2004-03 Appel pour la constitution d’un « Comité Benoît Mély pour la défense de la laïcité »

Le combat laïque d’aujourd’hui ne peut avoir de sens que s’il se pose enfin la question – qu’il n’aurait peut-être jamais dû perdre de vue – de la lutte pour une école, et pour une société, qui garantiraient l’égalité de tous devant l’instruction et l’éducation ».

C’est en ces termes que Benoît Mély posait les cadres d’une lutte pour la laïcité. Le combat laïque n’a de sens qu’à l’intérieur d’un combat pour une école égalitaire.
Les dizaines de milliers d’enseignants engagés dans les luttes du printemps 2003 contre les lois de décentralisation et la régionalisation l’ont bien compris. Ces lois en particulier le projet de loi Perrut, permettraient le financement accru des établissements scolaires privés au détriment des établissements publics et offriraient aux régions la possibilité de dérogations juridiques à la loi nationale. L’Alsace – Moselle ne serait plus une exception.

Cette « concurrence » déloyale des écoles confessionnelles, selon les mots de Benoît Mély, ne peut que nuire aux enfants des secteurs en difficulté.
Le combat laïque n’a de sens qu’à l’intérieur d’un combat pour une société égalitaire.
En Europe, la menace existe d’une référence explicite à la religion chrétienne, et à ses valeurs, dans l’énoncé de la future constitution
européenne.

Dans le monde, la mondialisation des moyens de production et d’échange comme besoin de la finance spéculative mondiale, notamment depuis 1973, a impliqué pour l’impérialisme américain et les capitalismes nationaux que des attaques frontales soient menées contre les masses, nationales, continentales, mondiales. Ce sont ainsi des millions et de femmes, d’enfants et d’hommes dans le monde qui déjà pauvres, ont vu non seulement leurs conditions matérielles d’existence remises en cause : accès à l’eau potable, à la nourriture, aux soins, à l’éducation mais aussi l’aggravation de cette situation, par des guerres planifiées, des conflits « interethniques » ou inter religieux ou ce que l’on veut nous faire passer pour tel, dans les « pays pauvres ». par l’attaque ou la remise au pas des organisations ouvrières, la lacération du tissu social, le confusionnisme idéologique, la remise en cause des acquis, le matraquage médiatique, pour que les masses, non seulement ouvrières, mais le plus grand nombre, c’est-à-dire les classes moyennes, consentent sinon acquiescent, à cette situation d’incertitude constante sous-tendue par la fabrication et l’entretien de toutes les peurs.

Pour que cette paupérisation s’accentue, pour que les populations soient toujours plus résignées, pour que les facteurs de division et le terreau de l’incompréhension et des impuissances soient une donnée constante, il convient pour les nantis, gouvernants et possédants, de compléter le dispositif, de parfaire leur arsenal.
Or, un des principaux bastions encore debout, même si bien malmenés, ce sont les systèmes scolaires laïques d’éducation. Sachant que l’égalité des chances reste un souhait et un but, il importe d’autant plus de comprendre qu’une des toutes premières clefs pour atteindre à la liberté de penser, de conscience, d’organisation, éventuellement de combat, est l’accès à toutes et à tous à ces enseignements laïques et non pas confessionnels.
Benoît Mély a manifesté la volonté d’aider le combat laïque à rompre l’isolement et la prétendue désuétude d’une cadre franco-français dans lequel les anti-laïques veulent le maintenir. Ainsi, le terme de « laïcité ouverte » procède de cette intention dissolvante d’affaiblir la laïcité, de la fracturer, de ruiner des défenses.

A contrario, Benoît a poursuivi sa réflexion et ses combats au côté de militants et intellectuels laïques et démocrates iraniens et algériens en particulier. Il s’est engagé dans la lutte pour la défense de Salman Rushdie et Taslima Nasreen, condamnés à mort par les autorités religieuses de leur pays.
Il a analysé les bases de ces combats contre l’obscurantisme dans son travail sur Giordano Bruno, brûlé en place de Rome en 1600 par ordre du pape et de l’inquisition ainsi qu’au cours d’une recherche universitaire qui aboutira à sa thèse La question de la séparation des églises et de l’école dans quelques pays européens (Allemagne, Italie, Grande –Bretagne, France) entre 1789 et 1914 présentée publiquement à la Sorbonne le 11 octobre 2003.

Pour tous ceux qui le connaissaient, famille, amis camarades, collègues, élèves il est évident que Benoît Mély n’a pas fait cet énorme travail pendant plus de cinq ans – sans rien lâcher par
ailleurs – pour le seul plaisir de la recherche, pur la beauté du geste érudit, encore moins pour un doctorat supplémentaire. Il l’a fait pour définir une problématique qui ajoute utilement à l’histoire de la laïcité, en éclaire des pans d’ombre, en recense les conséquences et prolongements. Il l’a fait comme un moment de la bataille des idées qui établissait aussi sa dignité parce qu’elle éclairait la dignité de toutes celles et tous ceux qui avaient lutté et luttaient encore pour que l’idée de la liberté, l’égalité, la fraternité ne soit pas seulement inscrite au fronton des monuments mais prenne tous son sens dans la vie, car il avait pour but la vérité pratique.

Le décès brutal de Benoît en juin 2003 a tranché net le fil de ce combat. C’est pourquoi nous nous proposons de constituer un Comité Benoît Mély pour la défense de la Laïcité, sur la base juridique de la loi de 1901 sur les associations.

Alors que se prépare dans les deux camps, en 2005 la « commémoration » du centenaire de la loi de 1905, ce comité aura pour tâche d’abord de veiller à la publication, à la diffusion et à la promotion de cet ouvrage. Puisqu’il est établi que cette thèse n’est pas une fin en soi et que Benoît a réuni les matériaux et l’a rédigée comme un point d’appui pour les luttes, il importe qu’elle soit éditée sans retouche ni amputation, pour le public et les laïques qui en nourriront leur réflexion et leur combat quotidien.

Parallèlement, en prenant comme point de départ les textes publiés par Benoît sous forme de Mails d’information laïque, d’articles (dans l’Union Rationaliste, l’Ecole Emancipée, Politis, Carré Rouge…) d’ouvrages, (Jean-Jacques Rousseau, un intellectuel en rupture, BT 2 Freinet sur G. Bruno et T. Nasreen) et de sa thèse, le Comité Benoît Mély pour la défense de la laïcité se propose de resituer la question de la laïcité, dans un contexte politique plus large volontairement  occulté par les médias :

– Non pas une laïcité figée mais vivante et combative et qui soit dans l’école garante d’une lutte constante pour une égalité de traitement de tous les élèves face au savoir

– Non pas une laïcité effarouchée face au fondamentalisme et à l’intégrisme islamiste, laissant le piège du foulard de se refermer sur les professeurs et les militants laïques, mais un combat y associant indissolublement la lutte contre la rechristianisation progressive de l’école.

Si ces combats ne se menaient pas, le temps viendrait où, comme aux USA, dans certains états, des professeurs se voient exclus des établissements scolaires parce qu’ils enseignent les théories de l’évolution plutôt que le créationnisme. Les établissements qui les couvrent se voient privés de crédits et dans certaines régions ce
sont les « comités de parents » qui sur leurs critères, embauchent les enseignants. Sommes nous à l’abri de semblables dérives ?

C’est pourquoi nous appelons à la constitution de ce Comité Benoît Mély pour la défense de la laïcité. La réunion constitutive pour l’adoption des statuts et l’élection du bureau se tiendra le SAMEDI 20 Mars 2004 à 14h30, Librairie EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12ème, Métro : Faidherbe- Chaligny ou Reuilly- Diderot.

N.B : Grâce à l’appui et aux démarches d’amis de Benoît, les éditions de La Découverte acceptent de publier sa thèse avec la garantie d’une avance de 10 000 euros, ce comité aura donc pour tâche première d’aider à réunir les fonds en organisant une souscription-pré-vente.
Les premiers signataires dont les noms suivent, s’associent à la création de ce Comité et appellent à le rejoindre et à venir nombreux à la réunion du samedi 20 mars 2004.

Henri Amadei, Laurence Boura, ,Jean-François Chalot, Maryline Coffre, Maryvonne Connan, Nicole Desautels, Georges Jobert Emilienne Kerhoas, Marc Lefebvre, Laurent Mafféis, Isabelle Mély, Claude Monnier, Laurent Mély, Dominique Malégat, Marc Lefebvre, Yann Orveillon, Francis Pallarès, Vincent Présumey, Jean Ribes, Josette Sarda, Pierre Stambul, François Strobel, Eric Tollenaere.

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