2004-07 Pour la défense de la gauche irakienne

Paru dans L’Humanité du 6 juillet 2004

Appel de l’association Solidarité Irak.

L’étau se resserre autour de la société irakienne. Parce que nous nous sommes opposés à la guerre, il y a un an. Parce que depuis lors, l’Irak vit un cauchemar aggravé, il est hors de question, par notre silence, d’être complices d’un l’écrasement : celui de la gauche irakienne.

 » Père sunnite, mère chiite, moi athée, tendance John Lennon « , répond Oday Rasheed, un jeune réalisateur, lorsqu’on lui demande son origine ethnique et religieuse. De générations en générations, l’Irak est un pays qui jouit d’une longue tradition d’écriture, de création et de savoir. Il n’est pas ce pays dont on nous dresse le portrait, qui, pour sortir de la barbarie d’une occupation militaire, se précipite avec enthousiasme dans la barbarie d’un régime fondamentaliste.

Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. Rejeter l’occupation coalisée et son conseil de gouvernement fantoche, surtout sous couvert d’  » anti-impérialisme « , n’implique pas le soutien aux forces réactionnaires, nationalistes et religieuses, c’est-à-dire aux pires ennemis de la liberté et de l’égalité.  » Après avoir été débarrassé de Saddam, l’Irak doit être débarrassé de ses idées !  » proclame Yanar Mohammed, de l’Organisation pour la liberté des femmes, menacée de mort en raison de son combat contre la charia. Au contraire, les États-Unis favorisent le retour des dirigeants baasistes au gouvernement, dans l’administration et dans l’armée.

Il existe aujourd’hui, en Irak, des organisations de gauche, un mouvement social qui exprime une alternative sociale et féministe, et qui, souverainement, rejette à la fois l’occupation militaire et la réaction nationaliste, ethniciste ou religieuse. Des chômeurs et des chômeuses qui organisent quarante-cinq jours de sit-in devant le bureau de Paul Bremer, représentant civil de la coalition ; des femmes qui appellent à manifester tête nue contre la charia ; des grévistes qui n’hésitent pas à mettre dehors la direction corrompue de leur usine ; des réfugiés qui luttent pour un logement digne, pour le simple droit de vivre ; des ouvriers qui empêchent aux milices de Sadr de s’emparer de leur usine : voilà l’autre visage de l’Irak, celui qu’on nous montre le moins souvent. Chaque jour, des luttes, des grèves et des manifestations expriment le désir radical de vivre et non de survivre. Et face à elles ? les baïonnettes, les milices, les fatwas, la torture…

Au-delà des slogans antiguerre, il est urgent de développer une solidarité concrète avec le mouvement progressiste, laïque, social et féministe en Irak. Les syndicats, les associations de femmes, de chômeurs, manquent de moyens pour s’organiser efficacement, pour diffuser leurs idées dans le pays et se faire connaître à l’étranger, pour mettre en place les moyens de subsistance les plus élémentaires. Notre solidarité internationaliste peut les aider à distribuer de la nourriture ou des médicaments aux réfugiés, aux sans-toit, aux plus pauvres ; à disposer de locaux, de moyens de communication et de défense ; à organiser leurs luttes et à porter leurs revendications.

L’étau se resserre autour de la société irakienne. Le mouvement social, seul, le brisera !

Premiers signataires : Anne Abbes (professeur), Jean-Marc Adolphe (rédacteur en chef revue Mouvement), Erol Akdag, Tewfik Allal (éditeur, militant CFDT), Catherine Andrea (actrice), Nicolas Andry, Denise Arbonville (démographe), Frédéric Baillette (enseignant), Mariët Bakker (directeur d’Africa in the Picture), Paul Balta (écrivain, spécialiste du monde arabe), Jean-Pierre Bellocq (consultant), Eddine Benalia, Fethi Benslama (psychanalyse, maître de conférence à l’université Paris-VII), Nicolas Bestard, Olivier Bouchard (bibliothécaire, Solidarité Irak), Alima Boumediene Thiery, Jean Brafman (conseiller régional d’Île-de-France), Catherine Berthet-Cahuzac (maître de conférences, espagnol, Paul Valéry, Montpellier-III), Régis Blanchard (auteur-réalisateur de documentaire, Morbihan), Régis Blanchot (secrétaire fédéral de SUD-PTT), Éliane Blondeau, Éric Boutarin, Sonia Bressler (philosophe et journaliste), Laurent Brien (avocat), Christophe Caillé (syndicaliste CGT), Daniel Calin (philosophe, formateur d’enseignants spécialisés), Maria Candea (enseignante-chercheuse), Vincent Charbonnier (ingénieur d’études), Olivier Charneux (écrivain), Mylène Charre, Jean-Christophe Chaumeron (syndicaliste CGT), šzeyir Lokman Cayci (architecte d’intérieur), Yves Coleman (traducteur), Marie-Agnès Combesque, Franck Cuvillier (rédacteur, Solidarité Irak), Serge Dalle (archéologue INRAP et CNT 19), Jean-Claude Delaunay (économiste), Xavier Decrock (militant syndical CGT), Fatima Zora Dehimi (employée de restauration, Lyon), Monique Dental (ingénieure d’études), Nicolas Dessaux (archéologue, président de Solidarité Irak), Alain Dufour (professeur, syndicaliste CGT), Christian Dufrechou, Cécile Duval, Chantal Enguehard (maître de conférences en informatique, Nantes), Robert Escoffier, Laurent Esquerre, Mouny Estrade (chercheur scientifique retraitée), Charles  » Xarlo  » Etchezaharreta (retraité de l’EN, directeur du mensuel Kale Gorria), Nadia El Fani (Cinéaste, Tunisie), Nabile Farès (écrivain et psychanalyste), Christian Faucomprez, Vincent Faure (professeur des écoles), Germain Filoche, Fabrice Flipo (maître de conférences), Valérie Fontaine (comédienne), Robin Foot (sociologue), Emanuel Angelo da Rocha Fragoso (professeur de philosophie, Brasil), Marc Frey (SUD Education 91), Isabelle Garo (enseignante), Jean-Luc Gautero (maître de conférences 72e section, philosophie des sciences-histoire des sciences-logique, Nice), Jean-Luc Giai-Pron, Vincent Ginsburger, Charlotte Girard (juriste), Jimmy Gladiator (instituteur retraité, écrivain, éditeur), Marc Gontard (professeur de littérature, 1er vice-président de l’université Rennes-II), Michel Gontier (éducateur, Lyon), Philippe Gottraux (enseignant en science politique, Lausanne), Georges Grbic (comédien), Simon Hallynck, Pierre-Adrien Hingray (étudiant, Ligue des droits de l’homme), Valérie Houchard (monitrice de plongée, coresponsable d’un centre de plongée en Égypte), François Jacquet, Sylvain Jay, Anne Jollet (historienne), Geneviève Koubi (professeure de droit public), Samia Labdi (écrivain, présidente de l’AIME – d’Ailleurs ou d’ici mais ensemble -, directrice de publication d’Électrochoc et d’El Saaïka (la Foudre)), Georges Labica, (philosophe, professeur émérite des universités, Comité de résistance démocratique internationale et de soutien à la résistance irakienne), Nadia Lallali (sociologue), Pierre Lauginie (maître de conférences honoraire, GHDSO, université Paris-Sud), Gérard Lecour (directeur de publication du journal Partisan), Michel Legros, Jean-Loïc Le Quellec (ethnologue), Christian Levaque, Sébastien Marchal, Spyros Marchetos (historien), Christian Mahieux (secrétaire fédéral SUD rail), Farouk Mansouri, John Grouard Mason (professeur, secteur international, Democratic Socialists of America), Isabelle Mathieu (journaliste), Marcel Mazenoux, Fabienne Messica (sociologue, Cedetim et Ligue des droits de l’homme), Catherine Milkovitch-Rioux, Olympe Minvielle, Yvon Minvielle (sociologue), Francis Mizio (écrivain), Michel Morel, Christine Moss (professeur), Laila Moucharik, Christian Muys, Franck Nadaud (économiste), Jérôme-Alexandre Nielsberg (journaliste à l’Humanité, Lettres françaises, essayiste), Ousman Ndzana Manga, Joelle Palmieri (les Pénélopes), Pasquale Pasquino (directeur de, recherche, CNRS, centre de théorie du droit, Paris, Visiting Professor in Politics and Law at NYU), Claude Patriat (professeur de science politique à l’université de Bourgogne), Michel Paty (directeur de recherche émérite au CNRS), Céline Pauvros (chômeuse, Solidarité Irak), Pazelty, Philippe Péquignot, Nathalie Piloni, Marie Plard, Kévin Polez (chômeur, Solidarité Irak), Erwann Quélen (militant SUD-PTT), Éva Rachele Grassi (sociologue, poète), Rachel de Rancourt (enseignante), Nathalie Rey (maître de conférences en économie), Christèle Rocher (ingénieure d’études), Henri Rossi (militant associatif), Michel Roudot, Jérôme Rousselet (chercheur, militant syndical CGT), Marc-André Schneider, Angelo Ermanno Senatore (professeur, artiste), Patrick Silberstein (éditeur), Édith Soboul (secrétariat national d’Alternative libertaire), Angela Stefanatos, Olivier Théo (fonctionnaire, Solidarité Irak), Lucky Thiphaine, Ulysse Urriola, Frédéric Van Wierst (militant communiste de gauche), Maria-Loreto Vargas, Michel Verdier, Jacques Vigoureux, Renaud Violet, Jacqueline Vives, Maxime Vivas (écrivain), François Voisin, Yakup Yurt.

Avec le soutien de : Alternative libertaire, Cercle social, Comaguer (Comprendre et agir contre la guerre, Marseille), Coordination lesbienne en France, Ligue des droits de l’homme, Organisation communiste ML Voie prolétarienne-Partisan, Parti communiste de Genève, association Place publique, les Pénélopes, Radio Air Libre, Réseau mondialiste révolutionnaire.

Une Réponse to “2004-07 Pour la défense de la gauche irakienne”

  1. Encore le pseudo front anti-impérialisme « La Bataille socialiste Says:

    […] “Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis” disait déjà un communiqué de Solidarité Irak en 2004. S’il faut évidemment militer pour le retrait immédiat des troupes françaises en […]

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