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The Great Recession and the Failure of Capitalism

30 décembre 2011

Une conférence récente de Paul Mattick junior (auteur de Business as Usual: The Economic Crisis and the Failure of Capitalism) à l’Utah Valley University:

Voir aussi:

La nationalisation des banques est fondamentalement une politique nationaliste (2009)

28 décembre 2011

Traduction par nos soins d’un article de Paddy Hackett, communiste irlandais, publié le 7 septembre 2009 sur Indymedia Ireland.

La nationalisation des banques dans l’économie d’un pays est fondamentalement une politique nationaliste. Le nationalisme et la nationalisation des banques sont une seule et même chose. C’est pourquoi le programme Eire Nua du Sinn Fein, si ma mémoire est bonne, pourrait volontiers appeler à la nationalisation des banques. Ce n’est pas une position communiste révolutionnaire.

Les communistes sont internationalistes et défendent la socialisation des forces productives sur une base mondiale. Par conséquent, ils ne défendent pas les solutions nationalistes aux problèmes mondiaux. Nationaliser les banques est une politique qui peut être réalisé dans le cadre du capitalisme. Ce n’est pas une politique communiste. La nationalisation des banques ne signifie pas nécessairement résoudre les problèmes de la classe ouvrière. Les banques peuvent être nationalisées et pourtant ne parviennent pas à satisfaire les besoins les plus élémentaires et évidents de la classe ouvrière. Les banques nationalisées peuvent être tout aussi impitoyables et sans merci dans leurs relations avec leurs clients issus de la classe ouvrière que toute banque privée. Il y a déjà eu des entreprises d’État dans la production qui ont échoué à satisfaire la classe ouvrière. Ceci parce que, comme toutes les entreprises capitalistes, elles sont assujetties à la loi de la valeur.

Même avec une nationalisation du système bancaire, les banques doivent encore observer les lois du capitalisme. Sinon, elles se retirent des affaires. Elles ne peuvent pas, simplement parce qu’elles sont nationalisées, transcender la loi de la valeur. Une banque nationalisée est même parfois la solution préférée de la bourgeoisie ou du moins d’une section de celui-ci. Les banques nationalisées sont toujours liées à la monnaie, au capital sous forme monétaire. De même, elles regroupent les opérations de crédit. Elles sont indissolublement basées sur la relation d’argent. Cette relation monétaire est elle-même basée sur la circulation des marchandises et en particulier la circulation du capital sous forme de matières premières. La circulation du capital marchandise est à son tour, enracinée dans le processus de valorisation. Ainsi le système bancaire implique le processus de la reproduction capitaliste.

Les banques d’État sous contrôle ouvrier, c’est un paradoxe. En raison de leur nature, les banques d’État ne peuvent jamais être authentiquement sous contrôle ouvrier. C’est comme dire que le capitalisme peut être sous contrôle ouvrier. Si les banques peuvent être soumises au contrôle démocratique de la classe ouvrière, le capitalisme le pourrait. Le communisme ne serait donc pas une nécessité historique. Le capital, par sa nature même, empêche son assujettissement au contrôle des travailleurs. Le trotskysme, avec le programme de transition de 1938, a fait de la nationalisation sous contrôle ouvrier une part importante de son programme. Le programme de transition de 1938 tente d’aller au-delà du cadre d’un programme minimum / maximum. Mais c’est un programme imparfait qui ne fait que renforcer la confusion au sein du mouvement ouvrier. Il peut y avoir que des programmes communiste.  Un programmes communiste consiste toujours à dire très clairement que le communisme est le but. Le communisme implique nécessairement une société sans Etat et sans classes.

Les communistes ne peuvent favoriser que les relations sociales communistes, qui sont, par définition, celles qui transcendent les rapports du capital: les relations bancaires, les relations d’argent et des relations de valeur en général. Les relations communistes se heurtent à l’existence de banques et de la valeur d’échange qu’elles expriment. Les relations communistes constituent l’antithèse des relations bancaires qu’elles soient privées ou publiques. Les premières sont des relations directement visibles alors que les autres sont des relations de la réification. Par conséquent les marchandises ne peuvent pas exister sous le communisme. Les produits ne peuvent pas prendre la forme de marchandises dans les rapports communistes. Ils sont juste des produits. En conséquence de l’argent et les banques sont superflus. Tout est produit et distribué conformément aux décisions démocratique de la communauté.

Même quelques figures de la gauche stalinienne et trotskyste sont conscientes que toute nationalisation des banques effectué par le gouvernement irlandais dans les conditions actuelles n’est pas la nationalisation au sens où Lénine et Trotsky l’entendaient. Certains appellent ça une nationalisation bidon. Dan La Botz le dit dans Monthly Review:

« Les nationalisations de banques dans la réalité, n’ont été habituellement qu’une simple étape dans les cycles d’expansion-récession de l’économie moderne, une période où l’État apporte son soutien à la finance pour traverser les moments difficiles, et une fois la situation rétablie, l’Etat les rend à ses propriétaires privés afin qu’ils puissent continuer à récolter les fruits de la richesse, plus les intérêts.  »

Je termine ce billet par une citation d’Engels:

« Mais on a vu récemment, depuis que Bismarck s’est lancé dans les étatisations, apparaître certain faux socialisme qui même, çà et là, a dégénéré en quelque servilité, et qui proclame socialiste sans autre forme de procès, toute étatisation, même celle de Bismarck. Évidemment, si l’étatisation du tabac était socialiste, Napoléon et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme. »

A view on the crisis: Paul Mattick

1 octobre 2011

Interview de Paul Mattick junior dans le Socialist standard d ‘octobre 2011:

The Marxist economist and author Paul Mattick Jnr talks to Stuart Watkins about his views on Marx, the economic crisis, and the prospects for socialism.

Socialist Standard: In your recently published book, Business As Usual (reviewed in the May 2011 Socialist Standard), you give an account of the causes of our present economic situation. Could you summarise the argument for our readers? In your view, just what is this crisis all about really?

Paul Mattick Jnr

Paul Mattick: This crisis, like those that have punctuated the history of capitalism since the beginning of the nineteenth century, is due to the inadequate amount of profit produced by workers in the capitalist economy, relative to the amount required for a significant expansion of investment. This problem, which first made itself known in the post-World War II period in the mid-1970s, has been hidden by the enormous expansion of debt – public, corporate, and even private – since that time, which continued the expansion of debt in all capitalist nations in response to the long-lasting deep depression of the 1930s. The credit-money created by governments and spread throughout the system by financial institutions created the basis for an apparent prosperity, though one marked by the usual cyclical pattern of ups and downs. But the underlying problem made itself visible, for those who cared to look, in many forms – the persistent inflation of the 1960s, the ‘stagflation’ of the following decade, the debt crises of Latin America and eastern Europe, the currency crises, real estate busts, stock market crashes, and massive bank failures of the last thirty years, as well as the general tendency, worldwide, to substitute speculation for real capital investment. Finally, the capacity of the system to put off dealing with its underlying problem seems to have reached its limits at the end of 2007.

SS: According to most commentators in the mainstream press, the Great Recession, though serious, is now over. Do you agree that it is?

PM: Between the time you asked this question and the present moment, many have become anxious about the arrival of a ‘double dip’ recession. In my opinion, the so-called second dip is merely the continuation of the crisis that began in 2007. There are of course economic fluctuations throughout periods of depression as well as periods of prosperity; in addition the government stimulus after 2008, however inadequate, had a certain effect (for instance in China, where the state promotion of an enormous real estate bubble involved the importation of machinery and other goods from Europe and elsewhere). But the fundamental problem, the low profitability of capital, has not been overcome.

SS: And in your view, the low profitability of capital can be explained by Marx’s law of the tendency of the profit rate to fall? Can this law be demonstrated to be true empirically?

PM: Yes to your first question; your second raises complex issues. The theory Marx worked out in Capital is an extremely abstract one: it is an attempt to analyze the dynamics of capitalism as a global system, over the long term. It is couched in terms of the quantities of ‘socially abstract labour’ – labour performed in the production process as represented by money when products are bought and sold – because Marx looks as capitalism as fundamentally, like all social systems, an organization of the process of reproducing the human population (and its social relationships). But in the world of business, money is used to symbolise more than the actual activities of social production – it represents, for instance, claims on the social product based on the control of natural resources, and also – to a large extent, in fact – promises to pay in the future, promises to pay off bets made on the way production prices will work their way through the market. And national income statistics, even ignoring the enormous inaccuracies involved in calculating them, are drawn up on the basis of business accounting systems and orthodox economic theorising, which do not distinguish between actual productive activity and speculative hopes. As a result, the data available cannot really be used to prove or disprove Marx’s theory.

This is not to say that Marx’s ideas can’t be measured against experience. His predictions need to be compared with the history of capitalism over the last 200 years. From this perspective, Marx’s ideas come off very well, as the main tendencies he predicted for capitalism – towards the supplanting of human labour by machinery, the concentration and centralisation of capital, the spread of wage labour, the tendency towards widescale unemployment, and above all the recurrence of periods of depression – have been realised. In fact, I would say that Marx’s theory of the tendency of the rate of profit to fall over the long term is the only convincing account of the business cycle that there is. A particular aspect of this is of personal interest to me: in the 1960s, my father, Paul Mattick, wrote a book, Marx and Keynes, challenging the generally accepted view that Keynesian methods could control or eliminate the business cycle. He asked: if Marx is right, what will happen? And what he predicted has in general come about. This is one of the very few examples of a successful prediction in the social sciences!

SS: Could you expand on your claim that the tendency of the rate of profit to fall is the only convincing explanation of the business cycle? Perhaps the most important new work to emerge from the Marxist tradition on crisis in recent years is that of David Harvey. He says, on the contrary, that the tendency of the rate of profit to fall cannot be made to work – it’s too compromised by the countertendencies identified by Marx, among other objections. He instead views all the conflicting Marxist accounts of the business cycle – profit squeeze, underconsumption, disproportionality – as possibilities that represent but don’t exhaust possible departures from balanced growth. What is your view of the competing Marxist accounts of crisis, including Harvey’s?

PM: Many Marxist writers have taken some version of the tack Harvey follows, invoking a variety of causal factors to explain crises. The problem with this is that these disparate factors are not operating on the same analytical level. If wages would really squeeze profits, accumulation will decline, putting downward pressure on wages, so this will quickly correct itself. This is why, so far as we can tell from statistics, there have been no notable profit squeezes associated with important downward movements of the economy, despite claims sometimes made that there have been. Similar considerations hold for disproportionality explanations: capitalism in fact is always developing disproportionally, as there is no central regulating agency, but this is also constantly subject to correction by market forces. The explanation of crisis by reference to underconsumption is one of the oldest – it dates back to Sismondi and Malthus in the early 19th century – but also one of the least convincing: clearly, not all the product can ever be consumed, or else there would be no capital accumulation; as well, a constant feature of the system cannot explain the crisis cycle. As Marx points out, of course there is a lack of effective demand in a depression period. But why? His answer is that accumulation – which equals as it determines demand (for consumer goods, via wages, and production goods) – slows in response to declining profitability. And this is in accord with what statistical information we have, as was demonstrated long ago by the American economist Wesley Mitchell and has been recently shown by a number of researchers. Of course, the profits of statistics are, as I have pointed out, not the profits of Marx. But Marx’s theoretical considerations provide an explanation for the fluctuations of observable business profits. What is odd is the resistance to Marx’s theory when it is in such good accord with the history of capitalism. I believe this is largely due to the fact that most theorists are still in thrall to the economists’ idea of capitalism as a naturally self-regulating system. Thus Harvey, for instance, needs to find a reason why it goes out of balance. In fact, however, capitalism is always in disequilibrium. On the broadest scale, it is the crisis that makes continued accumulation possible, just as it is accumulation that leads to a lowering of the rate of profit.

This highly abstract statement ignores the counteracting factors, the list of which Marx borrowed from J.S. Mill. It is not hard to show – it was done by Grossmann and others – that over the long run these factors cannot overwhelm the tendency of profits to fall. But we already know this empirically, since the history of capitalism demonstrates the effects of a periodically falling profit rate.

SS: You say your father was proved right and Keynes wrong. But many supporters of the system would say that Keynesian methods saved capitalism from a Great Depression in the 1970s, and led to the Great Moderation – with capitalism delivering generally and gradually improving prosperity for all and monetary policy moderating the ups and downs of the business cycle. Did that not prove Keynes right? Might the same tricks not work again and pull us out of our present crisis?

PM: I think it’s fair to say that Keynesian methods saved capitalism from a deep and long depression in the 1970s. But the cost was the rising level of government debt in all capitalist countries. In the 1980s and after this was joined by an unparalleled expansion of corporate and private consumer debt. What happened around 2007 was that this expansion of debt collided with the continuing failure of the capitalist economy proper to expand at a sufficient rate. So one could say that the chickens of 1975 have come home to roost in the current depression. And since the Keynesian card has already been largely played, capitalist governments are now torn between fears of further unraveling of the private-property system and the dangers of further increasing sovereign debt.

SS: Your father was connected with our American party, occasionally publishing in its journal. In a newly published biography of one its members (see http://wspus.org/2011/02/role-modeling-socialism), we see you as a child sat at your father’s knee while political discussions raged around you. Do you have memories of these times? What is your memory and present opinion of the WSPUS and our political tradition generally? You say in your book that the heydey of the left and the trade unions is over and there’s no hope of reviving them. So what can be done? What’s the alternative?

PM: My memories of the WSP are very good ones – I liked the people involved very much. I still remember going to classes in Marxian economics in Boston, taught by Rab and others, in some ways my real initiation into radical theory. I remember, with equal pleasure, the ‘socials’ – parties – when we kids moved around the legs of smoking, drinking, discussing, lovely adults. But I think these experiences, precious though they are to me as an individual, belong to the past. For most of today’s young people – and most of their elders – the political ideas of the past have little meaning. And not only ideas – the political movements of the past no longer exist as serious forces. The trade unions have long been in decline world-wide, and the political parties of the left are either fully integrated into the capitalist political system or have become minute, unimportant sects. To an extent, this is good, as it seems to me that leftwing political organizations have historically stood in the way of creative responses to social crises, obsessed as they have been with their own agendas. But in any case, the response to the coming depression and the suffering to be imposed on people by the world’s masters (and nature, as a result of the workings of the capitalist economy) is something people will have to work out for themselves, with little help from the past, in response to evolving conditions. To solve their problems, people will have to take direct, concrete action – occupying empty housing, seizing stocks of food and other goods, and eventually, if all goes well, occupying and beginning to operate the means of production and distribution. This lies in the future, but already one can see steps in this direction, in phenomena like the Greek cry ‘We won’t pay!’ and French occupations of defunded schools. Even the action of tens of thousand of young Spaniards, simply meeting in the centre of Madrid and other cities, like the Egyptians in Tahrir Square, to discuss politics, is a step towards autonomy from the political wing of the ruling classes, a step towards an autonomous working-class control of social life.

SS: We see your point, but we would also say that as people begin to work these things out for themselves, they will also probably be drawn to some of our conclusions: namely, that state power will have to be reckoned with in an organised way, and alternatives to the present system discussed and agreed upon. That’s at least a possibility, isn’t it?

PM: Both of your points seem to me quite true. We can already see the state mobilising its forces in defence of capitalist social relations, even when they are barely challenged, and radical confrontation with the current social order will definitely involve finding ways to counter the military forces that will be deployed. Meanwhile, exploring alternatives to the present system, after a long period during which even the idea of an end to capitalism has been nearly unthinkable, is of great importance. This is especially true because earlier models of social change have been rendered obsolete by the development of capitalism as a system: for instance, an idea like that of the network of workers councils so important to revolutionary thought after the First World War requires thoroughgoing reformulation in a period when large numbers of workers have insecure jobs, and no longer identify themselves as workers within particular industries, not to mention workplaces, while gigantic masses of people all over the world struggle to exist without employment, and when many production processes involve workers and workplaces in different countries, as when Chinese workers assemble iPhones from parts produced in other places. Then, the developing ecological catastrophe raises novel issues which will require serious, large-scale efforts of a technological as well as a social nature. At the same time, the growing proletarianization of the world’s people and the greater level of international integration of populations and cultures, make the old slogan of “world revolution” in some ways more realistic than ever before.

SS: Thank you, Paul, very much for talking to us.

Crise économique [extrait] (Rühle, 1931)

19 juin 2011

Extrait de La Crise mondiale, d’Otto Rühle, publié sous le pseudonyme de Carl Steuermann (Gallimard, 1932).

Pendant les crises précédentes, dès que le débit diminuait et que le marché ne pouvait plus se débarrasser du surplus des marchandises, une action se déclenchait aussitôt, dans le mécanisme capitaliste, dont le but était d’accélérer l’écoulement des marchandises. Cette action, c’est la baisse des prix. De même que l’augmentation de la demande fait monter les prix, de même l’affaiblissement de la demande produit presque automatiquement la baisse. Au moyen des bas prix, on réussissait toujours, pendant les crises précédentes, à triompher de la paralysie du marché et à rétablir la circulation des marchandises.

Il n’en est pas de même dans la crise actuelle. Elle semble suivre une voie différente. La demande baisse, mais non les prix; ou bien, ils baissent trop peu, beaucoup trop peu par rapport à la masse des marchandises superflues, trop peu aussi par rapport à la diminution profonde du pouvoir d’achat des masses. Dans certains cas, les prix ont même tendance à augmenter. Ainsi, la denrée alimentaire la plus importante, le pain, a subi, pendant la crise, une hausse de prix, malgré une récolte inouïe et des stocks considérables. Il y a là un élément nouveau, tout à fait incompréhensible. C’est comme un défi à la misère, mais le fait est réel. Il détermine l’aspect de cette crise. Nous reconnaissons encore en elle les traits traditionnels des crises précédentes. mais nous y trouvons en outre des traits nouveaux qui nous surprennent, des traits qui nous font conclure au caractère particulier de cette crise. Et un de ces traits les plus frappants est que, malgré la demande affaiblie et l’offre impétueusement accrue, les prix des marchandises ne baissent pas.

Ce fait étonnant mérite d’être examiné d’un peu plus près, non seulement parce qu’il est intéressant d’étudier des choses peu communes, mais avant tout parce que, de ce fait inconcevable, que malgré la crise et la surabondance des biens les prix demeurent élevés ou même montent, dépend le sort de millions d’hommes. Recherchons donc les liens, les causes patentes et dissimulées. Voici le blé. Sur le marché mondial, la tonne en vaut 60-70 marks. Mais à Berlin, elle coûte 2220-250 marks. Voici le seigle. Dans le monde entier, il y a surabondance de seigle. Son prix sur le marché mondial est de 40-50 marks la tonne. A Berlin, on le paie pourtant 210 marks. Un kilo de pain de seigle coûte en Allemagne 38 pfennings tandis que, dans d’autres, il ne coûte que 20 pfennings. Comment cela peut-il se faire?

C’est bien simple. Il existe bien du blé en abondance, mais le gouvernement des capitalistes agraires allemands ne le laisse pas entrer en Allemagne. Il établit des barrières douanières pour empêcher l’importation. Avant la guerre, des tarifs protecteurs existaient aussi, mais le droit sur le blé était de 7 marks 50 par tonne. Pendant des décades, les partis de l’opposition du Reichstag luttèrent furieusement contre ce droit. La social-démocratie surtout mena une agitation contre le « droit usurier », contre le « cadeau aux Junkers », contre le « tribut de la faim ». C’était à juste titre, car les droits sur les céréales et sur le pain servaient exclusivement à enrichir une poignée de grands agrariens prussiens aux frais de la communauté. Avant la guerre mondiale le droit sur le seigle était de 5 marks par tonne. Autour de lui se déroulaient, surtout au moment des élections, des luttes violentes, et le droit sur le pain était l’atout le plus fort dont on jouait dans la propagande. Après la guerre mondiale, la social-démocratie prit le pouvoir, et en 1929 la crise éclata. Quelle fut la première mesure gouvernementale sous le chancelier social-démocrate Muller ? Le droit sur le blé qui était déjà de 9 mars 50 fut porté à 12 marks. Quelques semaines après, le gouvernement Brüning, qui succéda au gouvernement Muller, éleva ce droit à 15 marks, puis à 18 marks 50 et finalement à 20 marks. Il en fut de même du droit sur le seigle. Le gouvernement Muller le porta à 9 marks, le gouvernement Brüning l’augmenta et le porta à 15 et finalement à 20 marks. Politique d’alimentation en temps de crise!

Ainsi, des barrières douanières élevées nous isolent du marché mondial. La concurrence des fournisseurs de blé étrangers est paralysée. Les producteurs de céréales en Allemagne ont maintenant les mains libres pour demander, pour leur blé et leur seigle, des prix aussi élevés que s’ils venaient de l’étranger et devait acquitter un droit d’entrée. Prix mondial plus droit de douane, tel est le prix que l’acheteur intérieur doit payer et que le junker des céréales met dans sa poche. Il en est de même pour l’orge, pour la viande, pour les légumes et le fromage, pour des centaines, littéralement des centaines d’articles indispensables à la vie. Pour le sucre, le droit de douane est le triple de sa valeur à l’étranger. Oppenheimer a calculé que la charge supplémentaire du consommateur allemand est de 2 milliards de marks par an. Cela fait 35 marks par tête, 175 marks par famille, environ 10 % du revenu ouvrier. C’est une usure révoltante, c’est le ruine des plus pauvre. Mais cela se passe en Allemagne, c’est équitable, sanctionné par la loi, sanctifié comme mesure de sauvetage du régime de la propriété et du profit menacé dans son existence.

La statistique essaie de persuader au public que le prix ont subi une baisse générale. Il faut accepter cette affirmation avec la plus grande réserve. En règle générale, il s’agit, dans les baisses de prix effectuées par les commerçants, de machinations proches parentes de tromperies et d’escroqueries. On expose de la camelote qu’on présente comme article de qualité. Les autres cas de baisse de prix correspondent soit aux changement de saison, soit à l’époque des soldes. La vie des grandes masses ne s’aperçoit pas du tout de baisses de prix déterminées. Il faut donc corriger les indices officiels fournis par la statistique. On est justifié de soupçonner que les chiffres des indices servent, devant la misère économique grandissante, à l’œuvre de tranquillisation et d’apaisement plutôt qu’à une recherche et à un éclaircissement objectifs. Ainsi, tout au plus peut-on admettre une baisse de 5 %. Mais la diminution des salaires est d’au moins 20 % sans faire entrer en ligne de compte le travail partiel et le chômage, sans parler de l’armée immense de ceux qui ne reçoivent même pas de secours.

Plus que jamais, le capitalisme allemand serait actuellement en mesure de produire à bon marché et de lancer des marchandises à très bas prix. Les prix de gros des principales matières premières ont, en effet, énormément baissé depuis 1927. Comparons les chiffres du tableau suivant:

Sur le marché mondial où l’offre et la demande exercent encore leur fonction régulatrice des prix, on pouvait dès 1930 se procurer deux fois plus de matières premières à somme égale. L’industrie peut donc acheter à bon marché. En outre, elle a un surplus de machines à grand rendement dont la capacité n’est utilisée qu’à 50 % à peine. Enfin, il y a un surplus de forces de travail humain disponibles. Mais les matières premières pourrissent, les machines tournent à vide ou bien sont arrêtées, et des hommes affamés tombent dans les rues.

(…) Les rentrées d’impôts diminuent. Les budgets publics sont encore une fois en déficit. Il faut encore une fois augmenter les impôts, imposer des sacrifices, diminuer les traitements, élever les droits de douane. En mai 1931, la somme totale des déficits dans l’Empire, les Etats et les communes, d’après une évaluation assez exacte, s’élevait à 2,4 milliards de marks. Depuis, le fardeau des dettes s’est encore accru. Les charges continuent de s’alourdir. La misère est de plus en plus grande. Chacun cherche à faire supporter le surcroît de dépenses aux autres, aux plus faibles. Le plus faible de tous est le prolétaire qui ne vit que grâce à sa force de travail, qui n’a pas de réserves, ni aucun autre appui. C’est pourquoi il s’en tire le moins bien. Tous les renforts qu’il s’était créés dans des temps meilleurs s’avèrent nuls; la politique sociale est réduite à néant, les syndicats ouvriers acceptent toutes les humiliations pour conserver au moins leur appareil, les caisses de secours sont à la veille de faire faillite, la social-démocratie se prête complaisamment à toute la sale besogne de sauver le capital. On a calculé l’augmentation du coût de la vie pour les masses depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Brüning jusqu’à la quatrième ordonnance de détresse. Les chiffres sont terrifiants (…)

Autre extrait précédemment publié sur notre site: La suppression de la crise.

On the current crisis, phases of capital accumulation, and working class struggles (Goldner)

16 novembre 2010

Writer and activist Loren Goldner contextualizes the current economic crisis and class struggles in a theory of capitalist development. (Oakland, September 2010 ):

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

On the current crisis, phases of capital accumu…, posted with vodpod

Californie: tout ce qui est touché par le capitalisme devient toxique

27 janvier 2010

La brochure Crisis in California: Everything Touched by Capital Turns Toxic (Insane Dialectical Posse, 11-2009 ) a commencé à être traduite en français sur le blog Spartacus des camarades du réseau Échanges.

pdf (en anglais)

traduction française sur Spartacus

Contradictions of Capitalist Value Production (Andrew Kliman)

20 décembre 2009

Vidéos de l’intervention d’Andrew Kliman à la conférence sur la crise organisée cette année par la revue Rethinking Marxism. Andrew Kliman est professeur d’économie à la Pace University à New York, auteur de “Reclaiming Marx’s Capital” et militant de Marxist-Humanist Initiative.

La crise dans tous ses États

17 décembre 2009

C’est par la transformation des dettes privées en dettes publiques, à coup de milliards de dollars, d’euros, de yens… que la croissance économique est tant bien que mal maintenue. Ce qui n’annule pas l’élimination des surcapacités de production à l’échelle mondiale.

L’industrie automobile est l’exemple le plus frappant de cette situation où nous assistons à une redistribution des cartes à l’ échelle mondiale, la zone Asie-pacifique prenant en apparence l’ascendant sur les anciennes implantations de cette industrie. Bien que cette zone, est elle aussi en état de « surchauffe » c’est-à-dire en surcapacité .

Tous les États, de plus en plus en déficits, commencent depuis quelques mois à lever des emprunts sur les marchés financiers, pour financer les mesures anti-crise. Nous allons voir bientôt des masses d’obligations et de bons du trésor se déverser sur les places financières, et ces mêmes places financières exigeant que l’argent rapporte de l’argent, entrer dans l’angoisse dès qu’un État se trouvera en difficulté sur sa dette. Nous venons de nous en rendre compte, quand Dubaï n’était plus en mesure de régler ses dettes. De même pour la Grèce, selon l’ OCDE sa dette publique pour cette année est de 75,3% du PIB c’est-à-dire  300 milliards d’ euros, qui devrait atteindre 89,3% en 2010. Les agences de notation viennent de déclasser ce pays, bientôt considéré en cessation de paiement. La Grande Bretagne est elle aussi  dans une situation critique et  selon la presse pourrait  être déclassée. Ce n’est pas la première fois que des États sont  en faillite, la Yougoslavie a été démantelé dans les années 1990 du fait de son surendettement [1] et la Serbie bombardée par l’ OTAN, en 2001 c’est l’ Argentine qui allait boire le bouillon, au point que le FMI lança l’ idée, qui avait déjà émise lors de la crise asiatique,  qu’il fallait légiférer sur le « risque pays ».

Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que le risque pays ne concerne plus seulement des pays comme  la Turquie, le Liban, la Thaïlande, la Corée du sud …Mais directement des pays de l’ OCDE. Le journal La Tribune du 15 mai 2009 parlant des états Unis  dit:  « Ils devront dévaluer le dollar, mais cela ne suffira pas, ils devront également renégocier leur dette. ».

Pour le moment, les gouvernements cherchent à étaler, dans le temps et sur les peuples, le remboursement de montagnes de dettes, d’où toute la propagande médiatique sur la fiscalité, et les paradis fiscaux, le premier ministre grec G. Papandréou en appelle à l’ union nationale contre la fraude fiscale, mais la jeunesse se révolte contre la précarité et passe à des actions radicales …En France on a mis en couveuse le corbeau de la banque suisse HSBC et sa liste de « fraudeurs du fisc ». On fait semblant de s’attaquer au grand capital , comme par exemple en indiquant que les entreprises du CAC 40 trichent et que les PME ( petites et moyennes entreprises) payent plus d’impôts que les multinationales. Mais dans la réalité, c’est 31, 2% du PIB de l’ UE d’aides publiques qui a servit en autre au rachats d’actifs toxiques, les voilà les vrais bonus.

Le président de la république française, Sarkozy en personne a déclaré tout haut que les 35 milliards d’euros d’emprunt se feraient non pas sur le dos des français, mais par un appel au marché financier. C’est exactement ce qui fut fait pour combler le trou de la Sécu, c’est le marché qui est intervenu, et c’est le populo qui banque la CRDS  directement prélevé  sur la quasi-totalité des revenus, y compris les allocations familiales, les allocations chômage.

La facture finale, des intérêts de la dette, est colossale. Selon la Cour des comptes, la charge d’intérêts des emprunts contractés par la CADES s’élève à 2,9 Md€ par an en moyenne sur la période 2005-2009, contre 1,4 Md€ sur la période 1996-2004, soit un total de 25,7 milliards d’euros versé au capital financier depuis 1996.

Mais, il y a aussi , du fait de la rétraction du marché mondial une tendance au protectionnisme qui s’ amorce. Les grandes messes sur l’ écologie  «  il faut sauver la planète » sont de cet acabit, il s’ agit d’élever des normes « écolos » c’est à dire des taxes, pour protéger certains secteurs de la concurrence. Le recours aux dévaluations compétitives est de retour, il consiste à faire chuter sa monnaie afin de donner un avantage à ses exportations. Par exemple la Grande Bretagne a laissé la Livre sterling se déprécier de 20% par rapport à l’ euro depuis août 2008, ce qui en fait revient à dissimuler une taxe de 20% sur ses importations. Il en est de même pour le dollar en chute libre, le franc suisse, le dollar canadien… Le cycle des dévaluations compétitives est en pleine action, Tout ce concentre sur le vrai argent c’est à dire  sur des valeurs sûres  et non plus sur des billets de papier fraîchement produits par la planche à billet; d’où un certain retour vers l’or considéré comme la valeur refuge a minima.

Avec le déplacement des dettes privés, celles des propriétaires des moyens de productions et d’ échanges, en dettes publiques, nous avons une sorte de socialisation des moyens de production, sauf que le propriétaire de l’État, ce n’ est pas le peuple. L’État est au service du capital financier et la seule propriété qu’il accorde au peuple c’est la dette publique, sa seule identité nationale c’est de payer les impôts et taxes.

«La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’état qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. »

(K. Marx T. 1 p. 721 du Capital éd. Moscou)

Mais encore:

« Le peuple sait bien, par sa propre expérience et les saignées faite à sa bourse, combien la dette publique pèse sur les impositions; mais peu de gens savent dans quelles conditions spéciales cette dette a été contractée et existe toujours. L’État, cet instrument commun entre les mains de nobles propriétaires fonciers, et des gens de la finance, a besoin d’ argent pour réaliser, à l’ intérieur comme à l’ extérieur, l’œuvre d’oppression. Il emprunte donc chez les capitalistes et usuriers, et leur remet un bout de papier, par lequel il s’ engage à payer, pour 100 livres sterling prêtées, tel chiffre d’ intérêt. Les moyens nécessaires à ce paiement, il les tire, sous forme d’ impôts, de la poche des classes ouvrières. Si bien que le peuple doit servir de garantie à ses oppresseurs vis-à-vis des gens qui prêtent leur argent pour qu’on lui coupe le cou à lui, peuple. Cette dette figure sous diverses rubriques, suivant que le taux d’ intérêt est de 3,3 ½ ou 4 0/0. » ( K. Marx  People’s Paper, 16 avril 1853.)

Nous voyons que cette histoire de la dette publique, ne date pas d’hier et que tous les appels à la nation à l’identité nationale ne sont que des justificatifs pour sauver le capital.

« Si les démocrates exigent la régulation de la dette publique, les ouvriers doivent exiger la banqueroute de l’ État. » (Karl Marx, 1ère Adresse du Comité de la ligue des communistes,1850.)

G. Bad, décembre 2009

Note

[1] Le pays commence à s’endetter au début des années 80 et les dernières mesures d’ajustement font peu à peu baisser le niveau de vie de 40% (dévaluations successives). Puis en 89, le gouvernement cherche à se rapprocher de Washington qui impose le démantèlement du modèle de gestion autonome particulier à la Yougoslavie et qui a donné des résultats très valables dans les années 60 et 70. Il y a alors des réformes profondes: dévaluations et restrictions budgétaires, privatisation des entreprises et liquidation de celles qui n’étaient pas jugées compétitives, ouverture des frontières commerciales et libéralisation du système de crédit. Tout un secteur économique est liquidé entraînant chômage et baisse des revenus (80%). En même temps, le système de sécurité sociale gratuite est démantelé. Toutes ces mesures sont imposées afin d’obtenir de nouveaux prêts servant à rembourser les prêts précédents ! Enfin, est imposé le gel des transferts du gouvernement central vers les républiques. Celles-ci, riches ou pauvres, étaient obligées de trouver leur financement propre. La « balkanisation » de l’union des Républiques Yougoslaves était devenu un fait.

Les causes et les conséquences de la crise économique

28 juin 2009

Formations d’été

Réunion publique avec Andrew Kliman, auteur de Reclaiming Marx’s “Capital”, à Londres, Lucas Arms 245a Grays Inn Road, le mercredi 8 juillet à 20h00, co-organisée par nos camarades de The Hobgoblin et The Commune.

London: Andrew Kliman on ‘Causes and Implications of the Economic Crisis’. Wednesday 8 July, Lucas Arms (upstairs room), 245a Grays Inn Road St Pancras, London (Kings Cross tube) from 8 to 10 pm. Andrew Kliman is author of ‘Reclaiming Marx’s Capital’ and a member of the Marxist-Humanist Initiative (US). Meeting sponsored jointly by The Hobgoblin and The Commune.

Voir aussi:

Die Todeskrise des Kapitalismus (Mattick, 1933)

24 mai 2009

Brochure en allemand des I.W.W. sur la crise du capitalisme, rédigée par Paul Mattick. [texte htm disponible sur kurasje ou sur le site de Jim Crutchfield]

iww33_01pdf