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Le léninisme dans la révolution russe

29 mars 2008

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Texte de Démocratie Communiste (Luxemburgiste) :

Pour le marxisme l’histoire doit être analysée et critiquée : c’est la « conception matérialiste et critique »[1] de l’histoire. Connaître l’histoire ne doit pas servir à répéter des formules ou des recettes, mais à comprendre les événements et à ne pas commettre les mêmes erreurs. Notre but est donc de comprendre l’action du léninisme dans la révolution russe, et ainsi d’approcher la nature pratique, réelle, de cette doctrine.

Contrairement aux léninistes, il ne s’agit pas pour nous de défendre tel courant ou telle personne, et déclarer que tout ce qu’il a fait et dit était juste et parfait. Un tel courant « parfait » n’existe pas dans la révolution russe, et certainement dans aucune révolution.

La prise du pouvoir d’octobre 1917

Le mythe répété religieusement est clair : en octobre 1917, les bolcheviks auraient fait une « révolution ». Encore plus fort, cette « révolution » d’octobre aurait été une « révolution socialiste », voire une « révolution marxiste » !

Il est donc nécessaire de rappeler ici une des bases du marxisme : le volontarisme politique ne peut pas se substituer à l’action consciente des masses elles-mêmes. L’action politique ne peut en aucun cas remplacer l’action sociale.

Ce qui a eu lieu en octobre 1917 en Russie, c’est une prise du pouvoir par un parti, le parti bolchevik. Lénine écrit en septembre 1917 au comité central bolchevik : « les bolchéviks peuvent et doivent prendre en mains le pouvoir. »[2] C’est franc : pour Lénine, c’est bien aux bolcheviks seuls de prendre le pouvoir.

Juste après le coup bolchevik, Trotsky le dit sans ambiguïté : « L’habitant dormait tranquillement et ne savait pas que, pendant ce temps, un pouvoir était remplacé par un autre. »[3] Aucun rapport, donc, avec une révolution populaire.

D’où vient alors la confusion ? D’abord la Russie était en révolution depuis février 1917, cette révolution ayant renversé le tsarisme, mais n’arrivant pas à se trouver un nouveau régime, bien que l’aspiration populaire soit clairement pour une véritable démocratie. Le « coup d’Etat d’octobre »[4] n’a été qu’un des événements de la révolution russe, mais des décennies de propagande et de contre-vérités ont fait confondre ce putsch mené de nuit avec la révolution russe, qui est un événement bien plus vaste où les masses ont joué un rôle primordial.

Après octobre, le pouvoir est exercé par un « Conseil des commissaires » dirigé par Lénine (qui n’a jamais été membre d’un soviet), et en pratique encore plus par la petite direction bolchevique.

La pratique du pouvoir léniniste

L’échec des gouvernements provisoires de février à octobre 1917 a constitué le terreau du développement des bolcheviks. Mais il ne faudra que quelques semaines pour que les bolcheviks fassent sur plusieurs points les mêmes reniements que les gouvernements provisoires (les similitudes sont évidentes concernant le rétablissement de la peine de mort, ainsi que le renoncement à la Constituante).

La volte-face de Lénine est ainsi résumée par Boris Souvarine en 1935 : « Après avoir demandé aux socialistes au pouvoir la liberté au nom de leurs principes, il la leur refusait au nom de sa tactique. »[5] Souvarine poursuit : « Dans la mesure où ils théorisent la terreur, Lénine et Trotsky entrent en contradiction avec la pensée marxiste dont ils se croient les fidèles interprètes. Ils n’ont su que répondre quand on leur opposait Engels pour qui la terreur est « la domination de gens eux-mêmes terrorisés », faite de « cruautés inutiles commises pour se rassurer par des gens qui ont peur eux-mêmes ». Opinion nullement fortuite confirmée par Marx »[6].

Rosa Luxemburg constate en septembre 1918 que le pouvoir bolchevik a fait « preuve du mépris le plus glacial à l’égard de l’Assemblée constituante, du suffrage universel, de la liberté de la presse et de réunion, bref de tout l’appareil des libertés démocratiques fondamentales des masses populaires »[7]. Cette politique des bolcheviks constitue l’inverse de ce qui est indispensable selon le marxisme, ce que rappelle Luxemburg quand elle en appelle à « la vie politique active, libre, énergique, de larges masses populaires »[8], à « la démocratie la plus large et la plus illimitée »[9], à « une vie intensément active des masses dans une liberté politique illimitée »[10].

Moins d’un an après le coup d’Etat bolchevik, Rosa Luxemburg constate que « sans l’action internationale de la révolution prolétarienne », le régime russe doit « inévitablement tomber dans un tourbillon de contradictions et d’erreurs »[11], ce que l’histoire a amplement confirmé.

Luxemburg déplore « les 200 victimes expiatoires de Moscou », et « la terreur et l’écrasement de la démocratie »[12]. Les 200 victimes dont il est question étaient 200 militants socialistes-révolutionnaires de gauche, qui avaient été exécutés à Moscou par le pouvoir bolchevik en juillet 1918. Rosa Luxemburg avait été très affectée par cette répression, comme en témoigne cet extrait de sa correspondance : « règne au vrai tout autour de moi un climat de fin du monde. Peut-être sont-ce spécialement les 200 « exécutions d’otages » de Moscou que j’ai lues hier dans le journal, qui m’ont affectée de la sorte… »[13]

Selon Luxemburg le pouvoir léniniste est « un gouvernement de coterie – une dictature, il est vrai, non celle du prolétariat, mais celle d’une poignée de politiciens, c’est-à-dire une dictature au sens bourgeois, au sens de la domination jacobine »[14]. Lénine se revendique lui-même de « l’exemple » du gouvernement jacobin, et en 1920 il reconnaît que le régime n’est dirigé que par quelques chefs bolcheviks : « la plus authentique « oligarchie » »[15] selon ses propres mots.

Sur le plan économique, les bolcheviks mettent en place les méthodes d’exploitation capitaliste : « salaire aux pièces » et « système Taylor »[16], notamment.

Le 29 avril 1918 Lénine déclare au comité exécutif central de Russie : « Etablir à présent le capitalisme d’Etat, c’est appliquer le recensement et le contrôle qu’appliquaient les classes capitalistes. »[17] En mai 1918, Lénine confirme que son but est d’« organiser la grande production à l’échelle de l’Etat, sur les bases du capitalisme d’Etat » ! Il s’agit là d’un point central pour comprendre le léninisme : la mise en place dès 1918 du capitalisme d’Etat (perspective qui était auparavant unanimement condamnée par les marxistes, et qui était désormais revendiquée et appliquée par Lénine). Ce système économique sera par la suite appliqué par l’ensemble des régimes d’inspiration léniniste.

Dans le même article, Lénine ajoute : « notre devoir est de nous mettre à l’école du capitalisme d’Etat des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l’implanter en Russie »[18]. Rosa Luxemburg n’eut pas connaissance de cet éloge par Lénine du système qu’elle avait tant combattu, qu’avaient durement subi des millions de prolétaires en Allemagne, et que maintenant un « marxiste » voulait… copier. Lénine a donc, effectivement, appliqué le système économique de la monarchie allemande, et l’a fait avec les méthodes de la monarchie allemande.

Au bout de trois ans, en avril 1921, Lénine persistait dans sa défense du capitalisme d’Etat : « Puisque nous ne sommes pas encore en état de réaliser le passage immédiat de la petite production au socialisme, le capitalisme est, dans une certaine mesure, inévitable […] aussi devons-nous l’utiliser (surtout en l’orientant dans la voie du capitalisme d’Etat) »[19]. Découvrant au printemps 1921, trois ans et demi après la prise du pouvoir, que le capitalisme est inévitable étant donné l’état de développement de la Russie, Lénine décide néanmoins de se maintenir comme chef d’un Etat capitaliste. Seule modification du système économique : la NEP, qui consiste en l’injection d’une dose de capitalisme privé au sein du capitalisme d’Etat, lequel reste malgré tout la base du mode de production de la Russie léniniste.

Le 28 mars 1922 à la tribune du congrès du parti bolchevik, il reconnaît encore que l’économie russe est un capitalisme d’Etat, et il déclare que « le capitalisme d’Etat […] c’est un capitalisme toléré par nous », ajoutant : « le capitalisme d’Etat est toléré par notre État prolétarien : or, l’Etat, c’est nous. Si nous nous y sommes mal pris, nous sommes les coupables, inutile d’en chercher d’autres ! ». Au delà de la formule absurde « État prolétarien », Lénine emprunte ici à Louis XIV sa conception de l’Etat (« l’Etat, c’est moi »), le souverain russe s’associant cependant la direction du parti bolchevik en un « l’Etat, c’est nous » qui pousse le reniement jusqu’au ridicule.

Enfin, Lénine affirme qu’il ne veut pas d’un « débat sur la façon dont les professeurs allemands comprenaient le capitalisme d’Etat et dont nous le comprenons. Depuis lors, nous avons subi bien des épreuves et il n’y a absolument aucune raison de regarder en arrière »[20]. Et pour cause : un « regard en arrière » permettrait de s’apercevoir que les marxistes et les autres socialistes ont toujours rejeté le capitalisme d’Etat ; et les épreuves russes ne justifient en rien qu’au nom du « socialisme » soit menée une politique capitaliste.

Faire de nécessité vertu est une chose, déjà peu acceptable pour un marxiste, mais mentir de façon aussi nette pour couvrir ce retournement en est une autre, encore plus grave. C’est ce mensonge sur lequel est bâti la légende de l’« URSS socialiste » – alors que c’était en réalité l’inverse : l’URSS capitaliste d’Etat. En effet, les rapports de production y ont du début à la fin été basés sur le travail salarié, la forme marchandise, et le capital. Ces trois éléments sont décrits par Karl Marx dans Le Capital comme les trois bases du capitalisme.

Fin 1922 encore, Lénine affirme : « l’instauration du capitalisme d’Etat dans notre pays n’est pas aussi rapide que nous le voudrions. […] si le capital étranger ne participe pas au développement de notre économie on ne peut espérer la rétablir rapidement. »[21]

Comme l’écrivit le marxologue Maximilien Rubel : « En Russie, Lénine, son parti et la bureaucratie assumèrent le rôle dévolu partout ailleurs à la bourgeoisie […] Cette économie prétendument socialiste n’est autre qu’une forme particulière du type de production et de distribution déjà décrit dans le troisième livre du Capital : le capitalisme directorial, variété du capitalisme privé surgie grâce à l’expropriation des petites entreprises et à leur absorption dans des oligopoles et monopoles. »[22].

L’exploitation du travail contraint étant restée la règle sous le régime léniniste, les travailleurs russes sont donc restés exploités de la même façon. La production était dirigée par la nouvelle classe dominante : la bureaucratie d’Etat (laquelle n’était pas plus élue que les possesseurs du capital en régime de capitalisme privé). Les privilégiés de cette classe dirigeante obtenaient leurs privilèges économiques par l’exploitation de la majorité, tout comme les autres classes capitalistes dans les autres formes d’économies capitalistes.

Déjà, en renonçant à la démocratie, les léninistes renonçaient de fait à toute tendance vers le socialisme. Lénine tenta en 1920 de justifier son « pouvoir personnel », par ces propos clairement opposés au marxisme : « la volonté d’une classe est parfois réalisée par un dictateur, qui parfois fait à lui seul davantage et est souvent plus nécessaire. »[23] Difficile d’être plus clair, et de renier encore plus la pensée de Marx.

Au niveau de l’appareil répressif d’Etat, la tchéka s’est développée dès les premiers mois du pouvoir léniniste, se comportant en continuatrice de l’okhrana (la tentaculaire police politique tsariste). Le schéma de la continuité du tsarisme par le régime léniniste est pour l’essentiel le même concernant les camps de prisonniers.

Avec la suppression de la liberté de la presse et de la démocratie politique (qui étaient des conquêtes de la révolution des masses de 1917), ainsi qu’avec le maintien de la répression, Lénine renie ses promesses antérieures. C’est cet ensemble de reniements que des générations de léninistes ont approuvé.

Le 30 décembre 1922, Lénine estime que l’appareil de l’Etat russe est « emprunté au tsarisme »[24], lucidité dont l’immense majorité de ses « disciples » seront incapables.

Concernant le soulèvement de Kronstadt de février-mars 1921, on se limitera ici à citer quelques éléments relevés par Boris Souvarine en 1935, soit avant que la controverse concernant Trotsky ne se déclenche[25] : « Le mouvement de revendication des ouvriers et des marins, d’aspect absolument pacifique à l’origine, correspondait à l’agitation du prolétariat de Pétrograd excédé de privations, de déceptions et des brutalités de la « commissarocratie ». […] Si les matelots et les ouvriers de Cronstadt avaient ourdi un complot ou dressé un plan, ils eussent attendu le dégel qui rendrait leur forteresse imprenable et mettrait Pétrograd sous le tir de la flotte. Mais ils espéraient gain de cause par la seule puissance de leur droit et grâce à la solidarité de la Russie laborieuse. […] ils se savaient les interprètes des doléances populaires. Leur candeur politique reste hors de doute comme leur fidélité à la révolution. Mais le lourd « appareil » du parti bolchéviste n’était déjà plus sensible à la pureté des meilleures intentions. […] Par une sinistre ironie de l’histoire, la Commune de Cronstadt périt le 18 mars 1921, cinquantième anniversaire de la Commune de Paris. »[26]

Une pratique ossifiée en… « théorie »

D’un point de vue théorique, Lénine était inspiré par Plekhanov et Kautsky, bien plus que par Marx ou Engels. Il ne fut par ailleurs jamais lui-même un théoricien et, avant de devenir chef d’Etat, ne fut pas considéré comme tel. Il a fallu tout le pouvoir de persuasion de l’Etat qu’il dirigeait pour réussir à faire croire à un « Lénine théoricien » voire, plus absurde encore, à un « Lénine théoricien marxiste » !

Suivant Lénine, les principaux dirigeants bolcheviks (Trotsky, Zinoviev, Staline, Boukharine…) avaient des formules justifiant la situation politique et économique qu’ils menaient en Russie, cela au nom du « marxisme » – mentant ou se fourvoyant ainsi de façon grotesque. Le léninisme s’est souvent présenté comme étant « le marxisme », contribuant ainsi à recouvrir le marxisme de dogmatisme, de nombreux mythes, et d’innombrables déformations. En « remplaçant » le marxisme, le léninisme a ainsi participé à l’ignorance très répandue vis-à-vis du marxisme réel, aboutissant à la situation – qui perdure aujourd’hui encore – où le marxisme n’est le plus souvent « connu » qu’au travers de quelques formules vidées de leur sens, voire absentes des écrits de Marx.

Le léninisme appliquant la « realpolitik », les divers courants léninistes se sont nourris de cet opportunisme, allant jusqu’à croire que ce serait une qualité… « marxiste » ! Loin de la rigueur et de l’esprit critique marxiste, le léninisme fonctionne à base de sentences aussi définitives que fausses, de jugements aussi arrêtés qu’inexacts, d’argumentaires aussi pauvres qu’insultants.

La base du léninisme, ce « volontarisme politique » se substituant à la libre œuvre émancipatrice des masses, consiste dans une foi irrationnelle en un gouvernement « socialiste », naturellement dirigé par des léninistes, qui mènerait la transformation sociale. En vérité, un gouvernement « socialiste » ne permet en aucun cas un passage au socialisme. C’est seulement un mouvement populaire massif qui peut bouleverser les structures de la société, passant d’une société hiérarchique-capitaliste à une société démocratique-socialiste, par la victoire du champ social sur les champs économique et politique.

Ignorant cette réalité, on retrouve la même illusion d’un « gouvernement socialiste » chez Lénine comme chez Ebert en Allemagne à la même époque, et finalement la même trahison dans les deux cas (que cette trahison se fasse en conscience ou « malgré eux » étant une autre question).

Des bolcheviks contre le léninisme

Même chez les bolcheviks, dès le début nombreux sont ceux qui s’opposent à telle ou telle des fautes de Lénine : Victor Serge rappellera « la lutte de Maxime Gorki contre la Terreur, l’insistance de Riazanov à réclamer l’abolition de la peine de mort, les efforts de Kaménev en vue de sauvegarder un minimum de liberté pour la pensée imprimée »[27].

Par la suite, des courants, tendances ou fractions s’opposent encore à la conception léniniste ou à certains de ses aspects : les communistes de gauche de la revue Le Communiste au printemps 1918, l’Opposition Ouvrière à partir de 1919, le Groupe du Centralisme Démocratique (dit « déciste »), la Vérité Ouvrière, le Groupe Ouvrier de Miasnikov… Mais l’interdiction des tendances par le congrès bolchevik en mars 1921 empêche cette contestation de s’exprimer librement, et elle devient essentiellement clandestine[28].

Anton Ciliga, communiste yougoslave anti-stalinien arrêté en URSS en 1930, a côtoyé des militants bolcheviks emprisonnés appartenant aux différents courants d’opposition. Il explique notamment les positions du Groupe Ouvrier, qui « entra en guerre dès le début contre les concepts léninistes de la « dictature du parti », et de l’organisation bureaucratique de la production » ; pour ce Groupe, « le socialisme ne peut être qu’une œuvre de libre création des travailleurs. Tandis que ce que l’on édifiait par la contrainte, en lui donnant le nom de socialisme, ne fut pour eux, dès le début, qu’un capitalisme bureaucratique d’Etat. »[29]. L’ouvrier « déciste » Procopénia estime que « Lénine, à la fin de sa vie, persistait à se méfier des masses ouvrières »[30]. Ciliga estime pour sa part que « dès l’instant où l’édifice ancien se fut écroulé et où Lénine prit le pouvoir, le divorce tragique commença entre lui et les masses »[31].

Les faits désavouent les deux mythes centraux concernant le léninisme, qui disent que ce serait un courant « marxiste » et « ouvrier ». En réalité, au sein même du parti bolchevik les très rares ouvriers associés à la direction s’opposèrent tous à Lénine (Chliapnikov, Sapronov, Loutovinov) ; de même concernant le seul véritable spécialiste de Marx parmi les bolcheviks : David Riazanov[32].

Le léninisme après Lénine

La propagande mensongère menée par la presse de droite et d’extrême-droite, avec ses clichés anti-communistes et anti-marxistes, a contribué à légitimer le léninisme : de nombreux militants de gauche ont, en réaction, défendu le régime bolchevik, qui était dans ce cas attaqué pour des raisons absolument fausses, sur la base d’arguments fallacieux.

Plus tragique encore, la répression anti-communiste des dictatures d’extrême-droite, touchant tant les communistes réels que les staliniens, contribua à faire passer les différences fondamentales au second plan, amenant au fait que des dirigeants du Komintern sont devenus des victimes aux côtés de véritables tenants du marxisme et de la démocratie.

La guerre civile menée par les « blancs », en réduisant l’alternative politique à seulement tsarisme ou bolchevisme, a donné une légitimité aux bolcheviks comme opposition au régime d’avant février 1917 – faisant oublier que février aurait pu déboucher sur un autre résultat, plus conforme aux aspirations des masses (même s’il est évident que ce régime se serait également trouvé face à de nombreuses difficultés). En réalité dans les premières années du pouvoir léniniste, même au niveau des pouvoirs concurrents on trouve certes des tsaristes et des bolcheviks, mais aussi des groupes de paysans indépendants, ainsi que des gouvernements locaux mencheviks, socialistes-révolutionnaires, ou encore anarchistes. S’ajoutent à cela les SR de gauche, les bolcheviks oppositionnels, et les possibilités de coalitions (l’idée d’une coalition de tous les socialistes avait rencontré de nombreux avis favorables au cours du 2e semestre 1917, mais elle fut rejetée par Lénine).

La direction léniniste de l’Etat russe n’est évidemment pas seule responsable de la stérilisation de la vie politique russe après octobre 1917, mais sa responsabilité ne saurait être minimisée.

Par la suite, on peut parler de divers léninismes : en fait essentiellement le trotskisme et le bordiguisme – le stalinisme, et son dérivé le maoïsme, bien que se revendiquant du léninisme, sont des courants décomposés et opportunistes qu’il est difficile de rattacher réellement au léninisme en tant que doctrine. Après Lénine, c’est officiellement au nom du « léninisme » que va être dirigée l’URSS, mais c’est en réalité le stalinisme qui va s’imposer.

L’étatisme intégral est instauré avec le premier plan quinquennal en 1928, et l’étatisation de l’agriculture en 1929 (qu’on trouve encore parfois désignée comme « collectivisation », qui était le terme utilisé par la désinformation stalinienne). L’exploitation salariale est systématisée dans les campagnes par les sovkhozes et kolkhozes, qui sont des systèmes d’étatisation de la paysannerie[33]. A partir de 1935, la doctrine du stakhanovisme renforça encore l’exploitation des salariés.

Il est évident à partir de ces faits que la logique du stalinisme était de « n’invoquer le socialisme que pour en illustrer l’antithèse. »[34]

Fernand Loriot écrivait en 1929 que pour « les pseudos-communistes » de l’IC et du PC, « l’ennemi n’est plus, depuis longtemps, le capitaliste, c’est l’ouvrier syndiqué, c’est l’ouvrier communiste lui-même, s’ils ne sont pas stalinistes. »[35]

En 1936, l’écrivain André Gide rapporta ses observations sur l’URSS stalinienne. Il écrit notamment : « Qu’il y ait divergence de l’idéal premier, voici qui ne peut être mis en doute. » Observant en particulier la situation politique, il constate : « Dictature, évidemment ; mais celle d’un homme, non plus celle des prolétaires unis, des Soviets. Il importe de ne point se leurrer, et force est de reconnaître tout net : ce n’est point là ce qu’on voulait. Un pas de plus et nous dirons même : c’est exactement ceci que l’on ne voulait pas. » Ces observations faites, Gide conclue que « Les erreurs particulières d’un pays ne peuvent suffire à compromettre la vérité d’une cause internationale, universelle. Le mensonge, fût-ce celui du silence, peut paraître opportun, et opportune la persévérance dans le mensonge, mais il fait à l’ennemi trop beau jeu, et la vérité, fût-elle douloureuse, ne peut blesser que pour guérir. »[36]

Au delà du stalinisme, qui constitue en quelque sorte la trahison d’une trahison, s’est également formé le trotskisme, comme continuation du léninisme. L’intervention de Trotsky au 13e congrès bolchevik, en mai 1924, est révélatrice : « Personne d’entre nous ne veut ni ne peut avoir raison contre son parti. En définitive, le parti a toujours raison »[37]. Le trotskisme a ainsi conservé telles quelles les tares du léninisme, alors que le stalinisme les a aggravées jusqu’à l’extrême, tout en ajoutant de nouveaux crimes, de nouvelles trahisons, et de nouveaux « emprunts » à la dictature tsariste.

Les léninistes sont essentiellement dans un rapport d’imitation par rapport à la révolution russe ; il faudrait selon eux prendre exemple sur ce qu’y ont fait les bolcheviks. Une perspective marxiste se doit au contraire d’analyser et de tirer toutes les leçons des multiples erreurs et renoncements du pouvoir léniniste, et ce dès les premières années.

Le léninisme est la théorie d’un parti « d’élite », auto-proclamé, qui cherche à prendre le pouvoir au nom de la classe salariée, et à sa place.

Marxisme ou léninisme : il s’agit là d’un choix décisif à faire, entre deux conceptions politiques très différentes.

Signalons quelques autres textes, non cités dans cet article : Rosa Luxemburg : « Centralisme et démocratie » (1904) ; Alexandra Kollontaï : « L’Opposition Ouvrière » (1921) ; Rudolf Rocker : « Les Soviets trahis par les bolcheviks » (1921) ; Simon Zagorsky : « Où va la Russie ? Vers le socialisme ou vers le capitalisme ? » (1928) ; Henri Dollet : « Vive l’unité ! Critique révolutionnaire de quelques idées fondamentales du léninisme » (1934) ; Anton Pannekoek : « Lénine en philosophe » (1938) ; Anton Ciliga : « Dix ans au pays du mensonge déconcertant » (1938) ; Leonard Schapiro : « Les Bolchéviques et l’Opposition (1917-1922) – du musellement des partis à l’interdiction des fractions dans le parti » (1955) ; Maurice Brinton : « Bolsheviks and Workers’ Control, 1917-21 : The State and Counter-revolution » (1970) ; Claude Berger : « Marx, l’association, l’anti-Lénine – vers l’abolition du salariat » (1974) ; Socialisme Mondial : « Comment le capitalisme d’Etat est arrivé en Russie » et « Les Travailleurs en Russie » (1978) ; Rafael Clemente : « Lenin, padre del arribismo y del oportunismo » (2007).

Notes

[1] Karl Marx, L’Idéologie allemande, 1845-1846.

[2] Lénine, Les bolcheviks doivent prendre le pouvoir, 12-14 septembre 1917, dans Lénine, Œuvres, Editions sociales, tome 26, 1958, p. 10 (souligné dans l’original).

[3] Rapport de Trotsky du 25 octobre 1917, reproduit par Léon Trotsky en 1930 dans Ma Vie, chapitre 27 (« La nuit décisive »).

[4] Pour reprendre l’expression employée par Rosa Luxemburg en septembre 1918 dans La Révolution russe. La formule « coup d’Etat d’octobre » n’est pas écrite au hasard, puisqu’elle revient à trois reprises dans ce texte assez court : La Révolution russe, dans Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou révolution ? (et autres textes politiques), Spartacus, 1997, pp. 155, 164 et 170.

[5] Boris Souvarine, Staline – Aperçu historique du bolchévisme, Ivrea, 1992 (première publication : 1935), p. 191.

[6] Idem, p. 225. Souligné par nous.

[7] Rosa Luxemburg, La Révolution russe, op. cit., p. 165.

[8] Idem, p. 174.

[9] Idem, p. 179.

[10] Idem, p. 180. Elle résume l’ensemble par un mot d’ordre clair : « activité sociale des masses, liberté politique illimitée » (Idem, p. 181).

[11] Idem, p. 154.

[12] Idem, p. 170.

[13] Rosa Luxemburg, lettre du 25 juillet 1918, dans : Rosa Luxemburg, J’étais, je suis, je serai ! (correspondance 1914-1919), Maspero, 1977, p. 351.

[14] Rosa Luxemburg, La Révolution russe, op. cit., p. 179.

[15] Lénine, La Maladie infantile du communisme, mai 1920, chapitre 6, dans Lénine, Œuvres, Editions sociales, tome 31, 1961, p. 42.

[16] Lénine, Les Tâches immédiates du pouvoir des soviets, Pravda n° 83, 28 avril 1918, Œuvres, tome 27, 1961, p. 268.

[17] Lénine, Intervention au comité exécutif central de Russie, 29 avril 1918, Œuvres, tome 27, 1961, p. 305.

[18] Lénine, Sur l’infantilisme « de gauche » et les idées petites-bourgeoises, Pravda n° 88-89-90, 9-11 mai 1918, Œuvres, tome 27, 1961, pp. 355-356 (souligné dans l’original).

[19] Lénine, L’Impôt en nature, brochure éditée en mai 1921, Œuvres, tome 32, 1962, p. 373.

[20] Lénine, Conclusions sur le rapport politique du CC du PC(b)R, 28 mars 1922, Œuvres, tome 33, 1963, pp. 317-319. Dans le même discours, Lénine soutient Staline (p. 320) – lequel sera nommé secrétaire général du parti unique à l’issue de ce congrès.

[21] Lénine, A la colonie russe d’Amérique du nord, 14 novembre 1922, Œuvres, tome 42, 1969, p. 451.

[22] Maximilien Rubel, Le Mythe d’octobre [The relationship of Bolchevism to Marxism, 1968], dans Marx critique du marxisme, Payot, 2000, pp. 177-178.

[23] Lénine, Intervention au 9e congrès bolchevik, 31 mars 1920, Œuvres, tome 30, 1969, p. 489.

[24] Lénine, La question des nationalités ou de l’ »autonomie », 30 décembre 1922, Œuvres, tome 36, 1959, p. 619.

[25] La polémique concernant la responsabilité de Trotsky a été soulevée en 1937 par le révolutionnaire allemand Wendelin Thomas ; les articles de Trotsky sur la question datent de 1937 et de 1938. Trotsky est bel et bien impliqué dans la répression, même si la responsabilité est en fait partagée collectivement par les dirigeants bolcheviks.

[26] Boris Souvarine, Staline – Aperçu historique du bolchévisme, op. cit., pp. 248-249.

[27] Victor Serge, Le Nouvel impérialisme russe [1947], Spartacus, 1972, p. 40.

[28] Toutes les oppositions citées ici sont antérieures à l’opposition de Trotsky, et sont plus radicales.

[29] Anton Ciliga, Lénine et la révolution, Spartacus, 1947, p. 8.

[30] Idem, p. 9.

[31] Idem, p. 13.

[32] Tous furent arrêtés, puis assassinés par le pouvoir stalinien dans les années 1930 – sauf Loutovinov qui, désespéré, s’était suicidé en 1924.

[33] « En réalité un kolkhoze est un organisme étatique qui tend à transformer les paysans en ouvriers agricoles accomplissant leur tâche par peur des sanctions pénales » (Ida Mett, Le Paysan russe dans la révolution et la post-révolution, Spartacus, 1968, p. 49). Les kolkhoziens étaient donc, eux aussi, exploités par la classe bureaucratique d’Etat.

[34] Boris Souvarine, Le Stalinisme, Spartacus, 1972, p. 30.

[35] Fernand Loriot, La Faillite de l’Internationale Communiste et l’indépendance du mouvement syndical [15 novembre 1929], La Révolution prolétarienne n° 95, 1er janvier 1930, p. 8.

[36] André Gide, Retour de l’URSS, Gallimard, 1936, pp. 17, 74, 76-77. Retour de l’URSS et Retouches à mon Retour de l’URSS seront interdits en France par les nazis – c’est l’époque du pacte germano-soviétique. Sur la même liste de livres interdits et rien que pour Gallimard, on trouve entre autres : Sigmund Freud, HG Wells, Anton Ciliga, Daniel Guérin, Karl Marx… (cf Album NRF, 39e album de La Pléiade, Gallimard, 2000, pp. 132-133).

 

[37] Cité par B. Souvarine, Staline – Aperçu historique du bolchévisme, pp. 315-316.

(source : Le léninisme et la révolution russe)

Le capitalisme monopoliste d’Etat (Mattick)

5 mars 2008

Publié dans Spartacus n°3 (juillet-août 1976)

La notion de « capital monopoliste d’Etat » ne va pas, en fin de compte, au-delà d’une description correcte de l’état actuel de la société. Le système capitaliste est taraudé en tous sens par des monopoles et se trouve dans une large mesure déterminé par eux. L’Etat, qui a pour fonction de protéger la structure sociale, est ainsi l’Etat du capital monopoliste. Il ne s’agit nullement, toutefois, d’un phénomène social nouveau, mais d’un caractère de tout temps inhérent au capitalisme, bien que sous une forme moins développée jadis. Selon Marx, qui nous a laissé la meilleure analyse du capitalisme, la concurrence capitaliste présuppose le monopole — à savoir, le monopole capitaliste des moyens de production. Les rapports de classe antagoniques qui s’ensuivent rendent indispensable le pouvoir d’État, celui-ci veillant également aux intérêts capitalistes nationaux sur le plan de la concurrence internationale.
Le capitalisme purement concurrentiel n’a jamais existé que dans l’imagination et les modèles de la théorie économique bourgeoise. Même là on parlait de monopoles naturels et de prix de monopole. Tout en étant censés échapper aux lois du marché, les monopoles — selon la théorie — étaient foncièrement incapables d’y contrevenir. Ce n’est qu’avec la monopolisation de secteurs industriels entiers que les économistes bourgeois se sont vus obligés d’affronter la réalité — à savoir, la prédominance de la concurrence imparfaite ou monopoliste — et de discuter des modifications monopolistes du marché.
Pour l’économie politique bourgeoise, il s’agissait donc d’une complète volte-face théorique. Mais il y avait longtemps déjà que Marx avait vu dans ce phénomène une tendance de développement inhérente, depuis ses débuts, à l’accumulation du capital. Selon lui, la concurrence entraîne la concentration et la centralisation des capitaux. Le monopole est issu de la concurrence, tout comme la concurrence monopoliste est issue du monopole. L’Etat lui aussi joue dans la théorie de Marx un rôle plus grand que le monde bourgeois n’était disposé à l’admettre — l’Etat pris non seulement en tant qu’appareil d’oppression, mais aussi en tant qu’instrument pour préparer et pour protéger l’expansion capitaliste.
Le concept de « capital monopoliste d’État » va donc de soi, puisqu’il renvoie à rien d’autre que le capitalisme lui-même. On peut certes distinguer différentes étapes dans la monopolisation de l’économie comme dans les interventions de l’État. Le développement du capitalisme devient ainsi synonyme d’essor du capital monopoliste d’Etat. Dès lors se pose la question de savoir ce que cela signifie pour le présent et pour le proche avenir. C’est dans ce contexte que l’accent particulier mis sur le caractère monopoliste d’État du capitalisme moderne prend toute son importance.
L’accumulation capitaliste tend non seulement à réduire progressivement la structure de classe à la division entre capital et travail, mais aussi à concentrer et centraliser de plus en plus le pouvoir de décision sur le capital en expansion. « Un capital en tue beaucoup d’autres », et ce que la concentration à travers la concurrence ne réaliserait pas, la centralisation consciente au moyen des trusts, des cartels, de la monopolisation, réussit à le faire. Ainsi, le capitalisme se transforme constamment, bien que ce soit toujours sur la base de rapports d’exploitation immuables.
Pour Marx, le déclin du système était inscrit dès l’origine. Les mêmes rapports sociaux qui permettent l’expansion du capitalisme déterminent aussi son effondrement. L’accumulation du capital est un processus qui va de crise en crise, et dans les conditions d’un capitalisme développé, dans lequel les ouvriers forment la classe décisive, chaque grande crise offre la possibilité d’une révolution sociale. Cependant, si l’on fait abstraction de cette possibilité, le développement capitaliste — à travers ses reculs en périodes de crise et malgré eux — tend à renforcer la monopolisation de l’économie de chaque pays et la concurrence monopoliste internationale.
Ce développement a souvent été conçu comme une préparation objective au socialisme, indépendamment des mouvements d’inspiration socialiste. Le passage de la concurrence au monopole et à la production d’unités de capital énormes à travers l’accumulation, la concentration et la centralisation, a eu pour effet de transformer la propriété privée capitaliste des moyens de production en propriété collective de sociétés par actions et de grands monopoles, dont les directeurs cessent d’être les propriétaires. Pour Marx, il s’agissait de « la suppression du mode de production capitaliste à l’intérieur du mode de production capitaliste lui-même, donc une contradiction qui se détruit elle-même et qui, apparemment, se présente comme simple phase transitoire vers une nouvelle forme de production. C’est aussi comme une semblable contradiction que cette phase de transition se présente. Dans certaines sphères, elle établit le monopole, provoquant ainsi l’immixtion de l’Etat. Elle fait renaître une nouvelle aristocratie financière, une nouvelle espèce de parasites, sous forme de faiseurs de projets, de spéculateurs et de directeurs purement nominaux ; tout un système de filouterie et de fraude au sujet de fondation, d’émission et de trafic d’actions. C’est là de la production privée sans le contrôle de la propriété privée » ‘.
Alors que cette situation était, aux yeux de Marx, une expression de la décadence du capitalisme déjà en cours, Friedrich Engels lui a aussi trouvé un côté positif, à savoir que la production non-planifiée du capitalisme était en train de céder la place à la production planifiée d’une société socialiste. Selon lui, « les forces productives elles-mêmes poussent (…) à leur affranchissement de leur qualité de capital », d’où la « nécessité grandissante où l’on est de reconnaître leur nature sociale, nécessité obligeant la classe capitaliste elle-même à les traiter de plus en plus comme forces productives sociales, dans la mesure du moins où c’est possible à l’intérieur des rapports capitalistes » 2.
Bien entendu, il est évident aux yeux d’Engels que « ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d’Etat, ne supprime la qualité de capital des forces productives ». C’est là chose manifeste en ce qui concerne les sociétés par actions ; quant à l’Etat, « plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, plus il devient en fait le capitaliste collectif, plus c’est lui qui exploite les citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété de l’Etat sur les forces productives n’est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d’accoucher la solution ». Le mode de production capitaliste, « en poussant de plus en plus à la transformation des grands moyens de production socialisés en propriété d’Etat, montre lui-même la voie à suivre pour accomplir ce bouleversement »3.
Si Engels voit encore la monopolisation et l’étatisation de l’économie comme un processus accompagné de crises, pour Hiferding, elles sont le moyen d’éliminer les crises économiques, le problème du socialisme devenant ainsi une question purement politique. Bien que le développement de la monopolisation charge d’un fardeau toujours plus lourd toutes les classes non-capitalistes, ce processus aboutit finalement à une production cartelisée et régie consciemment, avec le résultat que l’antagonisme social qui continue à exister est limité à la sphère de la distribution. Tout ce qu’il reste à réaliser, c’est la « régulation consciente de l’économie, non par les magnats du capital et à leur profit, mais par la société globale et à son profit ». La fonction, déjà socialisée, du capital financier — fusion du capital industriel et du capital bancaire — « est facilitée considérablement par la suppression du capitalisme. Dès que le capital financier a mis la main sur les principales branches de la production, il suffit que la société — au moyen de son organe conscient d’exécution, l’Etat hérité par le prolétariat — prenne le contrôle du capital financier pour maintenir le contrôle sur ces branches de la production » 4.
Pour Hilferding, comme le capital financier a déjà réalisé l’indispensable expropriation du capital privé, l’étatisation signifie seulement l’étape finale de la socialisation des moyens de production, entreprise par le capital lui-même. Cette idée a été reprise également par Lénine. Dans ses écrits sur l’impérialisme, il qualifie la position atteinte par le capitalisme au tournant du siècle de monopoliste, parasitaire, stagnante et mourante. On pouvait caractériser cette étape du développement par la « dissolution de la concurrence libre par le capitalisme monopoliste et par le développement d’un appareil de gestion sociale du processus de production et de division du produit par les banques et les cartels capitalistes »5. Nous nous bornerons ici à noter que, pour Lénine, l’impérialisme va de pair avec le règne du capital financier, et que celui-ci constitue le préalable organisationnel du socialisme. Le pouvoir de décision sur le capital social, centralisé par le capital financier monopoliste, ne nécessite rien de plus que sa prise en main par l’Etat prolétarien et sa mise en œuvre au service du peuple tout entier.
Cette conception, qui remonte à Engels et que partagent Hilferding et Lénine, malgré leurs divergences, — selon lequel le capital monopoliste est le précurseur de la société socialiste — repose sur l’idée fausse que les formes d’organisation sociale accompagnant la concentration du capital et la socialisation de la production sont une seule et même chose. Face à l’organisation rationnelle et planifiée de chaque usine, la gestion de l’économie globale se révèle irrationnelle et non-planifiée, ce qui amenait Lénine à concevoir l’économie socialiste comme une gigantesque usine dirigée par l’Etat. En réalité, l’usine est aussi irrationnelle que l’économie globale, sauf si l’on admet que la recherche capitaliste du profit est un principe de production économiquement rationnel. Toute usine est soumise, aux exigences expansionnistes du capital exactement comme l’est la société dans son ensemble, et elle ne fonctionne que dans le cadre de la concurrence générale ou monopoliste qui détermine sa forme organisationnelle.
D’ailleurs, poussés par la recherche du profit, les monopoles eux aussi n’organisent que leur propre activité. Et s’ils étaient tous amenés sous le contrôle centralisé de l’Etat, celui-ci ne pourrait que reproduire le nouveau rapport capitaliste qui aurait été créé entre lui-même et les producteurs — à moins que ceux-ci n’abolissent l’Etat. Ceci ne nécessite pas de démonstration théorique supplémentaire, les Etats dits « socialistes » ayant depuis longtemps fait la preuve pratique qu’en l’occurrence le concept de socialisme recouvre la réalité du capitalisme d’État. En fait, le capitalisme d’État peut, serait-ce au moyen d’une révolution, se développer à partir du capital monopoliste et, pour ainsi dire, porter la monopolisation à sa conclusion logique. Or, le monopole total des moyens de production n’élimine pas pour autant le rapport capitaliste ; il ne fait que le libérer de la concurrence du marché, sans abolir par là la concurrence elle-même. En dehors du fait que la concurrence continue en tout cas au niveau international, à l’intérieur de chaque pays capitaliste d’Etat elle ne fait que passer d’un mode d’expression économique à un mode politique.
Certes, le capitalisme d’Etat s’est trouvé jusqu’à présent restreint aux pays de capitalisme sous-développé, ou encore aux pays auxquels il a été imposé par des moyens impérialistes, comme en Europe de l’Est. Les pays correspondant au critère léniniste de capital monopoliste sont restés à ce stade, bien que le rôle de l’Etat y ait augmenté. Les territoires sous-développés du point de vue capitaliste n’ont aucune possibilité de se développer par le biais de la concurrence à l’intérieur d’un marché mondial contrôlé par les monopoles. Ces pays, qui ressemblent plus ou moins à la Russie pré-révolutionnaire, c’est-à-dire qu’ils comptent une bourgeoisie faible, une minorité de prolétaires, et une majorité écrasante de paysans, ne peuvent contrebalancer les avantages acquis par les Etats monopolistes que par un contrôle monopoliste encore plus rigoureux de la vie économique. Le capitalisme monopoliste a engendré le capitalisme d’Etat, non pas à l’intérieur de l’économie monopolisée, mais dans la lutte contre elle. L’exemple de la Russie a démontré qu’une économie dirigée par l’Etat est effectivement capable, au moins pour de grands pays, d’accélérer le processus d’ industrialisation, bien qu’ aux frais de la population travailleuse et au profit de la nouvelle classe dominante, issue du capitalisme d’Etat.
Puisant son inspiration dans le rôle considérable joué par l’Etat dans le cadre des économies de guerre de 1914-1918, Lénine considérait le capitalisme monopoliste, qui lie l’Etat au sort des entreprises impérialistes dans lesquelles il est contraint de se lancer, comme identique au « capitalisme monopoliste d’Etat », par la prise en charge par l’Etat des intérêts des monopoles. Soustraire l’Etat à l’emprise de ces derniers et le consacrer exclusivement au service du peuple, telle devrait être — à ses yeux — la prochaine étape en direction du socialisme. Il fallait donc faire voler en éclats l’Etat des monopoles pour laisser le champ libre au nouvel Etat, seul apte à réaliser effectivement l’abolition de l’exploitation. Le capitalisme d’Etat céderait ainsi la place à l’Etat socialiste, sans que disparaisse pour autant le contrôle centralisé de l’économie globale. Pour les léninistes, ce programme n’a rien perdu de sa vitalité aujourd’hui encore, bien qu’il revienne à rejouer la même pièce avec d’autres acteurs.
Assimiler ainsi le capitalisme d’Etat au socialisme — conçu comme une étape de transition à un communisme sans Etat, renvoyé à un avenir — conduit tout naturellement à assimiler la lutte pour le socialisme à une lutte contre le capitalisme monopoliste d’Etat moderne. Seule la voie révolutionnaire convient à cette lutte, car le capitalisme monopoliste d’Etat n’abdiquera pas de bon gré. Et le capitalisme d’Etat présupposant lui aussi l’exploitation des ouvriers, il lui faut liquider la domination actuelle de la classe bourgeoise. Mais les partis communistes des pays occidentaux, qui en apparence sont aujourd’hui en lutte contre le capitalisme monopoliste d’Etat, ont cessé depuis 1920 d’être des mouvements révolutionnaires. Ne songeant plus à imposer leur programme révolutionnaire propre, ils livrent une petite guerre contre le capitalisme d’Etat afin de s’y ménager une place et d’y gagner de l’influence.
Cela ne signifie nullement que ces partis ont rompu avec leurs buts ultimes. Qu’un mouvement anticapitaliste prenne son essor, et il est certain qu’ils feront tout pour le dévoyer dans un sens capitaliste d’Etat. Mais comme il n’est pas question encore de tels mouvements, ces partis cherchent uniquement à s’emparer de positions de pouvoir au sein de l’ordre établi. Leur « lutte » contre le capitalisme monopoliste d’Etat reste donc purement verbale, simple rhétorique visant à leur rallier les « masses » qui, en un premier temps, se dressent non pas contre le capitalisme lui-même, mais seulement contre ses « mauvais côtés ». Ainsi les partis communistes, qui ne sont ni contre le capitalisme, ni contre l’Etat, ne s’opposent qu’à un Etat placé au service exclusif des monopoles et se prononcent pour un Etat et un capitalisme capables de servir l’intérêt général.
Toutefois, l’intérêt général ne peut exister que dans une société sans classes. Au sein du capitalisme, il n’existe que des intérêts de classes incompatibles entre eux. Les catégories sociales de mentalité capitaliste qui sont victimes de la monopolisation ne sauraient par conséquent être gagnées au socialisme, qui détruirait leur position sociale spécifique encore plus rapidement et profondément que le capitalisme monopoliste. Elles peuvent au mieux être gagnées sur une base capitaliste à une politique qui promet de protéger leurs intérêts particuliers, c’est-à-dire une politique antisocialiste. Et, en effet, les mots d’ordre de lutte contre le capital monopoliste d’Etat dissimulent les signes avant-coureurs d’une politique antisocialiste et contre-révolutionnaire.
Il est certes concevable que la monopolisation toujours accrue de l’économie, qui a pour effet de prolétariser les couches petites-bourgeoises, puisse convaincre une partie de leurs membres que le capitalisme d’Etat est leur dernière chance, dans la mesure où il pourrait leur rouvrir l’accès à des carrières que le capitalisme monopoliste leur interdit désormais. Croyance justifiée d’ailleurs, comme un simple coup d’oeil sur les pays « socialistes » suffit à le démontrer. Mais s’agissant des ouvriers cette fois, le même coup d’oeil révélera tout autre chose. Les ouvriers ne tiennent pas du tout à ce genre de « socialisme ». Dans les pays comme la France et l’Italie où ils ne sont pas sans avoir une certaine importance, les partis communistes n’ont d’attrait à leurs yeux que dans la mesure où ils incarnent non pas une volonté de transformation révolutionnaire du capitalisme monopoliste en capitalisme d’Etat, mais seulement une forme de représentation politique de leurs intérêts au sein du système social existant. En l’occurrence, les partis communistes ont des fonctions réformistes, et non pas révolutionnaires, et, par là même, ils servent en dernière analyse à maintenir en place le capitalisme monopoliste d’Etat.
Dès lors, la lutte prétendue contre le capital monopoliste d’Etat ne fait que camoufler un méli-mélo politique. Il y a beau temps que les partis communistes ont perdu la volonté d’attaquer le capitalisme lui-même, à l’échelle internationale comme à l’échelon national, ainsi qu’il s’ensuit tant du programme de « coexistence pacifique » que des rapports commerciaux entre systèmes sociaux différents. Il est bon de faire ressortir que, sur le plan national, la gauche s’oppose uniquement à la dictature égoïste des monopoles, non à l’Etat ou au capitalisme eux-mêmes, et que ses luttes visent uniquement à participer au gouvernement afin de placer les monopoles sous l’autorité de l’Etat. Sur le plan international, la petite guerre contre le capital monopoliste d’Etat se plie aux besoins immédiats de la politique impérialiste. La gauche combat à cet égard non le capital impérialiste lui-même, mais les politiques impérialistes, opposées à ses propres options nationales ou impérialistes, que les gouvernements en place poursuivent au profit des monopoles. La distinction entre capitalisme et « capitalisme monopoliste d’Etat » sert à justifier à la fois les alliances et les antagonismes entre pays capitalistes et pays « socialistes » et, par-dessus le marché, les litiges entre les pays « socialistes » eux-mêmes. Autrement dit, les partis communistes cachent leur propre politique capitaliste et, partant, impérialiste sous le mot d’ordre de lutte contre le capitalisme monopoliste d’Etat, destiné à gagner les ouvriers à leur cause à eux.
Ainsi, la « théorie » du capital monopoliste d’Etat sert d’une part à justifier l’activité purement réformiste des partis communistes des pays capitalistes et, d’autre part, à faire face aux exigences de politiques impérialistes. Elle exprime ainsi le fait que, malgré leurs différences, les pays capitalistes et « socialistes » ont les uns et les autres le même objectif, la défense de rapports de production capitalistes contre toute transformation socialiste. C’est là chose implicite dans la théorie actuellement à la mode de la « convergence » qui, censée refléter le processus d’industrialisation, prétend surmonter les différences entre les deux systèmes sociaux. Comme le processus d’industrialisation des pays capitalistes d’État est semblable à celui des pays monopolistes, d’après cette théorie, les formations sociales ne diffèrent qu’en fonction du degré atteint par la centralisation du contrôle de la production et de la distribution sociale. Ce processus ayant déjà, dans les pays de capitalisme monopoliste d’État, abouti à la séparation de la propriété et du contrôle, il ne reste qu’un pas à faire pour transformer complètement le capitalisme privé en capitalisme d’État et, ce pas, on peut le franchir à l’aide de moyens politiques. Cela fait, le socialisme sortira de son cocon capitaliste et la lutte des classes sociales prendra fin.
Ainsi donc, les théoriciens du capitalisme monopoliste d’État envisagent uniquement l’élimination des monopoles, seule transformation à apporter, selon eux, au système de production actuel, conforme par ailleurs aux exigences du socialisme. D’où leur manque relatif d’intérêt pour le cycle des crises inhérent au capitalisme moderne. Quant aux difficultés et aux injustices qui vont toujours de pair avec ce système, ils en voient la cause dans l’Etat, lequel confondrait les intérêts des monopoles avec les siens propres. Ce qu’il faut, c’est un autre Etat, ou un autre gouvernement, pas un autre système économique. A cet égard encore, les idées du capitalisme moderne coïncident avec celles du capitalisme d’Etat. Le capitalisme monopoliste d’Etat lui aussi se targue d’avoir mis un terme à la propension du système aux crises grâce aux interventions de l’Etat dans les mécanismes économiques. Mais cette illusion vient buter sur des réalités têtues, elle est déjà en train de perdre sa crédibilité. Et c’est pourquoi l’« opposition » au capitalisme monopoliste d’Etat se présente sous la forme d’une revendication de mainmise très étendue — et finalement totale — de l’Etat sur l’économie en vue de liquider toute possibilité de soulèvements sociaux.
Comme la bourgeoisie elle-même, les critiques « de gauche » du capitalisme monopoliste d’Etat recherchent une solution capitaliste aux contradictions du capitalisme. La bourgeoisie a depuis longtemps cessé de croire à une régulation automatique de l’économie par le marché. Avec le déclin de la concurrence, les prix et les profits ne sont plus déterminés par le marché, mais au contraire établis librement par les monopoles. Faute de pouvoir transformer la structure monopoliste de l’économie, l’Etat est obligé d’intervenir non seulement pour assurer le plein emploi par le biais d’une politique monétaire et fiscale, mais aussi pour plier salaires et prix aux exigences de la stabilité économique. Il incombe à l’Etat d’accomplir par des moyens politiques ce que le marché capitaliste seul n’arrive plus à réaliser. En fait, les interventions de l’Etat dans l’économie sont allées en augmentant continuellement. Ces manipulations ont donc permis d’atténuer les crises, d’où l’idée qu’une régulation consciente du capitalisme est bel et bien possible.
Les théories socialistes avaient déjà anticipé ces développements. Hilferding, par exemple, écrivait : « Si les groupes monopolistes suppriment la concurrence, ils suppriment du même coup le seul moyen par lequel peut se manifester une loi objective des prix. Le prix cesse d’être une grandeur objectivement déterminée, il peut être fixé consciemment. (…) Le groupe monopoliste, expression concrète de la théorie marxienne de la concentration du capital, paraît ainsi impliquer l’élimination de la théorie marxienne de la valeur 6. »
Ce qui passait l’entendement de Hilferding, c’était que, suivant la théorie de Marx, la loi de la valeur détermine seulement le niveau général des prix et ses fluctuations, non les prix eux-mêmes. Dans les conditions de la libre concurrence, il existe une tendance à l’établissement d’un taux de profit moyen par le biais d’un décrochage des prix d’avec la valeur. Telle est aussi la manière dont les surprofits, ou prix de monopole, se sont formés tout au long de l’histoire du capitalisme, fournissant en fait l’une des bases de l’accumulation accélérée du capital. A mesure que la monopolisation de l’économie progresse, les prix de monopole ont pour effet de réduire le taux de profit moyen réalisé par les capitaux concurrentiels, les profits de ce secteur se trouvant transférés à celui des monopoles. Mais le déclin de la concurrence fait à son tour disparaître la possibilité de ces transferts de profits ; le taux de profit monopoliste tend au taux de profit moyen déterminé par la loi de la valeur.
L’économie monopoliste n’abolit nullement la loi de la valeur : elle en confirme au contraire la validité, comme le montrent et la baisse du taux de profit et du taux d’accumulation qui lui est lié — lequel baisse lui aussi en ce qui concerne le capital monopoliste —, et les interventions étatiques dans l’économie que cette situation rend indispensables. Mais ces dernières se heurtent à des butoirs, les limites bien déterminées que leur imposent les rapports de production capitalistes, et ne constituent donc que des palliatifs temporaires. Ces voies de recours une fois fermées, la tendance du capitalisme aux crises réapparaît, offrant de nouveau une possibilité de transformation révolutionnaire du système capitaliste. Le caractère monopoliste d’Etat du capitalisme d’aujourd’hui place ainsi le prolétariat devant la même tâche qui lui incombe sous n’importe quelle forme de capitalisme : abolir les rapports capitalistes par l’élimination du travail salarié au sein d’une société sans classes.

Notes

1. Capital, III, Ed. sociale, t. 2, p. 104.
2. Anti-Dühring, trad. E. Bottigelli, p. 316.
3. Ibid., p. 318-319.
4. R. Hilferding, le Capital financier, trad. M. Ollivier ; p. 439.
5. Lénine, Werke 24, p. 259.
6. R. Hilferding, op. cit., p. 321.

The Petition and the Blunderbuss – Remembering the Chartists

4 mars 2008

Socialist Standard has reviewed my pamphlet, Bronterre O’Brien and the Chartist Uprisings of 1839, (David Black, Radical History Network Publications 2007). What follows is the review, a brief discussion of it, and the text of the pamphlet – minus the excellent illustrations.
Here is the review:

« James O’Brien contributed articles to the Poor Man’s Guardian under the pseudonym ‘Bronterre’ and eventually adopted it as his middle name. O’Brien soon became the Poor Man’s Guardian editor as it campaigned for universal suffrage at the time of the 1832 Reform Act. This Act however merely redistributed the vote amongst the owning class, leading to the drawing-up of the People’s Charter in response (‘essentially a program for universal male suffrage,’ according to Black) in 1838 by the London Working Men’s Association and the Birmingham Political Union. In June 1839 a mass petition was presented to, and rejected by, Parliament. Violent uprisings then occurred around the country, including a fierce battle in Newport, South Wales, in which 24 died and 50 were wounded by gunfire. After the Newport uprising was suppressed its leader, John Frost, was sentenced to death (later commuted to transportation for life) and O’Brien was sentenced to eighteen months in prison for making seditious speeches. Black’s short tract on this particular episode reads like a Trotskyist analysis of the event as a failure of leadership (in Trotskyist literature working class setbacks are always the result of a betrayal of leadership). Thus Black argues: ‘if the Rising in Monmouth had not been led by John Frost it might well have succeeded.’ Succeeded in doing what? Taking and holding Monmouth? Creating a revolutionary situation? Such fantasies were dismissed by O’Brien who had withdrawn from active involvement by this stage. According to Black: ‘He explained later that he could not conscientiously take part in secret projects which could only at best produce partial outbreaks, which would easily be crushed and would lead to increased persecution of the Chartists.’ The Chartist campaign lasted another 10 years before collapsing in failure. L.E.W. »

That’s the review. Actually I didn’t ‘argue’ that ‘if the Rising in Monmouth had not been led by John Frost it might well have succeeded’; rather I put the word ‘arguably’ in front of the ‘if’ and followed the sentence not with a quote by Trotsky, but the views of General Charles Napier the commander of the army in the North in 1839. Napier, with less than 10,000 troops at his disposal, recorded that if there had been simultaneous risings across the North, and if the military leadership of the Chartists hadn’t been so incompetent, his soldiers (many of whom were Chartist sympathizers) might not have been able to cope.
L.E.W. appears to believe that any discussion of the qualities of leadership in working class movements is ‘Trotskyist’; presumably because the only ‘correct’ leadership in the world for the last 100 years has been the Socialist Party of Great Britain, and it doesn’t matter a damn who leads anything else. L.E.W. may be a pacifist practitioner of ‘Politics as the Art of the Impossible’, but in dismissing Chartism as a ‘failure’ (how would the SPGB define success?), he forgets that this movement, forged by utopians, democrats, millenarians, communists and pike-wielding ‘extremists’, was fighting for the system of representative democracy that SPGB depends upon to put its programme into practice « peacefully. »
As Nietzsche once said « We need history, but not the way a spoiled loafer in the garden of knowledge needs it. » Walter Benjamin , in his 1939 Theses on the Philosophy of History, agreed, but saw « the struggling oppressed class itself » as the « depository of historical knowledge. » Benjamin pointed out that the social democrats had « thought fit to assign to the working-class the role of redeemer of future generations, in this way cutting the sinews of its greatest strength. This training made the working-class forget both its hatred and spirit of sacrifice, for both are nourished by the image of enslaved ancestors rather than that of liberated grandchildren. »
The issues raised by the Chartists – democracy AND social justice – are still alive in the 21st Century. So I now offer the text of the original pamphlet for further debate.

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Bronterre O’Brien and the Chartist Uprisings of 1839

By David Black

This pamphlet reproduces a lecture given to the South Place Ethical Society 20 May 2007 and published in the Ethical Record Vol. 112 No.7 July 2007. Reprinted by permission of the Ethical Society (www.ethicalsoc.org.uk). Published by Radical History Network – North London. PO Box 45155 London N15 4WR

Historians of the Left have pointed out that, whereas in France the bourgeoisie had to fight a violent revolutionary war to extirpate the old feudal order, in England compromise was possible, because the Civil War and « Glorious Revolution » of the 17th century had already laid the foundations for civil (capitalist) society. After the French Revolution, the English industrial bourgeoisie and the landowning class feared the working class more than they feared each other. The compromise was consummated in the Whig’s Reform Act of 1832, which extended the electoral franchise to a good section of the middle class. But with still only seven hundred thousand voters in a land of twenty-five million subjects, the working class – who had supported the Whigs’ Reform agitation – felt betrayed and disappointed. And worse was to come: the radical press was persecuted; trade unionists were transported to Van Dieman’s Land; Ireland was subjected to a new paramilitary police force; and the New Poor Law of 1834 established the hated workhouse system. Discontent intensified in the late-1830s, when the rising speed of industrial development produced an economic crisis. In the North and Midlands a massive militant protest campaign was built up, in which workhouses were burned and the Poor Law commissioners subjected to hostile demonstrations and intimidation.

‘A Complete Subversion of the Existing World’

Possibly the most important radical intellectual of this period was Bronterre James O’Brien (1804-64), an Irish lawyer who moved to London and edited The Poor Mans Guardian and other working class publications. Influenced by Robert Owen, he described Owenite socialism as a new idea for ‘a complete subversion of the existing world. The working classes aspire to be at the top instead of at the bottom of society – or, rather that there should be no bottom at all.’ But O’Brien, who was also an admirer of Robespierre and Babeuf, thought that Owen lacked a historical understanding on the question of political power. O’Brien saw the conduct of the Whigs in the Reform Crisis of 1832 as akin to the manoeuvres of the Girondists of the French Revolution: both had given political power to the ‘small middlemen… in order to more effectively keep down the working classes.’ In 1836 O’Brien translated Phillipe Buonarroti’s first hand account of Gracchus Babeuf and Conspiracy for Equality. Babeuf, executed by the Directory in 1797, had wanted the French Constitution of 1793 implemented and to fulfill what he saw as the logic of the revolutionary class struggle: economic equality and common ownership of property.
Babeuf inspired O’Brien’s argument that the American and French Revolutions had left the ‘institutions of property’ intact, as ‘germs of social evil to ripen in the womb of time.’ The great democratic gains had been subverted by counter-revolution from ‘within and without.’ The next revolution therefore, had to be social as well as political: ‘from the laws of the few have the existing inequalities sprung; by the laws of the many they shall be destroyed.’ Owenism and French Babouvism were not the only socialistic ideas that influenced O’Brien and his supporters. There was also Thomas Spence’s program for expropriation of the big landowners in order to transform the land into a ‘People’s Farm,’ administered by a decentralized system of democracy in a ‘New Republic.’
In 1838 the five-point People Charter – essentially a program for universal male suffrage – was drawn up by some rather moderate men of the London Working Men’s Association and the Birmingham Political Union. Mass meetings throughout the kingdom elected delegates to a ‘National Convention,’ which was to meet in London in permanent session for the purpose of coordinating a petition campaign. Bronterre O’Brien was elected for London to the Convention at a meeting in Westminster. Another important Irishman elected was Feargus O’Connor, former MP for Cork, publisher of the enormously popular Northern Star newspaper and leading agitator against the workhouses.
On 4 February 1839, the day of the Queen’s opening of Parliament, the National Convention assembled at the British Coffee House, Cockspur Street, with fifty-five delegates. Robert Lowery, delegate from the North-East, recalled:
‘The British Coffee House being close by, those of us who had never seen her Majesty made a general rush to see her and her procession. Some of the gentlemen in waiting would have been astounded at the free criticisms and remarks made upon the beefeaters and paraphernalia of the procession.’

A Blunderbuss To Aid The Petition

As the National Convention got down to business, the first issue was the Petition itself. The moderates argued that the Convention should just collect as many signatures as possible and present them to Parliament. O’Brien thought otherwise. As he had previously said in a speech:
‘I would remind you [of]the story of Gil Blas – where a famous beggar, who levied his blackmail under the name of charity, used to present his petition with one hand whilst the finger of the other was applied to the blunderbuss to assist the prayer of the petition. That was a style of petition that never failed.’
On the extreme Left of the Convention, there were those like George Julian Harney, who had absorbed Bronterre’s writings on the French Revolution and sought to apply them in England. They argued that, as there was no chance of the Liberal government taking any notice of the Petition, ulterior measures needed to be drawn up and enacted immediately including, ‘exclusive dealing’ (what is now called a consumer boycott – in this case, of exisable commodities such alcohol and of anti-Chartist shopkeepers), the arming of the masses (to defend their ‘constitutional rights’) and a general strike. O’Brien however, argued that they would first need a lot more than the half-a-million signatures so far collected. He said:
‘At present the Convention stands as mediator between the suffering people and the House of Commons… and it would be absurd to talk of ulterior measures unless we have two or three millions of signatures.’
O’Brien also believed that the people would only support ulterior measures if and when parliament rejected the petition. He likened the petition to a ‘notice to quit’; failure to obey the notice would bring about the ejection of the class enemy from the House of Commons. The debate concluded with a decision that the Convention should encourage preparations to use force. In reaction, most of the moderates resigned, but this had little impact on the momentum that had built up by the spring of 1839. Huge demonstrations were taking place, muskets were being procured and pikes were being secretly manufactured in large numbers. The National Convention, supported by thousands of contributions to its ‘National Rent,’ was sending lecturers to every corner of the kingdom. Female Chartist Associations were being formed, even though it had been decided early on not to campaign for the Female Franchise, as the male leadership of the movement (many of whom did favour Women’s Rights) deemed that such a demand would hold up the enfranchisement of men.
In May the government lost a motion of no-confidence over its handling of the rebellions in Canada and Jamaica. If the government had fallen the consequences might have been dramatic. The National Convention had been discussing a plan of what to do in the event of a general election. At the hustings on election night there would be Chartist candidates in the constituencies. As was the custom, the candidates would make speeches and then there be a show of hands. If the Chartist won the count, one of the Whig of Tory candidates would demand a vote of the electors i.e. the middle-class property owners. Whatever the result, the Chartist candidate would claim to be the true representative of the constituents and would take his seat on the National Convention, which was the true ‘People’s Parliament.’ The Chartists would then organize a million-man march on London. They would camp on Hampstead Heath and send a delegation to Parliament to demand that either: the MPs approve the People’s Charter, or vacate the premises and allow the National Convention delegates to move in, or face an armed march on Parliament.

Parliament Rejects The Charter

But it was not to be. Sir Robert Peel’s party did a deal with Prime Minister Lord Melbourne over the ‘Queen’s Bedchamber Affair’ (not as interesting as it sounds) and the government survived. Parliament debated and rejected the Charter with very few dissensions. By this time the Metropolitan Police were arresting some of leaders of the movement for allegedly seditious speeches, so a proposal was put forward to move the Convention out of London. Bronterre O’Brien agreed; it would be safer, he suggested, ‘under the guns of Manchester or Birmingham’ (both towns had extensive arms factories manned by Chartist sympathizers). The Convention moved to Birmingham in June and the day it opened, a massive riot erupted in the town when police sent from London tried to stop speeches in the Bull Ring. This was followed by another big riot in Newcastle-upon-Tyne. At this time O’Brien was touring the country, giving speeches and he was indicted for making seditious speeches in Liverpool and Newcastle.
On 17 July the Convention finally voted to begin a month-long general strike on 12 August. But disagreements persisted. Feargus O’Connor favoured postponement and he and O’Brien moved that the Convention could not take upon itself ‘the responsibility of dictating the time or circumstances of such a strike,’ and should instead leave it to the people in the localities. John Warden, a physical-force supporter from Bolton, reminded O’Connor that according to his own paper, the Northern Star, ‘the whole country was organized and armed to the teeth.’ O’Connor retorted,
‘There has never appeared in the columns of the Northern Star a declaration that the people were armed, but on the contrary a constant regret that the people were not armed.’
O’Brien said,
‘In reference to what had been said about the people being armed, I believe that Mr. O’Connor has never said that they were armed, but has always contended that until the people were armed throughout the country, they would never get Universal Suffrage; or that if they did get it, they would not be able to keep it.’
All the delegates on the National Convention knew that there was a revolutionary logic to a general strike. There was no strike fund and people would have to eat. William Benbow had said that the only strike fund was ‘the cattle of a thousand hills.’ If the strikers were to seize the herds and raid the grain stores, the ruling classes would see this as an attack on private property (which they held sacred) and would call out the military. In Lancashire, where the cotton mills were on short time due to the depression, the owners wouldn’t have minded a ‘holiday’ from having to pay wages, so there was little momentum for a strike there; although further north, miners in Northumberland and Durham were already striking. In the end the Convention recommended holding a demonstration instead of a strike: ‘the great body of the working people, including most of the Trades, may be induced to cease work on the 12th instant, for two or three days,’ during which time they would hold meetings for ‘deliberating on the present awful state of the country, and devising the best means of ending the hideous despotism with which the industrious orders are menaced by the murderous majority of the upper and middle classes, who prey upon their labour.’
When, on 22 July, O’Brien moved that the Convention ‘cannot take upon ourselves the responsibility of dictating the time or circumstances of such a strike’ and instead should leave to the people in the localities, he was implicity overturning the raison d’etre of the Convention as expressed in its published manifesto, which had promised in the event of Parliament rejecting the petition, the Convention would ‘proceed to name the day’ when the strike would commence, ‘unless the measures of justice we are contending for have been previously conceded.’ For only a national body could organise universally; and the only national body was the Convention itself. O’Brien himself had argued that ‘if you strike universally, you strike successfully; but if partly unfavourably.’ Understandably, the local leaders now felt uneasy about asking workers to take actions which would turn out to be merely partial and localised.

All Credibility Lost

With the failure of the strike, the National Convention lost all credibility and in mid-September, delegates voted for dissolution. On its last day, Dr. John Taylor from Scotland advocated ‘resistance.’ ‘All constitutional law is at an end… brute force is now the order of the day,’ he pronounced. Taylor proposed a departing public statement by the Convention, which O’Brien described as a ‘thoroughly illegal and dangerous document’; and in the end no statement was agreed on.
In the last days of the Convention, just when John Frost was telling the delegates that the people of south Wales were not prepared to strike, resolutions arrived from his Monmouthshire ‘constituents’ calling for armed struggle as well as the strike. No sooner was the Convention wound up than a ‘Secret Council’ was formed by delegates favouring insurrectionary action. As they saw it, the ruling classes, inspired by the ‘damnable doctrine’ of the Reverend Malthus, had produced a New Poor Law which was a threat to the very existence of working class family life; the leaders of the working class were being hounded and persecuted; the Whigs were trying to establish County Police Forces in preparation for repression along the lines of what had been inflicted on the Irish; and ‘class legislations’ such as indirect taxation were widening the gap between rich and poor. In short the whole system was so corrupt and despotic that it needed to be brought down by force.
O’Brien did not join them. With the collapse of the Convention, he had decided to withdraw from the movement. He explained later that he could not conscientiously take part in secret projects which would at best only produce partial outbreaks, which would easily be crushed and would lead to increased persecution of the Chartists. O’Brien believed that physical force ‘should have no part unless it began with the oppressor, in which case, the oppressed would be bound (by the constitution itself), to resort to physical force in self-defence.’
On November 3 over 20,000 Chartist supporters in South Wales took up arms. They turned off the furnaces in the iron works and scoured the property of the coal owners and works managers in search of arms (most of the middle class fled the region in fear of their lives). 5.000 marched on Newport, led by John Frost, former mayor of that town – a very reluctant revolutionary who only wanted to be an MP and was quite incapable of violence himself. Elsewhere in the kingdom, members of the Secret Council had been preparing their own insurrections, notably in Newcastle, Carlisle, and throughout the West Riding of Yorkshire. But then when the news came through from Newport – 24 killed and fifty wounded by gunfire and John Frost and his comrades arrested and facing being hung, drawn and quartered for treason – the follow-up rebellions were hastily called off. Arguably, if the Rising in Monmouth had not been led by John Frost it might well have succeeded. The commander of the army in the North, General Charles Napier had less than 10,000 troops at his disposal. Napier recorded that if there had been simultaneous risings across the North, and if the military leadership of the Chartists hadn’t been so incompetent, his soldiers (many of whom were Chartist sympathizers) might not have been able to cope.
On 1 February 1840 death sentences passed on John Frost, Zephaniah Williams and Williams Jones were commuted to transportation for life. That same month, Bronterre O’Brien and Feargus O’Connor were tried by making seditious speeches. Their ‘moderate’ stance was not appreciated by the authorities, and they were sentenced to eighteen months imprisonment. So ended the first campaign of the Chartists.

David Black is co-editor of The Hobgoblinwww.thehobgoblin.co.uk – author of Helen Macfarlane: A Feminist, Revolutionary Journalist, And Philosopher In Mid-Nineteenth-Century England (Lexington USA 2004) and co-author, with Christopher Ford, of a book-in-progress on the Chartist Convention and Uprisings of 1839 (publishers’ enquiries welcome).

Les principes du socialisme expliqués (WSM)

24 février 2008

Nous avons déjà mis en ligne deux brochures en français du Parti socialiste du Canada, membre du Mouvement socialiste mondial (World socialist movement), principalement représenté par le Parti socialiste de Grande-Bretagne (rien à voir avec le Labour) qui édite le mensuel Socialist standard. Ce mouvement a perpétué dans le monde anglo-saxon une tradition marxiste révolutionnaire surnommée « impossibiliste« , une tradition non-léniniste se voulant fidèle à la gauche socialiste d’avant 1914, considérant que l’URSS était un capitalisme d’Etat, et contrairement à la gauche germano-hollandaise ne pratiquant pas d’anti-syndicalisme principiel. Nous publions aujourd’hui une brochure pdf dudit mouvement qui détaille et explique cette déclaration de principes:

OBJET

L’établissement d’un système de société basé sur la propriété commune et le contrôle démocratique des moyens et instruments de production et de distribution par et dans l’intérêt de la communauté tout entière.

DÉCLARATION DE PRINCIPES

Le Mouvement Socialiste Mondial affirme:

1. Que la société telle qu’elle est actuellement constituée est fondée sur la possession des moyens d’existence (terre, usines, chemins de fer, etc.) par la classe capitaliste ou dominante qui tient ainsi asservie la classe travailleuse, dont le travail seul produit toutes les richesses.
2. Qu’il en résulte dans la société un conflit d’intérêts qui se manifeste par une lutte de classes entre ceux qui possèdent mais ne produisent pas et ceux qui produisent mais ne possèdent pas.
3. Que cet antagonisme ne peut être aboli que par l’émancipation de la classe travailleuse de la domination de la classe dominante, et ce, par la conversion en propriété commune de la société des moyens de production et de distribution et leur contrôle démocratique par la population tout entière.
4. Que puisque, dans l’ordre de l’évolution sociale, la classe travailleuse est la dernière classe à gagner sa liberté, l’émancipation de la classe travailleuse impliquera l’émancipation de l’humanité tout entière, sans distinction de race ou de sexe.
5. Que cette émancipation doit être l’oeuvre de la classe travailleuse elle-même.
6. Que, puisque la machine gouvernementale, y compris les forces armées de la nation, n’existe que pour conserver le monopole de la classe capitaliste sur les richesses enlevées aux travailleurs, la classe travailleuse doit s’organiser consciemment et politiquement en vue de la conquête des pouvoirs gouvernementaux, tant nationaux que locaux, afin que cette machine, forces armées comprises, puisse être convertie d’un instrument d’oppression en l’agent d’émancipation et d’abolition des privilèges, aristocratiques et ploutocratiques.
7. Que puisque tous les partis politiques ne sont que l’expression d’intérêts de classe, et étant donné que l’intérêt de la classe travailleuse est diamétralement opposé aux intérêts de toutes les sections de la classe dominante, le parti qui a pour but l’émancipation de la classe travailleuse doit s’opposer à tout autre parti.
8. Un Parti Socialiste authentique doit donc entrer dans le champ de l’action politique, déterminé à mener la lutte contre tous les autres partis politiques, qu’ils prétendent agir au nom des travailleurs ou qu’ils soient ouvertement capitalistes, et lance un appel aux membres de la classe travailleuse de ce pays pour qu’ils se groupent sous sa bannière dans le but de mettre rapidement un terme au système qui les prive des fruits de leur travail et afin que la pauvreté cède la place au bien-être, le privilège à l’égalité et l’asservissement à la liberté.

[en anglais ici ]

Lire ou télécharger la brochure: principes.pdf

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Lukacs: Reification in the 21st Century

24 janvier 2008
Article de David Black mis en ligne par The Hobgoblin, site marxiste-humaniste londonien.

Reification in the 21st Century

Lukacs’ Dialectic – the First Hundred Years

2008 is a centenary of sorts for the great Hungarian philosopher George Lukacs (1886-1971). A centenary because a hundred years ago, in Budapest, Lukacs produced his first work, a prize-winning study of German drama. In 1922, following his leading participation in the short-lived Hungarian Soviet Republic, Lukacs published his most influential work, a collection essays entitled History and Class Consciousness. Lukacs’ ‘problematic’ of a reified ‘false’ consciousness – which can only be grasped in relation to its non-reified liberatory alternative – deeply impacted on the philosophers of the 20th Century: especially Adorno, Sartre, Marcuse, Merleau-Ponty, Debord, Edward Said – and maybe even Heidegger. Lukacs continues to engage thinkers in various fields, even if most of them see his socialist “solution” as “class-bound” and therefore historically invalidated by the collapse of the Stalinist system he subsequently embraced and eventually hoped to see reformed democratically.

Commodities and Consciousness

In his (pre-Stalinist) essay of 1922, ‘Reification’, Lukacs says that in a capitalist society rational human beings live in a reality that appears to them as alien and irrational, even though they themselves have made it. This contradictory, contemplative “activity” is experienced as “immediacy”; the individual’s experience of the reified existence lacks the “mediations” which could reveal it in its totality and point the way towards a “solution.”

In class terms, Lukacs argues that “objective reality of social existence is in its immediacy ‘the same’ for bourgeoisie and proletariat.” But as a correlate he says that beyond immediacy the “specific categories of mediation” necessary to grasp the totality of reified relations are “fundamentally different” for the bourgeoisie and proletariat, due to their respective positions within the same process. [p159]

Lukacs says of the worker: “Inasmuch as he is incapable in practice of raising himself above the role of object his consciousness is the self-consciousness of the commodity.” However, by “adding self-consciousness to the commodity structure a new element is introduced”; for “when the worker knows himself as a commodity his knowledge is practical. That is to say, this knowledge brings about an objective structural change in the object of knowledge.” [emphasis in original] With this change the possibility arises that this “commodity,” “conscious of itself” at the level of class consciousness, can constitute itself as a “subject-object identity”: a Hegelian “knowledge of totality,” from the “standpoint of the Proletariat,” in which the categories of existence appear in consciousness, not as the determining categories of capitalist economics, but as determinants of the Proletariat’s own objective existence. [p149]

Lukacs does not justify this idea empirically, but instead formulates an “imputed” revolutionary consciousness, which he claims can be determined by relating existing consciousness to the totality of social relationships, so that “it becomes possible to infer the thoughts and feelings men would have in a particular situation,” if they were able to assess how that situation, and the interests arising from it, “impact on immediate action and on the whole structure of society.” [51] For Lukacs, this power to “infer” is embodied in the Party.

Lukacs’ position on consciousness and commodification is based on his interpretation of Marx’s analysis of the ‘Fetishism of Commodities’ in Capital Vol. I. [Ch.1 section 4]. Lukacs says that the essence of the commodity-structure is that it takes on “the character of a thing and thus acquires a ‘phantom objectivity’, an autonomy that seems so strictly rational and all-embracing as to conceal every trace of its fundamental nature: the relation between people.” [p83]

However, it is here, at the heart of Lukacs’ analysis that we must ask: is Lukacs being « Marxist » enough? For isn’t it the case that Marx’s dialectical analysis of concealment and appearance suggest that the fetishism does not just, as in the case of the money-form, “conceal” the “relation between people” (a phrase Marx does not use), but actually constitutes the “relation between people” and things? In this reading, the reason the “direct social relations between individuals at work” don’t appear is because capitalism is, historically and logically, their negation (such relations existed in pre-capitalist societies, and would also exist in a society based on “production by freely associated men”). Although capital organises co-operation in production, it isolates individuals in their immediacy and forces them to compete with each other through the social “relation between people” that arrives post festum as commodity-exchange on a universal basis.

When Marx asks “Whence, then, arises the enigmatical character of the product of labour, so soon as it assumes the form of commodities?” and answers, “clearly from this form itself,” this suggests that the reified relations can only be uprooted by the abolition of commodity-production. But Lukacs does not seem to rule out the production of commodities in a socialist economy; rather he seems to suggest that commodities would be stripped of the “fetish-character,” but produced nonetheless. For all his critique of the fetish-character of commodities, at no time does he locate that character in the form itself. Rather, Lukacs’ “dialectical conception of totality” dissolves the “fetishistic forms” iin consciousness and reveals them as ideological i.e. “necessary” illusions. [p13]

Raya Dunayevskaya argues that in Lukacs’ transformation of Marx’s concept of reification « into a universal, affecting all of society equally,” the “’becoming conscious’ is endowed with a ‘neutrality' », and that for all Lukacs writes on the proletariat as the sole revolutionary force, « it does not flow either logically or objectively, either historically or dialectically from his original theory. » Crucially, she argues:
« …Lukacs so overstressed ‘consciousness’ of the proletariat that it overshadowed its praxis which was both material force and reason, so that it left room, at one and the same time, for a slip back into the Hegelian idealism of the ‘identical subject-object,’ and into substituting the Party that ‘knows’ for the proletariat. »

Dunayevskaya however, recognises Lukacs as having “made his greatest contribution to authentic Marxism by interrelating and making central to his dialectic the interrelationships of the concepts of ‘totality’ and ‘mediation’.” [Power of Negativity 218-21] In exploring these concepts, in order see what else flows from his original theory, it is necessary to consider Lukacs’ critique of Kant.

Totality and Mediation

Kant refuses to grant the mechanical sciences an absolute knowledge of objective reality, but the other side of this refusal is his effort to preserve a self-determined, ethical (and aesthetic) dimension within the subjective realm of freedom.

Kant proceeds from Sense-Perception and Understanding to the higher level of Reason, in which particulars and universals are unified into the Idea. The highest philosophic form of the Idea is represented by Plato’s unconditioned infinite, but Kant places this beyond the reach of Reason because no psychological/sensuous intuition/perception of the empirical world can correspond with it. If we apply the categories supplied by reason to the “infinite” we are caught up in antinomies.

These antinomies arise in cosmological/theological questions, such as ‘does the universe have a beginning and an end in space and time or, is it endless and eternal?’ – and Kant points out that neither proposition can ever be tested and proved. Also the problem of antinomies also arises in political issues, such as the ultimate “Good” (as represented by Plato’s Republic), because of the Kantian “chasm” between “is” and “ought,” and freedom and necessity.

Lukacs sees Kant’s Critique of Pure Reason as the most precise expression of the antinomies of bourgeois society which need to be overcome. But Kant is an admirer of Rousseau, who argues that the essential will of the human being is to be free and self-determined. In the Critique of Practical Reason Kant presents a moral will that, at its highest level, would attain a concrete notion of human “nature,” existing in a universal harmony with the notion of Freedom. Kant accepts the scientific idea of nature as the “aggregate of laws” but, as Lukacs points out, in Kant’s moral philosophy there is a parallel conception drawn from Rousseau’s “value concept” of nature, in which modern rational/scientific institutions are seen as reifying and dehumanising the life of the “People.”

Kant sees human feelings as sublime when directed towards a moral destiny, which humans are predisposed towards as an incentive for goodness. And because we can conceive of the possibility of living according to moral reason, that very conception can play a regulative role in our behaviour, if not a direct, constitutive role in society. In the Critique of Judgement Kant investigates the idea that the totality – in Rousseau’s terms, the unity and freedom of the People under the General Will – ought to be established, not as a Beyond, but as a Present. At this point Kant introduces the idea of Teleology: “the idea of collective nature as a system in accordance with the rule of purposes, to which idea all the mechanisms of nature must be subordinated.”

Hegel points out that Kant is here “returning” to Aristotle’s teleological idea that Nature, as a process, adapts itself to end and intelligence, so that in unity one element can be seen as a moment of another. [History of Philosophy, Vol. III. pp. 156-162]. Kant’s moral reason, based on the categorical imperative, subsumes the particular under the general, and subsumes the empirical and the concrete under the ideal and the abstract. However, as a hypothesis, Kant postulates an “intellectus archetypus”: a type of intelligence which would be capable of starting with the particular and advancing to the general; or, in other words, constituting a Good that emanates from the “good” nature of humanity rather than from an abstract ideal that appears to be eternally in conflict with the “crooked wood” of human nature.

Hegel comments on Kant’s “intellectus archetypus”:
“…that this ‘intellectus archetypus’ is the true Idea of the understanding, is a thought which does not strike Kant. Strange to say, he certainly has this idea of the intuitive; and he does not know why it should have no truth – except because our understanding is otherwise constituted, namely such ‘that it proceeds from the analytic universal to the particular’.” [ibid]

Advancing from the particular to the general (universal) is precisely what Lukacs aims for with his concept of “imputed” revolutionary consciousness, in which “it becomes possible to infer the thoughts and feelings men would have in a particular situation” if they were able to situate them within the totality of the social structure and the historical process. Lukacs agrees with Hegel that, beyond immediacy, fate and purposive activity recognise themselves each other within mediation, and that consciousness is able to discern its essence in necessity. Lukacs comments:
“To go beyond this immediacy can only mean the genesis, the ‘creation’ of the object. But this assumes that the forms of mediation, in and through which it becomes possible to go beyond the immediate existence of objects as they are given, can be shown to be the structural principles and the real tendencies of the objects themselves.” [155]

Lukacs says that the absence of such mediation can be seen most starkly in bourgeois political economy. Unlike for the bourgeoisie, Lukacs argues, “[f]or the proletariat to become aware of the dialectical nature of its existence is a matter of life and death.” [164] This is not just a matter of putting food on the table; there is also the barbarity of war caused by capitalist competion. Lukacs repeatedly speaks of the capitalism of his day, which had just gone through the First World War and the Russian Revolution, as being in its “final crisis” and he draws on the economic theories of Rosa Luxemburg, which sought to explain the economic causes of imperialist rivalry and war.

Luxemburg takes issue with Volume 3 of Capital, where Marx seeks to demonstrate that capital becomes its own barrier because of the Law of the Tendential Fall in the Rate of Profit. Luxemburg comments that one might as well wait for the “extinction of the moon” as wait for the falling rate of profit to plunge the system into crisis. Luxemburg also tackles Marx’s schemas on circulation in Volume 2 of Capital, which appear to demonstrate that accumulation can take place in a society consisting solely of workers and capitalists, without breaking down due to underconsumption of goods produced. Marx argues that a crisis of underconsumption can be avoided because of the preponderance of the production of the means of production over production of the means of consumption – which Luxemburg fails to see as a strictly capitalistic preponderance of the “need” to accumulate over human needs.

Luxemburg, taking issue with Marx, argues that, in order for capital to sell enough of its output to continue the circulation of surplus value, it needs to have not only the capitalists and the workers of the industrialised world at its disposal, but also an increasing number of “third person” consumers in non-capitalist parts of the world; hence imperialism, hence the barbarism of imperialist rivalry, resulting in World War, and hence World Revolution. [See Raya Dunayevskaya, Rosa Luxemburg, Women’s Liberation and Marx’s Philosophy of Revolution 31-50] Lukacs in 1922 saw no future for civilization in the capitalist form that had spawned the horrors of the First World War and the “anarchy” of the post-War economic crisis – an opinion shared by Trotsky and the Council Communists. Clearly, he was wrong.

Totality as Globalisation

Whatever the shortcomings of History and Class Consciousness, the importance that Lukacs places on Kantianism has been vindicated historically. Kant’s 1784 essay, Idea for a Universal History from a Cosmopolitan Point of View, considers the idea that human freedom and self-determination, “beyond the mechanical ordering of his animal existence,” is willed by nature, “independently of [animal] instinct.” Kant’s radicalism seems to prefigure the Communist Manifesto when he says:
“The means employed by nature to bring about the development of all the capacities of men is their antagonism in society… the unsocial sociability, i.e. their propensity to enter into society, bound together with a mutual opposition, which constantly threatens to break up society.”

Kant then, like Lukacs, is concerned with the moral individual who confronts an unsympathetic empirical world of mechanical laws. Kant says that history becomes a process – “progress” – which binds individuals together in exploitative relationships. But exploitation contradicts Kant’s categorical imperative that no individual should treat other individuals as a means to his or her own ends, but should instead treat them as ends in themselves. Kant says that moral wisdom must remain “an unceasing reproach” to “the realm of brute nature,” but he concludes that the best we can hope for is a gradual, “infinite progress” from “is” towards “ought.”

As a final providential gesture towards bourgeois optimism, Kant postulates an eventual “perpetual peace” on a global scale, quite at odds with the perspective of Rosa Luxemburg (though not quite at odds with that of Kautsky and social democracy). Kant bases his postulate on his expectation that, as traffic, trade and industry spread throughout the world, the leading nations would need to collectively manage the available natural and human resources. To achieve this, nation states would have to recognise that the selfish and increasingly destructive behaviour of competing trading powers would become self-defeating. And so the “crooked wood” of humanity might be straightened by its own competitive crookedness. Kant foresees the type of international bodies we have over 200 years later, such as the UN, WTO and G8. Kant does not think revolutions can bring about the perpetual peace, but he does think that individuals can prepare for this new world by inward moral improvement. Therefore, he is today the moral philosopher par excellence for the “progressive” New Age “ethical consumer,” who believes “change comes from within.”

Although it is not impossible that members of the G8 will end up waging war on each other, this does not seem likely in the foreseeable future. The priority for the G8 leaders is to agree on international arrangements which will enable them to extract value from the workers and natural resources of the world “in peace.” The “peace” does not of course negate the “right” of the strong-and-willing to invade countries whom they regard as lacking “legitimate,” “civil societies” and can be portrayed as a “threat” (such a “right” is, incidentally, prohibited by Kant’s maxim that « No State Shall by Force Interfere with the Constitution or Government of Another State”).

In the opposition, “anti-globalisation,” camp, the priority of the G8 protestors is to fight their single-issue campaigns. The NGOs, in order to preserve their “activist” credibility, exert ideological leverage (“moral pressure”) on political leaders whom they are very careful about keeping their distance from. Gaspar Tamas rightly refers to this as “statism by proxy.” Here again, despite the “anti-globalist” ideology, Kantianism re-emerges in the idea of the “infinite progress” towards a “fairer” and “safer” world, in which the self-edifying consumer becomes the agency for the “oughts” of “Make Poverty History” and “Stop Global Warming.”

The “final crisis” perspective of Lukacs, Luxemburg and others was invalidated during the course of the 20th century, based as it was on underconsumptionism. Marx’s much-misunderstood Law of the Tendency of the Rate of Profit to Fall, on the other hand, has a serious claim to validity, both logically and empirically. (as shown in Andrew Kliman’s recent book ‘Reclaiming Marx’s “Capital »: A Refutation of the Myth of Inconsistency’).]

A « Socialism for the 21st Century”?

For Lukacs, in 1922, only after a “laborious process,” which would include the “seizure of power by the proletariat” and the “organisation of the state and the economy on socialist lines,” could the “reified form” of objects be sloughed off. In conclusion Lukacs posed two alternatives: either the proletariat would be “given the opportunity to substitute its own positive contents for the emptied and bursting husks” of the fetishistic forms; or, “it might adapt itself ideologically to conform to these, the emptiest and most decadent forms of bourgeois culture.” [208]

Whether or not the term “decadent” had any useful meaning then or now (which is doubtful), clearly the “laborious process” had the opposite effect Lukacs hoped for, resulting in tyrannical state-capitalism, as is recognised by a present-day Hungarian Marxist, Gaspar Tamas. In ‘Telling the Truth About Class’ [Socialist Register 2006]. Tamas – like Lukacs – charts the history of the Left as the retreat “from Hegel and Marx to Kant,” as well as “the retreat from socialism to egalitarianism, from Marx to Rousseau, the retreat from critical theory to ahistorical moral critique.”

Tamas highlights for critical attention Edward P. Thompson’s masterpiece, The Making of the English Working Class. Thompson, covering the period 1780 to 1832, shows how the working class formed and defined itself as morally superior to, and culturally independent of, the bourgeoisie, thus enabling it to form its first national organisation – Chartism – in the late-1830s. But Tamas sees Thompson’s approach, along with Gramsci’s perspective for working class “hegemony,” as Rousseauian Marxism: “Whereas Marx and Marxism aim at the abolition of the proletariat, Thompson aims at the apotheosis and triumphant survival of the proletariat.” Unlike Rousseau, Marx is the poet of “Faustian demonism,” in which capitalism is the “final revelation” that can only be reached by “wading through the muck of estrangement.” Marx “does not oppose capitalism ideologically; but Rousseau does. For Marx, it is history; for Rousseau, it is evil.”

Tamas, argues that with the collapse of traditional Lassallean/Rousseauian socialist, (and Stalinist) parties, along with their sectish social and political cultures, we can now see that their historical mission – in which they upstaged the liberal bourgeoisie – was to clear the way for a class-bound capitalism proper, by removing the historical obstacles: feudalism, fascism and eventually, the statist Rousseauian socialism they themselves had created.

The collapse of communism can be seen, in one sense, as a revolutionary-democratic upsurge by the peoples of Eastern Europe demanding their freedom. In another sense it can be seen as the result of Western capitalism’s attempt to resolve its own problems: by applying pressure to implode the statist economies of the East in order to integrate them into the restructured “New World Order” that is now simply called globalised capitalism. Despite this supposed assault on “state control,” the reality is that, in the post-communist world, bourgeois class interests are, as Tamas points out, “taken over more and more by the state.”

If what remains of party politics is merely the media-run “debate” on how much of “egalitarian” policy is compatible with the “autonomous” and “final” demands of the economy then can a new “Socialism for the 21st Century” go beyond the “traditional” arguments for workers control and the “planned economy”? The US Marxist-Humanist journal News and Letters addresses this question in arguing:
“The restructuring of global capital has undermined not only the basis of liberalism but also versions of radicalism that reduced « socialism » to nationalized property and state control of industry. Yet many in the anti-vanguardist, autonomist and anarchist Left stop dead at affirming the need for workers’ control without considering how value production subordinates the workers’ activity to an alien power even when workers have POLITICAL control over some aspects of the labor process. This reluctance to concretely address what is needed to transcend capitalist value production has left the door open for narrow tendencies to step in and offer various false alternatives.” [August 2007]

Indeed, if commodified value-production was uprooted, a step Marx thought absolutely necessary to reach the “realm of freedom,” then the proletariat would cease to exist. And there is nothing in either the young or old Marx to suggest that he ever saw the political and cultural self-preservation of the proletariat within the alienated world of capitalism as serving any other purpose than its self-abolition – although he believed that many decades would have to pass before the subjective and objective developments brought about revolution. If, as Tamas claims, If “Class as an economic reality exists and it is as fundamental as ever,” then the extinction of past cultural and political forms doesn’t necessarily mean that new ones can’t emerge which will go deeper than culture or politics; rather it may provide the impetus for such an emergence to take place. A Rousseauian/Lassallean Marxism there was and might still be. But a Rousseauian/Lassallean Marx there never was. The problem of History and Class Consciousness addressed by Lukacs remains unresolved.

[18 January 2008]

La monnaie (de Brunhoff, 1982)

21 janvier 2008

Article de Suzanne de Brunhoff extrait du Dictionnaire critique du marxisme (P.U.F., 1982)

Monnaie
Al : Geld. — An : Money. — R : Den’gi.
Comme espèces ou billets en circulation : Currency en anglais ; Münze en allemand — qui s’inscrit dans Der Umlauf des Geldes ; Obrascenie nalicnykh deneg en russe, « circulation de la monnaie en espèces ».


La monnaie est l’objet d’une immense littérature, économique, morale, politique, psychanalytique ; en même temps elle a subi une sorte de refoulement de la part des économistes, qui s’occupent avant tout des biens « réels » à produire et à distribuer. Selon Marc Bloch, il serait vain d’en donner une définition liminaire, car elle se transforme au cours de l’histoire; mais, ajoute-t-il, il n’y a pas de « vie économique » possible sans la monnaie, définie en un premier temps comme « instrument et mesure des échanges » (Esquisse d’une histoire monétaire de l’Europe, Paris, A. Colin, 1954).

Une définition plus complète et de portée différente en est donnée par Marx dès le début du Capital, où la monnaie apparaît d’abord comme « équivalent général » dans le monde des marchandises. L’économie capitaliste est nécessairement une économie marchande; le rapport de pro-duction fondamental, l’exploitation des travailleurs salariés, se présente sous la forme d’un rapport monétaire, comme achat de l’usage de la force de travail ouvrière par le capitaliste, qui apparaît comme « l’homme aux écus ». « Sans monnaie, pas de capital » — ce qui ne veut évidemment pas dire que le capital est engendré par la monnaie.
Marx considère d’abord « les formes de la monnaie qui naissent immé-diatement de l’échange des marchandises » (Cont., ES, 39), et, pour simplifier, la circulation (lingots et espèces au XIXe siècle). La monnaie, « cristal qui se forme spontanément dans les échanges » (K., I, I, 97; MEW, 23, 101), est aménagée et gérée par l’Etat, mais non déterminée par lui. Sa dimension politique (étalonnage, monnayage, gestion de certaines quantités) ne fait que se greffer sur son rôle dans la circulation marchande, à moins qu’il ne s’agisse de « paléo-monnaies » ayant un statut différent. L’échange de marchandises reflète le fractionnement du travail social en travaux privés, effectués par des producteurs séparés les uns des autres. Les rapports sociaux d’échange sont des rapports de séparation autant que de mise en relation. Contrairement à la thèse de J.-B. Say, selon qui les produits s’échangent contre des produits, les marchandises ne s’échangent pas directement entre elles. Leur prix « n’est d’abord que la valeur sous forme-argent » (K., III, 1, p. 208; MEW, 25, 202), fixé dans leur rapport avec une marchandise particulière qui incarne le « travail en général ». C’est la marchandise-monnaie, équivalent général de toutes les autres marchandises, et par là non-marchandise.
Toutes les marchandises doivent pouvoir être échangées contre l’équivalent général, qui a le monopole social de la fonction monétaire. Il y a polarité entre marchandises et monnaie, à la fois opposées et inséparables, comme les pôles positif et négatif d’un aimant (K., I, I, 81 n.; MEW, 23, 82).
La genèse de la forme-monnaie dans le monde des marchandises telle que Marx la présente n’est pas une histoire du passage des communautés sans monnaie aux sociétés marchandes, ni des sociétés avec des monnaies archaïques aux sociétés où la monnaie aurait la même signification sociale que dans le capitalisme. C’est l’exposé de la façon dont la forme-monnaie

est nécessairement appelée par la forme-marchandise comme expression complémentaire et distincte des valeurs d’échange produites. Cette conception des rapports d’échange et de la polarité marchandises-équivalent général est propre à Marx, qui fait à diverses reprises un exposé critique des théories économiques de la monnaie (cf. surtout Cont., 119-145). Selon lui, toutes reposent sur une confusion, dont l’objet varie selon les époques.
« Dans l’enfance de la production bourgeoise », les mercantilistes confondaient la richesse comme accumulation d’or avec le capital-argent, ce qui est une forme du fétichisme. Plus tard l’économie politique classique est incapable de distinguer la forme marchandise de la forme-monnaie; amorcée par Hume, développée par Ricardo, elle fait de la monnaie un moyen de circulation, établissant l’unité entre vente et achat, sans voir que la monnaie est aussi séparation et dissociation ; en vidant la monnaie de sa substance, elle ouvre la voie à toutes les théories quantitatives qui s’attachent à la masse de monnaie en circulation comparée à la quantité des biens à faire circuler. Les prix des biens varient alors en raison inverse de la quantité de monnaie; ainsi leur hausse générale (inflation) est-elle attribuée à un excès de crédit ou à « la planche de billets »; il y aurait « trop de monnaie pour pas assez de biens » — idée superficielle qui n’explique rien. Quant aux spécialistes de la Banking School, ils confondent monnaie et capital-argent, notamment dans les échanges internationaux soldés par des exportations de lingots d’or. Enfin l’école de Proudhon, et les réformateurs comme Gray ou Owen, croient que la monnaie pourrait être remplacée par des bons de travail. Chaque producteur recevrait un certificat représentant son droit à une fraction du produit social, comptabilisé en heures de travail, quelque chose comme le ticket de consigne qu’on reçoit en déposant son vêtement au vestiaire. Selon Marx, cette conception confond le travail social fractionné en travaux privés avec un travail qui aurait d’emblée un caractère communautaire.
Ces analyses critiques faites par Marx ne s’appliquent qu’en partie aux conceptions contemporaines, notamment celle de « la monnaie capitaliste » de crédit, ou celle des « encaisses réelles » détenues comme des biens. Elles incitent cependant à éviter les confusions sur la monnaie, et à discuter deux démarches opposées mais complémentaires : celle des théories qui partent de l’économie « réelle » pour y introduire ensuite la monnaie, celles qui partent de la monnaie émise par l’Etat pour concevoir les échanges à l’intérieur d’une logique des équivalences (S. de Brunhoff, Les rapports d’argent, Maspero-PUG, 1979, p. 5 à 17).
La monnaie conçue par Marx à partir de l’équivalent général, remplit, sous des formes diverses, les trois fonctions usuellement répertoriées : mesure des valeurs et étalon des prix, moyen de circulation, réserve de valeur. La monnaie au sens plein doit être reproduite comme ensemble de ses formes et de ses fonctions alors que dans la pratique s’opèrent des dissociations (cf. S. de Brunhoff, La monnaie chez Marx, ES, 1967, p. 23).
1 / La première fonction de la monnaie, comme mesure des valeurs, implique que « la monnaie entre dans la circulation avec une valeur, et les marchandises avec un prix ». Ainsi la monnaie est-elle une marchandise particulière puisqu’en elle seule le travail a un caractère « immédiatement social ». Les discussions contemporaines sur ce point peuvent être de deux ordres : a) tout d’abord elles portent sur la valeur d’une monnaie qui est aujourd’hui faite de papier et de jeux d’écriture; en ce cas c’est le changement du support matériel de la monnaie qui met en cause la validité de la conception de Marx; b) ensuite elles portent sur la valeur de toute monnaie, y compris l’or comme porteur des équivalences entre marchan¬dises, ce qui tend à dissocier la conception de la monnaie d’une théorie de la valeur.
Dans le cadre de sa première fonction, la monnaie comme étalon des prix a de nouvelles caractéristiques. Il faut qu’un poids d’or déterminé (une once par exemple) soit fixé comme unité de mesure (quelles que soient les variations de la valeur de l’or, 12 onces restent 12 fois plus grandes qu’une once), et qu’il soit légalement baptisé par l’Etat (nommé livre sterling, ou franc par exemple). Ainsi « au lieu de dire : le quart de froment est égal à une once d’or, on disait en Angleterre : il est égal à 3 livres sterling, 17 shillings, 10 pence 1/2 » (Cont., 45).
2 / La seconde fonction de la monnaie, comme moyen de circulation, a des caractères nouveaux par rapport à la précédente. Elle circule sous une forme concrète (espèces ou billets), alors que la monnaie de compte, qui relève de la première fonction, peut être « idéale » et ne pas circuler, comme le sou ou le denier dans le haut Moyen Age, bien que la dissociation ne puisse jamais être complète (Marc Bloch, ouvr. cité, p. 49). La quantité de monnaie en circulation est déterminée par la somme des prix des marchandises et la vitesse du cours de la monnaie. La formule quan¬titative, M = P.Q/V, où la quantité de monnaie, M, détermine les prix P pour une quantité de marchandises Q et une vitesse de circulation V données, est inversée par Marx : P.Q/V = M.
Représentée par le schéma classique M-A-M, la circulation s’accomplit comme « une suite de changements de forme ». Dans la vente, M-A, la marchandise se métamorphose en argent pour le vendeur qui peut alors acheter ce dont il a besoin (A-M). Il n’y a pas d’échange direct M-M. La vente de l’un est nécessairement l’achat de l’autre. Mais le vendeur peut différer son propre achat, interrompant ainsi le cours des échanges. La marchandise qui rate sa transformation en monnaie, ou « son saut périlleux », n’est pas validée socialement. D’où la possibilité d’une crise, niée par les théories de l’équilibre général des achats et des ventes.
La monnaie qui « fait face » aux marchandises dans l’échange, doit avoir une forme concrète. Ce sont par exemple les espèces d’or monnayées par l’Etat à partir des lingots, sur la base de l’étalon officiel. Si le droit de seigneuriage est nul (c’est-à-dire si l’Etat frappe gratuitement les pièces), les espèces ne se distinguent que par la forme des lingots. Cependant (abstraction faite des manipulations intéressées concernant leur teneur en métal), elles s’usent normalement et perdent de leur poids initial en circulant, de sorte que leur fonction comme moyen de circulation tend à se dissocier de leur « existence métallique ». Dans le commerce de détail, les pièces d’or sont remplacées par des monnaies métalliques d’appoint dont le caractère est fiduciaire (de même qu’aujourd’hui toutes les pièces en circulation sont des sous-multiples des billets émis par la Banque centrale). Il en va de même au XIXe siècle pour les billets convertibles en or, signe sans valeur propre de la monnaie métallique. Ainsi quand la monnaie joue le rôle de moyen de circulation, elle peut être incarnée dans des signes, pourvu qu’elle circule concrètement.

3 / La troisième fonction (réserve de valeur), présentée par Marx comme celle de « la monnaie proprement dite », ou de « la monnaie comme monnaie », a été particulièrement négligée ensuite. Ainsi Hilferding ne considère que les deux premières fonctions. Pourtant la troisième se situe à la frontière de la circulation marchande et de l’accumulation de capital, de la monnaie et du crédit, de la circulation internationale par rapport à la monnaie intérieure aux Etats.
Tout d’abord la relation entre la monnaie qui circule et la monnaie socialement disponible, varie selon les besoins de la circulation, comme l’indique la formule anti-quantitative présentée plus haut. Les réserves ou « trésors » des particuliers, jouent le rôle de volant régulateur, en augmentant ou en diminuant « de façon que les canaux de la circulation ne débordent jamais » (K., I, I, p. 139; MEW, 23, 148). Les trésors se forment par thésaurisation, qui est demande de monnaie comme pouvoir d’échange universel. Ainsi s’articulent les trois fonctions de la monnaie. Mais en même temps, la thésaurisation qui s’attache à la monnaie en tant que telle, peut refléter une interruption de crise des échanges marchands, et non plus la régulation de la monnaie qui circule. C’est ici que Marx évoque « la soif de l’or », qui aujourd’hui donne lieu à des interprétations psychanalytiques.
Bien qu’elle fasse partie de la circulation simple, la thésaurisation se trouve à la frontière de l’accumulation de capital-argent, dans la mesure où elle a une double finalité : conservation de la monnaie comme incarnation de la valeur en général, accumulation de « richesse abstraite ».
Dans la même perspective la monnaie « mise en réserve » joue le rôle de moyen de paiement, en rapport avec le crédit comme règlement différé, mais cette fois à l’intérieur de la circulation elle-même, et non, comme le trésor, à l’extérieur (K., I, I, 141-147; MEW, 23, 149-156). On est ici à la frontière du crédit comme système de circulation propre au capitalisme.
Enfin le rapport entre une sphère marchande ayant des frontières politiques et « le marché du monde », liés et distincts, apparaît ici. On a vu plus haut que l’étalonnage et la frappe (ou l’émission) de monnaie sont affaire d’État. Quand il s’agit du règlement des échanges entre Etats-nations, selon Marx « la monnaie fonctionne dans toute la force du terme, comme la marchandise dont la forme naturelle est en même temps l’incarnation du travail social eh général » (ibid., 147; 156). Ainsi sont transférés des lingots d’or, pour solder les comptes entre nations, ou pour financer des subventions et prêts. La monnaie internationale ne circule pas selon le schéma M-A-M de la circulation intérieure. Elle sert aux échanges entre pays, sans s’inscrire dans une circulation internationale proprement dite. Il y a « une monnaie du monde », des marchands « cosmopolites », mais le « marché mondial traverse en quelque sorte les marchés nationaux » (sur le cours des changes, comme rapport entre les monnaies nationales, Marx dit très peu de choses, ce qui s’explique en partie par le régime monétaire de son époque, dominé par la monnaie d’or. Sur ce dernier point, cf. J. G. Thomas, Inflation et nouvel ordre monétaire, PUF, 1977, pp. 79-84).
Ainsi la troisième fonction de la monnaie complète-t-elle les deux précédentes, tout en ayant des caractères différents. La monnaie au sens plein du terme, dont toutes les formes doivent être échangeables entre elles, fonctionne selon plusieurs modalités, qui doivent être articulées. Leur dissociation est signe de crise, aujourd’hui comme au temps de Marx.

Bibliographie. — A / Définitions marxistes : I / Marx, Contribution à la critique de l’éco­nomie politique, es, chap. 2; 2 / Marx, Capital, es, liv. 1, t. 1, chap. 1-3; liv. in, t. 2; 3 / Hil-ferding, Le capital financier, Ed. de Minuit, 1970; 4 / H. Denis, La monnaie, es, 1951; 5 / S. de Brunhoff, La monnaie chez, Marx, es, 1967. — B / Autres conceptions (contempo­raines) : 1 / Keynes, Treatise on Money, Macmillan, 1930; 2 / Aftalion, Monnaie, prix et change, Sirey, 1950; 3 / Don Patinkin, Money, Lnterest and Priées, Harper, 1965 (v. éd. franc., La monnaie, l’intérêt et les prix, puf, 1970) ; 4 / Gurley et Shaw, Money in a Theory of Finance, The Brooking Institution, i960 (v. éd. franc., La monnaie…). — C / Histoire : 1 / Moses I. Finley, L’économie antique, Ed. de Minuit, 1973; 2 / Marc Blogh, Esquisse d’une histoire monétaire de l’Europe, A. Colin, 1954; 3 / P. Vilar, Or et monnaie dans l’histoire, Flammarion, 1974; 4 / E. V. Morgan, A History of Money, Penguin, 1969; 5 / R. Mossé, Les problèmes monétaires internationaux, Payot, 1967. — D / Histoire des idées : 1 / Ch. Rist, Histoire des doc­trines relatives au crédit et à la monnaie, Sirey, 1938 ; 2 / The controversy over the quantity theory of Money, Boston, 1965; 3 / S. de Brunhoff, Les rapports d’argent, Maspero-PUG, 1979. — E / Aspects techniques : G. Petit-Dutaillis, Le crédit et les banques, Sirey, 1964. — F / Poli­tiques monétaires : 1 / Pouvoirs et régulations monétaires, Cahiers ISEA, série Mo, n° 1, 1978; 2 / Marie Lavigne, Planification et politiques monétaires dans l’économie soviétique, dans Annuaire de l’ URSS, 1968 ; 3 / Monnaie, salaire, commerce extérieur dans la société capitaliste, dans la société socialiste, Ed. A. Eibel (Suisse), 1976, coll.« La Chine d’aujourd’hui»; 4 / S. de Brunhoff, Etat et Capital, Maspero-PUG, 1976. — G / Inflation contemporaine (interprétations diverses) : 1 / H.Jackson, H. A. Turner, F. Wilkinson, Do Trade Unions cause inflation?, Cambridge University Press, D. of applied économies, Paper n° 36, 1972; 2 / J. Denizet, La grande inflation, puf, 1977; 3 / J. G. Thomas, Inflation et nouvel ordre monétaire, puf, 1977; 4 / P. Grou, Monnaie, crise économique, Maspero-PUG, 1977; 5 / R. Boyer et J. Mistral, Accumulation, inflation, crises, puf, 1978; 6 / Les grandes économies dans la crise, revue Economie et Statistique, n° 97, févr. 1978. — H / Articulation monnaie et crédit : 1 / B. Schmidt, Monnaie, salaires et profits, puf, 1966; 2 / B. Schmidt, L’or, le dollar et la monnaie internationale, Calmann-Lévy, I977J3 / S. de Brunhoff, L’offre de monnaie, Maspero, 1971 ; 4 / H. Brehier P. Llau, Ch. A. Michaltoc, Economie financière, puf, 1975, « Thémis ». — I / Banques : 1 / J. Bouvier, Un siècle de banque française, Hachette, 1974; 2 / F. Morin, La structure finan­cière du capitalisme français, Calmann-Lévy, 1972. —J / Troc : 1 / Adam Smith, The Wealth of nations (La richesse des nations), Pélican classics, chap. 3 et 4; 2 / J- M. Servet, Les figures du troc du xvie au xixe siècle, Cahiers du Centre AEH, 12, oct. 1977, Lyon.

S. de B.

Voir aussi:

The Korean working class / La classe ouvrière coréenne 1987-2007

20 janvier 2008

Libcom et Mute ont mis en ligne il y a quelques jours un article de Loren Goldner sur la lutte de classe en Corée ces vingt dernières années:

The Korean working class: From mass strike to casualization and retreat, 1987-2007

Ce texte a été traduit en français par la revue amie Ni Patrie Ni Frontières et est disponible ici:

La classe ouvrière coréenne : de la grève de masse à la précarisation et au reflux, 1987-2007

Résumé:

Conformément au modèle que l’on a pu observer en Espagne et au Portugal (1974-76), mais aussi au Brésil (1978-83) à partir du milieu des années 70, la classe ouvrière sud-coréenne a détruit, grâce à des grèves de masse remarquables au cours des années 1987-1990, les bases d’une dictature militaire qui sévissait depuis des décennies. Pendant une brève période (1990-1994), les grèves ont abouti à la création de syndicats démocratiques radicaux et donc à des augmentations de salaires élevées et générales. Mais, comme dans les autres cas cités ci-dessus, la classe ouvrière a été reléguée au rôle de bélier facilitant un changement politique « démocratique » qui a rapidement chanté l’hymne de la mondialisation et du néolibéralisme en faveur de l’économie de marché. En fait, avant la vague de grèves mais surtout après, le capital sud-coréen investissait déjà à l’étranger et cherchait à imposer une politique d’austérité néolibérale à l’intérieur du pays. En 1997-98, la crise financière asiatique força la Corée du Sud à passer sous la tutelle du FMI, ce qui accéléra considérablement la précarisation de la classe ouvrière coréenne, précarisation qui avait été la principale riposte capitaliste aux avancées de la fin des années 80. Aujourd’hui, au moins 60% de la main-d’œuvre vivent dans la précarité la plus brutale. Soumis aux licenciements instantanés, les travailleurs précaires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins inférieurs de moitié au statut des 10% constitués par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats démocratiques radicaux du début des années 90 ne sont plus aujourd’hui que des organisations corporatistes représentant cette élite de la classe ouvrière, et autant de luttes ont éclaté entre les travailleurs fixes et les travailleurs précarisés qu’entre l’ensemble des ouvriers et le capital lui-même.


Abstract:

Similar to patterns that have been played out in Spain and Portugal (1974-76) as well as in Brazil (1978-83) since the mid-1970’s, the Korean working class in the late 1980’s destroyed the foundations of a decades-old military dictatorship with remarkable mass strikes in the years 1987-1990. The strikes resulted in the creation, briefly (1990-1994) of radical democratic unions and in high wage increases across the board. But, as in other cases, the working class was relegated to the role of battering ram for a “democratic” political agenda that quickly embraced globalization and the neo-liberal mantra of free markets. In fact, even before the strike wave but particularly thereafter, Korean capital was already investing abroad and pushing neo-liberal austerity at home. In 1997-98, the Asian financial crisis forced Korea under the tutelage of the IMF and greatly accelerated the casualization of the Korean working class which had been the main capitalist riposte to the breakthroughs of the late 1980’s. Today, at least 60% of the work force is casualized in the most brutal way, subject to instantaneous layoffs and half or less the wages and benefits of the 10% of the work force classified as “regular workers”. The bureaucratic remnants of the radical democratic unions of the early 1990’s are today reviled corporative organizations of that working-class elite, and as many struggles take place between regular and casualized workers as against capital itself.

 

René Lefeuvre and Editions Spartacus

25 décembre 2007

Published in Hobnail Review, October 2007. Found on Libcom.

A history of Spartacus publishing in France, with biographical information about its founder, René Lefeuvre.

Born in Brittany in 1902, René Lefeuvre, started work at 16, his father teaching him his trade as an artisan mason.

At the beginning of the 1920s, he moved to Paris. Enthused by the Russian Revolution, he became a reader of the Bulletin Communiste published by Boris Souvarine. He participated in the groups of discussion which formed after various militants were expelled from the Communist Party.

He, like many others in the workers movement, was self taught. His interests lay not just in politics but in artistic and cultural activity. This led him to join Les Amis du Monde, around the artistic and cultural magazine Monde, founded by the writer Henri Barbusse and supported by the Soviet Union. He became secretary of the association and launched a campaign for popular education among the masses, through the setting up of study groups.

There was a general wish within the study groups to bring out another publication, and Lefeuvre began to edit Masses, a monthly, which first appeared in January 1933, and was supported by the workers and proofreaders of Monde. Masses and the groups around it called themselves Marxist, defended the Russian Revolution but had no sympathy for the Russian Communist Party and the Soviet regime.

It took an anti-Stalinist stance, distinguishing itself from Monde which carried articles sympathetic to the regime. It lasted a year and a half, until René lost his job and was forced to terminate the journal. It was thanks to editing Masses that René learnt the arts of editing and proofreading. He was able to obtain a job as a proofreader, a trade which he exercised up to his retirement.

It was in December 1934 that René launched another publication, calling it Spartacus. André Prudhommeaux had published a magazine with the same name in 1931, and like that publication, made reference not to the slave revolt but to the German Spartacist movement of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht. This weekly carried the sub-heading For Revolutionary Culture and Mass Action and its first editorial called for a socialist revolution.

The demonstrations of the French extreme right on 6 February 1934 profoundly disturbed him, as they did many others. He was as equally perturbed by the initial position of the Communist Party on these events, which downplayed the danger of fascism, in his view. This led him to join the SFIO (later to become the Socialist Party) and to militate in a current within it, Bataille Socialiste, led by Marceau Pivert and Jean Zyromski.

In October 1935, Pivert and others broke away from the Bataille Socialiste current to create their own current, the Gauche Revolutionnaire. René was put in charge of its bulletin of the same name, aimed at Party members. In spring 1936 he briefly published a version of the bulletin aimed more at the general public and called Masses.

For several years had entertained the project of setting up a magazine whose themes would be struggle and the current situation. He realised this in October 1936 when he brought out the first issue of Cahiers Spartacus. This contained the article 16 Shot in Moscow by Victor Serge, which described the first show trials of Stalin, which led to the execution of Zinoviev, Kamenev and Smirnov.

René wanted the Cahiers to appear monthly. The first issues were pamphlets of 60 pages, sold at 2 francs, about the price of a kilo of bread in France at the time. Victor Serge wrote other articles as did Alfred Rosmer on the First World War.

Rosa Luxemburg’s The Russian Revolution appeared in its pages as did articles by André Prudhommeaux (now an anarchist) on the Spanish revolution of 1936. Most issues were devoted to a single subject as with numbers 6 and 7, on the Spanish Revolution (number 7 exposed the Stalinist provocation in May 1937 and the attacks on the POUM and the anarchists).

Within two years 15 issues of the “monthly” Cahiers had appeared.

In June 1938 the SFIO triumphed in its hounding of the Gauche Revolutionnaire. Pivert and his group founded the Parti Socialiste Ouvrier et Paysan (Workers and Peasants Socialist Party-PSOP). René went on to the editorial board of its paper, Juin 1936. As an independent initiative he resurrected Masses in January 1939 for 3 issues.

Like many members of the PSOP, René called for resistance to the war. For this he served a prison sentence in July 1939. He was drafted into the Army and was a prisoner in Germany.

At the end of the war, he returned to the SFIO and worked on the editorial board of the paper Populaire as well as with the publishing house Editions de la Liberté. In January 1946 he relaunched Masses, with the sub-heading Socialism and Liberty, which was fiercely anti-Stalinist.

At the same time, he relaunched the Cahiers Spartacus. Whilst some were of the old sixty page pamphlet format, others were the size of a small book. The latter included Luxemburg’s Reform or Revolution? and General Strike, Party and Unions as well as her Questions of Organisation of Russian Social-Democracy, under the title of Marxism against Dictatorship. The writings of Luxemburg had been for a long time unpublished and Rene helped re-popularise her thought.

Other titles included The Socialists behind the Iron Curtain by one Denis Healey (at a time when his politics were far further to the left) and the Kronstadt Commune (1949) by Ida Mett, an old friend of René.

Other anarchist publications from over the years included a biography of Francisco Ferrer by his daughter Sol, The Soviets Betrayed by the Bolsheviks by Rudolf Rocker, For a Libertarian Communism by Daniel Guerin, Russian anarchist texts collected and translated by Alexandre Skirda, Anarchism and Marxism in Russia by Arthur Lehning, and Prudhommeaux on the Spartacist uprising. Spartacus also published important works by the council communists Pannekoek and Gorter. The largest Spartacus book was a life of the pioneer of the theory of communism, Sylvain Maréchal, by Maurice Dommanget, at 500 pages.

René financed the out of his own pockets. With Guy Mollet at the helm of the SFIO, support for the Cahiers decreased and their readership fell. René finally broke irrevocably with the SFIO with the Algerian war. Publication of the Cahiers seized, although René continued to distribute (with difficulty) from the stocks he had.

In the few years before 1968, some young activists contacted René and helped him with distribution of the Spartacus stock. Spartacus texts circulated among the militants of Socialisme ou Barbarie and of the group around the anarchist communist magazine Noir et Rouge.

After 1968, the new wave of revolutionary enthusiasm led to the relaunching of the Cahiers Spartacus. In the next 10 years the Spartacus catalogue was to increase considerably.

The first new text was one by Ida Mett, followed over the years by writings on the Polish workers revolt, on critiques of the Chinese Cultural Revolution, and on the Portuguese revolution of 1974. Sixty new titles were published in the 70s.

René Lefeuvre returned to the old format of the magazine in the years between 1975 and 1979, during which 15 issues appeared. By now distribution of the texts was falling off, and this, coupled with an over-optimistic print run, brought René to the limit of his financial resources and he had to cease publication.

Knowing that he was reaching the end of his years, and concerned with the future of the publishing venture, René founded an association, Les Amis de Spartacus, based round the editorial committee. This association officially took charge of the Spartacus publishing venture.

René died in 1988 at the age of 86. The association continued his work and today Spartacus publications are distributed by Difpop.

René Lefeuvre, if asked to give a description of his politics, often described himself as a Luxemburgist. He has been harshly criticised by some left communists as having an equivocal stance towards social democracy and as having failed to clearly break with that current.

On the other hand, his courageous efforts to bring out the best writings from the anarchist, council communist and critical Marxist bodies of thought was a great achievement. The circulation of the Spartacus texts in no small way contributed to the beginning of the end of Stalinist hegemony within the working class movement and to the revolutionary ferment of the 60s and 70s.

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L’industrialisation du Brésil au début du XX° siècle

21 décembre 2007

Article paru dans les Annales en 1966.

Vista do bairro do Brás, em São Paulo, na década de 1920. Destaque para a fábrica de Francesco Matarazzo

Industrialisation du Brésil.1

L’industrialisation du Brésil et plus particulièrement de l’Etat de Sao Paulo commence dès la fin du XIXe siècle avec l’essor de la culture du café et la construction d’un réseau ferroviaire, lorsque l’abolition de l’esclavage et l’afflux d’immigrants font apparaître, en même temps que la main-œuvre, un marché intérieur suffisant pour que naissent les premières industries (textiles, alimentaires, etc.). Déjà des hommes d’État s’ouvrent à l’idée de faire dépasser au Brésil la phase d’une production de type colo­nial : des tarifs protectionnistes sont édictés pour favoriser l’essor industriel.

Entre 1885 et 1905, le nombre d’ouvriers employés dans les fabriques textiles passe de 3.177 à 39.159 et s’élève à 55.000 en 1910, En 1907, il y a 151 841 ouvriers dans tout le Brésil. Dès 1910 Sao Paulo dépasse Rio par le nombre de ses établissements industriels et l’importance de sa population ouvrière.
La première guerre mondiale permet à l’industrialisation du Brésil de s’accélérer : le nombre des établissements industriels qui était de 3 258 en 1907 s’élève à 13 336 en 1920 ; à cette date, l’industrie brésilienne emploie 275 512 ouvriers.
Mais malgré la formation de sociétés anonymes — il en existe 89 en 1920 — l’industrie brésilienne est encore constituée par de petits établissements qui n’emploient qu’un nombre réduit de personnes — une vingtaine en moyenne dans chaque entreprise. Avec l’afflux des capitaux américains, et les progrès de l’électrification, les fabriques se sont modernisées : en 1920, 47, 2 % de l’énergie qu’elles utilisent est électrique. La nature de la production a cependant peu changé depuis le début du siècle. Ce sont toujours les industries alimentaires et textiles qui viennent largement en tête.
Les entrepreneurs sont presque toujours des immigrants — italiens, portugais, libanais, syriens — qui se sont établis à leur compte et ont prospéré après avoir d’abord travaillé comme ouvriers.
La classe ouvrière a des origines plus diverses. Si les esclaves libérés en 1888 n’ont fourni qu’un très faible contingent d’ouvriers industriels, beaucoup d’anciens artisans se sont intégrés au prolétariat. Mais ce sont surtout les immigrants, dont plus de la moitié s’est établi dans l’État de Sao Paulo, qui ont formé la classe ouvrière brésilienne. En 1901, sur 50 000 ouvriers résidant à Sao Paulo, 90 % sont d’origine italienne.
Logés dans des immeubles surpeuplés construits à la périphérie des villes et parfois aussi dans des baraques bâties au voisinage des usines, les ouvriers ne bénéficient d’aucune législation limitant la toute puissance du patronat. Des enfants de 8 à 9 ans sont astreints à 10 et 11 h de présence dans les fabriques. Le plus souvent les ouvriers travaillent 9 h par jour et 6 h le dimanche. Les milieux patronaux et gouvernementaux considèrent les revendications ouvrières — la journée de 8 h, la réglementation du travail des femmes et des enfants, l’institution d’assurances contre les accidents du travail — comme inspirées par des meneurs anarchistes et n’y répondent que par la répression policière.
Malgré les tracasseries de la police, des organisations ouvrières se sont pourtant constituées. Ce sont des ligues, des cercles, des syndicats, des chorales, des troupes théâtrales, des sociétés de musique influencées par des anarchistes et des socialistes souvent d’origine italienne.
La presse ouvrière est apparue dès le XIXe siècle — en 1845 une publication fouriériste est éditée à Rio — mais les journaux qui s’adressent au prolétariat et qui sont souvent édités en plusieurs langues pour atteindre les immigrants récents, se font plus nombreux et se diffusent plus largement dans les premières années du xxe siècle. L’un d’eux, « L’Avanti », fondé par des socialistes italiens, atteindra un tirage de plusieurs milliers d’exem­plaires. Les journaux anarchistes, se heurtent à plus de difficultés en raison de la répression particulièrement sévère qui frappe tout ce qui se réclame de cette idéologie.
Entre 1901 et 1917, la longueur excessive du travail et l’insuffisance des salaires provoquent des grèves qui sont la plupart du temps limitées à une usine. Cependant en 1907, une grève des cheminots s’étend à presque toutes les compagnies ferroviaires de la région de Sao Paulo.
Au cours de la première guerre mondiale le mécontentement des travailleurs s’étend et s’aggrave. Tandis, en effet, que la journée de travail est toujours aussi longue, les salaires ont baissé dans des proportions étonnantes. A l’usine de lainage Rodolfo Crespi à Sao Paulo, les salaires qui variaient entre 300 et 200 milreis avant la guerre, sont tombés à 100 et même à 90 milreis en 1917.
C’est cette grave détérioration de leur niveau de vie qui est à l’origine de la grève quasi générale qui, de mai à juillet 1917, paralyse l’État de Sao Paulo, et contraint le patronat et l’État à passer un compromis avec les organisations ouvrières. Les travailleurs qui réclamaient la liberté de s’associer, la journée de 8 heures, la réglementation du travail des femmes et des enfants, une augmentation des salaires — 35 % pour les plus bas, 5 % pour les plus élevés — et la libération de leurs camarades emprisonnés au cours de la grève, n’obtiendront pas entière satisfaction. Le 14 juillet 1917 les ouvriers de la fabrique Crespi, qui étaient les premiers entrés en lutte, reprennent le travail contre la promesse d’une augmentation de 20 % de la rémunération du travail nocturne et de 15 % de celle du travail diurne. La fin de la grève Crespi entraînera un déclin rapide du mouvement.
Par son ampleur — il y eut jusqu’à 80 000 grévistes dans le pays — la grève de 1917 a renforcé la combativité des travailleurs et fait prendre conscience aux classes dirigeantes de l’existence d’une question ouvrière. Mais il faudra néanmoins attendre jusqu’en 1930 pour qu’il y ait au Brésil une législation sociale effectivement appliquée.

Pierre Souyri

1. Maria Luisa Marcilio, « Industrialisation et mouvement ouvrier à Sao Paulo au début du xxe siècle », Le Mouvement social, n° 53, oct.-déc. 65, pp. 111-129.

La grève Crespi de 1917

Evaluating the debates about the Soviet Union

12 décembre 2007

Western Marxism and the Soviet Union: Evaluating the debates 1917-2006, by Marcel VAN DER LINDEN (Historical Materialism conference, 12-2006)

[Extract:] Critical theorizing about the Soviet Union in 1917-2005 appears to fall in four clearly different phases:

  • The period 1917-29, in which the classical unilinearism dominated, and postrevolutionary societies were only analyzed in terms of a transition to socialism which was either successful, or historically impossible, or doomed to failure.
  • The period 1929-68, in which – in the wake of the Stalinist transformation – it was generally recognized that a new type of society had emerged in the Soviet Union. Three main variants were offered in these years: (i) the theory of state capitalism and (ii) the theory of the degenerated workers’ state, both of which still adhered rather closely to the unilinear schema, as well as (iii) the theory of bureaucratic collectivism, according to which the bureaucracy operated as a new ruling class. That aside, cautious attempts at a fourth approach (‘theories without label’) emerged in the beginning of the 1940s (Pedrosa, Hilferding) and especially in West Germany in the early 1950s, but these remained relatively isolated, and were forgotten again.
  • The period 1968-85, during which the debate strongly revived, the fourth approach gained much more prominence, and the three old approaches tended to stagnate.
  • The period after 1985, in which the intensity of the debate was reduced and especially the number of new theories of (state) capitalism proliferated.

A posteriori, the first phase (1917-29) appears as no more than a transitional period of orientation, because the terms for all the later debates were fixed in the 1930s, at which time people like Weil, Trotsky, Worrall and others formulated the main perspectives which negatively or positively dominated the discussion.

(…) I would like to defend the thesis, that all “classical” variants conflict in essential respects with Marx’s own theory, and in addition occasionally run counter to the facts or violate logical principles.
To begin with, let us examine the theories of (state-) capitalism. If we disregard for a moment the fact that these theories identified different dates for the establishment of a capitalist formation in the Soviet Union,1 then what is most striking in the first instance is how much they differed in their interpretations about the real essence of (state-) capitalism.

Schematically, we could distinguish between four different perspectives:

  • Most theoreticians emphasized that capitalism is predicated on the existence of a working class which does not rule society. For some, that characteristic was really already sufficient in itself to define a society as capitalist (James, Mattick, Di Leo), but some others added other criteria. Thus, Worrall mentioned as a second condition the production of surplus-value, and Holmberg the fact that means of production were applied for the purpose of exploiting the wage workers.
  • Bordiga, Bettelheim, Chattopadhyay et al. emphasized the separation between individual enterprises, who attempt to realize ‘profit’ and exchange goods among themselves via ‘market contracts’. Bordiga considered this a sufficient condition to speak of capitalism; Bettelheim added the separation between wage-labour and capital.
  • Grandizo spoke of capitalism when wages were minimized, and surplus-value was used for investment and unproductive consumption.
  • Finally, Cliff saw the essence of capitalist society in the competition between capitals motivated by profit maximization.

Grandizo’s description is undoubtedly farthest removed from Marx’s. After all, talk of surplus-value already implies the existence of capitalism, and thus a petitio principii is involved. Definitions based on wage-labour then make an orthodox impression; Marx himself had written in Capital that

The capitalist epoch is therefore characterised by the fact that labour-power, in the eyes of the worker himself, takes on the form of a commodity which is his property; his labour consequently takes on the form of wage-labour.

If however one reduces Marx’s conception to such a passage, he is done an injustice.
Capitalism for him was after all a complex and dynamic system, in which wage-labour was only one important aspect. Thus, Marx also mentioned ‘commodity production and commodity circulation’ as ‘general prerequisites of the capitalist mode of production’.Essential in his opinion was especially the generalization of commodity production (labourpower and labour products) by capitals, in a market ruled by competition.
(…)

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Professeur à l’Université d’Amsterdam et directeur de recherches à l’IISG, Marcel van der Linden est conseiller éditorial d’Historical Materialism et d’International Review of Social History. On peut aussi lire de lui: Socialisme ou Barbarie: A French Revolutionary Group 1949-1965 (1997).

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