

Par contre, le Parti Socialiste du Canada est la seule organisation au Canada, et par conséquent au Québec, qui lutte pour le programme socialiste et pour l’abolition du système capitaliste avec tous ses piliers : salariat, classes, Etat, argent, nationalisme, guerre, religion. Le Parti Socialiste lutte pour l’instauration d’une communauté socialiste mondiale dont voici les principales caractéristiques :

  • la propriété collective de la terre et de l’industrie par la communauté tout entière.
  • le contrôle démocratique de la terre et de l’industrie par et pour la communauté socialiste mondiale.
  • l’accès libre et sans restriction (étant donnée l’abondance potentielle de l’économie mondiale actuelle et à venir) pour tous, hommes, femmes et enfants, aux biens et services. Ce qui signifie la fin de la pauvreté et du présent système monétaire de rationnement avec ses banques, achats, ventes, profits et salaires.
  • la production en vue de satisfaire les besoins, individuels et collectifs, des êtres humains, non la production pour le profit comme cela est la règle présentement, aussi bien en Russie, Chine que dans les pays ouvertement capitalistes de l’Ouest.
  • le travail volontaire réalisé par des hommes et femmes libres coopérant et contrôlant leurs conditions de travail et produisant les biens nécessaires aux humains pour vivre et jouir de la vie. Et cela à la place du présent esclavage salarial où les travailleurs doivent vendre leur force de travail, physique et mental, à un employeur (entreprise privée ou Etat) pour un salaire.
  • l’abolition de toutes les frontières ; l’unité de l’humanité. La société socialiste mondiale prendra soin de conserver la diversité dans la langue, la musique, l’art, etc., et en même temps facilitera le contact humain universel. La communauté socialiste mondiale sera composée d’hommes et de femmes libres et égaux. Il n’y aura plus d’oppression nationale (y compris celle du Québec), ni de racisme, sexisme ou tout autre forme d’exploitation de l’Homme par l’Homme. En bref, un monde, un peuple.

Ce programme socialiste, nous le voyons bien, diffère totalement du programme capitaliste de la LSO. Toutes les caractéristiques du capitalisme continuent d’exister dans le “socialisme” de la LSO, tel que la production en vue de réaliser un profit (pour l’Etat), la domination de classe par moyen de l’Etat, les classes sociales, l’argent et le salariat.

La LSO appuie le nationalisme, ce qui ne sert finalement que les intérêts de la classe capitaliste, actuelle ou en devenir. Le nationalisme québécois sert les intérêts d’une classe capitaliste en devenir. Le nationalisme du Parti Québécois (PQ) avance les intérêts de l’actuelle bourgeoisie autochtone qui par le moyen de l’indépendance pourrait devenir le groupe capitaliste dominant. Le nationalisme de la LSO avance les intérêts d’une classe capitaliste en devenir, c’est-à-dire, la classe composée des dirigeants d’une fantomatique “révolution québécoise” qui remplacerait les capitalistes actuels. Exactement ce qui s’est déroulé en Russie en 1917.

Le Parti Socialiste du Canada et les partis compagnons sont opposés à tout nationalisme, américain ou russe, au fédéralisme aussi bien qu’à l’indépendantisme. Le nationalisme divise la classe ouvrière mondiale alors que son intérêt est l’unité pour l’établissement du socialisme mondial et l’émancipation complète de l’humanité, sans distinction de langue, de race ou de sexe.

Nous sommes opposés aussi à toute guerre, qu’elle s’appelle défensive, offensive ou “libératrice”. Dans le dernier cas, la guerre n’a jamais amené la libération de la majorité mais un changement de classe dirigeante et d’exploiteurs. Cuba est un exemple: il s’y est déroulé une guerre de “libération nationale” sous la direction de Fidel Castro et de Che Guevara. Après leur victoire, fut instauré le capitalisme d’Etat qui maintenait intactes l’exploitation et l’oppression de l’immense majorité. Qui niera l’existence du salariat, des banques, de la production pour le profit, des camps de concentration, d’une police d’Etat omniprésent, d’un militarisme effréné, en bref les caractéristiques du capitalisme, à Cuba, en Russie et en Chine ?

Ce qui n’est pas le cas de la LSO. Elle appuie des guerres dites défensives et de “libération”. Pendant l’automne 1973, la LSO appuyait les pays arabes en guerre contre Israël. Voici leur position dans Libération (novembre-décembre 1973) :

“Nous exigeons une fin à toute aide destinée à Israël, et nous déclarons notre solidarité entière avec l’Egypte, la Syrie et avec les autres pays arabes dans leur lutte contre l’agression perpétrée par Israël et soutenue par l’impérialisme mondial.”

Auparavant, elle appuyait la dictature capitaliste étatique au Nord-Vietnam en lutte contre le capitalisme de type occidental du Sud-Vuetnam.

Léninisme ou marxisme?

La LSO adhère à la théorie léniniste d’avant-garde, et à la théorie de Lénine qui différencie “socialisme” et “communisme”. Elle soutient que la classe ouvrière ne peut acquérir une conscience socialiste par elle-même, que cette conscience doit être apportée par des leaders, une avant-garde consciente. Elle soutient aussi que la classe ouvrière ne peut s’émanciper par elle-même, qu’elle doit être guidée, dirigée par une avant-garde, une élite. Elle s’érige d’elle-même en cette avant-garde, qui si elle parvient à s’emparer du pouvoir politique devient la nouvelle classe dirigeante comme cela est arrivé, en Russie, en Chine, à Cuba. Tout cela démontre que la LSO est léniniste et donc anti-marxiste.

Car le Parti Socialiste du Canada adopte la position marxiste au sujet des termes socialisme et communisme : pour Marx et Engels, ces deux termes signifiaient la même chose. Que les trotskystes nous prouvent le contraire ! De plus, le Parti Socialiste adhère au principe marxiste “l’émancipation de la classe ouvrière sera l’oeuvre de la classe ouvrière elle-même”. Ce qui n’est pas le cas de la LSO qui soutient que la classe ouvrière a besoin d’une “direction révolutionnaire”, position bolchevique, non marxiste.

Toutes les révolutions du passé (la révolution socialiste ne s’est jamais réalisée encore), celle de Russie de 1917, de Chine en 1949, ont été des révolutions conduites par une avant-garde, une élite. Après la prise du pouvoir celle-ci s’est toujours transformée en une nouvelle classe dirigeante qui a continué de dominer et d’exploiter l’immense majorité, ouvriers et paysans. Nous soutenons que la révolution socialiste et l’établissement du socialisme ne pourront se réaliser que si et seulement si l’immense majorité de la classe ouvrière mondiale comprend et désire le socialisme, ainsi n’ayant aucun besoin de leadership et assurant une victoire totale.

La LSO prend ses racines dans le léninisme alors que le Parti Socialiste du Canada adhère fermement au marxisme. La LSO se veut l’avant-garde; le Parti Socialiste est l’instrument révolutionnaire de la classe ouvrière pour le socialisme. Le Parti Socialiste s’oppose au leadership qui ne sert que les intérêts des leaders, jamais ceux de la classe ouvrière. Dans le Parti Socialiste, tous les membres sont égaux et il n’y a pas de leaders. Seulement des représentants responsables devant les membres.

La LSO prétend que la révolution socialiste nécessitera la violence pour deux raisons : toutes les révolutions du passé ont été violentes, et la classe capitaliste ne baissera pas les armes sans essayer la résistance violente et tous les moyens à sa disposition. Au premier argument, nous disons que les révolutions du passé furent capitalistes et faites dans l’intérêt des minorités alors que la révolution socialiste sera faite par et pour la majorité et que la violence deviendra superflue à ce moment. Quelle classe capitaliste désirerait courir au suicide en résistant par la violence au désir et à la volonté socialiste révolutionnaire de la majorité ? Une révolution capitaliste de type LSO nécessite la violence car c’est une révolution faite dans les intérêts d’une minorité et, la LSO n’exigeant pas comme prérequis à cette révolution l’appui de la majorité, la violence ne peut qu’éclater.

Le Parti Socialiste du Canada soutient que la démocratie politique limitée actuelle est le meilleur cadre pour la propagande, l’éducation et l’organisation socialistes permettant à la classe ouvrière de devenir socialiste. Nous soutenons aussi que les élections sont le meilleur moyen de prouver si la majorité désire ou non le socialisme ; si oui, la classe capitaliste ne pourra que capituler devant le désir révolutionnaire de la majorité. Si elle résiste, elle aura à faire face à une majorité qui emploiera la force s’il le faut. La révolution socialiste et le socialisme mondial ne seront possibles seulement lorsque l’immense majorité des travailleurs du monde seront devenus des socialistes conscients et convaincus.

La LSO est une organisation capitaliste, réformiste, nationaliste et avant-gardiste. Son but est le capitalisme d’Etat au Québec, une nouvelle forme de chaînes, de nouveaux exploiteurs, pour la classe ouvrière. Le Parti Socialiste du Canada est un parti socialiste marxiste et révolutionnaire. Nous invitons les travailleurs à étudier notre programme, et si vous êtes d’accord avec nous, joignez les rangs du Parti Socialiste du Canada, le seul parti révolutionnaire de la classe ouvrière.

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