2005-05 Rencontre avec Dashty Jamal

Compte-rendu d’une rencontre avec Oxygene-FSE (14 mai) suivi d’une intervention de D. Jamal (18 mai)

Compte-rendu paru dans la Lettre-info n°62 d’Oxygene-FSE avec copie sur Indymedia Paris.

Compte-rendu de notre rencontre avec Dashty Jamal (réfugié irakien) samedi 14 mai à Tolbiac:

Dashty Jamal est représentant en Grande-Bretagne du Syndicat des chômeurs en Irak et secrétaire de la Fédération internationale des réfugiés irakiens en Grande-Bretagne. Dashty Jamal, 36 ans, est né à Sulaymania, au Kurdistan d’Irak.

Parcours

Dashty mène une activité politique depuis 1983. Il lutte contre le régime de Saddam Hussein. D’abord dans l’UPK (un des deux partis nationalistes bourgeois kurdes), puis dans des organisations prolétariennes.

Dashty nous a raconté qu’il y a eu de nombreuses arrestations en 1990, et la mise en place en 1991 des premiers conseils ouvriers au Kurdistan. Les organisations islamistes ont lutté contre la mise en place de ces conseils et ont réussi à les détruire.

Le premier syndicat de chômeurs a été créé en 1992

Dashty a été contraint de fuir en Turquie en 1992.

Il participé à la fondation du PCOI en 1993, et il est désormais secrétaire de la branche anglaise du PCOI

Universités irakiennes

Le système d’éducation passé et actuel

Le système baasiste d’éducation est toujours en place. Les programmes scolaires n’ont pas radicalement changés, et quand ils ont changé, c’est dans le sens d’une islamisation encore plus poussée des programmes (déjà amorcée sous Saddam Hussein).

Les étudiants luttent pour obtenir un changement du système éducatif. Actuellement, les programmes font l’apologie de la religion.

Sous Saddam Hussein, l’éducation était fondée sur la charia. Le coran était déjà enseigné dans les écoles et les universités. Les étudiants qui ne voulaient pas étudier la religion étaient exclus. En outre, les étudiants devaient effectuer des stages militaires pendant leurs vacances. Sous Saddam Hussein, des étudiants étaient pendus ou fusillés en public s’ils se révoltaient. Les étudiants devaient adhérer au parti baas. Dashty se souvient avoir eu un Zéro pour ne pas avoir assisté à une réunion du parti baas (parti de Saddam Hussein). La corruption était déjà répandue, et la façon la plus sure d’avoir un diplôme était de payer.

Aujourd’hui, les choses n’ont pas radicalement changé, elles ont même empirées : il y encore plus d’étude de la religion dans les programmes, les filles doivent porter le hijab pour pouvoir passer les examens, les hommes et les femmes sont séparés en cours. Les islamistes (Sistani et Sadr) veulent obliger les enseignantes à porter le hijab

Par ailleurs, les enseignants ont le droit de frapper les étudiants devant les autres étudiants (ce qui entraîne des suicides de la part d’étudiants qui ne supportent pas de telles humiliations publiques). Les étudiants se sont organisés contre ces pratiques rétrogrades, en mettant en place des « comités de défense » et en éditant une revue « Le monde des enfants ».

Mobilisation des étudiants

Dans le nord de l’Irak, depuis 1991, les partis nationalistes kurdes (UPK de Talabani, PDK de Barzani) exercent leur emprise sur les universités. Ces partis ont par ailleurs créé une université privée, que les étudiants ont réussi à faire fermer par la suite.

A l’université de Sulaymania, secteur contrôlé par l’UPK dans le nord de l’Irak, il y a eu en mars une grève de 8 jours pour obtenir la séparation de la religion et de l’Etat et un changement des programmes.

Dans le même temps, toujours dans le nord de l’Irak, à Erbil, les étudiants de l’université Salahaddin ont manifesté. La manifestation a été durement réprimée par les forces du PDK qui a tiré sur la foule.

La ville de Bassora, au sud de l’Irak, est contrôlée par les groupes militaires chiites (notamment la milice de Moqtada El Sadr) qui coopèrent avec les troupes anglaises. A l’intérieur de l’université, où était organisée une fête avec des garçons et des filles mélangés, la milice de Sadr, opposée à la mixité, est intervenue pour détruire et tuer. Les étudiants ont réagi en organisant une grande grève contre le groupe de Sadr qui a été contraint de présenter des « excuses ». Les étudiants de Bassora avaient comme revendications : de nouveaux programmes, la séparation de la religion et de l’Etat, l’arrestation des tueurs, la demande de pouvoir créer leur propre syndicat indépendant, la création d’un comité étudiant à Bassora. Les étudiants de Bassora ont pris contact avec les étudiants de Sulaymania. Une grande solidarité, au niveau national, se met en place entre les étudiants qui se soutiennent mutuellement.

Situation générale en Irak

Les chauffeurs de taxis, les vendeurs d’alcool sont constamment menacés.

Les islamistes coopèrent et se divisent le travail. Pendant que les uns collaborent ouvertement avec les occupants (Sistani), les autres prétendent les combattre (en attendant d’avoir un poste au gouvernement). Mais en fait, ils partagent les mêmes objectifs. Sistani utilise Sadr pour canaliser le mécontentement des irakiens.

Les troupes d’occupation évitent de faire le sale boulot et le délègue à la police irakienne.

Les troupes d’occupation ne font rien pour empêcher les exactions des islamistes contre les étudiants et les travailleurs.

Actuellement, des groupes d’anciens baasistes (soutenus par le Syrie) ou des groupes islamistes pro-iraniens sont utilisés par les états environnants pour semer le chaos en Irak. L’Irak est le terrain d’affrontement de tous ces États. Ces groupes ne représentent pas le peuple irakien.

Elections en Irak

Le PCOI a appelé au boycott des élections organisées par les impérialistes. Dashty les qualifie de « spectacle pour légitimer la politique américaine ».

Lors de ces élections, toute propagande libre était interdite. Les irakiens qui ne voulaient pas voter ont été menacés. Pour pouvoir bénéficier à la nourriture distribuée par l’ONU, il fallait voter.

Le PCOI a organisé des manifestations pour dénoncer ces élections, a sorti des tracts et des journaux pour appeler à ne pas voter

Selon Dashty, contrairement aux chiffres officiels, la majorité de la population n’a pas voté, malgré les menaces et intimidations.

En outre, la fraude a sans doute été massive. Ainsi, les américains ont attendu 3 semaines pour annoncer les résultats

Congrès des libertés en Irak

Le PCOI prépare le congrès des libertés en Irak : pour un Irak non ethnique et religieux, contre le fédéralisme, pour l’égalité des droits, pour l’égalité hommes femmes, pour la séparation de la religion et de l’Etat. Pour développer un programme d’alternative pour mettre dehors les troupes US

Le but est d’organiser les gens dans des maisons du peuple

La situation se détériore en Irak et est catastrophique. Le taux d’analphabétisme s’accroît. Beaucoup d’étudiants sont obligés d’arrêter leurs études pour essayer de trouver du travail et se nourrir. Des profs mendient à l’entrée des mosquées

L’embargo de l’ONU, sous Saddam Hussein a tout détruit. Ceux qui ont voté ces sanctions, c’est-à-dire tous les gouvernements impérialistes, sont des criminels.

En 2003, Dashty a soutenu la campagne pour juger Saddam Hussein devant une Cour indépendante des impérialistes.

Par rapport à la guerre impérialiste en Irak, Dashty, indique que ce n’est pas qu’une question de pétrole, mais un enjeu plus global. Les USA mènent une guerre globale, veulent prendre place là partout, notamment là où l’URSS était présente. Par exemple, en Ukraine. Si Chirac s’est opposé à la guerre, c’est parce que les intérêts de la France divergeaient des intérêts US

Concernant la Palestine, il soutient l’indépendance de la Palestine. Compte tenu du fait qu’Israël n’est pas laïque et progressiste, dans un premier temps, il faut un Etat palestinien séparé.

Perspectives

Dashty pense que les mouvements étudiants et enseignants peuvent faire beaucoup pour l’avenir de l’Irak, aux côtés des travailleurs d’Irak.

Les impérialistes veulent que les irakiens se divisent par leur religion, leur ethnie, leur langue. Les américains aident les groupes ethniques en leur donnant accès aux médias.

Les étudiants et les travailleurs d’Irak sont attaqués en permanence. Récemment encore, un représentant de la Fédération internationale des réfugiés d’Irak a fait un discours en Irak devant des étudiants : il a été arrêté par les autorités.

Plus que jamais, la solidarité internationale est primordiale.

Que peut-on faire en tant que syndicat étudiant ?

Dashty pense que les jumelages entre universités ne sont pas la meilleure idée, car il craint que l’aide matérielle ne soit détournée sur le marché noir.

Mais il faut développer la solidarité entre les étudiants de France et les étudiants d’Irak : échange régulier d’information pour développer des liens concrets, parler de nos revendications.

Dans un second temps, on pourrait alors apporter de l’aide matérielle aux étudiants d’Irak, notamment par l’intermédiaire de Dashty qui se rend régulièrement en Irak. Les étudiants d’Irak vivent dans des conditions très difficiles. Les logements étudiants ont souvent ni eau, ni électricité.

***

Discours de Dashty Jamal à Paris, le 18 mai 2005

Je voudrais, au nom de la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak, remercier Solidarité Irak de m’avoir invité en France pour parler de la situation politique et du mouvement ouvrier en Irak.
La guerre et l’occupation menée par les USA ont soumis la société irakienne à une situation complexe, dont résulte la désintégration de toute la société civile, de tous les services publics, de toutes les infrastructures économiques. Tout cela a volé en éclats. C’est un sombre scénario qui est en train de s’abattre sur l’Irak.
La société toute entière est placée face à la faim et au chômage. La population irakienne est privée des besoins les plus élémentaires, comme la sécurité, l’emploi, la médecine, une administration laïque capable de protéger la vie et les droits du peuple. La population est en grave danger face aux actions liées à l’Islam politique, aux réactions militaires américaines, aux explosions, aux conflits entre terroristes réactionnaires, à la militarisation des lieux de travail et de vie des gens, aux enlèvements de journalistes et de travailleurs étrangers, aux décapitations qui sont l’un des gestes les plus cruels de l’histoire de l’humanité. Toutes ces choses viennent de l’occupation américaine, et du conflit terroriste qui oppose les USA à l’Islam politique, ce qui constitue un phénomène nouveau dans l’histoire contemporaine.
J’étais en Irak récemment et j’ai vu ce que l’occupation signifiait dans la vie de tous les jours de la population. J’ai vu la présence des forces d’occupation, avec leurs grands convois armés prêts à tirer sur n’importe qui à n’importe quel moment. Il n’y a aucun état qui pourrait ne serait-ce que procurer les sécurités les plus élémentaires à la population, les services les plus simples. A Bagdad, il n’y a que cinq heures d’électricité par jour.
Le soi-disant parlement irakien est un épouvantail, traversée de conflits et dénuée de toute capacité à améliorer la vie des gens. La société a été laissée seule, abandonnée, et les terroristes islamiques utilisent le prétexte de l’occupation pour décapiter, tuer et enlever des gens, pour imposer le voile aux femmes, pour les priver des droits les plus élémentaires.
Le peuple irakien en a assez de l’occupation et de la soi-disant « résistance » islamique. Ils décapitent des femmes et des enfants, jettent les corps dans les fleuves de Bagdad. A longueur de journée se succèdent les explosions et les attentats suicides. Mais dans ce chaos terroriste, des travailleurs et des femmes d’Irak s’organisent et se mobilisent pour combattre pour leurs droits et dessiner l’avenir politique de l’Irak.
En mai 2003, juste après la chute du régime de Saddam Hussein et le début de l’occupation, le Syndicat des chômeurs a été créé, pour défendre les droits des innombrables hommes et femmes qui ont perdu leur emploi en raison de la guerre et de l’occupation. Le Syndicat des chômeurs a organisé, en août 2003, un sit-in de 45 jours en face des autorités d’occupation pour demander du boulot ou une allocation chômage. Notre syndicat a réussi a faire créer des emplois pour les chômeurs et chômeuses, et à organiser des manifestations dans de nombreuses villes.
Ensuite, l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak a été fondée en juin 2003 pour défendre les droits et les libertés des femmes qui étaient victimes à la fois des USA et de l’Islam politique. Cette organisation a organisé de nombreuses manifestations, conférences et séminaires pour soulever les questions des femmes et combattre l’occupation aussi bien que les islamistes.
En mai 2003, de nombreux comités préparatoires pour la création de conseils ouvriers se sont mis en place à travers l’Irak, pour les travailleurs et travailleuses qui ont encore du travail dans les usines qui ont survécu à la guerre. Puis, au début de décembre 2003, la première conférence ouvrière a eu lieu à Bagdad pour créer la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (Fcosi). Notre fédération a été active et a gagné beaucoup d’influence depuis, avec la création de branches à Bagdad, Nassiriyah, Bassora, Kut, Miqdadiyah, Kirkuk, etc.
De nombreux syndicats ouvriers nous ont rejoint et continuent de nous rejoindre, en raison de nos positions progressistes et sans compromis pour défendre les droits des travailleurs et des travailleuses. Nous avons organisé de nombreuses grèves sur les lieux de travail, notamment à la centrale électrique de Nassiriyah, à Basra, à Kut et à Bagdad.
La Fcosi a également organisé en place deux grandes conférences à Bassora et à Bagdad. J’étais à la seconde, qui s’est tenue très récemment, le 8 avril 2005, en présence de plus de 200 délégués et délégués. Le thème de la conférence était : « le pouvoir de la classe ouvrière est dans son unité et son organisation ».
Dans cette conférence, les femmes ont eu une présence importante. Au nombre des questions discutées, le rôle de la classe ouvrière dans l’avenir de la société, la mise en place d’un code du travail moderne, le rôle actif des travailleuses dans notre fédération, ainsi que l’élection d’un nouveau comité exécutif dans lequel des femmes participent. Ces initiatives des travailleurs et des travailleuses sont très importantes dans notre lutte.
C’est aussi pourquoi le Congrès des libertés en Irak (IFC) a été créé par des travailleurs et des travailleuses, pour mettre fin à l’occupation, rétablir la société civile et en finir avec le sombre règne de l’Islam politique.
Le Congrès des libertés en Irak (IFC) est une organisation large, dédiée à la mise en place d’un régime libre, laïque et non-ethnique en Irak, fondé sur la souveraineté directe du peuple, et capable de garantir son droit à choisir librement et consciemment le système de gouvernance en Irak. L’IFC est indépendant, démocratique, non-religieux et non-ethnique.
La réalité, c’est qu’en Irak, les travailleurs-es et les femmes sont maintenant à les seuls capables de défaire l’hégémonie US et de mettre fin au pouvoir des islamistes. Nous voulons notre propre alternative laïque et progressiste pour sauver la société du chaos et de la destruction.
Aujourd’hui plus que jamais, la solidarité internationale est nécessaire pour renforcer nos rangs et le pouvoir de la classe ouvrière en Irak. La population irakienne vit un véritable cauchemar. Renforcer votre lutte pour mettre la pression sur les USA pour mettre fin à l’occupation est une nécessité pour mettre fin à cette situation catastrophique et éradiquer l’Islam politique.
Le mouvement ouvrier attend votre soutien. Je vous appelle à soutenir la Fédération des conseils ouvriers et syndicats, l’Organisation pour la liberté des femmes et le Congrès des libertés en Irak (IFC) autant qu’il est possible.

Dashty Jamal (d.jamal@ntlworld.com)

 

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