L’anarchisme

« (…) il faudra étudier de nouvelles formes de lutte ouvrière, dans la perspective toujours vraie que l’émancipation des travailleurs « sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Marceau Pivert le pensait avec nous et l’affirmait peu de temps avant sa mort dans « Correspondance Socialiste Internationale » (Sup. au nº 69). » (Noir et Rouge N°11, 1958)

L’idée de camarades de lutte sauf aux élections est trop simple. Celle d’ennemis de l’État plus que des patrons ne rend pas justice à la diversité d’entre eux. Ce qui nous différencie est connu : la volonté ou pas de conquérir le pouvoir politique, les anarchistes s’y refusant, se déclarant militants « anti-autoritaires » et anti-étatistes, revendiquant leurs sources chez un Proudhon guère socialiste (en tout cas explicitement contre le communisme), un Bakounine antisémite parfois sordide dans ses méthodes, voire, comble, chez un Stirner dont l’individualisme écœurant évoque le plus caricatural des libéralismes égoïstes. L’affaire Netchaiev, l’instrumentalisation de la grève générale promue par un Briand appointé de la police et futur président du Conseil, le refus de poser la question du pouvoir, avaient  écarté par deux fois, à La Haye et à Londres, les tenants de l’anarchisme du mouvement socialiste au XIX° siècle. Après avoir fait l’expérience de l’impasse du terrorisme, ils furent pourtant  de  vaillants pionniers du syndicalisme révolutionnaire. Mais dès le « Manifeste des 16 »  (février 1916) qui marquait le ralliement de grands noms de l’anarchisme français à l’Union sacrée, on sut que les anarchistes ne valaient en tout cas pas mieux que les socialistes à l’épreuve de la guerre. La CNT-FAI espagnole, seul mouvement anarchiste de masse ayant jamais existé, fit complètement faillite en 1937 dans une expérience gouvernementale aveugle face aux manœuvres staliniennes. En situations révolutionnaires, des courants anarchistes de gauche, de Goloss Trouda en Russie au groupe de Berneri et aux Amis de Durruti en Espagne, devaient pourtant marquer l’histoire et la pensée révolutionnaires.

Ce qui nous réunit est souvent moins connu : en France, l’Union anarchiste travailla avec le P.S.O.P. dans Solidarité Internationale Antifasciste, et d’autres meetings en commun contre la guerre ou contre les décrets-lois de 1938. Faucier a rejoint après guerre la Révolution prolétarienne et le cercle Zimmerwald. A la fin des années 60, une tendance de la Fédération anarchiste (l’Organisation révolutionnaire anarchiste) a critiqué « un anarchisme idéologique fondé sur un antimarxisme caricatural négateur, par exemple, de la lutte des classes comme facteur d’évolution historique » [*], s’en séparant pour fonder de nouvelles organisations. La revue Noir et rouge a collaboré avec ICO. Spartacus a notamment publié Archinov, Barrué, Berneri, Mett, Prudhommeaux.

C’est un fait qu’au moins en France, un courant de l’anarchisme a cherché à mieux intégrer la lutte de classes dans sa réflexion et sa pratique. Certains pourraient y voir une assimilation, sinon plus, avec les courants marxistes libertaires promus sur ce site. Pourtant prenons par exemple la profession de foi de l’OCL qu’elle publie en dernière page de son mensuel : on y trouve plein de bonnes choses, mais, et ce n’est pas un hasard, rien sur la prise du pouvoir, un modèle de fédéralisme sans planification, ou des concessions à l’écologisme décroissant:

« De très nombreux courants socialistes ont lié la possibilité du communisme à une réalisation de l’abondance. Mais l’idéologie de la croissance, économique et démographique, est une course perdue d’avance »

C’est donc non moins un fait que le qualificatif libertaire qu’on peut partager avec les anarchistes ne saurait dissimuler des divergences dont les racines sont profondes. Pourtant, elles ne sont jamais forcément insurmontables (on saurait surpris de voir à quel point dans des petites villes de province où l’implantation des orgas est faible voire nulle, les divergences concrètes peuvent tendre à zéro), car elles ne relèvent pas au quotidien d’une histoire et d’une théorie politique (oubliées, approximatives ou relativisées) mais d’habitudes et de pratiques « culturelles » et militantes.

Le site bibliographique Recherches sur l’anarchisme forum est un des plus riches sur ce courant.

A. Rosmer à l’enterrement de Kropotkine (1921)

TEXTES:

Le seul journal anarchiste français en 1937 à critiquer la politique de la CNT espagnole (dirigé par André Prudhommeaux)

Campagne des anarchistes belges pour Francisco Ghezzi (probablement entre 1929 et 1931). En France, Monatte, Souvarine et Lazarévitch militent dans le Comité pour sa libération.

2 Réponses to “L’anarchisme”

  1. Marxisme(s) : petite webographie | Biblioweb Says:

    […] non léniniste) : nombreux documents historiques et des biographies de divers auteurs ainsi que des dossiers thématiques et des numéros de […]

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  2. Anarchie : petit répertoire à l’usage des curieux, chercheurs ou militants | Biblioweb Says:

    […] aussi l’article consacré à l’anarchisme sur le blog La Bataille socialiste : s’il n’est pas toujours très tendre pour les […]

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