1977 La première traduction de ‘l’Opposition ouvrière’

Extrait de Mon journal de Russie (t. II), Pierre Pascal (1977)

(…) Au VIIIe Congrès des Soviets, fin décembre, un orateur, N. Osinski, auteur d’une série d’articles sur « La réglementation par l’Etat de l’économie paysanne », le même qui avait fortement critiqué L’Etat et la Révolution de Lénine, proposa, au lieu des réquisitions répétées mais irrégulières, tout un système d’intervention permanente dans la vie rurale de comités de fonctionnaires pourvus de puissants moyens de production. Ces Comités, dans chaque localité, décideraient souverainement de l’emploi des semences, des labours et des semailles, du bétail à élever, de la répartition des récoltes, des travaux non agricoles divers… Je me rappelle qu’à lire ce plan dans les Izviestiia, la tête me tourna presque : la Russie rurale toute entière rationnellement organisée. Triomphe du système, solution du problème des approvisionnements ou folie ?

En outre, on avait vent de flottements dans le Parti. C’était à propos du rôle des syndicats. Trotsky, autoritaire plus que Lénine, militaire dans l’âme, les voulait plus subordonnés encore au Parti qu’ils ne l’étaient ; au contraire, des communistes restés fidèles aux buts originels de la révolution, comme Alexandra Kollontaï et Chliapnikov, concevaient des syndicats non seulement attachés à la défense des ouvriers, mais jouant un rôle actif dans la direction de l’État et décisif même dans celle de l’économie. Là était le seul remède à la dégénérescence bureaucratique et de l’État et du Parti. Lénine ne niait pas le mal; il en était très préoccupé, mais il pensait le guérir sans changement radical du régime établi. Il était suivi dans cette tendance par Zinoviev, Kamenev et autres prudentes personnes. Il permit donc la discussion dans le Parti et l’ouvrit lui- même le 30 décembre, formulant des thèses dirigées particulièrement contre Trotsky. Chacune des trois tendances prépara sa « plateforme », en vue du Dixième Congrès du Parti qui devait se tenir au début de mars 1921. Kollontaï, en outre, rédigea sa brochure sur « L’Opposition ouvrière ». C’était une description impitoyable et fort éloquente, avec des exemples concrets, du mal bureaucratique.

Elle ne fut pas mise dans le commerce. Je ne sais plus de qui j’en reçus deux exemplaires. Un peu plus tard je la traduisis en français. Peut-être était-ce à l’usage de membres du Troisième Congrès de l’Internationale Communiste [*]. En tout cas ce travail n’avait rien d’officiel.

Très officiellement au contraire, les Éditions de l’Internationale communiste publièrent avant la fin de l’année mon livret En Russie rouge. Lettres d’un communiste français, Petrograd, 1920, 74 pages. Il est composé de six chapitres :I. — La vérité sur la Terreur Rouge ; II — Un camp de concentration ; III. — Une soirée chez les contre-révolutionnaires ; IV. — Trois journées à Moscou ; V. — La politique extérieure du pouvoir des Soviets ; VI. — Un jardin d’enfants à Moscou. Les dates de ces chapitres vont de février à avril 1920. Le livre sera reproduit à Paris en 1921 par la Librairie de l’Humanité.

Les Résultats moraux de l’Etat soviétiste font suite à En Russie rouge. Les deux ouvrages reflètent l’optimisme qui m’animait encore dans la première partie de 1920. Il était à la fois, j’imagine, sincère et voulu, cultivé.

Note:

[*] Cette traduction, retrouvée dactylographiée dans les papiers de Pierre Monatte, a été publiée par les Editions du Seuil en 1974 dans Alexandra Kollontai, L’Opposition ouvrière, pp. 41-94.

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