1980-03 Le procès de Paris

Article paru dans L’Unité du 23 mars 1980

Henri Fiszbin n’est pas Artur London et son livre n’est pas « l’Aveu ». Mais son récit a au moins le mérite de démonter le mécanisme du procès communiste. Un procès qui a lieu à Paris et pas à Moscou, en 1978 et non en 1938…

fiszbin_bouches.jpg

HENRI Fiszbin n’est pas un ex-communiste. Il n’appartient pas même à la catégorie des « contestataires » qui, tout en gardant leur carte de membre du P.c.f., s’expriment à l’extérieur pour mettre en cause la politique de sa direction. Trente-cinq ans de militantisme lui ont appris à respecter la discipline et l’esprit de parti. S’il parle aujourd’hui dans un livre au titre significatif « Les bouches s’ouvrent » (Grasset), repris d’une injonction lancée avant la guerre par Maurice Thorez, c’est qu’il en a gros sur le cœur.
Militant fidèle qui aujourd’hui encore approuve la stratégie du P.c.f. et partage l’analyse de Georges Marchais selon laquelle le Parti socialiste porterait la totale responsabilité de la rupture de l’Union de la gauche en 1977, Henri Fiszbin n’en est pas moins un homme courageux qui a su dire non lorsqu’il s’est estimé injustement accusé dans sa responsabilité de secrétaire de la fédération de Paris. Il a dit non devant le Bureau politique, non devant le Comité central dont il a démissionné. Etienne Fajon, qui s’y connaît, s’est écrié devant lui qu’en trente-trois ans de présence à la direction du P.c.f. il n’avait jamais vu cela ! Mais pour méritoire qu’elle soit la révolte de Fiszbin ne porte que sur un point : il n’a pas accepté le procès fait à sa fédération après les élections de mars 1978 sous prétexte que les communistes parisiens avaient connu un recul électoral. Il a beau jeu de souligner que ce recul était du même ordre que celui que le P.c.f. a subi dans d’autres départements de la région parisienne à qui on n’a jamais demandé de comptes. (Il est vrai que le Val-de-Marne est le département de Georges Marchais et la Seine-Saint-Denis celui de plusieurs autres dirigeants importants.) Ce que la direction du P.c.f. n’a en fait pas « encaissé » c’est que pour la première fois aux élections de mars 1978 le Parti socialiste a recueilli dans la capitale plus de suffrages que le Parti communiste. Il fallait un bouc émissaire : ce furent Henri Fiszbin et les responsables de la fédération de Paris accusés de laxisme et de « perméabilité aux pressions de l’adversaire ». Il est vrai que la fédération communiste de Paris avait donné l’exemple depuis quelques années d’un certain libéralisme, de débats ouverts, d’un refus de dogmatisme. Mais c’était précisément à l’époque du XXIIe Congrès où le Parti tout entier semblait s’engager dans cette voie. Et cela se passait sous la caution de Paul Laurent, ami d’Henri Fiszbin mais qui, depuis que la direction du P.c.f. a changé de cap, est devenu son principal accusateur. La comparution des dirigeants fédéraux de Paris le 11 janvier 1979 devant le Bureau politique au grand complet a été la concrétisation de ce changement. Mais les choses ne se sont pas passées comme la direction l’avait prévu : Fiszbin s’est rebellé contre les accusations portées contre lui et les sept autres secrétaires fédéraux parisiens se sont solidarisés avec lui et ont l’un après l’autre, eux aussi, démissionné de leurs fonctions.
Embarrassée par cette rébellion collective, la direction a fabriqué une nouvelle version des faits, une vérité bien à elle selon laquelle l’action de Fiszbin n’avait jamais été condamnée, seul son état de santé expliquant sa démission. L’ancien candidat communiste à la mairie de Paris regrette aujourd’hui d’avoir donné son accord à cette explication qui a permis de dissimuler la réalité des choses aux militants communistes parisiens. L’intérêt de son livre qui dépasse alors la seule « affaire de Paris » c’est de montrer comment au plus haut niveau du P.c.f. on est capable, en tronquant les textes, en dissimulant des documents, de réécrire l’Histoire en fonctions d’opportunités successives.
En ce sens, Henri Fiszbin apporte un témoignage vécu pour conforter une démonstration déjà faite à maintes reprises. On peut regretter qu’il n’aille pas plus loin dans ses conclusions mais on peut comprendre qu’il en a déjà beaucoup coûté à ce militant chevronné d’avoir dû entrer en conflit avec son parti et de le dire.

Publicités

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :