1992-05 Les caractéristiques fondamentales du Parti communiste-ouvrier

Ce texte est extrait du discours de Mansoor Hekmat à la première conférence des cadres du Parti communiste-ouvrier d’Iran, en mai 1992. Il a été publié en langue farsi dans le n° 2 de International, journal de cette organisation, en juin 1992, puis en anglais dans l’édition anglophone de la même revue, en mars 1993. Traduction d’après le texte anglais : Nicolas Dessaux, version révisée 2010.

Introduction

Quelle est la base de notre unité comme tendance et comme parti ? De quelles prémisses générales proviennent nos réponses concrètes aux questions qui se posent sur le communisme aujourd’hui ? Je crois que, au cours de ces dernières années, nous avons dit et écrit suffisamment sur ce qui nous différencie, en tant que communistes-ouvriers, des autres tendances de la gauche. Aussi, je voudrais ici seulement indiquer les traits qui, d’après moi, caractérisent politiquement notre mouvement et forment les bases politiques du Parti communiste-ouvrier d’Iran.

1. Le caractère social objectif du socialisme ouvrier

Un point essentiel sur lequel nous avons constamment mis l’accent dans les débats de ces dernières années, c’est que le socialisme ouvrier est un mouvement social qui existe de façon indépendante, et non un produit dérivé de l’activité de marxistes ou de communistes. C’est un une mouvement né de l’histoire et qui se poursuit. La lutte contre le capitalisme, pour le remplacer par le socialisme au moyen d’une révolution ouvrière, est une conception vivante, fermement établie au sein de la classe ouvrière – c’est une tradition de lutte vivante. La théorie, la conscience de ce mouvement peut, à une période donnée, être adaptée ou inadaptée, vraie ou fausse. Quoiqu’il en soit, il existe toujours un courant au sein du mouvement de la classe ouvrière qui aspire et essaye constamment de pousser la classe tout entière dans cette direction socialiste.

L’un de nos points distinctifs, c’est que nous voyons le socialisme, le communisme, le parti communiste-ouvrier, comme quelque chose qui prend forme dans le contexte de la lutte réelle, objective, de la classe ouvrière, qui, si faible, si limitée dans ses objectifs soit-elle, est toujours en mouvement dans la société contemporaine. Le socialisme n’est pas un modèle, une utopie ou un dessein fondamental pour la société, qui se contenterait de nous attendre, nous socialistes, pour le mettre en œuvre. Ce n’est pas un objectif arbitraire ou une prescription importée du royaume de la raison dans celui de la pratique. Le socialisme est, d’abord et avant tout, un cadre pour une certaine lutte sociale qui existe inévitablement et indépendamment de la présence ou de l’absence d’un parti ; c’est un mouvement social qui s’est poursuivi tout aux long des dix-neuvième et vingtième siècle, et qui est, encore aujourd’hui, clairement observable.

Il est clair que les différentes tendances sociales tentent d’influencer ce mouvement, cette énergie de classe, et de la diriger vers leurs propres conceptions. Malgré çà, la lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme et pour l’égalité sociale peut se cacher sous n’importe quelle couverture dans laquelle d’autres mouvements sociaux, d’autres partis tentent de l’envelopper. Ce mouvement se distingué d’autres dans la société contemporaine par ses objectifs sociaux, par le contenu de ses revendications dans la société actuelle, et par ses origines sociales de classe … Il y a toujours une partie de la classe ouvrière qui ne se contente pas d’une lutte défensive, qui ne croit pas qu’elle peut obtenir ce qu’elle veut vraiment dans le cadre du système actuel, qui pense que le capitalisme devrait céder la place au socialisme, qui pense que la bourgeoisie doit être dépossédée des moyens de production, et, finalement, qui pense que pour y arriver, il est nécessaire de s’unir et de faire la révolution. Ce n’est rien d’autre que la définition du socialisme ouvrier.

Même derrière les activités de syndicats de droite, derrière les paroles de leaders syndicaux locaux, quelque naïves ou timides que soient leurs déclarations, on peut reconnaître certains faits qui montrent la persistance d’une tendance socialiste et d’une lutte socialiste de la classe ouvrière. Ce sont des choses que la plupart des tendances radicales de la gauche sont incapables de voir. Les illusions de droite au sein de la classe ouvrière sont acquises, mais les tendances anticapitalistes, qui forcent les leaders syndicaux à parler ainsi, sont intrinsèques et authentiques. Le socialisme ouvrier est la tendance au sein de la classe qui créé des leaders radicaux et maintient la pression constante du radicalisme sur les leaders non-radicaux.

Reconnaître et mettre l’accent sur l’existence d’un réel mouvement socialiste au sein de la classe ouvrière elle-même, quelque soit l’expression intellectuelle qu’il a trouvé à chaque période, est l’une des caractéristiques importantes de notre courant politique. Nous voyons, au-delà des activités quotidiennes du mouvement ouvrier, l’existence réelle d’une tendance socialiste au sein de la classe ouvrière et pensons que l’organisation communiste doit se développer dans le contexte de cette véritable tradition de lutte sociale.

Le parti que nous formons aujourd’hui appartient à cette tradition, et pas à la tradition de l’opposition radicale iranienne, ou de la gauche radicale au sens large. Les origines politiques et sociales de ce parti ne sont pas à trouver dans la lutte contre la monarchie, contre le régime islamique, contre la dictature ou l’impérialisme. Ce parti est formé dans la tradition de la lutte des travailleurs pour l’égalité économique dans la société – une lutte socialiste qui a constamment existé dans le capitalisme – et c’est là seulement que le Parti communiste-ouvrier d’Iran trouve sa force.

2. Internationalisme

C’est une autre caractéristique de notre tradition. Non seulement notre façon de voir le monde, mais aussi notre pratique politique a une base internationaliste. Il est évident, déjà aujourd’hui, que ceux qui ont la plus petite sympathie pour le concept de « patrie », y compris ceux qui, à gauche, dans ces rares occasions où ils parlent des travailleurs et de leurs revendications, se réfèrent encore aux « ouvriers de notre patrie », ne devraient pas et ne voudront pas rejoindre notre parti. Le nationalisme a pour nous un sens profondément négatif. Aujourd’hui, nous parlons du nationalisme et du patriotisme avec un ton qui aurait été inconcevable pour la gauche iranienne voici dix ans de cela.

Le Parti communiste-ouvrier n’a aucune sympathie nationaliste que ce soit. Nous parlons de l’humanité et des travailleurs. Voila des concepts qui sont valables pour nous. Tout autre division, toute autre classification qui les séparerait n’est pas valide à nos yeux. Nous demandons, bien sûr, et nous nous battons pour l’abolition de toute discrimination fondée sur les divisions, toutes les catégorisations de l’humanité, mais ces divisions ne sont pas, en elles-mêmes, le point de départ de notre travail et de notre organisation politique. Nous ne sommes pas surgis d’une lutte nationale, nous ne reconnaissons aucune frontière nationale ou étatique dans notre travail et d’agitation politique. La lutte de classe, partout, est au centre de notre activité.

Nous poursuivons une stratégie mondiale. Et en Iran, où nous avons une implication et une influence directe, nous poursuivons, comme part de notre stratégie mondiale, un programme d’action direct et complet.

3. Le socialisme comme objectif

Le socialisme a été défini et interprété de bien des façons. Nous sommes l’un des rares courants qui mette l’accent sur le fait que le socialisme doit être identifié avec l’abolition du travail salarié et l’instauration de l’égalité économique entre les personnes. Cela signifie l’égalité de statut des personnes dans la production sociale.

Cela nous distingue clairement de tous les courants qui identifient le socialisme avec la planification d’état, avec l’industrialisation ou la redistribution des richesses. Nous maintenons que le socialisme requiert l’abolition du travail salarié, et la transformation des outils de travail, des moyens de production, en propriété commune de la société. Le bien-être social et la sécurité économique des personnes ne peuvent être que le résultat d’une telle révolution dans les fondations économiques de la société.

4. Un point de vue marxiste critique sur le monde

Ce parti a été crée dans la tradition marxiste, et en défense de Marx. Le communisme-ouvrier est, selon moi, ne peut pas aller bien loin sans le marxisme. Défendre Marx et le marxisme, comme critique sociale, est un trait distinctif de notre tradition.

Il y a de bien des gens aujourd’hui qui voudraient maintenir leurs partis de gauche, pour rester sur la scène politique en tant que socialistes, mais, en même temps, reconnaissent que pour le faire, ils doivent d’abord réviser ou modifier le marxisme. Essayer, par exemple, d’assembler « démocratie » et « marché » avec le marxisme et le socialisme. Pour autant que cela nous concerne, il s’agit d’absurdités sans intérêt. Je crois que la plupart de ceux qui abandonnent le marxisme sont des gens qui l’ont d’abord accepté, non comme un point de vue critique, éclairant, mais comme une école de pensée à la mode qui s’est imposée à eux. La plupart d’entre eux sont des gens qui utilisent la terminologie marxiste pour enrober des vues et des aspirations sociales étrangères au marxisme. Jusque très récemment, le monde a été infesté de tels marxistes.

Je crois que la critique sociale de Marx est indispensable pour le Parti communiste-ouvrier. Et je vois personnellement cela comme l’une de nos différences majeures avec la plupart des tendances au sein du mouvement ouvrier qui négligent Marx et la critique marxiste.

Nous sommes les marxistes du mouvement ouvrier. Nous devons défier les tendances non-marxistes dans ce mouvement. Nous devons critiquer, d’un point de vue marxiste, la manière dont elles expliquent les conditions de la classe ouvrière, la société, l’état, la religion, le régime politique, etc. L’objectif fondamental de notre tradition et de notre parti, c’est que les leaders ouvriers deviennent marxistes.

5. Les causes historiques de l’échec du communisme ouvrier

Notre compte-rendu de l’histoire de la lutte socialiste de la classe ouvrière, et des causes de l’échec du communisme jusqu’ici, est également une caractéristique distinctive de notre tradition.

La question à laquelle tout communiste devrait répondre aujourd’hui est : « Pourquoi est-ce que tout ceci est arrivé ? Qu’est ce qui est arrivé au communisme ? ». Nombreux sont ceux qui ont déjà proposé ce qu’ils regardent comme des réponses. Ils nous disent : « la théorie marxiste était fausse », « Le léninisme était une fausse contribution au marxisme », « le socialisme, en général, a toujours été une utopie impraticable », etc., etc.

En réponse aux explications de cette sorte, ou plutôt, en explication des conditions actuelles du communisme, nous développons une argumentation totalement différente. Nous disons que ce qui, en pratique, est arrivé à son terme mortel est un autre mouvement social de classe, un mouvement qui n’a aucun rapport de parenté – excepté le nom – avec le socialisme, avec le marxisme, et avec le mouvement social de la classe ouvrière. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est la défaite d’un certain mouvement social pseudo-socialiste qui a émergé au vingtième siècle et a été représenté par les partis dirigeants du bloc de l’Est et ses divers surgeons pseudo-socialistes – soutiens ou critiques du courant principal – en dehors de ce bloc. En effet, cet effondrement requiert en lui-même une analyse précise. Mais nous devons expliquer pourquoi jusqu’ici, de manière distincte de ce bloc, le mouvement de la classe ouvrière a été inefficace.

La création de ce bloc s’est faite au détriment du mouvement socialiste de la classe ouvrière. En fait, il s’est érigé comme un monument sur la défaite de ce dernier. La révolution de 1917 était un produit de notre mouvement. Mais, nous avons été défaits dans l’union soviétique ; pas aujourd’hui, mais il y a bien longtemps. Il y a bien longtemps que nous avons été défaits là-bas, que nous avons été forcés à l’isolement, et que nous avons perdu la vaste influence que nous avions au sein du mouvement ouvrier et dans la politique internationale.

Alors, si on nous demande aujourd’hui, « pourquoi le communisme n’a été atteint nul part un siècle et demi après Marx ? », notre réponse sera : la bourgeoisie nous a infligé une sérieuse défaite à la suite de la révolution de 1917 ; une défaite dont ne nous sommes pas encore remis. C’était donc la montée (et non la chute) du bloc de l’Est qui a amené la défaite du communisme-ouvrier…

Selon moi, le mouvement communiste de la classe ouvrière a toujours existé à côté du communisme officiel, et c’est exactement pourquoi nous devons utiliser, au lieu du mot « communisme » qui nous rappelle le courant officiel, non-prolétarien, le terme de « communisme-ouvrier » de façon à nous réfère à notre propre mouvement de classe…

Nous sommes en mesure d’expliquer les raisons de notre défait historique. Nous sommes en mesure de montrer pourquoi les mouvements bourgeois ont empruntés les slogans et le langage de notre mouvement. Nous pouvons expliquer pourquoi et à cause de quelles faiblesses et défauts, notre mouvement a été défait par le nationalisme dans l’expérience de l’union soviétique. Nous pouvons expliquer quelles étaient sont les bases sociales et les objectives de ce faux socialisme. Et aujourd’hui, nous pouvons expliquer pourquoi ce pôle dominant a été finalement défait, et ainsi de suite.

En tant que communistes-ouvriers, nous ne reconnaissons donc pas la crise du pôle officiel du communisme comme la crise du communisme-ouvrier, et considérons ceci comme un point de vue qui nous distingue des autres tendances. Nos propres problèmes, notre propre isolement, notre propre incapacité à défier le monde contemporain, et tout cela, sont bien plus anciens. Comme je l’ai dit, la montée du bloc soviétique était en elle-même une indication de l’isolement de notre mouvement social. Notre réponse à la situation actuelle n’est donc pas de réviser nos principes théoriques et pratiques, mais d’intensifier nos efforts.

Laissez-moi ajouter ici un commentaire personnel, sur lequel certains camarades pourraient avoir un point de vue différent. Je ne veux pas voir, à tout prix, la victoire du communisme-ouvrier comme inévitable. Je ne vois même pas sa croissance comme inévitable, la victoire du mouvement communiste ouvrier comme inévitable. Bien sûr, les revendications ouvrières sont, sous le capitalisme, inévitables. Mais personne ne peut proclamer que cette protestation se fera inévitablement sous la bannière du communisme-ouvrier, en tant que mouvement dot d’une vision et d’une stratégie politique et économique propre. Je ne crois pas à cette inévitabilité, et pour cette raison que les choix conscients que les hommes et des femmes réels font à chaque étape, et la pratique réelle de différents mouvements à différent points de jonction, sont pour moi, d’une importance vitale. Si nous voulons avancer, ces choix, ces pratiques doivent être correctes et communistes. Les personnes et les générations vivantes de classe ouvrière décident du destin du socialisme et du communisme.

La victoire du socialisme n’est pas un résultat inévitable et prédéterminé de l’histoire. Peut-être qu’au XIXe siècle, les options réellement offertes à la bourgeoisie semblaient limitées aux yeux des socialistes et ils pouvaient se demander : « qu’est que la bourgeoisie peut réellement faire pour contrer la pression de la vaste classe exploitée ? ». Aujourd’hui, au contraire, la bourgeoise est capable de détruire physiquement le monde, elle peut le transformer en désert, elle peut le transformer en une telle nécessité sauvage de pain et d’oxygène que le socialisme ne traversera plus l’esprit de quiconque. Un esclavage moderne pourrait tout simplement être le destin du monde, au moins pour plusieurs générations.

En résumé, l’issue est le destin d’un mouvement défini : le mouvement socialiste de la classe ouvrière. La cause de l’état actuel des choses, la cause de la survie de la barbarie capitaliste jusqu’ici, est que ce mouvement a été défait à un tournant critique de l’histoire contemporaine. Nous avons été défaits dans l’expérience de l’union soviétique ; une défaite qui a conditionné le destin du monde pour plusieurs décennies. Nous n’étions pas représentés de manière adéquate, ni politiquement, ni intellectuellement, dans les controverses fatales qui ont eu lieu dans les années 1920, dans l’évolution post-révolutionnaire de l’économie soviétique. Nous n’étions pas préparés à l’avance pour ce défi. Aucun des leaders du mouvement socialiste de la classe ouvrière russe n’est entré dans cette période avec une vision économique claire, et de ce fait, aucune résistance n’a été organisée, du point de vue du communisme ouvrier, contre l’avancée du nationalisme et de la vision économique bourgeoise… Nous n’avons pas réussi à conserver notre classe sous notre propre bannière. Ainsi, nous avons manqué, en pratique, à une étape décisive et en regard de la question cardinale de l’ère post-révolutionnaire [c’est-à-dire la question du contenu économique de la révolution d’Octobre] d’un drapeau, ou d’un programme, indépendant…

Maintenant, le futur dépend, de la même manière, entièrement de notre pratique réelle de notre mouvement et de nos militants ; de ce qu’ils font, et de quelles conceptions ils défendent dans le mouvement ouvrier. S’ils le font bien, ça marchera ; s’ils ne le font pas, ça ne marchera pas. Il n’y a ici pas d’inévitabilité historique !

6. Révolution et réforme

Un autre trait, selon moi très significatif, de notre tradition politique est la façon dont nous nous comprenons la relation entre réforme et révolution. La gauche radicale est toujours, typiquement, restée isolée des mouvements sociaux réels pour les réformes et a été, pour cette raison, méprisée par les activistes de ce mouvement. Plus « radicale » est une tendance de gauche, plus elle s’isole, et plus incapable elle est d’influencer les circonstances sociales de son temps. C’est comme si maintenir son intégrité politique, ou rester radicale dans ses idéaux programmatiques, avait une relation inverse avec gagner de la force et de l’influence réelle. Les idées révolutionnaires apparaissent comme incompatibles avec l’action réelle. La vérité est, je crois, que cette contradiction n’a jamais réellement existé que dans la tête de la gauche radicale. Pour eux, le marxisme est une pure théorie, et pas un mouvement social qui devrait s’exprimer lui-même dans ses diverses dimensions pratiques.

Il est caractéristique de notre tradition, donc, de concevoir le révolutionnarisme communiste comme non seulement compatible avec l’activité quotidienne pour des améliorations dans les conditions de vie des travailleurs, et dans les conditions économiques, politiques, culturelles et judiciaires de la société, mais de manière inséparablement connectées. Nous voyons les gens et les classes, non comme politiquement statiques et informes, mais comme en lutte constante pour améliorer leur société et leurs propres conditions de vie. Aucun communiste ne peut ignorer ces luttes réellement existantes, et en même temps appeler à une révolution qui se tient apparemment de manière indépendante de tout cela.

La question de la relation entre révolution et réforme, et donc de la relation entre les éléments révolutionnaires dans les mouvements et les organisations en prise avec les réformes sociales, est l’un des piliers de notre conception. Pour nous, cette question est la source d’une série de conclusions programmatiques, tactiques et stratégiques. Des questions comme la relation entre la révolution ouvrière et les mouvements pour la liberté et la justice sociale qui émergent à l’intérieur de la société avec des objectifs plus restreints, l’attitude du parti ouvrier à l’égard des syndicats, la relation entre notre programme révolutionnaire et les revendications immédiates, les questions du travail légal et illégal, etc. sont à la charnière d’une certaine compréhension de la relation entre révolution et réforme.

Au demeurant, comprendre le sens de la lutte pour les réformes n’est pas se dissoudre dans le réformisme. Il est vrai que, sans être impliqué dans les luttes réelles dans la société, l’élément communiste révolutionnaire au sein de la classe ouvrière est astreint à rester marginalisé et incapable d’influencer effectivement la classe ouvrière dans son ensemble. Mais il est également vrai que sans représenter explicitement le socialisme et la révolution prolétarienne au sein de la classe ouvrière, la tendance socialiste ouvrière, non seulement faillirait à s’approcher de ses objectifs révolutionnaires, mais laisserait également le mouvement pour les réformes captif des limites des conceptions politiques bourgeoises à courte vue. ..

Ce n’est pas assez, pour nous, d’apparaître et d’être reconnus comme un courant sincère et actif dans les mouvements de protestation ouvrière, comme un courant qui y participe, et, effectivement, comme une partie et une parcelle de ces mouvements. Cela prouverait notre distinction de la gauche radicale ésotérique. Notre communisme, donc, commence au moment où nous apparaissons dans ces mouvements, comme, au sein de notre classe, un courant critique des courants non-socialistes, comme un courant qui propose une cause plus fondamentale et un changement plus radical, comme un courant marxiste qui propage une conception particulière au sein de la classe…

Soutenir les syndicats et avoir des relations de proximité avec leur aile gauche, renforcer le mouvement ouvrier dans son entier contre la bourgeoisie, est une tâche d’une importance vitale. Mais nous devons scruter minutieusement, comme communistes ouvriers, les conceptions et la politique des organisations de la classe ouvrière et de leurs leaders. Démocratiser tel ou tel syndicat industriel aux USA, par exemple, est un bon boulot. Mais, un communiste ouvrier doit aussi confronter les leaders d’un tel mouvement avec les questions telles que : à quoi ça mènera, par exemple, dans trente ans, après que le syndicat ait été démocratisé avec succès ? Qu’est ce vous pensez du communisme et du marxisme ? Quelle alternative avez-vous pour la réorganisation de la société ? Comment, selon vous, peut-on arriver à la libération totale des travailleurs ?

Les leaders radicaux des travailleurs aux USA, au Canada, en Allemagne, en Grande-Bretagne, doivent également être confrontés avec les questions de savoir pourquoi ils ne sont pas communistes, pourquoi ils n’ont rien à dire et à faire en ce qui concerne les fondations économiques du système actuel, l’état, la religion, le système éducatif, l’égalité des sexes ; la guerre entre les puissances, et ainsi de suite. Nous ne critiquons pas l’isolationnisme sectaire de la gauche non-ouvrière juste pour ployer ensuite devant les attitudes corporatistes et isolationnistes des mouvements ouvriers réformistes, et de leur extériorité à la cause générale de la révolution sociale de la classe ouvrière. Nous sommes une tendance au sein de la classe ouvrière qui voit les travailleurs comme capables, et ayant le devoir, d’une intervention extensive dans la vie économique, politique, culturelle et intellectuelle de la société. Nous voulons que les travailleurs émergent comme une force qui propose à l’humanité tout entière une réelle alternative. Nous considérons la conception socialiste, la théorie, la critique sociale, l’unité pour la révolution sociale comme vitale ; de la même manière que nous voyons les augmentations de salaires, l’allocation chômage, le droit de grève et l’organisation pour l’amélioration des conditions économiques et politiques de la classe ouvrière comme vitales. Chacun de ses aspects exprime les différents moments de la vie, de la lutte, de l’affirmation de soi, de la classe ouvrière ; des aspects que nous voyons comme indivisibles et indispensables. Nous devons critiquer toutes les tendances sociales, ouvrières ou autres, qui rompent cette unité et gardent les travailleurs loin de la révolution sociale et la révolution sociale loin des travailleurs.

7. Le parti et la classe

Une autre caractéristique de notre courant est notre compréhension de la relation entre le parti et la classe. Notre parti est celui d’une certaine tradition de lutte l’intérieur de la classe elle-même. Sa relation avec la classe ouvrière est ainsi basée sur la relation de cette tendance au sein de la classe à la classe tout entière. Cela signifie, premièrement, que ce n’est pas un parti formé par un groupe de réformateurs sociaux pour le salut de la classe ouvrière, mais formé par une partie, une tendance au sein de la classe ouvrière elle-même avec pour objectif d’unifier et de mener la classe tout entière vers ses objectifs de classe.

Deuxièmement, il est donc clair que le parti communiste ouvrier n’est pas un parti de « tous les travailleurs » indépendamment de leurs objectifs politiques et sociaux… En d’autres mots, ce n’est ni un parti dérivé d’idées préconçues ou d’une théorie qui devrait maintenant être implantée dans la classe ouvrière, ni un parti de tous les travailleurs indépendamment de leur perspective sociale. C’est un parti de travailleurs socialistes qui développent une critique fondamentale et complète du système actuel.

Nous nous considérons non comme un parti en dehors de la classe, mais comme le parti d’une tendance critique, avec une perspective sociale définie, au sein de la classe elle-même. Il est donc important pour nous de nous confronter avec les autres tendances au sein de la classe, théoriquement, politiquement et idéologiquement.

8. Le mouvement des conseils

En ce qui concerne les différentes formes d’organisations de la lutte de classe ouvrière, nous appartenons à la tradition des conseils. Nous sommes un parti qui défend les conseils comme la principale forme d’organisation et d’action directe des masses ouvrières, et c’est de ce point de vue que nous traitons des autres formes d’organisations ouvrières.

Si un courant fait réellement partie de la classe, recherche son unité et l’organise, il peut rejeter les autres formes d’organisation et demander aux travailleurs d’abandonner ces formes, les syndicats par exemple, simplement pour étendre ce qu’il est lui-même capable de montrer comme une alternative réelle que les travailleurs peuvent rejoindre. Si le mouvement des conseils est établi lui-même de façon suffisamment ferme pour être capable de prendre en charge les aspects de luttes défensives qui sont à présent organisées par les syndicats, alors il peut être correct de demander aux travailleurs de quitter les syndicats et de rejoindre les conseils et le mouvement des conseils… Dans d’autre cas, si une telle alternative n’était pas, en pratique, ouverte aux travailleurs, alors il serait clairement une manœuvre anti-ouvrière que de saper les syndicats. Notre attitude en direction des syndicats ne peut pas être du même ordre qu’en direction des institutions religieuses ou étatiques.

Dans un certain sens, c’est en relation avec ce que j’ai dit plus tôt sur la signification des réformes, sur la relation entre réforme et révolution. Les syndicats sauvegardent, d’une manière ou d’une autre, certaines réformes sociales et conquêtes ouvrières. Ils sont des organisations pour gagner et protéger des réformes. On peut imaginer qu’aujourd’hui, en l’absence de meilleures alternatives organisationnelles pour la classe ouvrière, ce qui malheureusement pourrait prévaloir dans le monde s’il n’y avait pas de syndicats.

Nous nous efforçons de construire et renforcer le mouvement des conseils au sein de la classe ouvrière. Et avec nos progrès, nous appelons les travailleurs à rejoindre cette alternative. Nous reconnaissons la valeur des syndicats pour les luttes ouvrières en l’absence de conseils forts et d’un mouvement des conseils, mais nous n’abandonnons pas nos vues critiques et indépendantes vis-à-vis des syndicats.

Titre de la revue Anternasional (International)

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :