Le syndicalisme révolutionnaire

Le syndicalisme révolutionnaire qualifie souvent le syndicalisme d’action directe, se référant à la devise de la première Internationale (l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes), pratiqué par les IWW américains, la CGT française d’avant 1914, la CGTU avant sa rapide inféodation au stalinisme.

En France le terme se distingue bientôt de l’anarcho-syndicalisme (avec par exemple la polémique Monatte/Malatesta en 1907, jusqu’à quasiment s’y opposer en 1921-22, avec la divulgation du « pacte » fractionniste au sein des CSR). Il prône le refus d’accords et conventions lorsqu’ils entravent l’action des masses à la base, et lutte contre le bureaucratisme syndical et toutes formes de cogestions. Sa tradition de lutte est restée longtemps vivace en France, notamment à travers la revue La Révolution prolétarienne ou la Fédération de l’enseignement, minoritaire au sein de la CGTU bolchevisée, qui après la réunification de 1936 continua en tant que tendance (l’Ecole émancipée) regroupant militants libertaires, pivertistes et trotskystes. Mais le syndicalisme français devait sombrer dans la fausse alternative réformisme/stalinisme après la scission de 1947, puis dans le développement du « syndicalisme d’accompagnement » dans les années 1990, que celui-ci soit revendiqué (CFDT), larvé, voire dissimulé derrière une phraséologie d’imposture comme l’histoire du mouvement ouvrier en est familière. Les quelques minorités syndicales de gauche d’aujourd’hui, syndicalistes révolutionnaires ou basistes (agissant contre les bureaucraties pour la lutte de classe sans se revendiquer ouvertement révolutionnaires, les deux nuances étant assimilables dans ce qu’on appelle  le « syndicalisme de lutte ») défendent le retour aux principes et méthodes de la démocratie ouvrière (AG régulières, pluralisme, mandats impératifs et révocables…), conditions nécessaires à ce qu’elles puissent être porte-voix auprès des éléments les plus sains du prolétariat qui se trouvent encore dans l’organisation syndicale des travailleurs sur leur lieu de travail.

La stratégie syndicaliste révolutionnaire, l’effort de ses militants et leur utilité sont là: tenter de porter la contradiction au cœur d’un lieu décisif, le syndicat, qui est traversé de contradictions permanentes (défense de classe/collaboration de classe). Cette stratégie minoritaire est en quelque sorte subie puisque le syndicalisme révolutionnaire est d’abord une orientation syndicale (lutte de classe) pour le syndicat, non un mode d’action militante en soi et pour soi. Certains pourraient certes lui reprocher d’être implicitement avant-gardiste, dans une sorte de filiation des minorités actives, des Chevaliers du Travail. Mais quand Lénine disait que « les syndicats créent la liaison entre l’avant-garde et les masses« , y voyant un outil intermédiaire entre une avant-garde politique autoproclamée, en haut, et une masse politiquement inconsciente, en bas; les syndicalistes révolutionnaires se situeraient plutôt vers une « avant-garde » émergeant de la base, pluraliste, non-partidaire, unitaire, de toute la classe et de toutes les tendances révolutionnaires des militants de celle-ci: là encore le modèle de la CGT d’avant 1914 reste (ou est longtemps resté), en France, la référence.

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Congrès de Grenoble de la Fédération unitaire de l’enseignement (1926)

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3 Réponses to “Le syndicalisme révolutionnaire”

  1. Fernand Loriot (Bulletin communiste, 1933) « La Bataille socialiste Says:

    […] En 1920, F. Loriot fut emprisonné et inculpé de “complot contre la sûreté de l’Etat”. Libéré en 1921, après dix mois de prison préventive, il participa aux III° Congrès de l’Internationale communiste, la même année. A son retour en France, il se tint à l’écart de la vie politique, pour des raisons de vie privée. Après la “bolchevisation” de 1924, il prit fait et cause pour l’opposition et, ayant rompu avec le parti dégénéré en 1926, se rallia au syndicalisme révolutionnaire. […]

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  2. bruno kalala Says:

    je désire avoir des informarions en matière du monde du travail.
    je suis syndicaliste de la FEDERATION GENERALE DU TRAVAIL DU CONGO « FGTK » à la fonction de SECRETAIRE NATIONAL.

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  3. bruno kalala Says:

    je désire avoir des informations en matière du monde du travail.
    en technique de négociation: comment interprétez vous les litiges individuels et les conflits collectifs du travail
    je suis syndicaliste de la FEDERATION GENERALE DU TRAVAIL DU CONGO “FGTK” à la fonction de SECRETAIRE NATIONAL.

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