2000-03 Appui à l’appel pour un bloc anti-capitaliste révolutionnaire

Réponse à un appel d’anarchistes par les communistes de conseils des États-Unis, occasion de dénoncer la caractère réformiste du mouvement anti-mondialisation.

Récemment, un certain nombre de groupes anarchistes ont lancé un appel pour la constitution d’un Bloc anti-capitaliste révolutionnaire en vue des manifestations contre le FMI à Washington DC. Pour ne pas se limiter à former un « black bloc » anarchiste, ces militants ont étendu leur appel aux autonomes, aux libertaires anti-autoritaires, aux marxistes, aux anarcho-syndicalistes et aux communistes-conseillistes pour former un front commun, organisés séparément, mais agissant de concert en tant que pôle révolutionnaire et anti-capitaliste au sein du large mouvement contre la  » mondialisation « . Adhérant aux idées et perspectives politiques du communisme conseilliste, les publications Collective Action Notes, Red and Black Notes et The Bad Days Will End souscrivent à l’appel lancé par nos amis anarchistes. Nous faisons cela non pas en tant que représentants d’organisations participantes, et encore moins en tant que « leaders » d’aucune sorte, mais plutôt en tant qu’individus représentant des publications de modeste diffusion.
Les actions de Washington (appelées A16) ont l’intention de construire une suite aux manifestations qui se sont déroulées à Seattle l’année dernière contre le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce. Dans le prolongement d’une résistance croissante à la « mondialisation » et contre les institutions financières internationales telles que l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale, certains veulent mettre en avant l’émergence d’un « nouveau mouvement » et même un  » nouvel anti-capitalisme « . Ces déclarations montrent sans doute que la mondialisation n’est pas l’avenir inévitable que les patrons capitalistes et les bureaucrates semblent nous proposer. Mais le  » nouvel anti-capitalisme  » qui s’est exprimé à Seattle était un mélange contenant, semble-t-il, une bonne part de la vieille tendance réformiste portée par la bureaucratie de l’AFL-CIO, le Sierra Club, la National Lawyer’s Guid (groupe d’avocats), Ralph Nader et sa clique, et autres ONG. Ces groupes ne voient le mouvement anti-mondialisation que comme un moyen de pression pour que l’Etat capitaliste limite le pouvoir des institutions financières internationales et remplace le  » commerce libre  » par le  » commerce équitable « . Cette perspective réformiste est associée à un protectionnisme nationaliste détestable là où nous aurions besoin d’une large solidarité internationale. Des tensions sont apparues entre les réformistes et les radicaux à Seattle, où les  » gardiens de la paix sociale  » ont volontairement agi comme des auxiliaires de l’Etat en soutenant les flics dans leur travail de répression des radicaux. Au moment où le mouvement prépare les journées de Washington, une clarification politique s’impose.
Parmi les questions qui se posent, celle posée par l’appel d’un Bloc anti-capitaliste révolutionnaire s’oriente vers l’option de la lutte des classes plutôt que vers celle du réformisme. L’appel déclare que le message réformiste contenu dans le slogan « un commerce équitable, pas de commerce libéral » et l’appel à un « contrôle des instituions financières internationales » n’est pas acceptable. L’appel rejette la thèse qui affirme qu’une seule voie est possible et opte à l’inverse pour une critique du capitalisme qui se veut totale. L’appel s’oppose au protectionnisme et au nationalisme qui semble gangrener une bonne partie du mouvement anti-mondialisation, prônant ainsi la disparition des nations. Cet appel s’oppose totalement au mouvement de ceux qui se nomment « pacifistes » et insiste sur le droit de groupes et d’individus à s’organiser et agir au sein du large mouvement contre la mondialisation. Il s’agit de montrer en quoi tout ceci n’est pas seulement juste mais surtout nécessaire.
Cet appel des anarchistes n’a pas pour vocation de « diviser » le mouvement. C’est un appel pour renforcer un pôle politique concret au sein du mouvement anti-mondialisation. Ce pôle politique affirme que pour être contre la mondialisation, il faut aussi être contre le capitalisme, l’Etat et la nation. Cette opposition nécessite une perspective prolétaire : être en faveur de la classe ouvrière et la possibilité pour celle-ci de s’organiser de façon autonome et révolutionnaire au sein de conseils ouvriers.
Cette idée n’est pas un relent de la vieille gauche ou du dogme léniniste dans lesquels le prolétariat des usines, organisé au sein de syndicats, serait le sujet « réel » de l’histoire. La mondialisation elle-même a entraîné une désindustrialisation de larges pans de la main d’œuvre américaine. En même temps, le capitalisme sous sa forme moderne, a transformé la société en une  » usine sociale  » dans laquelle nous sommes tous des travailleurs. Comme l’écrit le journal anglais Aufheben dans un éditorial récent au sujet des manifestations du 18 juin à Londres :  » si nous combattons le capital, alors nous devons nous considérer nous-mêmes comme le prolétariat « .
A travers cette union entre la classe ouvrière et son essence, nous construisons ainsi la base d’une véritable unité internationale, qui posera un jour les fondements de l’abolition du capitalisme, du salariat et du travail en lui-même. C’est en ayant cette perspective à l’esprit que nous soutenons l’appel pour un bloc anti-capitaliste révolutionnaire.

mars 2000

Curtis Price, Collective action notes / Neil Fettes, Red and black notes / Ed Caldwell, The bad days will end

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