1977-09 Lettre ouverte à un(e) cama­rade de la LCR

(Tract dis­tri­bué à un mee­ting de la LCR du jeudi 29 sep­tem­bre 1977, publié dans Combat com­mu­niste n° 30, 15 octo­bre 1977. Première mise en ligne sur mondialisme.org)

Camarade,

La rup­ture sur­ve­nue au sein de l’Union de la gauche – qu’elle soit momen­tanée ou défi­ni­tive – conduit sans aucun doute de nom­breux mili­tants et tra­vailleurs qui avaient placé leurs espér­ances dans cette alliance à s’inter­ro­ger. Cette rup­ture représ­ente donc une situa­tion rela­ti­ve­ment favo­ra­ble aux révo­luti­onn­aires pour avan­cer leurs expli­ca­tions et aider ces cama­ra­des à com­pren­dre la nature véri­table des partis de gauche qui prét­endent déf­endre leurs intérêts.

QUELLE EST LA POLITIQUE DE LA LCR ?

Depuis la « vic­toire » de la gauche aux élections can­to­na­les et sur­tout depuis les élections muni­ci­pa­les de mars 1977, la LCR s’est engagée dans une cam­pa­gne en direc­tion du PCF et du PS. L’axe essen­tiel de cette cam­pa­gne est d’exer­cer une pres­sion sur ces partis pour qu’ils « pren­nent leurs res­pon­sa­bi­lités », c’est-à-dire pro­vo­quent des élections anti­cipées, remet­tent en cause la Constitution de 1958, for­ment un gou­ver­ne­ment sans les Radicaux de gauche et ren­voient Giscard.

Cette poli­ti­que conduit en pre­mier lieu à trom­per les tra­vailleurs sur la nature du PCF et du PS. En met­tant l’accent sur la prés­ence des Radicaux de gauche dans l’Union de la gauche, cette poli­ti­que laisse enten­dre que seuls les Radicaux seraient des bour­geois, alors que le PC et le PCF seraient des « partis ouvriers » sus­cep­ti­bles de mener une poli­ti­que conforme aux intérêts des tra­vailleurs.

En réalité, l’influence de la bour­geoi­sie passe aussi bien par l’intermédi­aire de ces deux partis que par Fabre et ses aco­ly­tes. Le PS, qui ne compte dans ses rangs que 3% d’ouvriers, ne peut être considéré comme un « parti ouvrier ». Quant au PCF, s’il possède une base ouvrière, son pro­gramme n’en est pas moins un pro­gramme tout aussi bour­geois que ceux du PS et des Radicaux. Cela, il n’y a aucune raison de le cacher aux tra­vailleurs.

Certes, les pro­jets poli­ti­ques du PS et du PCF sont différents, contrai­re­ment à ce qu’expli­quent la LCR et Lutte ouvrière. Le pre­mier envi­sage une ges­tion social-démoc­rate tra­di­tion­nelle res­pec­tant la pro­priété indi­vi­duelle du Capital.

Le second cher­che à faire passer le maxi­mum de capi­tal sous le contrôle de l’État bour­geois et à obte­nir des postes de ges­tion­nai­res dans l’appa­reil d’État, dans les entre­pri­ses natio­na­lisées. Ces deux pro­jets sont anta­go­ni­ques et la majo­rité de la bour­geoi­sie franç­aise n’est sans doute pas prête à accep­ter aujourd’hui le projet du PCF.

Mais, s’il est impor­tant de com­pren­dre ces contra­dic­tions, il ne faut pas oublier que les tra­vailleurs n’ont rigou­reu­se­ment rien à atten­dre de l’éta­ti­sation du Capital par l’État bour­geois, que cet État soit géré par un per­son­nel poli­ti­que de droite ou de gauche. Le capi­ta­lisme d’État dont rêve le PCF n’est pas plus proche du véri­table socia­lisme que la coges­tion à la Helmut Schmidt ou le socia­lisme « scan­di­nave ».

LA LCR, CHAMPION DE L’UNITE PCF-PS

La désunion de la gauche semble cha­gri­ner la LCR. Ainsi Rouge titrait le samedi 23 sep­tem­bre : « Il faut l’unité. » Mais quelle « unité », cama­ra­des, et sur quel pro­gramme ? Celle des tra­vailleurs ou celle des bureau­cra­tes et des poli­ti­ciens bour­geois de gauche ?

C’est sans doute un des aspects les plus négat­ifs et les plus néf­astes de la poli­ti­que de la LCR : la LCR laisse enten­dre qu’un gou­ver­ne­ment PCF-PS pour­rait être autre chose qu’un gou­ver­ne­ment bour­geois – fidèle en cela à une vieille illu­sion trots­kiste. Elle pro­pose tout un pro­gramme de reven­di­ca­tions que devrait satis­faire un tel gou­ver­ne­ment et de mesu­res qu’il devrait pren­dre, qui feraient d’un tel gou­ver­ne­ment un gou­ver­ne­ment « en rup­ture avec le capi­ta­lisme ».

Le but de la LCR est sans doute « péda­go­gique ». La LCR vise à expri­mer les sen­ti­ments des sym­pa­thi­sants du PCF et du PS qui sont uni­tai­res et sont déçus par la rup­ture entre les partis de gauche. Cette poli­ti­que rejoint celle de l’OCI qui fai­sait signer des pétitions pour que les « partis ouvriers se met­tent d’accord ». Cette poli­ti­que permet sans doute de recueillir une cer­taine sym­pa­thie. Mais en quoi le fait de répéter ce que pense une bonne partie des tra­vailleurs (« Ils feraient mieux de s’unir ») contri­bue-t-il à élever le niveau de cons­cience de la classe ouvrière ?

En fait, l’unité du PCF et du PS et leur acces­sion au gou­ver­ne­ment ne peu­vent se faire que contre les intérêts des tra­vailleurs (ce que reconnaît par­fois dans cer­tains textes la LCR). Alors dans ces condi­tions pour­quoi appa­raître comme les par­ti­sans les plus actifs de cette for­mule de gou­ver­ne­ment bour­geois ?

Pourquoi réc­lamer que sociaux-démoc­rates et sta­li­niens orga­ni­sent des assem­blées dans les entre­pri­ses pour faire arbi­trer leurs diver­gen­ces par les tra­vailleurs ? Si une majo­rité de tra­vailleurs approu­vaient leur pro­gramme bour­geois, la force de frappe, la pla­ni­fi­ca­tion de l’immi­gra­tion en fonc­tion des besoins de l’éco­nomie capi­ta­liste, les révo­luti­onn­aires devraient-ils se plier à l’avis de la majo­rité ?

Il y a une autre poli­ti­que à mener

En fait, plus l’échéance de 1978 se rap­pro­che, plus la LCR adopte un lan­gage oppor­tu­niste et équi­voque pour ne pas heur­ter les illu­sions et les aspi­ra­tions des tra­vailleurs (ou celles qu’elle leur prête…). Le bilan de cette cam­pa­gne est clair : elle n’a eu rigou­reu­se­ment aucun impact sur la situa­tion poli­ti­que. Elle n’a pas amené les mili­tants du PCF à deman­der des comp­tes à leurs diri­geants. Elle n’a pu au contraire que ren­for­cer leurs illu­sions (et celles des sym­pa­thi­sants de la LCR !) sur l’Union de la gauche.

Les révo­luti­onn­aires doi­vent lutter :

  • pour l’unité de la classe ouvrière, pas celle des appa­reils bureau­cra­ti­ques,
  • pour refu­ser l’austérité, quel que soit le gou­ver­ne­ment.

Pour cela, la pre­mière condi­tion est de donner un point de vue clair sur la nature de l’Union de la gauche, du Programme commun et des partis de gauche, de les dén­oncer pour ce qu’ils sont sans ambi­guïté, de répéter inlas­sa­ble­ment que les tra­vailleurs devront impo­ser leurs reven­di­ca­tions par la lutte et non en atten­dre la satis­fac­tion d’un chan­ge­ment de per­son­nel gou­ver­ne­men­tal.

Les révo­luti­onn­aires doi­vent sans cesser mener une pro­pa­gande com­mu­niste pour expli­quer la néc­essité abso­lue pour la classe ouvrière de détr­uire l’État bour­geois (et non mettre entre paren­thèses sa nature, comme le font si sou­vent LO, la LCR et l’OCI par « péda­gogie ») et d’assu­rer sa dic­ta­ture à tra­vers une orga­ni­sa­tion auto­nome.

Ce lan­gage est sans doute plus dif­fi­cile à tenir, mais c’est le seul qui puisse aider à la cons­ti­tu­tion d’une avant-garde de tra­vailleurs dégagés de toute illu­sion sur les agents de la bour­geoi­sie dans le mou­ve­ment ouvrier.

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Une Réponse to “1977-09 Lettre ouverte à un(e) cama­rade de la LCR”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] Discours de Marcel Valière au Congrès de la CGT (1946) * Combat Communiste: Lettre ouverte à un(e) cama­rade de la LCR (1977) * Marcel Valière: Intervention au Congrès de la CGT (1946) * Socialist Standard: How I […]

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