1938-12 Premier bilan (L’échec d’une grève générale)

Publié dans Juin 36 du 2 décembre 1938 (des extraits sont cités dans le livre de Joubert), revenant sur l’échec de la grève générale du 30 novembre contre les décrets-lois [*].

LUTTER CONTRE LA REPRESSION

C’est toujours lutter contre les décrets-lois

Comment s’est déroulé la grève générale:

PREMIER BILAN

Seule la vérité est révolutionnaire.

En dépit des résultats réconfortants obtenus dans certaines corporations, comme le livre, la métallurgie, etc., et dans certaines régions, nous ne chercherons pas à dissimuler l’échec partiel de la grève générale de 24 heures décidée par la C.G.T.

Jusqu’à la dernière minute de l’action nous avons appliqué les décisions de nos syndicats.

Avant et pendant la grève, nous n’avons eu qu’une pensée: tout faire pour qu’elle réussisse.

Nos militants ont fait leur devoir. Ceux qui, dans des conditions particulièrement difficiles, ont repris le travail, ne l’ont fait que sur l’ordre formel de leur section syndicale.

Mais les responsables du P.S.O.P., en vertu même de leur fidélité et de leur discipline dans l’action, ont aujourd’hui la parole pour tirer, en tant que parti politique, les dures leçons d’un insuccès incontestable.

Cet insuccès met en évidence ce que nous avons maintes fois affirmé: la puissance numérique et matérielle des organisations ouvrières ne peut pas remplacer une ligne politique efficace. Les armes que s’est forgées le prolétariat aux prix de longs et pénibles efforts, partis politiques et syndicats, n’ont d’efficacité que si les hommes qui en disposent veulent s’en servir et savent les manier.

Or, toute la période que nous venons de vivre depuis juin 36 preouve que les « chefs » ouvriers n’ont ni voulu, ni su utiliser l’admirable combativité des masses populaires qui leur faisaient confiance. Au contraire, leur influence sur le mouvement ouvrier a étémise au service de la consolidation du régime. L’analyse que nous donnons en hâte, au terme d’une journée douloureuse, mais avec le sentiment plus vif que jamais de nos responsabilités, a pour objet de regrouper les forces ouvrières, de lutter de toutes nos forces contre le vent de panique et de désertion que nous voyons venir, et de liquider dans la classe ouvrière les « idéologies » criminelles qui ont ravagé pour un temps de magnifiques espérances.

Les causes de l’échec

1° Les causes politiques

Les dirigeants ouvriers se sont placés, depuis juin 36 plus particulièrement sur le terrain de la collaboration des classes. Depuis la pause, il n’est plus question que de « paix sociale », de « défense nationale », de « grands intérêts nationaux », d' »intérêt général », de « sacrifices équitablement répartis« , de « redressement économique ». Tout cela dans le cadre du système capitaliste…

2° Les conséquences syndicales

En vertu de cette « ligne générale » tout le mouvement ouvrier a subordonné ses intérêts de classe, ses méthodes de lutte, ses objectifs propres à la défense des intérêts de la « nation », c’est-à-dire de la classe dominante.

La lutte autonome et l’action directe ont été condamnées au bénéfice de procédures de contrat, de collaboration, d’arbitrage.

La revendication fondamentale de la conquête du pouvoir en vue de la collectivisation des moyens de production a été abandonnée au bénéfice de « l’union des Français », pour une « France forte » pourvue d’un armement « invincible« . (!)

Le mouvement ouvrier a donc déserté sa mission, son rôle, sa fonction et consenti à renflouer le régime capitaliste agonisant! Qui donc s’étonnerait, de bonne foi, aujourd’hui, de voir la classe dominante reprendre du « poil de la bête », frapper durement ses esclaves et s’engager dans la voie de la dictature? Les responsables s’appellent Blum-Jouhaux-Thorez et, derrière eux, tous les suiveurs et les moutons de Panurge, tous les aboyeurs ou les fanatiques, incapables de penser par eux-mêmes, de contrôler leurs mandataires et d’exiger d’eux le respect des engagements solennels souscrits publiquement en 1936.

3° Le critérium de septembre

Toute la période de pause, de capitulation et de désertion du terrain de classe a eu pour conséquence l’épuisement, en luttes partielles, généralement sabotées par les bureaucrates, de l’énergie révolutionnaire du prolétariat: il suffit de rappeler le magnifique mouvement de grève générale des services publics de la région parisienne de décembre 37, la grève Goodrich, la grève Citroën de mars 1938, pour mesurer le drame des occasions manquées et des possiblités perdues.

Enfin, comme dernier coup de massue, la crise de septembre: la grève du bâtiment, utilisée comme moyen de pression pour obtenir une « politique de fermeté« . On n’avait pas voulu courir le risque de la révolution prolétarienne – ne me demandez pas cela! disait Léon Blum) – mais on acceptait de courir le risque de la guerre impérialiste.

L’affaiblissement fatal de la classe ouvrière fut le résultat de cette divergence éclatante en présence du danger de guerre: l’attitude des bellicistes fournit aux capitalistes une arme redoutable dont la grève générale de 24 heures devait être frappée mortellement.

Car la lutte contre les décrets-lois de misère et de dictature a été liée, obstinément, à la politique extérieure par le P.C. et, en conséquence, la fraction pacifiste de la C.G.T. a déraillé à son tour. Ni les uns, ni les autres n’ont voulu comprendre que SEULE la lutte de classes contre notre propre impérialisme pourrait faire reculer A LA FOIS le fascisme et la guerre.

Détournée de ses objectifs PROPRES, désorientée et désarticulée entre deux directions également fausses, la classe ouvrière s’est trouvée sans enthousiasme et sans conviction au moment de l’action.

4° Les « erreurs » tactiques

Mais l’incapacité d’initiative de la classe ouvrière pouvait encore suppléer à toutes ces fautes des « chefs »: on l’a vu en juin 36… La contagion du mouvement dépend de facteurs multiples: la surprise, la décision, la volonté offensive, le rassemblement des ouvriers, l’agitation, la solidarité de localité à localité ou de corporation à corporation…

Hélas, tout a été conduit de manière à faire jouer la contagion dans le sens de la défaite. Ce qui s’est passé au métro est significatif à ce sujet: pourquoi n’a-t-on pas procédé comme au 29 décembre 1937? Mais surtout, on a déclecnhé la grève 18 jours après la publication des décrets-lois.

Il aurait fallu la déclencher dès le lendemain.

On a provoqué des grèves partielles sans les utiliser pour étendre le mouvement.

Il aurait fallu saisir l’occasion de la répression par les gaz pour déclenchcrev la grève générale.

On a donné à la grève un caractère de passivité qui a livré les meilleurs militants à l’isolement, à l’encradement par les gardes mobiles.

Il aurait fallu organiser une véritable grève ACTIVE et ne pas opposer « l’inertie » et « l’ordre » à l’agressivité croissante du patronat et du gouvernement.

Si la direction de la CGT avait parlé le langage que les fascistes tenaient le 6 février 1934, Daladier aurait démissionné. Elle s’est contentée d’une « lettre » à l’heure où il fallait « agir ». On n’a rien fait pour développer la combativité, l’agitation, la volonté de vaincre: pas de mots d’ordre, pas de permanences, pas de directives, pas de perspectives, proches ou lointaines. Les directions n’avaient rien à dire à ces ouvriers et fonctionnaires qui risquaient leur pain pour la cause commune! Pas de réunion! Pas de meetings! Pas de rassemblement!

Ces erreurs sont tellement grossières qu’un mot vient obstinément à l’esprit: trahison. Pendant que le gouvernement attaquait, par ses décrets, sa radio, sa presse, on cherchait le compromis: on l’espérait tellement qu’aucune préparation technique n’eut lieu même in extremis.

(…)

Et maintenant, que faire?

Maintenant, la démoralisation et l’inquiétude sont plus graves que jamais. Nous ne pouvons vraiment échapper aux périls qui viennent de s’amplifier au cours de ces dernières heures que si nous sommes capables de nous montrer impitoyables pour les auteurs des trahisons successives dont nous sommes victimes et si nous savons regrouper très vite tous les éléments révolutionnaires honnêtes et décidés au sein du mouvement syndical aussi bien que sur le plan politique. La lutte n’est pas terminée. Les contradictions du régime nous permettront des retours offensifs. C’est par les épreuves que nous progressons. Les forces vives du prolétariat ont été déviées, mais elles ne sont pas détruites.

Le Parti Socialiste Ouvrier et Paysan présente aux masses meurtries une ligne politique sûre. Les homme décidés à lutter le reconnaîtront de plus en plus comme le seul capable de les conduire à la victoire.

[*] Cet échec fut suivit d’une répression très importante (des centaines de peines de prison, révocations massives de fonctionnaires et vaste mouvement de lock-out des patrons…)

30nov38.jpg

Une de l’Humanité du 30 novembre 1938:

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