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Socialism and war : the Marxist attitude to Nazism (ca. 1943)

22 octobre 2015

Brochure probablement de 1943, éditée par le Workers’ Literature Bureau de Melbourne (qui publiera après-guerre J.A. Dawson et Paul Mattick), compilant notamment des articles du Western socialist de Boston et du Socialist standard de Londres (et indiquant en avant-dernière page la liste des « partis compagnons » du S.P.G.B.). Les autres textes seraient cependant de J.A. Dawson, qui aurait adhéré un temps au Parti socialiste d’Australie (cf. Left communism in Australia: J.A. Dawson and the « Southern Advocate for Workers’ Councils », Steven Wright, 1980). Cette brochure a été numérisée par la Bibliothèque d’Etat de Victoria en Australie:

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Memorendum du Socialist Labor Party à la Conférence de Stockholm (1917)

3 mars 2013

Extrait de Conférence internationale socialiste de Stockholm 1917 (Georges Haupt, 1980), sauf un passage du programme unitaire de paix (cf. http://labourhistory.net) qui a dû être retraduit de l’anglais. Le SLP était représenté par Boris Reinstein à la conférence, les autres délégués n’ayant pas obtenu de passeport de l’administration Wilson.

Boris Reinstein

La lutte entre les classes est l’unique base véritable de la vie sociale.

Le Socialist Labor Party» des États-Unis examine les questions relatives aux moyens de mettre fin à la tuerie de la classe ouvrière dans tous les pays, du même point de vue, que celui qu’il envisage quand il traite la question du militarisme et de la guerre en général, aussi bien que les problèmes politiques, économiques et sociaux, c’est-à-dire exclusivement du point de vue de la lutte des classes. Dans nos tentatives de résoudre ces problèmes, nous sommes uniquement guidés par les principes socialistes et par considération pour les intérêts du prolétariat international. Ce n’est pas là, malheureusement, le point de vue de nombreux camarades des puissances centrales et de l’Entente. Ils ont cru pouvoir abandonner, dans la guerre actuelle, le point de vue de la lutte des classes et ils ont préféré résoudre ces question comme Allemands ou Autrichiens, Français ou Anglais et non comme prolétaires et socialistes internationaux. Quant à nous, bien que nous représentions le Parti d’un pays, qui, comme tous les autres a été entraîné par son gouvernement capitaliste et contre la volonté des masses, dans la guerre barbare du capitalisme agonissant — nous refusons de traiter la question de la guerre et de la paix comme Américains. Nous persistons dans notre intention de la traiter comme prolétaires et socialistes internationaux.

La guerre est un combat d’animaux sauvages.

Nous voyons dans la guerre actuelle un combat d’animaux dans la jungle capitaliste. Quand un certain nombre d’animaux sont réunis dans une même cage, il faut s’attendre à les voir s’entretuer, au moment où ils auront un morceau de viande à partager. Les voilà aux prises au bout d’un instant. Inutile d’essayer de constater lequel des animaux est »responsable de la lutte», lequel est agressif et lequel ne fait que défendre ses droits.

Les intérêts commerciaux — l’unique motif réel

Quels que soient les prétextes, les prétentions et les promesses donnés par les divers gouvernements entraînés dans la guerre actuelle, il faut que nous sachions que l’unique motif véritable de leurs actions a été le désir d’assurer le maximum de dividendes aux capitalistes de leurs pays.

Ce désir est inhérent aux capitalistes et aux gouvernements qu’ils soutiennent, de quelque pays que ce soit.

L’hypocrisie du Gouvernement allemand

Voilà pourquoi nous déclarons que le gouvernement allemand est hypocrite quand il parle de culture, de liberté, d’humanité, lui qui opprime la classe ouvrière de Prusse, coupable d’avoir demandé l’extension du droit de vote ! Ce gouvernement, qui soutenait l’activité de la police secrète du Tsar russe, livrait les adversaires de celui-ci aux mains des bourreaux russes. Ce même gouvernement allemand qui tient sous son talon de fer les Polonais de Posen et les habitants de l’Alsace-Lorraine, s’évertue à anéantir des nations entières par sa politique sous-marine qui noie des hommes, des femmes et des enfants sans défense et approuve les massacres et les outrages subis par des centaines de mille d’hommes, de femmes et d’enfants de la part de ses alliés, les Turcs, en Arménie. Tous les discours d’un gouvernement pareil sur la liberté, la culture et l’humanité ne sont qu’une hypocrisie et une tromperie indignes.

L’Hypocrisie du Gouvernement autrichien

Nous disons aussi que c’est de l’hypocrisie quand le gouvernement austro-hongrois veut jouer au père noble, alors qu’il poursuit brutalement sa propre classe ouvrière parce qu’elle veut se libérer de l’oppression capitaliste, alors qu’il noie dans le sang les Tchèques de Bohême et les autres nationalités de l’Autriche-Hongrie, désireuses d’obtenir leurs droits nationaux, et quand il est d’accord avec l’Allemagne en ce qui concerne les meurtres sous-marins et les massacres arméniens! Il en est de même de la Bulgarie et de la Turquie!

L’hypocrisie du Gouvernement anglais

Nous disons encore, que c’est de l’hypocrisie de la part de la Grande-Bretagne quand elle se pose en champion des petites nationalités, de l’humanité, de la liberté et de la démocratie, et qu’elle prétend avoir pris part à la guerre pour défendre la neutralité de la Belgique.

Il n’y a que des gens, ignorants des faits et de la vérité, qui puissent avoir cette opinion au sujet de la Grande-Bretagne. Elle tient sa propre classe ouvrière dans la pauvreté, dans la misère et dans l’oppression. La Grande Bretagne a les mains teintes du sang des martyrs de la cause de la liberté et de l’indépendance de l’Irlande, des Indes, de l’Égypte et du Transval. La Grande-Bretagne, avec la même froideur qui caractérise l’Allemagne, essaie d’anéantir des millions de vies innocentes dans les pays des puissances centrales.

L’hypocrisie du Gouvernement Français.

Nous disons que c’est de l’hypocrisie quand les mêmes prétentions à s’improviser comme champion de l’humanité, de la justice, de la liberté et de la démocratie sont élevées par le gouvernement capitaliste de la République Française. Comme les gouvernements capitalistes de tous les autres pays, il était et il est toujours prêt à noyer dans le sang les efforts du prolétariat français et des ouvriers des colonies françaises qui veulent se libérer de l’exploitation inhumaine exercée par leurs maîtres capitalistes. Ce gouvernement de la République française ne peut parler d’humanité quand d’accord avec ses alliés, il est coupable de vouloir affamer des millions d’êtres innocents dans les pays des puissances centrales!

Le gouvernement de la République française n’est pas le champion de la justice, car il n’y a pas plus de 27 ans, il s’est prostitué au tyran russe au nom de l’Alliance franco-russe, et sur l’ordre de ce tyran, il a fait emprisonner pendant des années des réfugiés politiques russes, sans leur accorder aucun jugement et sans aucun semblant de justice. Il est resté depuis lors le serviteur volontaire et obéissant de l’autocratie russe en permettant à cette dernière, même dans la guerre actuelle, de décider de la question de la guerre et de la paix pour les deux pays!

Le gouvernement de la République française n’est pas le champion de la démocratie. Car ses classes dirigeantes et ses financiers ont été, pendant des dizaines d’années, l’appui financier principal du tsarisme russe. Ils l’ont gorgé de milliards, dont la plupart ont été employés, par l’ancien gouvernement russe, à combattre le mouvement révolutionnaire !

L’hypocrisie de l’ancien Gouvernement russe.

Nous disons que c’était aussi de l’hypocrisie quand le gouvernement du Tsar russe, si heureusement renversé, prétendait être le le champion de la cause de l’indépendance des petites nationalités, de la justice et de l’humanité,  — alors que ce gouvernement du Tsar a provoqué pendant des années le meurtre et la torture de milliers des meilleurs hommes et femmes de Russie, combattant pour la liberté de leur pays et savait se défaire de ses grévistes, comme il l’a fait au district de Lena et ailleurs. Ce même gouvernement versait tranquillement le sang des champions de la liberté de la Pologne, de la Finlande, de l’Ukraine et d’autres, et sanctionnait les massacres des Juifs à Kishineff et dans les autres villes!

Nous pourrions en dire autant de l’Italie, de la Roumanie et d’autres, gouvernements.

L’hypocrisie du gouvernement américain.

Nous disons enfin, à présent, que c’est de l’hypocrisie quand le gouvernement des États-Unis, réputé comme gouvernement de la plus grande et la plus libre république démocratique, parle si haut et avec tant d’éloquence de l’ « humanité» et de la « justice » et de la « démocratie contre l’autocratie », alors que ce même gouvernement est frappé de cécité devant l’exploitation la plus inhumaine de la classe ouvrière d’Amérique, et reste sourd aux gémissements, aux cris de désespoir et aux appels au secours, poussés par les victimes des capitalistes les plus brutaux et les plus insensibles du monde entier. C’est de l’hypocrisie et c’est un crime monstrueux, quand le gouvernement de l’Amérique raconte qu’il prend part à la guerre au nom de l’humanité et pour « abolir le militarisme prussien et l’autocratie allemande». Et pendant qu’il nous berce de ces chansons, que fait-il lui-même ? Il prouve une fois de plus, qu’il est le gardien le plus fidèle des intérêts de la haute finance et des grands capitalistes. Il prussianise les États-Unis pour protéger les milliards de dollars, prêtés par la J. Pierpont Morgan Compagny, par les Rockfeller et autres Shylocks de Wall Street pour garantir le bénéfice des marchands de munition et de matériel de guerre, pour leur ouvrir des marchés en Amérique, pour profiter enfin de l’occasion rare de préparer rapidement une garde prétorienne armée, qui doit servir à défendre les classes dirigeantes de l’Amérique contre la révolution des classes ouvrières qui s’annonce. En quelques semaines, le gouvernement de Washington a militarisé complètement le pays. Il savait cependant que les masses du peuple, malgré le battement des tambours, ne souhaitent pas d’aller comme volontaires « combattre pour les profits de la classe Morgan », surnommée ainsi par les masses elles-mêmes. Le gouvernement américain a battu le record, même sur l’Angleterre et le Canada. Ces deux pays n’ont pas osé, même après trois années de guerre, faire passer la loi du service militaire obligatoire et général, tandis que le gouvernement américain a réussi à imposer le joug de la conscription obligatoire, en quelques semaines, à plus de dix millions de jeunes gens. il s’est acquis ainsi le droit d’arracher, de dresser et d’envoyer sur le front, comme chair à canon, plus de six cent mille hommes, et d’en forcer autant qu’il veut à des emplois industriels, civils et autres services pour la guerre, que ce soient des citoyens américains ou des citoyens d’autres nations. Il paraît même superflu de mentionner ici, pour souligner l’évidence de l’hypocrisie du gouvernement de Washington, ce fait caractéristique, que ce même gouvernement, qui aime tant à juger les procédés arbitraires des autres, ait pris une mesure, indigne de tout gouvernement qui se respecte, à savoir, de refuser les passeports aux trois délégués du Parti Socialiste à la Conférence de Stockholm et d’enlever, par l’intermédiaire des agents secrets du gouvernement, les passeports déjà accordés aux délégués du « Socialist Labor Party » pour cette même Conférence.

Toutes les guerres modernes sont des guerres commerciales.

Ce n’est pas seulement la guerre mondiale actuelle, qui est considérée par le Socialist Labor Party comme déterminée uniquement par la rivalité impérialiste, par la conquête des marchés et par les intérêts commerciaux de divers groupes de la classe capitaliste internationale. Le Socialist Labor Party pense qu’à l’époque actuelle, caractérisée par un déclin prochain de l’ère dite de «civilisation capitaliste», il est inconcevable de songer encore à une guerre dynastique, comme il y en avait dans les vieux temps; à une guerre faite uniquement dans le but de conquérir et de détruire des institutions libres et progressives d’un pays conquis; à une guerre, qui n’a pas son origine et ses racines dans la rivalité commerciale et la conquête des marchés de la part des capitalistes des divers pays! Pareille guerre n’est qu’une vaine spéculation.

Le prolétariat ne doit pas soutenir les guerres modernes.

C’est pourquoi le « Socialist Labor Party» affirme, qu’il ne peut y avoir de guerre à notre époque, sauf la révolution, c’est-à-dire une guerre ayant pour but de renverser un gouvernement oppresseur et de démocratiser les institutions d’un pays, ou bien une guerre du prolétariat mondial dans le but de renverser la classe capitaliste du monde entier. Que ce soit une guerre agressive, sous la forme d’invasion, ou bien une guerre que le gouvernement affirme n’être qu’une guerre défensive, – il n’y a pas de guerre qui mérite le soutien volontaire moral, financier ou physique du prolétariat. En d’autres termes, le Socialist Labor Party rejette aussi loin que possible le principe de défense nationale, malheureusement endossé par le mouvement socialiste international. Il met en garde ses camarades d’Amérique, aussi bien que ceux de l’étranger contre ce rocher contre lequel se brisa pratiquement la Seconde Internationale. Le Socialist Labor Party prie les camarades de tous les pays d’examiner soigneusement, et finalement, de rejeter au moment de la reconstitution de l’Internationale l’idée de la »défense nationale» et »celle de la guerre contre les envahisseurs» comme des principes faux, menteurs et mortels pour le mouvement socialiste international.

La Mise en Garde contre la « Défense nationale » est un message commun de l’Amérique.

Sous ce rapport, nous sommes heureux de pouvoir constater, qu’un autre Parti de l’Internationale aux États-Unis, le Parti Socialiste, a décidé de mettre la classe ouvrière en garde contre les pièges et mensonges des guerres dites défensives. Cette décision a été prise par une majorité accablante des délégués du Parti Socialiste à la «National Convention», qui a siégé à St. Louis le 7 avril 1917 — c’est-à- dire au moment, où les États-Unis étaient déjà jetés dans la guerre.

La « Défense nationale » n’est qu’un piège, tendu au socialisme international.

Nos camarades devraient remarquer que le gouvernement de chaque pays peut, à n’importe quel moment, et sans beaucoup de difficultés, comme nous le montre l’expérience, isoler sa propre classe ouvrière et isoler les socialistes de leurs camarades socialistes à l’étranger, leur couper toutes relations avec ces derniers et leur faire accroire, que le gouvernement est entraîné « contre sa volonté » dans une « guerre défensive » et doit, par conséquent, être soutenu par les socialistes et par les masses du peuple. Aussitôt que les socialistes d’un pays se laissent prendre à ce piège, ils y entraînent immédiatement les socialistes de l’autre côté de la ligne de feu, puisque ceux-ci se voient obligés de se rallier également à la «défense nationale».

Aussi longtemps que le mouvement socialiste international ne renoncera à cette idée mensongère de «défense nationale», le mouvement restera à la merci des capitalistes et de leurs gouvernements. Toutes les fois que les groupes capitalistes d’un pays décideront que leur querelle commerciale ou industrielle doit être réglée par la force armée, et toutes les fois qu’ils imagineront de se protéger contre la révolution sociale qui les menace par la manœuvre traditionnelle et favorite des classes dirigeantes — celle de la guerre avec les étrangers — ils ne trouveront point de difficultés pour démembrer le mouvement socialiste international, en envoyant leurs esclaves d’un pays tuer leurs prochains, esclaves d’un autre pays. Après avoir, de cette manière, épuisé les forces de la classe ouvrière, ils peuvent être sûrs d’avoir retardé la marche du mouvement de toute une génération. Les socialistes devraient comprendre quel grand dommage est causé au mouvement socialiste international par une politique qui remplit de haine des millions de cœurs ouvriers et même ceux de millions de socialistes, — de cette haine nationale amère envers leurs camarades, les ouvriers de l’autre côté de la frontière, au delà de la ligne de feu.

Un changement décisif de politique est nécessaire.

En faisant appel à leurs camarades de tous les autres pays pour entreprendre une campagne énergique et décisive pour terminer rapidement la guerre actuelle et pour prévenir les guerres à l’avenir, le Socialist Labor Party doit souligner qu’à son avis, la tentative de blanchir ou de passer sous silence les péchés contre le socialisme, commis par les socialistes des deux camps, ne pourra remédier à la situation. La situation ne pourra pas non plus être matériellement changée par une adoption purement théorique de déclarations en faveur de l’Internationalisme contre le nationalisme comme base du mouvement socialiste international.

Si de pareilles déclarations avaient suffi, la tuerie actuelle des ouvriers ne serait jamais survenue. Depuis plus d’une génération les socialistes de tous les pays avaient prêché la solidarité internationale de la classe ouvrière. Ils l’avaient acclamée, chantée, ils en faisaient une parade et adoptaient des résolutions en faveur de cette solidarité. Mais quand vint le moment décisif, la plupart des socialistes des pays atteints ont constaté qu’ils ne pouvaient réaliser en pratique ce qu’ils avaient prêché. Ils se sont vus forts dans leur esprit et faibles dans leur chair, et, comme conséquence de cette constatation, ils essayèrent de développer de nouveaux arguments philosophiques pour justifier leur nouvelle conduite social-patriotique, qui jure avec toutes leurs intentions et déclarations récentes.

Le parlementarisme opportuniste et le syndicalisme anarchique sont Charybde et Scylla.

Le Socialist Labor Party voit la cause principale du naufrage que l’Internationale a subi, en allant se briser contre le rocher du militarisme, dans ce fait, que les partis affiliés à l’Internationale, ont, comme règle, attaché beaucoup trop d’importance à l’action socialiste des parlements et aux réformes politiques, et qu’ils ont fait trop peu de cas du pouvoir, de l’effet et de la nécessité d’une bonne organisation révolutionnaire et industrielle de la classe ouvrière. Nous voyons dans l’activité opportuniste et réformiste des parlements le Scylla qui menace de destruction le mouvement socialiste, tandis que d’une autre part le Socialist Labor Party s’oppose à Charybde, – le mouvement anarchiste, ou plutôt anarcho-syndicaliste: les deux écueils extrêmes destructeurs qui procèdent l’un de l’autre.

Le Socialist Labor Party reconnaît pleinement l’importance et la nécessité de l’activité politique révolutionnaire de la classe ouvrière comme un bon moyen de propagande.  Il y voit également un moyen réel d’apporter une assistance pratique et précieuse aux efforts de la classe ouvrière d’améliorer la situation économique et sociale, celui de désarmer la classe capitaliste en arrachant de ses mains le contrôle des pouvoirs de l’état, et il y apprécie, finalement, un des principaux moyens de renverser complètement le capitalisme.

C’est pourquoi nous avons toujours combattu et nous combattons encore aujourd’hui l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme comme tendances nuisibles à la cause de l’émancipation ouvrière.

La source principale du pouvoir de la classe ouvrière est le syndicat d’industrie.

Entre les deux politiques extrêmes — celle du syndicalisme anarchiste, d’une part — et celle du réformisme social, d’autre part, le Socialist Labor Party voit la source principale du pouvoir de la classe ouvrière et la meilleure garantie de l’effet et du succès du mouvement socialiste dans tous les rapports, dans l’organisation économique du prolétariat international dans ce que nous appelons le »syndicalisme industriel » .

Nous comprenons par là des syndicats qui réunissent tous les ouvriers d’une industrie déterminée en un organisme, subdivisé en sections, selon le travail spécial existant à l’intérieur de l’industrie même. Ces »unions» devront évidemment, être fondées sur la base de la lutte entre les classes. Il faut qu’elles soient guidées non par des buts étroits et égoïstes de gains individuels de leurs membres, comme cela se fait dans les unions, dites »pratiques», qui transforment l’arme tranchante de l’émancipation des classes en un instrument usé d’une espèce de compagnie d’assurances — mais par l’esprit de la solidarité et de la fraternité internationales de la classe ouvrière. Elles doivent non seulement combattre pour le maximum de l’amélioration des conditions du prolétariat possible à atteindre sous la domination du capitalisme, mais viser encore à renverser complètement le le régime existant et à s’emparer de la constitution des industries dans l’intérêt du peuple tout entier.

Il n’y a que l’activité internationale concertée du prolétariat organisé au point de vue de l’industrie, qui puisse rendre les guerres impossibles.

Nous affirmons, que seule une organisation du prolétariat par unions industrielles internationales solidement construites dan tous les pays dirigeants, peut mettre le prolétariat en état, non seulement d’obtenir une amélioration générale de sa condition, mais rendre les guerres impossibles au moyen d’une activité internationale concertée. La position stratégique de la classe ouvrière est dans l’usine, dans les mines, dans les chemins de fer etc., c’est-à-dire, dans tous les établissements nécessaires pour produire la fortune, la transporter et la distribuer. Or tant que la classe ouvrière n’aura pas développé dans ces industries une organisation suffisamment puissante d’esprit et de corps, sa pression sur le gouvernement sera d’une nature purement morale, elle ne sera pas soutenue par une puissance matérielle et, par conséquent, elle devra rester, dans la plupart des cas, inefficace. Quand la classe capitaliste et le gouvernement qu’elle contrôle ont pris la détermination de réaliser un certain programme, dicté par les intérêts capitalistes et qu’ils s’embusquent derrière les fusils et autres machines du pouvoir matériel du gouvernement, ils n’ont nullement besoin de « l’assistance morale» des ouvriers et ils s’en soucient très peu.

Il en est de même pour ce qui concerne le militarisme et les guerres. Les guerres modernes dépendent au moins autant, si pas plus de la mobilisation et de la force industrielle, que de la force militaire. Les vraies batailles, comme il a été démontré fréquemment au cours de la guerre actuelle, se sont livrées plutôt dans les usines et aux chemins de fer, que dans les tranchées.  Une puissance, qui possède les meilleurs moyens de communication et une bonne production de munition et d’autre matériel de guerre, a gagné une bataille à moitié, avant qu’un seul coup de canon ait été tiré. Là aussi, le prolétariat occupe la position la plus stratégique. Sans être organisée par unions industrielles suffisamment développées et animées de l’esprit de lutte, la classe ouvrière ne peut lutter contre le militarisme et la guerre qu’au moyen des armes de «pression morale». – La propagande internationaliste, anti-nationaliste, – articles de protestation, résolution et meetings, actions de masse dans les rues par les ouvriers mal organisés, qui peuvent facilement être dispersés par la force militaire, les « grèves générales» qui sont d’un romantisme anarchiste, quand elles sont conduites par des ouvriers mal organisés dans la plupart des cas — tout cela, ce sont des moyens qui ne peuvent être efficaces que dans des circonstances exceptionnelles et dans une sphère très limitée.

D’autre part quand on a en mains une telle organisation d’unions suffisamment développées et batailleuses — la situation est toute différente. Le prolétariat sera alors capable de soutenir (…) [page manquante

(…) une organisation, relativement petite, car son progrès sous ce rapport a été bloqué pendant un certain temps par la popularité temporaire des tendances purement politiques et opportunistes parmi les masses des socialistes américains d’une part – et par l’influence réactionnaire de la fédération du travail d’autre part. Le Socialist Labor Party, sans se laisser cependant décourager par ce fait, continuait à combattre pour ces principes avec tant de décision dans sa campagne nationale des dernières années, qu’il est arrivé à de très bons résultats. Par exemple, il a perçu, en dehors des recettes ordinaires, des sommes relativement minimes venant de la part des ouvriers, qui ont réuni au profit de la campagne nationale et locale, — une somme totale de plus de 10.000 dollars (50.000 francs). Le parti les a employés à propager les principes énoncés ci-dessus, à des milliers de meetings, organisés par tout le pays, et à distribuer plus d’un millions de brochures. On voit se multiplier tous les jours les symptômes, qui prouvent, que les devises, inscrites sur la bannière du Socialist Labor Party depuis qu’il existe, deviennent rapidement des principes, autour desquels se groupent des masses de socialistes et de prolétaires révoltés des États-Unis. De ce point de vue donc, l’unique conception logique d’ailleurs, l’activité du Socialist Labor Party n’a pas été vaine. Son énergie et son enthousiasme n’ont pas été dépensés en pure perte. Au contraire, les résultats obtenus confirment avec raison que le parti a beaucoup contribué à faire approcher le jour, où la classe ouvrière aura réorganisé le mouvement syndical d’après les conceptions révolutionnaires, indiquées par le syndicalisme industriel. Le jour, où les socialistes seront parvenus à se grouper sous le drapeau d’un parti révolutionnaire anti-militariste, fidèle à ses principes et adversaire de  toute compromission, ils auront le droit de dire, que les jours de règne  capitaliste aux États-Unis sont comptés et que le prolétariat des États-Unis est prêt à jouer son rôle dans la bataille du prolétariat du monde entier, pour mettre fin à la bestialité du Capitalisme.

Conclusion générale.

En parlant des principes exposés ci-dessus, et en vue de la future Conférence Socialiste Internationale, aussi bien que par rapport à la question concrète et immédiate de la fin de la guerre actuelle, le Socialist Labor Party formule les conclusions suivantes:

I. Comme il a été indiqué plus haut, nous affirmons. que la Conférence n’aura pas rempli sa mission, si elle essaye, par des subterfuges, d’ignorer le fait, que des socialistes des deux camps belligérants ont gravement péché envers le Socialisme et les intérêts du prolétariat. Si les Socialistes de la Conférence essayent, comme il a été fait trop souvent dans le passé, — d’adopter quelque déclaration élastique et vide de sens, qui ne peut être appliquée nulle part — s’ils s’évertuent à rédiger une espèce de formule générale, qui pourra abriter les social-patriotes de l’extrême droite aussi bien que les internationalistes de l’extrême gauche avec toutes les nuances de leurs opinions respectives — le but de la Conférence sera manqué.

II. La Conférence devrait utiliser l’influence de toutes les organisations de l’Internationale, afin d’obtenir la conclusion d’un armistice immédiat.

III. La Conférence devrait élaborer un programme de conditions de paix qu’elle considère comme juste et durable, sans toutefois lui attribuer le caractère d’un ultimatum. Toutes les organisations de l’Internationale doivent essayer, avec toute leur énergie, de réaliser ce programme, en employant tous les moyens dont ils pourront faire usage dans leurs pays respectifs et en combattant tous les partis qui s’opposeraient au programme de la Conférence.

Suggestions pour le programme de paix.

Dans le but de favoriser l’activité concertée du prolétariat, la délégation du Socialist Labor Party des États-Unis, soumet à la Conférence comme programme de paix les suggestions suivantes, élaborées d’accord avec le Parti Socialiste, comme une proposition générale des États-Unis. Mais la délégation du Socialist Labor Party se réserve en même temps le droit d’ajouter en parenthèses des commentaires à quelques-unes de ces propositions.

Ces suggestions sont:

I. Ni indemnités de guerre, ni contributions.

II. Pas d’annexions. Tous les territoires occupés sauf la Pologne, et les colonies occupées par quelque pays que ce soit, doivent être restitués.

III. Restauration d’une Pologne libre, indépendante et une, d’accord avec la volonté du peuple polonais, exprimée par un référendum, opéré dans les trois parties de la Pologne.

IV. La même voie de décision par référendum doit être appliquée à tous les territoires contestés, tels que l’Alsace-Lorraine.

V. Reconnaissance du droit de chaque nationalité à décider de sa propre destinée. Ce droit s’applique aux nationalité vivant sur leur sol comme à celles vivant avec d’autres dans un même Etat. A cet égard le mouvement socialiste international doit encourager la tendance vers des fédérations de libres nationalités et états, comme les Etats-Unis des Balkans, voire les Etats-Unis d’Europe.

VI. Reconstruction des pays dévastés comme la Belgique, la Serbie, la Galicie, etc.

VII. Désarmement concerté de tous les pays avec liberté des mers.

VIII. Abolition de la diplomatie secrète. Le congrès de  paix doit être composé de représentants élus à cet occasion par les peuples de guerre ainsi que par ceux des pays neutres, et non être composé seulement de diplomates et de fonctionnaires. C’est le droit sacré et inviolable des masses, qui ont souffert terriblement des horreurs de la guerre, de conclure une paix juste et durable.

IX. Création d’un Bureau international pour reconnaître des arrangements entre nations, avec le pouvoir d’en exclure des nations, qui s’opposeraient aux décisions de cet organisme.

Afin de terminer la guerre aussi vite que possible nous recommandons la création d’un Bureau socialiste international permanent de la Paix avec un Fonds de Paix chargé de travailler à la réalisation des décisions de la Conférence Socialiste Internationale, jusqu’à ce que la paix soit finalement conclue.

En ce qui concerne les idées, suggérées au paragraphe VIII, et surtout au paragraphe IX, nous voulons souligner encore une fois que le prolétariat ne doit pas avoir trop de confiance dans ces idées elles-mêmes. Leur réalisation et leur effet dépendent en effet entièrement de l’énergie qu’il déploiera et de la pression qu’il exercera dans son activité, dirigée vers une organisation révolutionnaire politique et industrielle de sa propre classe.

Nous terminons notre memorandum par un appel aux ouvriers du monde entier dans l’intérêt de la Paix et de l’Émancipation du prolétariat:

A bas la guerre et le militarisme !

A bas la «défense nationale» comme principe du mouvement socialiste international!

Vive l’organisation politique révolutionnaire, les unions industrielles et l’action du prolétariat!

Vive la solidarité réelle du prolétariat international!

Vive la Paix et la Liberté sous le règne du Socialisme !

Les délégués des États-Unis (Max Goldfarb, SPA, D. Davidovitch, Jewish Workers of America, Boris Reinstein, SLP) avec d’autres (not. Troelstra, Huysmans et Branting). 20 juin 1917.

Les tâches de l’opposition allemande (Liebknecht, 1916)

7 août 2012

Intervention de Karl Liebknecht à la Conférence nationale du groupe Spartacus le 19 mars 1916 d’après les notes d’un des participants à la conférence.

L’Internationale s’est effondrée. Pourquoi ? Parce que se sont effondrées ses diverses sections. La section allemande en premier lieu. Ce qui s’est effondré, c’est la position de principe de la social-démocratie allemande. Les chefs ont trahi les principes. Mais la masse non plus n’a pas fait son devoir. Toute notre belle organisation a transformé les masses en un troupeau désemparé, qui ne sait que faire sans bélier qui les mène. Toutes les fautes sont apparues clairement dans cet effondrement du parti allemand : véritable résumé des péchés commis par le parti dans le passé […]

De là résultent les conclusions que nous devons tirer. Nous devons d’abord nous persuader que la capacité d’action d’un parti ne dépend nullement du nombre de ses partisans, mais qu’elle est en rapport avec le degré d’accord de ses membres sur les principes, la tactique et en rapport direct avec l’énergie, la volonté opiniâtre qui a été inculquée aux masses elles-mêmes. De là découlent nos tâches pour l’avenir. La faiblesse de notre parti réside dans le fait qu’on a voulu toujours accorder tous les violons. L’essentiel, c’était l’unité, disait-on, et en fait, c’était là que résidait le mal, le cancer. Cette unité n’était que la marque de notre faiblesse, elle n’était nullement un motif de gloire. Il faut en tirer cette conclusion : la tâche qu’il nous faut mettre au premier plan, c’est éclairer crûment les oppositions. Il ne faut pas que le sentiment de l’autorité contraigne à suivre un tel ou un tel ; chacun doit penser, réfléchir, agir par lui-même, par libre décision […]

La clarté des principes ne suffit pas. Il nous faut savoir clairement aussi comment nous allons, dans le détail, appliquer ces principes et il n’avère alors que nous avons à répondre, s’agissant de l’Allemagne, aux mêmes questions que lorsqu’il s’agissait de Zimmerwald. Vous vous êtes déjà prononcés là-dessus. Question numéro 1, la défense nationale. Quelle est la situation en Allemagne ? L’Allemagne n’est qu’une fraction de l’Internationale. Donc doivent valoir en Allemagne, nécessairement, les principes qui valent pour Zimmerwald. Première et immédiate conséquence : nous ne pouvons collaborer avec des gens qui se placent le terrain de la défense nationale […] D’où la nécessité d’une coupure nette […]

Le Congrès de Stuttgart (août 1907) nous a fait un devoir, si la guerre malgré tout éclatait, d’utiliser la situation créée pendant la guerre pour convaincre le prolétariat de lutter pour la paix et d’ébranler la société bourgeoise. Ce n’est pas dans une chambre noire qu’on peut lutter contre la guerre. Cette lutte, il faut la mener à toute occasion. Nous n’en avons pas tellement d’ailleurs. Il nous faut tenir des réunions secrètes, etc. Au Parlement, il s’agit, en premier lieu, d’utiliser les occasions qui se présentent. Quand on lira plus tard l’histoire des groupes parlementaires, on aura honte de voir combien peu de députés se sont comportés en représentants des masses.

Les petites questions (au Reichstag) ? Qui m’a gêné ? Ledebour. On ne veut pas de conflit avec la majorité du groupe. Fustiger des types comme Noske et Heine, l’opposition vous en empêche. L’affaire du 21.12 et de la déclaration. Cette action aurait pu donner quelque chose, si elle avait été suivie d’une lutte énergique. Il est bien évident que ces demi-mesures, cette faiblesse sur le plan des principes rend difficile notre tactique vis-à-vis de cette opposition. Nous n’avons pas le droit de collaborer avec ces gens-là : ils nous écraseraient. Dans l’intérêt d’un développement sain du parti, il nous faut suivre notre chemin, tout droit, même avec de risque, provisoirement, d’être mis sous le boisseau.

Quelle doit être notre tactique d’ensemble ? La guerre est l’expression la plus aiguë de la domination d’une classe et de l’impérialisme […] D’où notre tactique, sans équivoque, et parfaitement claire, la lutte la plus acharnée. Mais ce n’est pas seulement aux camarades, c’est aux indifférents qu’il faut nous adresser. Sous quelle forme agir ? Actions de masse […] Notre tâche particulière, c’est de secouer les masses. Le plus important n’est pas de déboulonner Scheidemann ou quelques autres. Il s’agit de quelque chose de tout différent. Notre mot d’ordre, c’est de clarifier l’esprit des masses sur la base de nos principes, de les conduire à l’action, de soutenir les actions existantes et, de la sorte, faire de l’époque actuelle, une époque révolutionnaire, transformer une contre-révolution en une action révolutionnaire.

La Révolution avant la guerre (Pivert, 1935)

15 octobre 2011

Brochure de 48 pages de Marceau Pivert écrite pendant l’été 1935, répondant à L’ Internationale et la guerre (O. Bauer, Th. Dan, A. Dunois et J. Zyromski), qui prélude l’éclatement définitif de la Bataille socialiste en deux courants, numérisée au format pdf image. Nous avions publié il y a deux ans le texte de l’Avant-propos.

Cliquer sur l'image pour ouvrir le pdf

L’Insurgé en ligne

29 septembre 2011

Nous avons déjà parlé du groupe et journal clandestin L’Insurgé, fondé notamment par Marie-Gabriel Fugère, dans la région lyonnaise pendant la seconde guerre mondiale, et avons publié plusieurs extraits du Mémorial de l’Insurgé (1968).

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, vient de mettre en ligne 13 numéros du journal:

N°4 (juin 1942), recto.

N°4 (juin 1942), verso.

Appel (extrait du N°4, 1942)

Voir aussi:

Seconde Conférence Socialiste Internationale de Zimmerwald tenue à Kienthal (Suisse) du 24 au 30 Avril 1916

24 septembre 2011

Brochure du Comité pour la reprises des relations internationales (64 pages), avec une présentation de Robert Grimm (De Zimmerwald à Kienthal), le compte-rendu officiel de la conférence de Kienthal, l’Appel (Aux peuples qu’on ruine et qu’on tue !) et les résolutions, la déclaration de Brizon à la Chambre des députés (séance du 24 juin 1916) et un épilogue: La Conférence et la Presse.

pdf externe

(ou pdf allégé)

Le graffiti des tranchées

6 janvier 2009


La création artistique dans le compagnonnage de la mort

La tragédie des tranchées a suscité un foisonnement d’expressions plastiques que recense un bel ouvrage collectif.

LE GRAFFITI DES TRANCHÉES, GRAFFITIS, SCULPTURES ET AUTRES TRACES DE LA GRANDE GUERRE, OUVRAGE COLLECTIF COORDONNÉ PAR HERVÉ VATTEL ET MICHEL BOITTIAUX, ÉDITÉ PAR L’ASSOCIATION SOISSONNAIS 14-18, AVEC LE SOUTIEN DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L’AISNE ET DE LA VILLE DE SOISSONS, 2008, 288 PAGES, 43 EUROS.

Pour la première fois un livre album est consacré aux graffitis des tranchées, fruit du travail de plus de vingt ans des bénévoles de l’association Soissonnais 14-18. Arpenteurs inlassables des champs, des bois et des espaces souterrains d’un territoire meurtri par le grand massacre, ils ont su retrouver et présenter les innombrables traces de la Grande Guerre, protéger de véritables oeuvres d’art, anonymes ou attribuées, qui ont parfois été créées dans les abris du soldat. Car entre deux tueries, dans le froid et la boue des tranchées, à proximité des cadavres des copains ou de l’ennemi, dans les cavités, les réseaux fortifiés sophistiqués, tout un artisanat, parfois des créations artistiques ont vu le jour. Travailleurs manuels experts dans le façonnage du métal, plasticiens mobilisés, habiles paysans ont signalé la présence de leurs unités, combattu leur détresse par la réalisation d’oeuvres naïves ou pas. L’album recense et donne à voir, en resituant très précisément le contexte historique, les conditions d’élaboration des inscriptions, fresques et sculptures d’un moment redécouvert de l’art brut, marqué par le compagnonnage de la mort et les frustrations d’un peuple exclusivement masculin. En témoignent les sculptures érotiques du « rêve du poilu », ou le sphinx d’une carrière du Noyonnais par Louis Clabart, sculpteur picard du 12e RIT. Élie Faure, grand historien d’art, fut également médecin au front. Dans la Sainte Face, pages brillantes écrites en 1916 sur le champ de bataille, il caractérise l’esprit du temps, « l’esprit de l’industrie », qui imprègne tout, la guerre, la civilisation, l’activité artistique de jeunes soldats français, allemands, britanniques pris dans un conflit mécanique. On travaille bien sur la pierre des cavités, le bois avec lequel des mineurs avertis ont renforcé les abris, mais aussi le cuivre, le laiton des obus et quantité de pièces métalliques. Ce livre est une réussite : les jeunes lecteurs à qui on le met en main s’immergent avec émotion dans ce qui fut le terrible quotidien de nombre de leurs arrière-grands-pères. La qualité de l’iconographie, la clarté et la pertinence du récit historique composent un album qu’on lit avec intérêt.

Nicolas Devers-Dreyfus (L’Humanité, 2-01-2008)

La guerre sous la direction de notre bourgeoisie? A aucun prix! (Pivert, 1935)

26 juillet 2008

Intervention de Marceau Pivert au congrès de Mulhouse de la SFIO (juin 1935).

LE PRESIDENT. – (…) Je donne maintenant la parole à notre camarade Marceau Pivert.

Une voix. – Il est encore de la Seine!

MARCEAU PIVERT. – Je suis prêt à me retirer si le Congrès le désire, mais je pense qu’il n’est pas inutile de préciser ici la position des camarades qui ont voté contre le Rapport du Groupe parlementaire. Notre vote a le sens d’une protestation. En effet, pendant qu’on refuse de consulter le Parti, celui-ci s’est engagé dans une politique que mon ami Zyromski approuve sans doute, mais que l’ensemble du Parti ne peut pas approuver, attendu que le problème ne lui a pas été posé.

Nous protestons contre cette situation. Et nous nous désolidarisons immédiatement des conclusions qu’ont tirées nos camarades trotskystes. S’il y a désaccord au sein de la Bataille socialiste sur le problème de la Défense nationale, ce n’est pas d’aujourd’hui.

L’HEVEDER. – Cela ne nous intéresse pas, cette histoire-là!

MARCEAU PIVERT. – L’Hévéder me fera l’amitié de penser que puisque tout à l’heure il applaudissait Zyromski, il n’est pas tout à fait indifférent à nos positions respectives.

Aussi bien, autant il y a de discordance sur une question qui n’est pas à l’ordre du jour du Congrès (ce contre quoi nous protestons), autant tout à l’heure, et demain, vous constaterez notre solidarité complète sur la motion concernant la conquête du pouvoir, présentée par la « Bataille socialiste ». (Quelques applaudissement.)

C’est donc maintenant une protestation que nous apportons ici. Mais cette protestation, je veux la préciser. Nous condamnons des attitudes qui expriment une politique qui ne peut pas être celle du Parti socialiste. Je ne reprendrai pas ce qu’on a dit; ce que nous avons dit à la C.A.P. contre la défense passive; ce que nous avons dit à propos du fameux passage du discours de Léon Blum, ce que nous n’approuvons pas; ce que nous avons dit également à propos d’un certain nombre d’attitudes du Groupe parlementaire qui semblent laisser intégrer le Parti socialiste dans la politique internationale de notre bourgeoisie comme le vote des accords de Rome. En protestant contre tout cela, nous jugeons que c’est l’expression d’une politique fausse dont les événements internationaux sont en train de préparer la faillite. Alors, ici, nous nous séparons nettement d’un certain nombre de camarades et nous prenons date; car enfin, et surtout depuis la déclaration de Staline, il y a des événements et des renversements sur lesquels il faudra bien que le Parti se prononce.

Voici notre position en quelques mots qui sont surtout un appel pour que les travailleurs, non seulement dans le Congrès, mais en dehors du Congrès, nous entendent.

Nous ne sommes pas non plus d’accord avec nos camarades trotskystes, qui traduisent les paroles de Staline comme une trahison pure et simple, et qui font aujourd’hui de l’antibolchevisme. Nous ne voulons pas faire cela. Il y a un grand pays que nous voulons défendre, nous aussi; nous ne confondons pas… (applaudissements) … nous ne confondons pas la Russie des Soviets, son édification, ses créations, avec Staline, et si… (applaudissements de Molinier)… et si le problème de la défense de l’U.R.S.S. se pose, et si vous devez, en conscience, le résoudre, c’est parce que, camarades, il y a actuellement un grand trouble dans la classe ouvrière; mais nous ne voulons pas que ces difficultés sur lesquelles la classe ouvrière n’est pas d’accord – elle n’était pas d’accord bien antérieurement à notre pays, elle est encore plus en désaccord maintenant, internationalement – ces questions dites de « défense nationale », nous ne voulons pas qu’elles soient des obstacles à la reconstitution de l’unité ouvrière, nous ne voulons pas qu’il y ait préalablement à la reconstitution de l’unité ouvrière, des conditions, des chartes à signer ou des idéologies à imposer à ce sujet; nous constatons que notre désaccord avec ceux de nos camarades qui voudraient faire passer l’unité par le canal d’un certain nombre de principes; même si nous sommes d’accord avec les principes, nous voulons que l’unité organique soit recherchée coûte que coûte, en dépit du divorce considérable qu’il y a actuellement entre la nouvelle position de l’Internationale communiste et celle de l’Internationalisme prolétarien en lutte contre la guerre. L’unité d’abord, et à l’intérieur de l’unité, eh bien! nous défendrons notre position que je résume ici en deux mots: La guerre sous la direction de notre bourgeoisie? A aucun prix, sous aucun prétexte, jamais! (Applaudissements.) Oui, à aucun prix, sous aucun prétexte; ce que nous reprochons à nos camarades, c’est de ne pas être restés fidèles à la motion que nous avons signée en commun à Tours; nous n’avons jamais accepté d’examiner le cas où un prétendu agresseur hitlérien entrerait sur notre territoire; car, camarades, cela laisse penser implicitement que nous passons l’éponge sur les responsabilités effroyables de notre bourgeoisie capitaliste, depuis Poincaré jusqu’à Tardieu, qui sont aussi coupables qu’Hitler d’avoir conduit la France dans la situation où nous sommes! (Applaudissements.) Les agresseurs, les coupables, sont dans les deux camps, c’est notre régime, c’est notre bourgeoisie qui n’a pas voulu appliquer les traités régulièrement signés, qui n’a pas voulu désarmer, qui n’a pas voulu répondre à l’appel profond des peuples exigeant la paix, des peuples qui ont été trahis; aussi bien nous mettons ces régimes dans le même sac, et notre premier postulat pour la lutte contre la guerre, c’est qu’à aucun prix nous ne nous laisserons museler, juguler, domestiquer ou intoxiquer! Non, sous aucun prétexte nous n’accepterons l’idée de la guerre!

Camarades, ceux qui pensent que l’on peut encore imaginer une invasion de territoire, que l’on peut encore imaginer même un départ, avec un sac qu’on se mettrait sur le dos, savent-ils que c’est en une nuit que des centaines d’avions, des centaines de gaz et des milliers de bombes au phosphore peuvent réduire en cendres les grandes cités et entraîner le meurtre collectif de populations énormes? Savent-ils que quelques minutes après, de l’autre côté, dans d’autres pays, d’autres destructions effroyables seront déclenchées? Savent-ils qu’en même temps ce sera partout une panique comme jamais l’humanité n’en a connue, camarades! Ne sentez-vous pas qu’à ce moment-là, toutes les forces de coercition, tout ce qui maintient la stabilité de l’État bourgeois, tout cela sera ébranlé, tout craquera, tout sera démoli! Nous voulons que le Parti socialiste, dans tous les pays capitalistes, soit précisément l’animateur de la lutte contre la guerre, de manière à saisir l’occasion, à ce moment-là, pour briser les cadres du régime capitaliste, conquérir le pouvoir et faire la paix. (Applaudissements.)

Camarades, ce sera mon dernier mot: Unité organique, malgré les paroles de Staline! Unité et lutte contre la guerre, à tout prix, par la révolution. Le gouvernement des Soviets voit la situation de son point de vue. Nous avons le devoir, nous, de la voir du nôtre, et nous n’acceptons pas de confondre l’intérêt de l’Internationale prolétarienne avec un système provisoire d’alliances d’ailleurs extrêmement fragile! Vous savez, on nous a dit à un moment donné: « Le soldat polonais, c’est l’avant-garde de la civilisation », et c’est un homme qui était encore dans le Parti, qui disait cela! Oui, mais la Pologne est passée à Hitler! On a signé des accords avec Mussolini, mais peut-être Mussolini n’est pas loin de passer de l’autre côté, à moins qu’on lui laisse les mains libres en Éthiopie. Ces marchandages de la bourgeoisie, nous ne pouvons pas permettre que le socialisme y ait une part quelconque, et c’est pourquoi nous crions non seulement au Parti, mais au-delà du Parti, à tout le prolétariat de France: Unifiez-vous, faites un grand parti révolutionnaire, et à l’intérieur de vos organisations unifiées, luttez contre la guerre par tous les moyens, et puisque d’autre part il faut considérer la Russie des Soviets comme un point de mire pour le capitalisme international: défendons la Russie des Soviets! Mais défendons-la non pas en nous laissant embrigader par notre état-major, pour aller nous battre contre les prolétaires allemands; défendons-la par le seul moyen qui nous reste: par la conquête du pouvoir dans notre pays, et par la révolution internationale. (Vifs applaudissements.)

Voir aussi: