1979 L’Insurgé dans la Résistance lyonnaise [Ruby]

Extrait de La Résistance à Lyon: 19 juin 1940-3 septembre 1944 (Marcel Ruby,1979).

Le Mouvement «L’Insurgé», né lui aussi à Lyon, regroupe en majorité des socialistes de gauche. Il publie le journal du même nom, qui tire 25 numéros entre mars 1942 et la Libération. Sans avoir l’importance de Combat, Libération, Franc-Tireur ou même du Coq Enchaîné, il joue néanmoins, dans la région lyonnaise, un rôle non négligeable. La documentation sur l’Insurgé ne manque pas. M. Robert Fiat lui a consacré son Diplôme d’Études Supérieures. La Revue d’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale a donné de ce DES un long compte rendu dans un numéro spécial intitulé «Aspects de la Résistance française» (numéro 47, juillet 1962). Dans le cadre de ses publications, la CHR a fait paraître en 1968 une monographie intitulée «Mémorial de l’Insurgé» (1) plaquette présentée par Fernand Rude et renfermant onze témoignages et des documents rassemblés par Marie-Gabriel Fugère, le fondateur de L’Insurgé. M.G. Fugère a d’ailleurs fourni un témoignage à la CHR, dont il a été un membre très assidu jusqu’à son décès le 27 septembre 1963. Fernand Rude est, lui aussi, membre de la CHR Il) • Fugère (MG) et Rude (F.), Mémorial de l’Insurgé, Lyon. Imprimerie Nouvelle Lyonnaise. 1968

1. Le P.S.O.P. et M.G. Fugère

Syndicaliste chevronné et militant actif de la S.F.I.O., Marie-Gabriel Fugère quitte cette formation politique lorsque la tendance « Gauche révolutionnaire » fait sécession lors du Congrès de Royan en 1938. Cette tendance se constitue alors en Parti et forme le PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan). Le jeune Parti ne connaît qu’une vie fort précaire et la mobilisation de 1939 lui porte un coup fatal. Ses effectifs, peu nombreux, sont dispersés. Mais MG Fugère s’obstine. Il est secrétaire de la Fédération lyonnaise du PSOP et conserve ses contacts avec bon nombre de ses camarades. D’après le témoignage de MG Fugère, la fin de 1940 et l’année 1941 sont consacrées à la reprise de contacts entre membres du P.S.O.P., après le drame de la défaite. Une organisation est remise en place, grâce notamment à Maurice Zavaro, aspirant du génie qui, démobilisé, arrive en août 1940 à Lyon où, désireux d’achever ses études de droit, il s’inscrit à la Faculté. C’est ce théoricien marxiste convaincu, ce juriste, qui remet à M.G. Fugère le plan d’une organisation clandestine du P.S.O.P. clandestin.

Au début de 1941, ils reçoivent le renfort de l’avocat Pierre Stibbe qui, évadé d’un camp de prisonniers de guerre en Bretagne, cherche refuge en zone libre. Et, au cours d’une réunion qui a lieu à Trévoux au domicile de M. Allarmercery – et qui rassemble: M.G. Fugère, Zavaro, Stibbe, Allarmercery et sa fille Suzanne Nicolitch-Allarmercery -, la décision de principe de publier un journal clandestin est prise.

M.G. Fugère et Suzanne Nicolitch sont restés en relations régulières avec leur chef de file Marceau-Pivert, Secrétaire International du PSOP. Il est intéressant de noter que ce socialiste de gauche a, le 25 juin 1940, le jour même de l’armistice, écrit de Mexico où il se trouvait alors la lettre suivante au Général de Gaulle pour se mettre à sa disposition, ainsi que ses amis politiques, dans le combat contre les forces de l’Axe. «Je viens d’écouter votre appel à la radio; je ne doute pas de votre volonté de continuer la lutte contre l’esclavage fasciste et nazi; pour ma part, en tant que militant socialiste révolutionnaire, je suis depuis toujours, et je demeurerai quoi qu’il arrive irréductiblement dressé contre la pire menace qui pèse, non seulement sur l’indépendance de mon pays, mais sur les libertés et le niveau d’existence de mes frères de classe. Sans doute, vos méthodes de lutte sont-elles très différentes de celles que nous préconisons; votre spécialité est la force militaire; vous disposez de puissants moyens matériels; mais vous venez de vous rendre compte, directement, que la force se brise si elle n’est pas mise au service d’une cause clairement définie. Quant à nous, nos méthodes de lutte contre le fascisme s’inspirent de l’analyse des processus économiques et sociaux, c’est-à-dire de la lutte des classes internationales. Plus que jamais, nous sommes persuadés que seule la révolution socialiste dans le camp de la liberté pourra liquider le fascisme; cette certitude, qui est nôtre, nous a valu toutes sortes de persécutions [: mes amis sont en prison, en France, frappés par des gouvernements qui, au même moment, libéraient les cagoulards, c’est-à-dire les agents directs de Mussolini et d’Hitler qui croient aujourd’hui tenir le pouvoir en France]. Mais aucune répression n’a jamais réussi à ébranler des convictions véritablement éprouvées. En vertu de ces convictions, nous continuerons la lutte dans tous les pays jusqu’à ce que tous les travailleurs imposent la fin de la guerre par la conquête du pouvoir ainsi que le fit Lénine en 1917. Précisément à cette époque, et dans l’intention de bloquer l’avance de l’armée allemande sur Pétrograd, un officier monarchiste français mit à la disposition de Lénine ses connaissances techniques en vue de faire sauter les ponts; il n’y a donc rien d’extraordinaire, aujourd’hui, à ce qu’un socialiste fidèle à son drapeau, qui n’est pas le même que le vôtre, songe à mettre à votre disposition quelques parcelles d’une dynamite politique qu’il considère comme particulièrement efficace… si, toutefois, vous ne craignez pas de l’utiliser. Nous savons parfaitement que, en dépit des victoires militaires de Hitler, une fraction consciente du prolétariat allemand n’est nullement indifférente à la propagande internationaliste que nous avons entreprise dès le début de la guerre [: mon ami Fenner Brockway, secrétaire de l’Independent Labour Party, pourrait vous donner à ce sujet quelques informations].Mais naturellement, ni M. Churchill ni vous- même n’avez l’autorité suffisante pour entreprendre une telle propagande. Cependant, je pense qu’elle ne vous laissera nullement indifférent. Je me permets donc de vous adresser ci-inclus le magnifique appel élaboré par nos militants européens du Front Ouvrier International contre la Guerre [ et qui vient de parvenir en Amérique, à l’Agence « Independent News », par voie Scandinave] Si vous avez un sens de la réalité aussi vif que le nôtre, j’ose espérer que vous n’hésiterez pas à reproduire cet appel et à le diffuser largement [surtout en allemand et en français, par tous les moyens dont vous disposez.] De cette manière pourra se développer le  mouvement de fraternisation révolutionnaire [que nous croyons encore possible à travers les atroces souffrances que la guerre impose à tous les travailleurs vaincus et vainqueurs. Je n’ignore pas le risque d’incompréhension que comporte cette communication; elle est uniquement inspirée par le désir de tenter un effort d’ordre politique contre les puissances totalitaires. Je sais que les formidables intérêts qui sont en jeu peuvent rendre vaine la présente lettre; mais qu’importe ce risque en face de tous les autres!] Si, d’autre part, l’esprit de liberté et la volonté d’indépendance nationale dont vous vous réclamez dans votre Appel ne sont pas de simples formules destinées à galvaniser la lutte des travailleurs antifascistes au service exclusif d’une classe de privilégiés, vous disposez encore de puissants moyens d’action pour barrer la route au fascisme. En Afrique et en Asie, il y a en ce moment des peuples avides de liberté et d’indépendance: c’est là que se trouvent les véritables réserves de projectiles politiques. Il faut rendre immédiatement la liberté à tous les dirigeants nationalistes emprisonnés; il faut clarifier immédiatement l’atmosphère; l’Empire français et l’empire anglais sont finis, comme forme d’exploitation dictatoriale qu’ils  ont été jusqu’à aujourd’hui. Il faut ouvrir aujourd’hui les digues de la liberté. Ainsi seulement le fascisme pourra être vaincu. Toutes les ressources naturelles, toutes les formes de collaboration des peuples coloniaux libérés [ , et ne dépendant plus que d’eux-mêmes, dans l’exercice absolu de toutes les formes démocratiques ] permettront la constitution d’une puissante confédération contre laquelle Hitler et Mussolini ne pourront rien. L’annonce de cette transformation politique, réalisée partout, aurait dans tous les pays opprimés, et en France même, des répercussions énormes. [J’ai confiance dans mes camarades; je sais qu’ils comprendront leurs propres perspectives.] Et alors, l’esprit antifasciste et libertaire d’un peuple qui a fait quatre révolutions [d’un peuple qu’il a fallu odieusement tromper pour que Hitler et Mussolini réussissent à lui imposer le sinistre Gauleiter Pierre Laval,] trouvera les voies et moyens appropriés pour se débarrasser de l’infâme trahison qui l’a livré aux plus infâmes des bourreaux».
A cette lettre, le Général de Gaulle devait répondre le 27 juillet 1940 en reconnaissant au P.S.O.P. sa place dans la lutte contre les dictateurs « momentanément triomphants »:
«Votre lettre m’a paru très intéressante et j’ai eu l’occasion de la communiquer à plusieurs personnalités anglaises et françaises de Londres.
Bien que, effectivement, nous ne suivions pas le même chemin, et que les moyens que vous et moi nous désirons utiliser pour combattre l’ennemi ne soient pas les mêmes, je prends note très attentivement de votre volonté de combattre Hitler et Mussolini… Sans avoir la prétention de préjuger de ce que sera ou de ce que devrait être l’état social en France après la victoire, il me paraît indiscutable qu’aujourd’hui, les exploiteurs et les tyrans des classes laborieuses ce sont Hitler et Mussolini. Exploiteurs et tyrans, ils le sont, directement, par rapport à ceux qu’ils ont asservis, et indirectement aussi, par rapport aux autres, à ceux qui, pour organiser leur légitime défense, ont été détournés des objectifs de leur travail en se consacrant à des armements déplorables et ruineux».
Ainsi, dès le lendemain de la défaite, Marceau-Pivert et le PSOP proclament leur volonté de poursuivre leur combat pour le socialisme international, en même temps que la lutte contre Hitler et Mussolini. Ils mettent toutes les forces dont ils disposent – et qui sont très différentes de celles que peut actionner le Général de Gaulle – au service de cette cause commune. Comme le feront, pour leur part, MG Fugère et ses amis à Lyon et dans la zone sud, notamment en créant le Mouvement L’INSURGE.
2 – Le Mouvement L’Insurgé
En 1941 MG Fugère, après avoir sélectionné les plus sûrs, les plus prudents («les camarades honnêtes, mais trop bavards, qui constituaient un véritable danger furent éliminés  » écrit-il), décide la création d’un Comité Central, dont il précise la composition: «Le Comité Central était ainsi composé: moi-même, ancien SFIO, ancien secrétaire des groupes d’entreprises de la Métallurgie lyonnaise (1500 adhérents), ancien secrétaire fédéral Rhône-Loire du P.S.O.P., ancien secrétaire du groupe d’entreprise de la Place de la Buire, Lyon (3°), électro-mécanicien à la Compagnoe Electro-Mécanique, – Barboyon, alias Lacroix, aide à la pharmacie de l’Hôpital de Grange-Blanche à Lyon, jeune SFIO, syndiqué, ancien membre du groupe d’entreprise SFIO de l’établissement, il devait me remplacer à la suite de mon arrestation, – Poncet, alias Jean-Paul, ancien membre du PSOP, était très actif: ouvrier serrurier, ancien SFIO, membre de la CAP du PSOP, il n’avait qu’un seul but, la transformation de la société actuelle en société socialiste; ce fut un vrai révolutionnaire, – Guillot, ouvrier ajusteur aux Carburateurs Zénith, ancien SFIO, membre du groupe d’entreprise socialiste de cet établissement. Bon militant, il nous rendit de grands services : dépôt de matériel, transport et diffusion. Il dut se réfugier à Lansargues (Hérault) à la suite d’une convocation pour le STO. Même lorsqu’il était à Lansargues, lui et sa famille rendirent de grands services aux militants de « l’Insurgé » enfermés à la prison de la rue de la 32e, à Montpellier.
(…) professeur, Louis Trégaro (alias Germain), et le secrétaire du syndicat des instituteurs de l’Hérault, Valière. Tous deux étaient en relation étroite avec Paul Marcelin (de Nîmes) et Georges Gos (de Narbonne). Dans le Var des groupes s’étaient reformés à Toulon (autour de Lucien Vaillant) et à Sainte-Maxime (autour de Charlotte Ricard). En octobre 1942, Fugère rencontre à Saint-Etienne Robert Arnaud, du syndicat des municipaux, et deux instituteurs, Jean Duperray et René Garraud. Le Mouvement s’étendit également à d’autres villes de la zone sud: Avignon (grâce aux Cassétari), Clermont-Ferrand (avec Pierre Bernard et Gilles Martinet), Grenoble (avec Draguy Nicolitch)), Annecy, etc… Le Mouvement prend donc une réelle consistance, à tel point qu’il tiendra un véritable petit congrès, en octobre 1943, dans les locaux d’un club de boxe de Villeurbanne. De plus, depuis mars 1942, il publie son propre journal.
3 – Le journal L’Insurgé
a- La réalisation du journal
Depuis la réunion de Trévoux, où la décision de créer un journal a été prise, les difficultés se sont accumulées. Le projet est longuement examiné. Le Comité Central hésite quant au choix du titre. Finalement, dans le courant de janvier 1942, c’est la proposition de Joseph Poncet qui l’emporte; ce titre, ce sera: L’INSURGÉ. Et le groupe du PSOP clandestin deviendra, tout naturellement, le Mouvement de Résistance
(…) Pourtant, afin de faire face aux frais entrâmes par la sortie du premier numéro de L’Insurgé, chacun verse 100-frs
Voici comment, brièvement, M.G. Fugère évoque la préparation des trois premiers numéros:  » Quelques textes furent établis. Jean-Paul nous dit qu’il connaissait un ami imprimeur, et il se chargea du reste. Le premier numéro fut surtout l’œuvre de Jean-Paul, qui le porta et alla le chercher, vu les facilités qu’il avait avec les camions de son patron. Ce premier numéro parut en mars 1942, après plus d’un an de tatônnements entre nous. L’effet fut d’une importance capitale; cela nous permit des relations qui eurent une portée non seulement locale mais même nationale et internationale. Pour le numéro 2, nous prîmes contact, fin mars, avec Julien Godard. Ce dernier allait être nommé instituteur à Miribel, ce qui [233] devait faciliter la tâche. Quant à la question financière, Godard promit d’en parler avec Mercier, son ami, et il lui offrit de rédiger le journal. Mercier tomba d’accord pour nous fournir quelques subsides. Le numéro 2 fut porté par Lacroix et sortit. Godard forma un groupe de cheminots à Bourg (son père travaillait aux tréfileries). La diffusion en ce lieu fut assurée. Sur Lyon, tout allait bien; je me chargeai de la diffusion à l’intérieur de la Bourse du Travail, Place Guichard.

A partir du numéro 3, je pris l’affaire en mains et les numéros parurent régulièrement ».

Désormais, l‘Insurgé sera tiré par le petit imprimeur Martinet alias Dupont (5 rue Mozart à Villeurbanne). Cet homme accomplira une tâche considérable pour le compte de la presse de la Résistance, avec un courage tranquille et une rare volonté. La distribution des journaux se fait grâce aux membres du Mouvement. Le dépôt principal où ils viennent s’approvisionner se trouve rue Centrale, en face du magasin Antony: Mathurin a loué là une mansarde et une cave à cet effet. Reste la question financière. Or les ouvriers qui constituent l’essentiel des troupes de L’Insurgé ont des revenus plus que modestes. Que faire?… C’est Martinet, l’imprimeur de Villeurbanne, qui répond: «Quelques ouvriers, presque tous du Parti Socialiste, se mettent en tête de faire eux aussi un journal de Résistance. Ils apporteront leurs petites économies, dépenseront leur peine pour risquer la prison; certains ne comprendront jamais la beauté, l’idéalisme de ces gestes… Il ne doit pas vivre, le petit Insurgé, il ne peut pas vivre, car il faut beaucoup d’argent; il a pourtant vécu dignement, honnêtement… Il a vécu parce que son premier animateur, Fugère, a fait imprimer et transporter d’autres journaux clandestins, entre autres Libération; parce qu’il n’épargna jamais sa peine pour faire vivre son «petit enfant» et rendre service aux

(…) Comme l’écrit F. Rude, « dans ce journal put se faire entendre d’une façon nette la rude voix des travailleurs, dans une langue parfois maladroite mais souvent vigoureuse… Dans le journal l’Insurgé s’exprimèrent toutes les tendances de gauche du socialisme et du syndicalisme français. A côté des courants marxistes, on y décèle une résurgence du syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914, fortement teinté de fédéralisme proudhonien». L’Insurgé s’adresse aux travailleurs, aux ouvriers. Et dès le premier numéro, sans mâcher ses mots:

– sur Vichy:  » Le Gouvernement actuel est un Gouvernement de mercenaires»,

– sur la Légion: «Attention, camarades ouvriers, à la Gestapo française qui est la Légion…»,

– sur la Charte du Travail: «C’est une duperie, un immense bobard. …»,

– sur le procès de Riom: «Pour nous prolétaires, les responsables de la guerre sont les capitalistes…»,

– sur le Ravitaillement: «La Préfecture du Rhône est le plus grand centre de marché noir de la région, d’ailleurs bien représenté par la triplette: Angéli, Gerlier, Villiers… »

Chaque numéro comprend – cela va de soi –  une chronique syndicale: en quelques phrases, L’Insurgé évoque les grèves, les manifestations, les actions contre la Relève ou le STO, contre les exigences excessives de la direction des entreprises, contre les « salaires de famine », etc. Un puissant sentiment de solidarité ouvrière en découle.

L’Insurgé, presque chaque fois, précise sa position politique. Dans le numéro 2 (avril 1942), sous le titre « Révolution d’abord », il rappelle qu’en même temps que «la libération de la France de la domination allemande», pour lui «le problème de la libération est aussi un problème social, qui ne recevra de solution durable que sur le plan de la lutte des classes… Toute la condamnation du capitalisme est dans la guerre actuelle…» et il précise bien qu’il ne s’agit pas seulement du plan des idées: «Pour cela, il faut que le prolétariat ait une volonté de conquérant. Il n’est plus temps de glorifier les sentiments très chrétiens de pitié et de résignation. Il faut frapper». Au passage, il met bien les choses au point: «A ceux qui cherchent à affubler L’Insurgé d’une étiquette politique, socialiste ou communiste, nous répondrons qu’ils ne sont pas à la hauteur de la situation. Un fait s’impose: la lutte antifasciste mondiale; une nécessité aussi: la Révolution sociale avec l’aide de toutes les forces prolétariennes. Nous sommes des révolutionnaires» (mai 1942). Il s’associe aux mots d’ordre de la Résistance, appelle à manifester le 1er mai 1942 (numéro de mai 1942) et le 14 juillet 1942 (numéro de juillet 1942) et salue le succès des travailleurs unis pour la défense de leur liberté.

Il fustige les traîtres, les dénonce nominalement. Chaque numéro contient de virulentes attaques contre les trusts: par exemple ,l’éditorial de juin 1942 est intitulé : »J’accuse… Manifeste du Front Antifasciste de combat contre les banques et les trusts» – et celui de septembre 1942: « Encore et toujours les trusts… »

Au fil des mois, l’agressivité de l’Insurgé contre ses ennemis augmente. C’est ainsi que le numéro d’août 1942 contient un véritable appel à l’assassinat du Maréchal Pétain:  » Si un homme levait la main pour le tuer, la France entière, dans un soupir de soulagement, serait unanime à dire Amen!»

Résumant la position politique de L’Insurgé, le numéro de décembre 1942 publie, en première page et dans un encadré, une Proclamation du Comité Central qui est une attaque contre les anciens partis et un acte de foi dans un socialisme authentique:

 » Le Comité National lance un appel à l’union de tous les éléments ouvriers de France. Il demande que tous les ouvrier s’épaulent jusqu’à la délivrance totale. Unis nous serons forts.

Le Comité met en garde les éléments ouvriers contre les ex-partis bourgeois, qui dans la lutte présente ne voient que le rétablissement de leurs privilèges et de leurs assiettes au beurre; nous, nous ne voulons pas seulement changer de maîtres, mais instaurer quelque chose de neuf, d’humain et de socialiste…

Unité ouvrière pour la libération du pays.

Unité ouvrière pour instaurer la grande République socialiste de demain».

A la fin de 1942, L’Insurgé est donc un Mouvement qui a prouvé sa vitalité. Il est dirigé par une équipe d’hommes et de femmes rudes et dynamiques, qui n’ont pas plus peur du danger que du travail. Son journal, modeste, mais ardent, paraît régulièrement chaque mois.

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