2002-01 Le wahhabisme et l’islam politique [Zerrouky]

Article de Hassan Zerrouky publié dans L’Humanité du 12 janvier 2002

Excepté les partis d’obédience chiite, comme le Hezbollah libanais, la plupart des mouvements islamistes se réclament d’un islamisme largement influencé et inspiré par la doctrine wahhabite, qui a donné lieu depuis un demi-siècle à un prosélytisme alimenté par l’argent du pétrole.

Le wahhabisme, doctrine politico-religieuse, tire son nom de son fondateur, Mohammed ibn Abd el Wahhab, mort en 1792 en Arabie. Cette doctrine, qui gouverne l’Arabie saoudite grâce à l’alliance entre les descendants d’ibn Abd el Wahhab et ceux d’Ibn Saoud, fondateur du premier royaume saoudien, prône un retour à la pureté originelle de l’Islam. Elle condamne la pratique du culte des saints ( maraboutisme), les pèlerinages à leurs tombeaux, l’usage du chapelet. Elle interdit la mixité, le cinéma, la musique et le tabac. Elle impose le port de la barbe aux hommes et celui du  » djelbab  » (voile recouvrant le corps et le visage), ou au moins de  » l’abaya  » (vêtement ample cachant les formes du corps), aux femmes. Tout ce qui s’oppose à cet islam, sévèrement codifié à partir d’une lecture littérale des textes coraniques, est considéré comme  » bidâa  » (invention humaine), et donc contraire à la chariâa (loi divine).

Pour le wahhabisme, que l’Indien el Mawdudi a théorisé et systématisé en en faisant cette idéologie qui fonde aujourd’hui l’islam politique, la souveraineté populaire ne peut s’opposer à celle de Dieu, telle que définie par le Coran et la Sunna (ensemble de textes juridico-religieux basés sur les actes et les paroles du prophète Mohammed). Au nom de cette conception de la société, la démocratie est  » kofr  » (péché) et les libertés illicites. La société doit être dirigée par un  » majliss echoura  » (conseil consultatif) composé d’oulémas (docteurs de la foi). Cette forme d’islamisme ignore l’État-nation qu’il considère comme une hérésie et prône la oumma  » communauté des croyants  » telle qu’elle existait au temps du Prophète, ainsi que le retour au califat comme forme de gouvernement du monde.

En plus des taliban, le FIS algérien, le parti islamiste tunisien, Ennahda, le Hamas palestinien, etc, détachements d’un mouvement transnational, se réclament, avec des variantes et bien des nuances, de cette philosophie. Les mouvements plus radicaux comme le djihad islamiste, le Hizb-islami afghan de Hekmatiar, les Tchétchènes ou les partis islamistes pakistanais également. Ce qui oppose les islamistes  » radicaux  » à ceux que l’ont dit  » modérés  » est une question de méthode. Les radicaux prônent le  » tahrib  » (contrainte) pour imposer leurs vues, tandis que les modérés sont pour  » etabligh  » (persuasion). Mais tous visent le même objectif stratégique : l’instauration du  » califat  » musulman sur terre.

Jusqu’à l’effondrement de l’URSS, l’islamisme a été aidé militairement et financièrement par Washington et ses riches alliés du Golfe arabe, pour contrer la menace communiste.

Hassan Zerrouky

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Une Réponse to “2002-01 Le wahhabisme et l’islam politique [Zerrouky]”

  1. Political Islam in the Service of Imperialism « La Bataille socialiste Says:

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