2002-09 La République socialiste d’Iran sera une société de liberté et d’égalité [Taqvaee]

Traduction d’un interview réalisé en persan par Ali Javadi sur son programme TV, For a Better World [Pour un monde meilleur], imprimé dans International Weekly, numéro 124 daté du 20 Septembre 2002. Traducteurs en anglais: Maryam Namazie et Fariborz Pooya. Traduit en français par Stéphane Julien.

Entretien avec Hamid Taqvaee
(septembre 2002)

Ali Javadi: Quels sont les principaux points des revendications et du programme du Parti communiste-ouvrier d’Iran?

Hamid Taqvaee: Le Parti communiste-ouvrier d’Iran (PCOI) fondamentalement n’accepte pas le système capitaliste et s’efforce de le faire disparaître. La République islamique représente une variété très rétrograde, réactionnaire et sauvage de ce système, mais nous avons eu d’autres régimes dictatoriaux dans l’histoire contemporaine iranienne qui ont tous été  des formes de la domination capitaliste. Tant politiquement  qu’économiquement, notre parti n’accepte pas ces systèmes, il les considère comme inhumains et exploiteurs. Il pense que les libertés fondamentales et la libération humaine ne sont pas possibles dans un tel système et c’est pour cette raison que le PCOI veut renverser ce système et le remplacer par un système socialiste à savoir un système dans lequel les besoins réels et les intérêts des êtres humains sont les seuls but de la production et non pas des buts lucratifs et intérêts d’une petite section de la société. Au niveau le plus fondamental, c’est l’objectif du PCOI de créer une société socialiste en Iran dans laquelle la liberté humaine, la dignité, les demandes et les besoins sont l’objectif ultime de l’économie et de l’État et non les profits capitalistes.

Ali Javadi: Si le PCOI prend le pouvoir et qu’une République socialiste est établie en Iran, comment seront la société et la vie dans la République socialiste?

Hamid Taqvaee: La République socialiste d’Iran sera un système ouvert, libre et humain. Il s’agira d’un système dans lequel il n’y aura aucun signe de conflit de classes, les divisions de la société qui sont  actuellement basées d’une côté sur une petite minorité avec une montagne de richesse et de l’autre une grande majorité qui vit dans la pauvreté,  cette division là sera éradiquée. L’objectif de la production sera de répondre aux besoins des gens. Dès qu’elle sera instaurée , la République socialiste subviendra aux besoins fondamentaux de tous, tels que les soins de santé, l’éducation, le logement, l’électricité, l’eau, le transport et autres services publics gratuits. De plus, les jeunes, les femmes et de vastes pans de la société qui ont dans le dernier quart du siècle été privés de  la plupart de leurs droits fondamentaux sous la République islamique, vivront à l’abri de l’inégalité et des discriminations. La République socialiste ouvrira ses frontières et permettra librement et inconditionnellement à tout un chacun de venir en Iran, tant ceux qui veulent vivre en Iran que ceux qui veulent juste de visiter, afin qu’ils puissent voir par eux-mêmes , une  telle société socialiste. Le socialisme en Iran présentera un système humain, progressiste et moderne et sera un exemple pour le monde et l’opinion publique internationale. Il montrera que dès lors que l’entrave des capitaux est retirée de la société, les êtres humains peuvent organiser une société  de liberté et d’égalité en s’appuyant sur leurs propres force, conscience et volonté.

Ali Javadi: En opposition à vous, on dit que le communisme a été vaincu et que vous poursuivez un projet défait. Quelle est votre réaction?

Hamid Taqvaee: Il s’agit d’un type de critique et d’attaque politique contre les communistes. Ceux qui disent que le communisme a été vaincu sont souvent des États et des organes de propagande qui ont été eux-mêmes  contribué à vaincre le communisme, mais en fait c’est un système capitaliste qui a été présenté comme le communisme. Ce qui s’est passé en Union soviétique et dans le bloc de l’Est n’a rien à voir avec le communisme et le socialisme et a été un modèle capitaliste d’État,  et que les organes de propagande  de la guerre froide ont tenu à faire passer pour du communisme. Mais ils savaient bien que le  système «totalitaire» qu’ils attaquaient était en fait une forme de capitalisme d’État. C’était un système où tout était concentré dans les mains de l’État. Le communisme dont nous parlons est fondamentalement différent de ce genre de communisme, car les gens organisés en conseils sont à la base de l’État socialiste, c’est le contraire du capitalisme d’État. Il faut d’abord se demander qui remet en question la viabilité du socialisme en raison de l’expérience russe ou pour toute autre raison, si fondamentalement ces gens souhaitent le socialisme, s’il leur importe qu’il y ait un système humain. Si c’est le cas, alors il faut prouver que cette tâche est réalisable, qu’elle ne sera pas si difficile, car le communisme n’est rien d’autre que la réponse aux besoins de la société afin que les êtres humains puissent vivre libres, égaux et prospères. Cela fait longtemps que les conditions requises de cette production sont atteintes,  et plus que jamais, il y a de vastes ressources en matières premières, en technologie de pointe,  de production suffisante, et une main-d’œuvre jeune  et prête dans une société de 70 millions d’habitants. Par conséquent, il n’y a rien de vous arrêter dans la société iranienne de produire assez pour tous de vivre dans la prospérité. La propagande selon laquelle «l’Union soviétique communiste a été vaincue» est principalement distillée par des organes, des instituts et des États qui  sont, en réalité, fondamentalement opposés au communisme, car le communisme menace leurs intérêts. Les travailleurs et les masses laborieuses qui n’ont aucun intérêt à l’exploitation capitaliste n’ont pas ce problème avec le communisme.

Ali Javadi: Que diriez-vous à quelqu’un qui accepte  le socialisme comme idéal humain, mais estime qu’il n’est pas réalisable, que nous devons aller de l’avant progressivement et étape par étape, que les conditions n’existent pas pour ça, ou que ça ne peut pas se faire si vite?

Hamid Taqvaee: Aucune de transformation de l’histoire  n’a eu lieu petit à petit et étape par étape. Il est toujours possible d’apporter des petits changements et des réformes dans des circonstances courantes, mais quand les conditions le permettent, et en Iran même ces conditions ne sont pas disponibles et nous l’avons vu, la réforme et le changement sont impossibles dans la République islamique d’Iran. Mais même là  où la réforme serait possible, ces modifications seraient apportées progressivement dans le cadre défini du système actuel, alors que nous parlons d’une transformation fondamentale – brisant les fondements du système capitaliste, et instituant une société complètement différente. Toutes ces transformations dans l’histoire ont toujours eu lieu rapidement. Par exemple, lorsque le système capitaliste a remplacé le système féodal, une série de révolutions ont eu lieu. Aucun des systèmes féodaux ou des monarques et leurs cours n’ont renoncé progressivement à leur pouvoir en faveur de la classe capitaliste.  Il y a eu une révolution contre l’ancien système en France, en Allemagne et en Angleterre, et en Iran aussi, nous avons eu une révolution constitutionnelle semblable à celles de nombreux autres pays. Dans tous les pays et dans toute situation, si vous voulez  que la classe travailleuse prenne le pouvoir politique, il est impossible de le faire progressivement. Je pense que ceux qui préconisent l’approche progressive le font parce qu’ils ont accepté le cadre du système existant et la plupart des changements au sein de ce système comme suffisants. En apparence ils acceptent le socialisme comme but humain, mais en fait le moyen pratique qu’ils suggèrent c’est de maintenir en vie le système actuel.

Ali Javadi: Quelle est votre réponse à ceux qui disent la nature humaine est intéressée, concurrentielle, et que ce que vous dites va à l’encontre de la nature humaine?

Hamid Taqvaee: Le premier point à soulever est de savoir si ces gens sont certains qu’existe cette « nature humaine ». Regardent-ils les êtres humains dans la société contemporaine et généralisent-ils l’expérience de leur propre génération? Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’entrer dans le débat sur la nature humaine. Je ne connais pas la nature de l’homme abstraite, qui ne relèverait pas d’une société. Laissons la question de la nature humaine aux philosophes et parlons des véritables êtres humains – de vrais êtres humains qui sont nés et ont grandis dans les sociétés contemporaines qui sont toutes capitalistes. Il est évident que dans ce système les gens se voient comme des concurrents. Dans le capitalisme, la concurrence joue un rôle central, puisque vous devez marcher sur la tête des autres, les concurrencer, pour survivre et protéger votre vie et votre famille. C’est exactement comme si on jetait deux personnes comme des gladiateurs romains les uns les autres et leur disant de «tuer ou être tué», puis  qu’on disait: «Tu vois les hommes se tuent entre eux, c’est dans la nature humaine. » C’est aussi absurde que de voir les êtres humains mis en concurrence dans la société capitaliste et  d’en conclure que la concurrence est inhérente à la nature humaine. Non, lorsque pour leur survie quotidienne des otages sont forcés d’aller les uns contre les autres, c’est sûr qu’on créée de la concurrence entre intérêts individuels. C’est la nature du capitalisme qui crée cette situation et non pas la nature humaine. C’est pour cela que nous disons qu’aussi longtemps que le capitalisme existera, l’homme ne sera ni libre ni libéré. Dans le système socialiste, la nécessité de la concurrence sera éradiquée et la concurrence sera remplacée par la coopération, l’entraide et l’amour de l’humanité.

Ali Javadi: Que dites-vous aux opposants qui, en critiquant le socialisme et la République socialiste, font valoir que les communistes veulent simplement partager la pauvreté?

Hamid Taqvaee: En  supposant que la société ne produise pas assez pour la prospérité du monde et  qu’elle soit globalement en difficulté, alors il pourrait y avoir du vrai dans ces propos, mais le niveau aujourd’hui atteint par la production, surtout dans une société comme l’Iran, ne lui donne pas de sens. Il suffit de prendre en compte les richesses actuelles disponibles – toutes les sommes énormes pour que la République islamique dépense dans ses forces oppressives telles que les Komitehs, les Pasdaran, les gardes civils, l’armée, la police, les prisons et ainsi de suite, les quantités énormes de liquidités planquées dans les comptes en banque privés des mollahs au pouvoir, les dépenses incroyables pour les mosquées et sanctuaires et l’énorme machine de propagande de la superstition religieuse dans la société. Lorsque l’on prend en compte tout ça, vous voyez que nous ne parlons pas d’une société pauvre. Et n’oubliez pas que c’est dans une situation où le niveau de la production en Iran est pitoyable. Dans cette situation vous avez des montagnes de richesses stockées dans les mains de l’État et d’une petite minorité de la société. La première étape après le renversement de la République islamique est de transférer cette richesse énorme au bien-être public. Toutefois, le débat principal ne porte pas sur la richesse existante, mais sur les possibilités d’une production de masse de richesse dans un Iran socialiste. Dans tout système, les moyens de production utilisent la force de travail pour transformer les matières premières et ressources en produits qui satisfont des besoins humains. Comme je l’ai mentionné tout à l’heure, la production élargie et les ressources en matières premières, la technologie (la plupart des technologies de pointe disponibles dans le monde pourraient être utilisées en Iran) et la main-d’œuvre jeune de 70 millions d’habitants, forment les conditions  de réussite pour la satisfaction des besoins de tous et de chacun dans la République socialiste d’Iran. Le seul problème et obstacle ce sont les rapports capitalistes, si vous les brisez, alors il n’y aura plus de soucis du genre partager la pauvreté entre les gens. Cette masse de la population qui vit sous le seuil de pauvreté n’aura pas ces doutes.

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