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Le nommé Louis Aragon ou le patriote professionnel (Malaquais, 1947)

28 octobre 2011

Publié en brochure en supplément à la revue Masses – Socialisme et liberté en février 1947. Première publication sur le web sur les Archives maximalistes de J.L. Roche (qui l’avait aussi réimprimé dans le Prolétariat universel N°62 en 2004 avec l’accord de Spartacus) en août dernier. Une réédition avec annexes et préface a par ailleurs été publiée par les éditions Syllepse en 1998. Une notice biographique de Jean Malaquais par Philippe Bourrinet est disponible ici.

Il est triste que souvent, pour être bon patriote, on soit l’ennemi du reste des hommes.

VOLTAIRE

Le goût de l’âcre fruit qu’on appelle « patriote » – qu’il soit d’ici ou de là-bas ou d’ailleurs – me vaut la gingivite. Acre et vert fruit en effet, qui fait profession d’aimer « son » pays, et par voie de conséquence n’aime pas le vôtre. Acre et vert et « ratatiné » fruit que notre temps sécrète comme la « limace sa bave », mais dont la morphologie ne doit rien à celle des Jeanne d’Arc, Bolivar ou autres Machabée. Je ne connais pas mélange plus curieux de hargne, de « glande lacrymale » et de « constipation chronique » que cette dame qui se sent toute chose quand sur un manche à balai on hisse les couleurs de « sa » patrie, ce monsieur qui s’étrangle d’émotion quand bat le tambour de « son » régiment.

Bizarre et « corrosive chimie » qui réactionne comme un acide dès lors qu’on ne pense pas le plus grand bien de la vaillance de vos sous-officiers, de l’excellence de vos vertus domestiques, de la supériorité de votre gomme « à chiquer ». Psychologie de dindon qui voit rose au faîte de son tas de fumier, qui voit rouge si le dindon du voisinage y pique le bec.

Psychologie de dindon qui fait la roue et pousse du vent. Mais, du moins, est-il honnête. Le dieu des dindons l’ayant pourvu de la caroncule, il est naturel qu’il la fasse bander. Fidèle à son état, il répondra en gloussant dès qu’on agite la crécelle héroïque. Moldave, il pique une crise si dans un communiqué de presse son nom est précédé de celui de Batave ; Batave, il en tirerait orgueil. Il se gonfle et se dilate à la flatterie : quand on applaudit à son plumage, à ses éperons, à sa crotte ; et prend rouge si on n’applaudit pas assez bruyamment à son gré. Il a tous les mauvais goûts : celui « d’humecter » ses discours de trémolos vibrants, celui d’admirer les statues équestres, celui de préférer les poèmes pompiers.

Remarquablement perméable à la mise en scène, à la fanfreluche officielle, il est de toutes les parades, la claque généreuse et le bonnet approbatif. Mais rien ne le transporte comme le nombre de bombardiers de « notre » aviation, le tonnage de « notre » marine, les boutons de culotte de « notre » infanterie. Non pas qu’il soit indifférent quant aux fromages de « notre » pays, au tour des hanches de « nos » midinettes, tout ce à quoi il peut accoler l’adjectif possessif « notre » ouvre ses vannes patriotiques car c’est un citoyen qui a la fierté facile, mais avant toute chose il est sensible à la trompette et au sabre. Il est martial comme on louche, comme on est sujet aux rhumes de cerveau ; martial naturellement et sans effort. Et plus glorieuse sera la trompette, plus clinquant le sabre sur le pavé, et plus orgueilleux se sentira la Moldave de n’être pas Batave, et le Batave, Moldave.

Mais, du moins, est-il honnête. Pas très intelligent, mais honnête. Patriote par la force des choses, par la force des cataclysmes , il pense sincèrement – pour autant qu’il pense – que « son » pays a inventé ou contribué à inventer la plupart des choses dont parlent les encyclopédies, depuis l’amour romantique jusqu’au fil à couper le beurre. Il gobe comme médecine les lieux communs et les platitudes du jargon patriotard, les rend diminués d’éloquence mais augmentés de volume, et quoiqu’il puisse n’être pas toujours d’accord avec telles lois de « son » pays, telle stratégie de « ses » généraux, il vire au bleu si le patriote de l’autre rive y ose une critique. Il est pour « laver son linge sale en famille », car bien entendu il croit à la famille nationale. Toutefois, son éthique ne procédant pas d’une doctrine mais d’un complexe, pas d’une idéologie mais d’un paquet de sentiments, le Moldave et le Batave patriotes ne sont nullement des professionnels du patriotisme. Ils en sont, au contraire, les tristes victimes.

*

Le professionnel du patriotisme, lui, est de complexion toute différente. Il n’a rien des bienheureuses certitudes du dindon, rien non plus de ses suffisances. Encore que gloussant haut et fort, encore que ne méprisant aucune note de la misérable gamme oratoire des démagogues de cirque, il ne souffre pas d’occlusion intestinale : il est conscient de placer une marchandise et en connaît le juste prix. L’un – relativement ancien – remonte aux guerres de libération nationale du dernier siècle, il conjugue et décline patrie-patra à tort et à travers – et en meurt asphyxié ; l’autre – produit de la veille – puise ses accents dans la décadence de l’idée nationale, il y met du style et de la guirlande – et n’en meurt point. Semblable au mangeur de curés qui sur ses vieux jours change en pilier de sacristie, au jeune anarchiste qui en se mariant devient un modèle de petit bourgeois, le professionnel, au départ, n’avait que dégoût pour ce que par la suite il mâchera à pleines babines avides.

La ressemblance, cependant, n’est qu’apparente. Le ci-devant athée, le jeune réfractaire, le non-conformiste en un mot qui finit par rejoindre la grande armée des béni-oui-oui, succombe à l’implacable poids des coerctions sociales ; il a subi une sorte d’évolution à l’envers et s’est liquéfié sous la dissolvante emprise des normes bourgeoises. Par contre, le spécialiste de la patrie, celui du moins dont dans ces lignes j’entends dessiner la figure, est – en règle presque absolue – un transfuge conscient et organisé. Mais ce qui réellement le différencie du patriote bêlant, c’est que les amours de celui-ci sont ancrées à son sol natal, inséparables en quelque sorte d’avec son certificat de naissance, il ne jure que Moldavie – si Moldave, Batavie – si Batave, tandis que celui-là, quelle que soit sa terre d’origine, la langue maternelle, ne professe qu’une exclusive passion : celle de la Russie sous Staline. Ce patriote de métier est, de fait, un apatride. Et, étrangement d’ailleurs, parmi les millions d’apatrides de nos jours, il est l’unique phénomène qui paie allégeance au plus monstrueux des totalitarismes.

*

Le prototype du patriote professionnel apatride, celui qui a atteint une espèce de grandeur dans le maniement du bénitier stalinien, est le nommé Louis Aragon poète par la grâce des dieux, clarinette par la grâce de saint Joseph ; Louis Aragon, ex-dadaïste, ex-surréaliste, ex-auteur du « Con d’Irène », du « Paysan de Paris », du « Traité du style », ex-lui-même ; Louis Aragon qui écrivait : « … qu’il me soit permis, ici, chez moi, dans ce livre, de dire à l »armée française que je la conchie », (je cite de mémoire) – qui écrivait comme ça quand il avait du génie ; Louis Aragon qui, tel le barde de service de l’Uzbékistan, s’époumonait : « Hourra Oura !… » – qui s’époumonait comme ça quand il n’avait plus guère de génie ; Louis Aragon qui, plus cocardier que feu Déroulède, s’égosille de la voix des coqs : « … Jamais éteint renaissant de sa braise perpétuel brûlot de la patrie » – qui s’égosille comme ça quand, en fait de génie, il lui reste des briques.

Mais peut-être suis-je injuste. Peut-être, me laissant aller avec complaisance au franc dégoût que m’inspire la profession du patriote apatride, suis-je trop content d’accabler le nommé Louis Aragon, – l’accabler au point de lui dénier une once de vraie émotion. Peut-être au prix de mon écœurement a-t-il gagné d’autres adhésions, plus valables, plus désintéressées que la mienne. Peut-être l’effet de noix vomique que sa morale, sa prose, sa rime, exercent sur ceux qui toujours croient à la dignité de l’homme, à l’imprescriptibilité de la vie, qui ne se gavent pas de haine ni ne pensent que le massacre appelle le massacre, peut-être cet effet-là n’est pas une juste mesure pour toiser notre professionnel – Peut-être vraiment ? Car, enfin, il est salué, il est acclamé, il est goûté comme du miel du nougat du nanan par ceux-là même qui l’avaient honni quand son art – alors authentique – les fustigeait en pleine face. Mais aussi est-ce pour eux qu’il travaille, qu’il sue : «… Ah ! parlez-moi d »amour ondes petites ondes » ; pour cette clientèle qu’il méprise tout en piaillant sous ses fenêtres, et qui le lui rend bien tout en l’enterrant sous la louange ; cette clientèle qu’il a ordre de séduire et dont il flatte les bas instincts – comme il est juste pour qui passe dans le camp ennemi et veut s’y faire une assiette.

Et que l’on ne vienne pas me dire que de nouveau je m’abandonne à mon mal de cœur. Dans « La Nouvelle Relève », revue catholique et bien pensante du prude Canada, on peut lire sous la signature de M. Marcel-Raymond (Vol.III, N°6, août-septembre 1944) : « Au Canada, celui qui aurait essayé, il y a quelques années, d’écrire en bien de livres comme « Les Cloches de Bâle », « Le Mouvement Perpétuel », « Anicet », ou de mettre sur le compte de l’art l’obscénité des « Paramètres » se serait fait montrer du doigt. Il a suffit à ce poète de parler de la France, la main sur le cœur, d’évoquer Dunkerque ou « juin poignardé », pour que tout lui soit pardonné de son passé inquiétant. On le prononce dans les salons ; on lit ses vers à la radio, « avec toutes sortes d’accompagnements séraphiques », on le cite au petit déjeuner en plongeant le couteau jusqu’à la garde dans le pot de marmelade anglaise. « Que tous ceux qui n’ont jamais rien entendu à la poésie, qui ont toujours tenu les « voyants » pour des voyous, des farceurs ou des illuminés s’arrachent maintenant Aragon et en fassent leur vedette, il y a de quoi donner sur le nerf du critique le plus placide. » « Vengeance de la bourgeoisie contre la poésie. » « Que le symbole du désordre devienne celui de l’ordre et la bannière du nationalisme le plus étriot – celui qui veut complètement renier le passé – il y a là quelque chose de gênant… « Leurs étranglements de joie (ceux de la bourgeoisie) et leurs borborygmes d’admiration devant, la plupart du temps, le plus mauvais… gênent le plaisir de l’admirateur de bonne volonté. Il sent à quel point la poésie a toujours été en avance sur le public et comme Aragon peut la desservir en la remettant au pas. »

Mais on se tromperait en pensant qu’Aragon se contente de régler le pas à la poésie seule. Les amours de ce patriote sont si exclusives, si entières ses jalousies, qu’il entend museler sa bien-aimée par le haut, et par le bas il entend lui-même lui mettre la gaïnette de chasteté. Car, tout en rimaillant :

Vous pouvez condamner un poète au silence

Et faire d’un oiseau du ciel un galérien

Mais pour lui refuser le droit d’aimer la France

Il vous faudrait savoir que vous n’y pouvez rien

Il réclame les galères et douze balles dans le ventre pour quiconque s’avise de ne point béer avec lui, de ne point se découvrir au mot France, pardon, je veux dire au mot U.R.S.S.

*

« Il y a une poésie de la bassesse », écrit en se regardant dans la glace, le nommé Louis Aragon, à propos des « Pages de journal » (1939-1942) d’André Gide ; et, dans le même texte, lequel en fait de bassesse est un chef-d’œuvre, il ajoute : « Je sais… qu’il ne manquera pas des gens pour dire que vraiment on voit un peu trop d’où me vient la dent que je lui conserve. » – Eh bien, Dieu merci non, il ne manquera pas. Trop de gens savent en effet qu’Aragon pâmait d’aise à toute virgule échappée de la plume de Gide quand Gide pensait de l’U.R.S.S. ce qu’Aragon estime obligatoire que l’on en pense, et qu’il ne se lasse pas d’exiger la peau de Gide depuis que Gide ose penser qu’en U.R.S.S. on la crève : trop de gens savent à quels nobles sentiments obéissent les véhémentes protestations d’Aragon contre le retour de Gide « parmi nous qui regardons encore des vides sanglants à nos côtés. » – Trop, trop de gens. Mais si quelque naïf ne le savait point, Aragon en personne se charge de l’apitoyer sur les plaies de son cœur : cette dent, petit naïf, je la lui garde à cause de ses deux livres sur son voyage au pays de ma flamme. Ce mortel péché – Aragon ne dormira pas tranquille, Jeanne d’Arc ne cessera de renifler ses larmes – tant que Gide ne l’expie dans son sang. Les « vides sanglants » que le patriote de métier contemple à ses côtés ne sauraient être comblés ; il y manque le corps du grand vieillard pour que la fosse soit garnie. Aussi, à ce manque à gagner, à ce cadavre manquant à son tableau, Aragon s’empresse d’obvier. Porté sur les ailes de son amour sacré de la patrie, il se laisse descendre en planant sur les « Pages de journal », et, horreur ! ce que tout d’abord et tout de suite il découvre, c’est que dès la fin de 1940 l’auteur de « l’Immortaliste » témoigne un grand intérêt pour la langue allemande, pour Goethe plus précisément, « comme si », note le nommé Louis Aragon, « comme si, devant le succès des armes allemandes, ce fût un véritable devoir de lire « Faust ».

Le véritable devoir eût été, il va sans dire, de se plonger dans une « Vie de Souvaroff », illustrée autant que possible, et à défaut de composer des triolets où Bavard rimerait avec gaillard (ah, si Gide avait le génie lyrique d’Aragon !) , essayer du moins quelques réflexions sur l’insondable perversité du peuple allemand. Goethe en tête. Cependant l’épouvante du patriote apatride frise le cauchemar quand Gide – dont on sait pourtant qu’il pèse ses paroles – quand Gide écrit que plus d’un paysan accepterait « que Descartes ou Watteau fussent Allemands ou n’aient jamais été, si ça pouvait lui faire vendre son blé quelques sous plus cher. » Car, n’est-ce pas, nul n’ignore que Normands et Picards et Lorrains guerroyeraient un siècle au seul nom de Watteau dont ils ont tous lu le « Discours », au seul nom de Descartes dont ils ont tous admiré les « fêtes champêtres ». Aragon est d’autant plus outré qu’il sait que dans un pays policé, libre et socialiste l’encre tournerait en eau dans la plume de l’écrivain qui oserait dire du Kalmouk ou du Cosaque qu’ils se fichent comme de leur première culotte que Pouchkine ait été russe ou cubain. Mais quand, le 14 juillet , Gide notera : « Le sentiment patriotique n’est du reste pas plus constant que nos autres amours… » Aragon, dont le patriotisme aura toute la constance qu’implique une consigne politique, Aragon tout simplement monte sur ses grands chevaux et se met à crier : « à mort les traîtres ! »

« A mort ! » a toujours été le cri de prédilection de notre personnage. Même au plus fier de sa jeunesse il traînait dans son sillon un relent de nécrophilie. L’ombre du gibet se profile tout au long de sa tortueuse carrière, et c’est à cette ombre qu’il aime rêver. J’ai ouï dire qu’un sien parent par alliance – petit agent provocateur au service de G.P.U. qui a joué de malchance – ayant été exécuté en Russie, on le vit se frotter les mains et disant : c’est bien fait ! Personne mieux que lui n’a crié à mort lors des tragiques journées de mai 1937 à Barcelone : personne n’a mieux dénoncé à la police les militants espagnols anti-staliniens réfugiés en France. Aujourd’hui il lui faut la vie d’André Gide ! Mais qui ne connaît l’homme ? Qui n’éprouve la nausée à se pencher sur l’abîme dans lequel le nommé Louis Aragon n’a cessé de dégringoler cul par-dessus tête ? Qui ne l’a vu, hier anti-militariste, aujourd’hui bombant le ventre sous ses décorations ? Hier hystériquement internationaliste, aujourd’hui xénophobe à tous crins ? Existe-t-il une figure de jonglerie, un tour de saltimbanque qu’il n’ait exécutés ? On l’a vu danser le casatchok en s’accompagnant de la « Marseillaise », s’enivrer de vodka et crier vive le pinard, applaudir aux procès de Moscou et clamer justice, porter aux nues la « démocratie soviétique » et honnir le « fascisme de chez nous » ; on l’a vu se hérisser de piquants au seul nom de l’Eglise, et on l’a vu faisant des démarches chez le cardinal Verdier afin que celui-ci intervînt auprès de Franco – suspendez le bombardement de Madrid vu que c’est la Noël (1936) ; on l’a vu réclamer le poteau pour les pacifistes, et on l’a vu – lui seul d’entre les valets de plume – avoir l’estomac de proclamer dans sa feuille russe « Ce soir » (24 août 1939) que le pacte Staline-Hitler signifiait la paix sûre et certaine, la France – cette salope impérialiste – ne rêvant que plaies et bosses. (Pris de court et fautes d’instructions, Cachin et feu Péri ne surent que quelle fesse s’asseoir, et « l’Humanité » du même jour ne souffla mot de cette « paix-là ». Et le voici drapé de tricolore et à cheval sur l’Arc de triomphe et torturant de faux alexandrins et de fausses rimes, France et silence, le voici donc de nouveau réclamant la potence pour quiconque ne sautille point à sa corde, – à cette corde sur laquelle lui et son digne pendant, le nommé Ilya Ehrenbourg, font le funambule macabre.

Il a tout piétiné, y compris sa propre ombre ; tout « souillé » de ses premières amours, tout « pollué » de ses dernières « déjections ». Que le patriote bêlant dont l’oreille et le « foie » s’épanouissent au cocorico d’Aragon ne se gêne pas ; il le trouvera dans la poubelle au bas de mon escalier, et il peut l’y ramasser. Et maintenant je vais me laver les mains et me rincer la bouche.

Il nous faut un Guépéou

par Louis ARAGON (1931)

Extrait du poème : Prélude au temps des cerises

Je chante le Guépéou qui se forme

En France à l’heure qu’il est

Je chante le Guépéou nécessaire de France

Je chante les Cuépéous de nulle part et de partout

Je demande un Guépéou pour préparer la fin d’un monde

Demandez un Guépéou pour préparer la fin d’un monde

Pour défendre ceux qui sont trahis

Pour défendre ceux qui sont toujours trahis

Demandez un Guépéou vous qu’on plie et vous qu’on tue

Demandez un Guépéou

Il vous faut un Guépéou

Vive le Guépéou figure dialectique de l’héroïsme

Qu’on peut opposer à cette image imbécile des aviateurs

Tenus par les imbéciles pour des héros quand ils se foutent

La gueule par terre

Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste

Vive le Guépéou contre dieu Chiappe et la « Marseillaise »

Vive le Guépéou contre le pape et les poux

Vive le Guépéou contre la résignation des banques

Vive le Guépéou contre les manœuvres de l’Est

Vive le Guépéou contre la famille

Vive le Guépéou contre les lois scélérates

Vive le Guépéou contre le socialisme des assassins du type

Caballero Boncour Mac Donald Zoergibel

Vive le Guépéou contre tous les ennemis du Prolétariat.

VIVE LE GUEPEOU

La Révolution espagnole en danger (1937)

26 novembre 2008

(Appel du Comité pour la Révolution espagnole auquel « Spartacus » s’associe sans réserves)

Le Comité pour la Révolution espagnole est dans la nécessité de porter à la connaissance des travailleurs et des antifascistes des faits d’une extrême gravité, susceptibles de compromettre irrémédiablement les destinées de la révolution espagnole.
Depuis de longs mois, le Parti Communiste d’Espagne et le Parti Socialiste Unifié de Catalogne (affilié à l’Internationale communiste) mettant à profit la popularité que leur a valu le ravitaillement de l’Espagne par la Russie soviétique et pins encore les abondantes ressources matérielles dont ils disposent par suite de leur contact intime avec l’U.R.S.S, ont déclenché au sein de la démocratie espagnole une abominable campagne contre le Parti Ouvrier d’Unité Marxiste, fondé par Joaquin Maurin, mort pour la révolution, contre la Confédération Nationale du Travail et la Fédération Anarchiste Ibérique, organisations ouvrières hostiles à leur domination, résolues de s’opposer à l’établissement de toute dictature totalitaire, résolues à pousser aussi loin que possible les conquêtes de la classe ouvrière.
On a vu depuis des mois les partis staliniens exiger et annoncer la mise hors la loi et l’extermination physique de ces révolutionnaires gênants. On les a vus obtenir, grâce à leur puissance militaire, fondée sur les brigades internationales et à la pression diplomatique des représentants officiels de l’U.R.S.S., des mesures d’ostracisme contre le POUM et la CNT. L’unité antifasciste a ainsi été systématiquement poignardée par ceux qui, aux ordres de Moscou, ne veulent pas de démocratie ouvrière en Espagne.
Rappelons les faits. A Madrid où il a perdu des centaines de militants au front, le POUM se voit, contre toute légalité, confisquer sa station de T.S.F., supprimer son hebdomadaire « El Combatiente Rojo », fermer son Secours rouge. A Bilbao, l’organe de la CNT est supprimé, à la veille de l’attaque sur Guernica, et ses rédacteurs emprisonnés. A Valence, Maroto, compagnon d’héroïsme de Durutti, est emprisonné avec plus de 200 libertaires. Une certaine presse répète tous les jours que le POUM est un parti d’agents de Hitler-Franco-Mussolini, donc un parti à fusiller. Peu importe que le sang des prolétaires de ce parti coule à flots sur tous les fronts. Les insulteurs n’en ont cure, ils poursuivent leur dessein. La calomnie pour le discrédit. Le discrédit avait l’étranglement politique. Pour finir, l’assassinat légal ou extra-légal.

On sait la cause des événements des 3 et 6 mai : La crise du pouvoir en Catalogne, due à la pression du PSUC (Internationale communiste) qui réclame le désarmement de la classe ouvrière et un pouvoir fort contre les travailleurs. La crise atteint son point culminant lorsque, le 3 mai, la police, commandée par un officier du PSUC, attaque les militants des deux confédérations syndicales, charges de garder le Central téléphonique. On sait la vive et puissante réaction du prolétariat catalan tout entier qui se trouve maître de la situation pendant plusieurs jours et, par une fidélité peut-être mal comprise à la cause antifasciste, se laisse ensuite désarmer, perdant ainsi tout le bénéfice de sa victoire. Le plus gros effort dans cette admirable passe d’armes a été fourni par les militants de base de la CNT, de la FAI et du POUM. Pendant les tragiques journées, les staliniens du PSUC ont délibérément assassiné (après arrestation) le philosophe et militant anarchiste Camille Berneri et le petit-fils du grand fusillé de Montjuich en 1909, Francisco Ferrer. Il semble bien que les partisans du régime totalitaire aient perdu toute norme morale et soient décidés à ne plus s’arrêter devant rien.
Nous apprenons enfin, qu’après avoir provoqué la chute du cabinet Largo Caballero en exigeant la dissolution du POUM, mesure illégale et anticonstitutionnelle du point de vue même de la démocratie bourgeoise, — mesure à laquelle Largo Caballero aurait refusé de souscrire, — ils ont repris l’offensive avec le concours du cabinet Negrin-Prieto. Ils parlent ouvertement de mettre hors la loi un parti de 50.000 travailleurs dont des milliers de membres se sont comportés au front en héros et y sont morts. Ils entendent instituer ainsi en Espagne le régime du baillon et la terreur à l’arrière. « La Batalla », organe quotidien du POUM, vient d’être suspendue à terme indéfini. Nouvel attentat à la liberté de la presse ouvrière. Julian Gorkin, l’un des leaders du POUM, vient d’être inculpé en raison des événements du début de mai et se trouve en état d’arrestation.
Il est grand temps d’alerter la classe ouvrière et les hommes de bonne volonté. C’est toute la révolution espagnole qui est en danger. En la poignardant à l’arrière, on rend impossible sa victoire militaire. On provoque la désaffection des travailleurs et on prépare une dictature militaire qui conduirait un peuple épuisé par ses sacrifices à quelque régime totalitaire, abusivement qualifié de républicain, sans pain ni liberté.
Nous en appelons à toutes les organisations ouvrières, à tous les militants sans distinction de partis, pour exiger impérieusement, inlassablement, au nom du salut de l’Espagne ouvrière :

  • La cessation des campagnes systématiques de mensonges et de calomnies qui emprisonnent toute la vie politique ;
  • La cessation des brimades et des scandaleuses mesures de répression à sens unique, dirigées contre les travailleurs partisans de la transformation sociale et adversaires des dictatures totalitaires .
  • Le bénéfice intégral de la légalité pour le POUM, le CNT, la FAI ;
  • La liberté pour les travailleurs arrêtés après les journées de mai ;
  • La liberté de presse pour tous les partis ouvriers ;
  • La liberté pour Julian Gomez Gorkin ;
  • Le châtiment des assassins bien connus de Camille Berneri et de
  • Francisco Ferrer.

LE COMITÉ
POUR LA RÉVOLUTION ESPAGNOLE.

encarté dans Le Guépéou en Espagne : les journées sanglantes de Barcelone, du 3 au 9 mai 1937 (Marcel Ollivier, Spartacus, juin 1937).

ollivier-guepeou250pix***

comite

Un nouveau crime de la GPU (1948)

21 juin 2008

Article de Pedro Bonet paru dans La Révolution prolétarienne N°313 (mars 1948).

UN NOUVEAU CRIME DE LA G.P.U.

Soixante Espagnols antifascistes séquestrés dans le camp de Karaganda (U.R.S.S.)

La presse antifasciste espagnole publiée en France a dénoncé récemment un nouveau crime du G.P-U. : l’internement de soixante Espagnols antifascistes dans le camp de Karaganda. Karaganda se trouve situé dans les régions arides du Kazakstan (?). On appelle ce lieu la « steppe de la faim ». L’administration russe le désigne sous la dénomination de « Camp N° 99 » et son adresse postale est la suivante : 99-22 Spassk.
Le groupe des Espagnols internés dans le camp de Karaganda est constitué par des pilotes aviateurs et des marins de navires marchands. Parmi eux se
trouvent quelques médecins et instituteurs qui ont été en Russie en 1938 à la tête des groupes d’enfants espagnols évacués d’Espagne. Les pilotes aviateurs furent envoyés par le gouvernement Negrin pour suivre des cours d’aviation. Les marins, qui se trouvaient à Odessa en mars 1939, virent leurs bateaux réquisitionnés par les autorités russes. La tragique odyssée de ce groupe d’ouvriers espagnols antifascistes a commencé à partir de juin 1941, c’est-à-dire depuis le début des hostilités entre l’Allemagne et la Russie.
La Fédération espa-gnole des Déportés a fait publier un intéressant rapport circonstancié dénonçant celte nouvelle expression de la barbarie stalinienne. Ces informations ont été confirmées par l’ingénieur français Francisque Bornet et par Mme Sonia Sagolowitsch, rapatriés récemment en France après cinq ans d’internement dans le même camp de Karaganda et qui partagèrent avec les antifascistes espagnols les infortunes et les calamités de cette détention commune.


La presse stalinienne qui jusqu’à maintenant a observé un silence discret devant la révélation de ce nouveau forfait du G.P.U. essaie de le couvrir et de le justifier en osant présenter le groupe des ouvriers espagnols antifascistes comme des éléments franquistes. En plus du crime la calomnie.
Nous qui savons comment ont été montés les procès de Moscou et comment furent assassinés les principaux artisans de la Révolution d’Octobre, nous qui avons lu le vaillant réquisitoire de Kravchenko, ne pouvons être surpris par ce nouveau mensonge de la bande d’assassins et de faussaires aux ordres du Kremlin. En effet, la barbarie du totalitarisme stalinien trouve son expression dans les travaux forcés, dans les immenses et innombrables camps de concentration où languissent des millions et des millions de révolutionnaires. C’est le régime de terreur, la menace permanente et hallucinante de tomber sous les puissantes tentacules du G.P.U.
Dans la vaste Sibérie, le camp de Karaganda est un jalon de plus du fascisme rouge. De là une poignée de combattants espagnols antifascistes lancent un S.O.S. à leurs frères en exil pour qu’ils les aident à mettre fin à l’épouvantable cauchemar dans lequel ils vivent depuis sept ans. C’est ce cri qu’a recueilli la Fédération espagnole des reportés ainsi que les Centrales syndicales C.N.T. et U.G.T., le P.S.O.E. et le P.O.U.M., en même temps que tous les partis républicains. Tous, tous moins la bande de faussaires et de valets du P.C.F.
De son côté, celte bande de canailles prépare un subterfuge pour couvrir ce nouveau forfait en osant présenter nos camarades comme des franquistes. A ce propos il nous paraît évident qu’on a suggéré au G.P.U. de négocier la remise de ces infortunés Espagnols à la police franquiste. A seule fin de pouvoir les présenter à l’opinion comme des agents franquistes.

Le mouvement ouvrier espagnol a fait l’expérience des méthodes staliniennes pendant la guerre civile. L’assassinat du malheureux camarade Andrès Nin, de l’écrivain anarchiste Berneri, de Kurt Landau et de centaines de militants .socialistes, de la C.N.T. et du P.O.U.M., puis le monstrueux procès contre le P.O.U.M. laissent un tragique souvenir impossible à effacer. Le « socialisme » totalitaire – et d’importation orientale – faisait ainsi ses premières preuves sur la péninsule ibérique. La « précieuse » aide que Staline nous apporta ne s’est pas arrêtée lorsqu’est survenue notre défaite – défaite favorisée non seulement par la terreur du G.P.U., mais aussi par le pétrole russe vendu à crédit à Mussolini pour que l’aviation et la flotte italiennes puissent bombarder nos cités et nos fronts.

La Russie continue à nous offrir son aide « généreuse ». Elle conserve quelques-uns de nos navires marchands, cinq cents — cinq cents ! — tonneaux d’or que Negrin — le « pantin » de Moscou — a livrés. Et, avec l’or et les navires marchands, un groupe de combattants espagnols antifascistes, eux-mêmes gardés et protégés par les sbires du G.P.U.
Les groupes révolutionnaires et les organisations ouvrières de tous les pays doivent dénoncer avec la dernière énergie ce nouveau crime du stalinisme jusqu’à obtenir la libération des Espagnols enterrés vivants dans le camp de Karaganda.

Pedro BONET.

Voir aussi: