Une vie révolutionnaire : 1883-1940, les mémoires de Charles Rappoport

Note de lecture de Gilles Candar parue dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Année 1992, Volume 35, Numéro 35 p. 125- 126

rappoport
RAPPOPORT Charles, Une vie révolutionnaire : 1883-1940, les mémoires de Charles Rappoport
, texte établi et annoté par Harvey Goldberg et Georges Haupt, édition achevée et présentée par Marc Lagana, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1991, 515 p.

La vie de Charles Rappoport comporte bien des charmes romanesques : ce juif lituanien rompit à quinze ans avec sa trop pieuse famille, s’engagea dans la double voie des études et du combat révolutionnaire, conspira avec Léo Jogiches comme avec Pilsudski et dut fuir à l’étranger après la découverte d’un projet d’attentat contre le Tsar. Un des fondateurs du Parti socialiste révolutionnaire, il soutint Jaurès au moment de l’affaire Dreyfus puis rejoignit les guesdistes. Son évolution politique s’accompagna d’une mutation intellectuelle puisqu’il s’affirma marxiste après avoir été l’ami de Pierre Lavrov et le contradicteur d’Engels. Habitué de la Bibliothèque nationale et des réunions publiques, C. Rappoport devint une figure du mouvement socialiste, auteur prolixe et orateur populaire, mais toujours un peu marginal, parfois moqué pour son goût immodéré des calembours et de la polémique. Isolé après son intempestive attaque contre Jaurès au congres de Saint-Quentin, il fut pourtant remis au premier plan de la scène militante par sa biographie du fondateur de L’Humanité et son combat précoce contre la guerre. Il joua un rôle important au moment de Tours et des premières années du PCF.
Intime de Rakovsky et en relations amicales avec plusieurs dirigeants bolcheviques, il fut cependant écarté des cercles dirigeants dès 1925 et se décida à rompre au moment des Grands Procès. Réfugié dans le Lot, il mourut en 1941 après avoir écrit ses Souvenirs d’une vie révolutionnaire.

Ces mémoires sont le fruit de plusieurs rédactions successives. L’édition du texte posait un certain nombre de difficultés qu’ont su résoudre les éditeurs. G. Haupt et H. Goldberg, puis M. Lagana, ont soigneusement annoté le texte : plus de trois cents notes et, de fait, trois introductions. Leurs terminologies parfois datées : « Pautospychanalyse » chez Haupt, crise du marxisme » pour Goldberg. On peut également regretter quelques coquilles ou erreurs de noms propres. Grâce au travail de ces trois historiens, nous disposons cependant d’un document dont la publication était attendue depuis deux décennies. Ces mémoires enrichis ne se limitent pas à une
série de portraits enlevés, d’anecdotes amusantes ou significatives, de témoignages émouvants, ils apportent beaucoup à la connaissance du mouvement révolutionnaire, de son mode de fonctionnement et de la psychologie de ses militants.
Au soir de sa vie, non sans amertume, C. Rappoport confiait qu’il n’avait jamais su s’adapter au monde tel qu’il était. Mais précisément, ce qui était à l’origine de toutes les ruptures et les conflits d’une vie militante et studieuse en faisait tout le prix et lui permettait d’atteindre une incontestable grandeur.

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