Posts Tagged ‘Allemagne’

Conversation avec F. Engels (1893)

6 mai 2009

Dans les archives

Article paru dans Le Figaro du 13 mai 1893. [in english here]

Londres 11 mai.

Le monde entier a les yeux fixés sur la crise intérieure que traverse en ce moment l’empire allemand. On se demande quel sera le résultat des nouvelles élections, si le conflit entre l’Empereur et le Parlement s’accentuera ou si la nouvelle assemblée élue votera les nouveaux crédits militaires réclamés par le gouvernement.

De tous les partis qui vont prendre part à la bataille électorale, le parti socialiste, de l’avis unanime, est le mieux organisé et le plus fort. C’est lui qui commande par conséquent, d’une façon toute particulière, l’attention publique.

J’ai cru intéressant pour les lecteurs du Figaro d’aller demander à M. Frédérick Engels, le célèbre socialiste allemand (sic), son opinion sur la situation faite à l’Allemagne par les derniers événements. Frédérick Engels fut l’ami le plus intime, le confident de Karl Marx, il est l’ami de Bebel et de Liebknecht et est tenu au courant par eux des moindres incident parlementaires.

Lundi soir, je me rendais en cab Régents Park Road où Engels habite une petite maison des plus simples et des plus retirées. J’étais immédiatement introduit dans un petit salon où venait me rejoindre peu après le maître de maison. Mis au courant de ma visite, Engels me dit aussitôt:

« L’Allemagne entre dans une des phases les plus graves de son histoire, mais j’ajoute tout de suite que nous, socialistes, nous n’avons rien à craindre de la situation; au contraire, nous en tirerons de grands avantages. C’est grâce à notre agitation surtout que les crédits militaires ont été repoussés. Il  a été impossible aux divers partis du Parlement de nous ignorer, et encore moins au gouvernement qui sait bien que nous sommes son ennemi le plus dangereux. Quand on a connu en Allemagne la résolution du gouvernement de demander de nouveaux crédits militaires, la population a été indignée, et le vote du Centre et des radicaux a certainement été influencé par la pression de l’opinion publique.

« Voyez-vous, ajoute Engels, en appuyant à dessein sur sa déclaration, en Allemagne, le peuple dit: Nous avons assez de soldats! Il faut que ça finisse!

– Et le nouveau Reichstag, monsieur Engels?

– Au moment où je vous parle, il me paraît que le prochain Reichstag sera encore moins disposé à voter les cr »édits que le défunt Reichstag. Cependant, je ne me dissimule pas la possibilité de voir les nouveaux élus, ayant cinq ans de législature devant eux, traiter avec le gouvernement qui, avec un peu de douce violence, ferait voter un compromis. Dans l’éventualité, cependant probable, du refus des crédits par le Reichstag, il faudrait recourir à une deuxième dissolution qui, dans ma conviction, aurait pour résultat l’élection d’un Reichstag encore plus rebelle à accepter les propositions du gouvernement. Alors, le conflit serait à l’état aigu, et il s’agirait de savoir qui aurait le pouvoir, du Parlement ou de l’Empereur. Ce serait la répétition du conflit entre Bismark et la Chambre prussienne, en 1864, terminé par la guerre d’Autriche. »

Par sa réponse même, Frédérick Engels m’amenait à lui faire envisager les deux éventualités, déjà discutées dans la presse européenne: celle d’un coup d’État de Guillaume à l’intérieur et celle d’une diversion à l’extérieur.

– Un coup d’État aujourd’hui, me répond vivement mon interlocuteur, n’est plus aussi facile qu’autrefois. En 1864, lors du conflit de Bismarck avec la Chambre prussienne, la Prusse était un État centralisé, tandis qu’aujourd’hui l’Empire allemand est un État fédératif. Le gouvernement central risquerait trop à tenter un coup d’État. Pour avoir la certitude de pouvoir l’accomplir, il aurait besoin de l’accord unanime des gouvernements confédérés. Si un d’entre eux n’acceptait pas le coup d’État, il serait délié de ses obligations envers l’Empire, et ce serait la rupture de l’État fédéral. Ce n’est pas tout. La Constitution fédérale est la seule garantie qu’ont les petits Etats contre la prépondérance de la Prusse; en la violant eux-mêmes, ils se livreraient, pied set mains liés, au bon plaisir du pouvoir central. Est-il probable que la Bavière abdiquerait à ce point? Non, et pour me réserver sur ce point, je vous dirai ceci: « Pour faire un coup d’État en Allemagne, l’Empereur devrait avoir de son côté ou le peuple – et il ne l’a pas – ou tous les gouvernements confédérés, et il ne les aura jamais tous. »

La dernière déclaration d’Engels ne m’ayant pas convaincu, j’insiste sur cette éventualité d’un coup d’État à l’intérieur.

– Oh! réplique-t-il, je ne dis pas que ce que j’appellerai la révolution d’en haut ne soit pas une menace pour l’avenir. Bebel et plusieurs de ses amis ont déjà dit qu’ils prévoyaient un attentat contre le suffrage universel.

– Dans ce cas, répondriez-vous à la violence par la violence?

– Nous ne serions pas assez fous pour donner dans le piège que le gouvernement nous tendrait, car le gouvernement allemand ne désire rien tant qu’une insurrection pour pouvoir nous écraser. Nous connaissons trop bien l’état actuel de nos forces et de celles du gouvernement pour risquer de gaîté de cœur une pareille partie. D’ailleurs, Guillaume II oserait-il supprimer complètement le suffrage universel? Je ne le crois pas. Peut-être élèverait-il la limite d’âge pour l’électeur et nous doterait-il du suffrage universel revu et corrigé (et, en disant ces mots, Engels se met à rire) dont la Belgique va faire l’expérience.

– Vous ne redoutez pas l’arrestation en masse des députés de l’opposition?

– Oh! s’écria Engels, personne ne regarde en Allemagne une pareille éventualité comme possible. Il y a des gouvernements confédérés, la Bavière, par exemple, qui jamais ne consentiraient à sanctionner une violation aussi flagrante de la Constitution. Ne perdez pas de vue que la Constitution impériale et le Reichstag sont pour les petits Etats les seules armes pour empêcher leur absorption par le gouvernement prussien. »

Nous arrivions à l’hypothèse d’une diversion à l’extérieur. Enegles est loin d’être pessimiste.

– Evidemment, me déclare-til, une guerre peut survenir. Mais aujourd’hui qui donc oserait prendre la responsabilité de la provoquer, si ce n’est peut-être la Russie, dont le pays, à cause de son énorme étendue, ne peut être conquis?… Et encore!… En ce moment, la Russie se trouve dans une situation telle qu’elle ne pourrait soutenir la guerre quatre semaines, si elle ne recevait pas l’argent de l’étranger. »

*

Ici mon interlocuteur s’arrête un instant, puis avec un accent de colère mal contenu:

– Vraiment je ne conçois pas le gouvernement français. C’est la Russie qui a besoin de la France et non la France de la Russie. La Russie est ruinée, son sol est épuisé. Si le gouvernement français comprenait la situation telle qu’elle est réellement, c’est lui qui obtiendrait de la Russie tout ce qu’il voudrait… tout… tout… excpeté de l’argent et des secours militaires effectifs. Sans la France, la Russie était isolée, complètement isolée… Et qu’on ne vienne pas me parler de la force militaire des Russes! Rappelez-vous la guerre de Turquie. Sans les Roumains, les Russes étaient impuissants devant Plewna… Non, plus je réfléchis, moins je crois à la guerre. Ses chances sont aujourd’hui si incertaines! Les armées sont placées dans des conditions toutes nouvelles et qui défient tous les calculs. Voilà des fusils qui tirent dix coups à la minute, dont la portée s’approche de celle du canon et dont les projectiles sont doués d’une force de percussion inouïe! Voilà les obus à la mélinite, à la roburite, etc.! Tous ces formidables engins de destruction n’ont jamais été essayés dans une guerre. Nous ignorons donc absolument l’effet que produira cette révolution de l’armement sur la tactique et sur le moral du soldat.

 » Si Guillaume II voulait se jeter dans la guerre, il trouverait dans son propre état-major des résistances; on lui ferait toucher les risques énormes d’une guerre. Du temps de Napoléon III, on pouvait avoir des guerres localisées, aujourd’hui la guerre serait générale, et l’Europe serait au pouvoir de l’Angleterre, car l’Angleterre pourra affamer à son gré l’un ou l’autre des belligérants. Ni l’Allemagne, ni la France ne produisent assez de blé chez elles: il leur faut nécessairement en importer de l’étranger. Elles s’approvisionnent notamment en Russie. L’Allemagne en guerre avec la Russie ne pourrait en obtenir un hectolitre. D’autre part, la France serait coupée des blés russes par l’Europe centrale entrant en campagne contre elle. Il n’y aurait donc plus que la voie de mer ouverte. Or la mer, en temps de guerre, serait plus que jamais au pouvoir des Anglais. Le gouvernement anglais, moyennant une redevance allouée aux Compagnies qui font les divers services transocéaniques, a à sa disposition leurs vaisseaux construits sous son contrôle: de sorte que, la guerre déclarée, l’Angleterre possèderait, outre sa flotte puissante, de cinquante à soixante croisières chargées d’empêcher les approvisionnements d’arriver à celui ou ceux des belligérants contre lesquels elle voudrait se déclarer. Que si elle reste neutre, elle serait l’arbitre suprême de la situation. Pendant que les belligérants s’épuiseraient à combattre, elle viendrait, au moment opportun, dicter ses conditions de paix. D’ailleurs, rassurez-vous sur l’éventualité d’une guerre provoquée par Guillaume II. L’empereur allemand a beaucoup perdu de sa première fougue… »

*

Il me restait à interroger M. Engels sur un point important: les chances des socialistes allemands aux prochaines élections.

– Je suis persuadé, répond-il à cette question, que nous gagnerons sur l’élection de 1890 de sept cent mille à un million de voix [1]. Nous réunirons donc en tout deux millions un quart, sinon deux millions et demi de suffrages. mais les sièges conquis ne correspondront pas à ce chiffre… Si les sièges étaient répartis également, nous aurions eu au dernier Reichstag, après les élections qui nous ont donné un million et demi de suffrages, quatre-vingt députés au lieu de trente-six. Depuis la fondation de l’Empire, où les circonscriptions électorales furent établies, la distribution de la population a changé à notre désavantage. La règle qui avait présidé à la formation des circonscriptions électorales avait été celle-ci: un député par 100 000 habitants. Or, Berlin, qui n’a toujours que six députés, a actuellement une population supérieure à un million d’habitants. Berlin devrait avoir régulièrement aujourd’hui seize députés. Autre exemple: Cologne, qui a maintenant 250 000 habitants, n’a tojours qu’un seul député.

– Le parti socialiste aura-t-il des candidats dans toutes les circonscriptions?

– Oui, nous aurons des candidats dans les 400 circonscriptions. Il nous importe de faire la revue de nos forces.

– Et votre but final, à vous socialistes allemands?

M. Engels me regarde quelques instants et me dit:

– Mais nous n’avons pas de but final. Nous sommes des évolutionnistes, nous n’avons pas l’intention de dicter à l’humanité des lois définitives. De préjugés à l’endroit de l’organisation en détail de la société de l’avenir? Vous n’en trouverez pas trace parmi nous. Nous serons déjà satisfaits lorsque nous aurons mis les moyens de production entre les mains de la communauté, et nous savons bien que c’est chose impossible avec le gouvernement monarchique et fédératif actuel. »

Je me permet de faire observer que le temps me paraît encore bien lointain où les socialistes allemands seront à même d’appliquer leurs théories.

– Pas si lointain que vous pensez, réplique M. Engels. Pour moi le temps approche où notre parti sera appelé à prendre le gouvernement en mains… Vers la fin du siècle, vous verrez peut-être cet évènement s’accomplir.

« Prenez en effet le chiffre de nos partisans depuis le début de nos luttes parlementaires. Il y a une progression constante à chaque élection. Je suis, pour ma part, persuadé que si le dernier Reichstag avait eu sa durée légale, c’est-à-dire si les élections n’avaient eu lieu qu’en 1895, nous aurions réuni trois millions et demi de suffrages. or il y a en Allemagne dix millions d’électeurs et en moyenne sept millions de votants. Avec ce trois millions et demi d’électeurs sur sept millions, l’Empire allemand ne peut continuer dans sa forme actuelle. Et… n’oubliez pas ceci – qui est très important – les chiffres de nos électeurs nous donnent le chiffre de nos partisans dans l’armée. Ayant déjà un million et demi sur dix millions d’électeurs, c’est environ le septième de la population en notre faveur, et nous pouvons compter que, sur six soldats, nous en avons un. Quand nous aurons trois millions et demi de suffrages – ce qui n’est pas bien loin [2] nous aurons la moitié de l’armée. »

Comme j’exprime des doutes sur la fidélité des troupes socialistes dans l’armée à leurs principes, en cas de révolution, M. Engels me fait la déclaration textuelle suivante:

– Le jour où nous serons en majorité, ce que l’armée française a fait par instinct en ne tirant pas sur le peuple, se renouvellera chez nous de façon consciente. Oui, quoi qu’en disent les bourgeois apeurés, nous pouvons calculer le moment où nous aurons la majorité de la population pour nous, nos idées progressent partout, aussi bien parmi les professeurs, les médecins, les avocats, etc., que parmi les ouvriers. Demain, si nous avions à prendre la direction du pouvoir, nous aurions besoin d’ingénieurs, de chimistes, d’agronomes. Eh bien! j’ai la conviction que nous en aurions déjà un bon nombre avec nous. Dans cinq ou dix ans nous en aurons plus qu’il ne nous en faudra. »

Et c’est sur ces paroles extrêmement optimistes que j’ai pris congé de M. Frédérick Engels.

Un renseigné.

Notes de la BS:

[1] il n’y eut qu’un progrès de 360 000 voix.

[2] presque  atteint en 1907, et 4 250 000 en 1912.

90° anniversaire de la Révolution allemande

6 décembre 2008

PHOTOS

1

novembre-décembre 1918

karl_liebknecht_im_wahlkampf19181Karl Liebknecht s’adresse à la foule (9 novembre 1918)

berlin_novemberr1918

1918_automobilesblindeeBerlin (9 novembre 1918) [2 photos]

BPK 30.014.063Karl Liebknecht (6 décembre 1918)

08-burgerkrieg-berlin-december-1918Berlin, décembre 1918

30051000361920

Manif spartakiste devant le parlement de Prusse, 16 décembre 1918

bayernTimbres de l’État libre de Bavière dirigé par Kurt Eisner

2

Les combats de janvier 1919 à Berlin

Occupation du Vorwärts

vorwarts01-1919

vorwarts-6-01-1919

30051000361870Façade criblée de balles de l’immeuble du Vorwärts à Berlin, 11 janvier 1919

Spartakistes contre corps francs du général Maercker…

[18 photos suivantes]
111_001

spartakisten305_001

724_001

spartakisten-02292_001

24546678_m

737_001

763_001

24546681_m

berlin-1919-spartakisten-vs-regierungstruppen

combats-dans-la-quartier-de-presse-a-berlin

les-spartakistes-semparent-des-mitrailleuses

spartacists

spartakisten-hinter-barrikaden-vor-dem-zeitungsverlag-rudolf-mosse-berlin-01-1919

les-spartakistes-sur-des-barricades-faites-avec-des-rouleaux-de-papiercadavres-de-fusilles1919(cadavres de fusillés)


Épilogue

Le cadavre de Rosa Luxemburg ne sera retrouvé qu’en juin. C’est une tombe vide qui accompagne celle de Liebknecht assassiné.

funeralofkarlliebknechtrosaluxemburgberlin1919beisetzungkliebknecht

*********

Livre

Réédition de poche en septembre dernier du Badia (« Archives Julliard » N°21, 1966) sur les spartakistes:

Les spartakistes (Gilbert Badia). Éditions Aden –  10 €

Novembre 1918 : de Kiel à Munich la révolution éclate et dans toute l’Allemagne fleurissent des Conseils d’ouvriers et de soldats qui proclament l’avènement du socialisme.

Janvier 1919 : la répression des Corps francs noie la Commune de Berlin dans le sang.

Entre ces deux dates se joue le destin tragique de l’Allemagne.

Ce livre analyse les événements qui menèrent au massacre de dizaines de milliers d’ouvriers et à l’écrasement du mouvement dissident du parti social-démocrate, La Ligue spartakiste. On y suit les deux leaders emblématiques du mouvement : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht jusqu’à leur assassinat en janvier 1919.

Gilbert Badia se fonde sur de nombreux textes d’époque (tracts, écrits des protagonistes, articles de journaux) pour décrire presque jour après jour l’évolution de cette révolution avortée et démontrer que les choix d’alors ont facilité le développement ultérieur du national-socialisme.

spartakus1918

Voir aussi:

Chansons allemandes (1932)

27 août 2008

Le camarade webmestre du site Entdinglichung nous signale qu’il vient de publier un cahier de chants du Comité SPD de Hambourg en 1932: Singe mit! Unsere Kampflieder , soit une quinzaine de chansons militantes alors très courantes qui donnent un bon aperçu de la culture politique social-démocrate de l’époque.

pdf (10 pages)

L’opposition de Paul Levi au sein du Komintern

8 mars 2008

Paul Levi, membre de la Ligue Spartakiste dès sa fondation, principal dirigeant du Parti Communiste d’Allemagne de mars 1919 à février 1921, s’exprimait ainsi dans sa brochure d’avril 1921 : Unser Weg, Wider den Putschismus (Notre Voie – contre le putschisme ; texte à ce jour toujours pas traduit en français), chapitre 2 :

« La révolution n’est pas l’affaire du Parti Communiste, ni un monopole des communistes. Elle est, pour employer un mot de Marx dans une lettre à Kugelmann, une « révolution du peuple », c’est-à-dire un processus plus puissant dans lequel toutes les forces actives et opprimées se mettent en marche, manifestent, s’opposent – chacun à sa manière – aux oppresseurs ».

On voit que Levi a en fait une autre conception révolutionnaire que celle de la direction léniniste du Komintern. Il désapprouve le « putschisme » et la prise du pouvoir par une minorité. Au fond, c’est le principe du « Parti qui fait la révolution » qu’il refuse, revenant à Karl Marx et Rosa Luxemburg : c’est au prolétariat de faire la révolution. Même si Levi, pris dans l’air du temps, fait parfois des concessions au léninisme dominateur à l’époque, il recommande explicitement pour le Parti Communiste d’Allemagne de « revenir aux enseignements de sa fondatrice », c’est-à-dire Rosa Luxemburg (dans le chapitre 4).

Levi s’oppose également au principe des ordres venus de Moscou, parlant des émissaires bolcheviks comme d’une « police de Parti » (« Parteipolizei » – chapitre 4). Il refuse de limiter ses critiques à un petit cercle d’initiés : sa brochure est publique, afin que le débat soit libre et large.

Tous ces « crimes » lui valent l’exclusion en avril 1921. Or, son attitude a été parfaitement normale au regard des principes marxistes ; mais pas au regard du bolchevisme et de sa « discipline de fer confinant à la discipline militaire » (extrait des « 21 conditions » édictées par le Komintern en 1920).

Paul Levi fait partie des communistes qui s’opposent dès 1920-1921 à l’exportation du « modèle bolchevik » à l’Europe de l’ouest, arguant notamment de situations extrêmement dissemblables, comme le fait de façon différente Herman Gorter dans sa « Réponse à Lénine ». Précisons que ces deux textes de débat n’ont pas été traduits à l’époque, et n’ont strictement jamais été diffusés par le Komintern.

Le Komintern était en fait au service de l’Etat russe, il était une émanation d’un pouvoir d’Etat. Cette structure a, en imposant le « modèle » léniniste, asséché le mouvement communiste international, le vidant du libre exercice de l’esprit critique indispensable au marxisme, et ce avant même la transformation stalinienne (qui aggrava de façon tragique la situation, déjà contraire à un véritable développement du communisme).

Après son exclusion, Paul Levi a poursuivi la lutte révolutionnaire : il a créé un rassemblement communiste oppositionnel, le KAG (Kommunistischer Arbeitsgemeinschaft, « Groupe de Travail Communiste »), publié le texte où Rosa Luxemburg critique la révolution russe, et à partir de 1922 il a été un militant actif de la tendance révolutionnaire du SPD.

Malgré, ou plutôt à cause de sa sincérité et de sa fidélité aux principes marxistes, il n’a cessé d’être diffamé par les staliniens, ainsi que par d’autres léninistes.

Source : Blog Marxiste.

Le SPD « tente d’aiguiser son profil social »…

6 octobre 2007

Les sociaux-démocrates allemands se divisent sur l’héritage des réformes Schröder

LE MONDE du 6 octobre 2007

(…) Depuis plusieurs mois, le SPD tente d’aiguiser son profil social en défendant notamment l’instauration d’un salaire minimum. Cette stratégie doit l’aider à se démarquer de son partenaire de coalition, les unions chrétiennes CDU-CSU, et limiter l’attractivité du nouveau parti de la gauche radicale, Die Linke, créé en juin par les déçus de la social-démocratie à l’Ouest et les héritiers du Parti communiste à l’Est. Dans le dernier sondage publié par la chaîne de télévision publique ARD, le SPD rassemble 27 % des intentions de vote, contre 40 % pour la CDU-CSU et 11 % pour Die Linke.

Dans le texte du nouveau programme qui doit être adopté lors du congrès fin octobre à Hambourg, le président du SPD a remis davantage l’accent sur la référence au « socialisme démocratique ». Dans ce droit-fil, M. Beck vient de se rallier à une exigence – jusque-là refusée – de la fédération syndicale DGB sur la durée de versement des indemnités-chômage pour les travailleurs âgés. Le SPD justifie ce revirement en évoquant le retour de la croissance économique.

Mais ce sont plutôt les futures élections régionales – le 27 janvier 2008 la Basse-Saxe et la Hesse élisent un nouveau Parlement – et l’approche des élections législatives de 2009, qui motivent ce geste. « Il faut montrer le chemin que nous souhaitons prendre indépendamment des résultats obtenus au sein du gouvernement de grande coalition », explique Mme Akgün. De plus, même si les instances dirigeantes du parti excluent pour l’instant une coalition avec Die Linke, un grand nombre de sociaux-démocrates réfléchissent à cette éventualité pour la période d’après 2009. « Je ne dirais pas qu’on ne pourra jamais former une coalition avec Die Linke », concède la députée SPD.

A gauche comme à droite, on continue d’assurer que le gouvernement de grande coalition se poursuivra jusqu’à son terme. Mais de nombreux sociaux-démocrates s’inquiètent de l’ampleur prise par les querelles internes du parti. Le ministre des affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier (SPD), vice-président désigné du parti et ancien bras droit du chancelier Schröder, a essayé d’arrondir les angles en appelant les deux fronts à trouver un compromis.

De son côté, le président du SPD a tenté de relativiser la portée de ses paroles et affirmé qu’il ne souhaitait pas remettre en question l’agenda 2010. Mais d’autres conflits couvent, notamment sur la présence de l’armée allemande en Afghanistan et le projet de privatisation des chemins de fer allemands.

Cécile Calla

[Lire l’article en entier]

Le SPD en chiffres

 

Le Parti social-démocrate allemand occupe 222 sièges sur 614 au Bundestag et dispose de 8 ministères au sein du gouvernement de grande coalition.
Il participe à huit gouvernements régionaux et compte cinq chefs de gouvernement (Brême, Berlin, Mecklembourg Poméranie occidentale, Brandebourg et Rhénanie-Palatinat).
Il constitue la première formation politique d’Allemagne avec 545 223 adhérents. En 2002, il comptait encore 693 894 membres.

Dans le dernier sondage publié par la chaîne de télévision publique ARD, le SPD se voit attribuer 27 % des intentions de vote, contre 40 % pour la CDU-CSU et 11 % pour Die Linke.

Aux élections législatives de 2005, le SPD avait totalisé 34,2 % des voix contre 35,1 % pour la CDU-CSU.

Voir aussi:

Lale Akgün (SPD)