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Le dossier Miasnikov des archives de la Préfecture de Police de Paris

28 octobre 2010

Par Bruno David, chercheur.

Entre 1930 et 1945, Gavril Ilitch Miasnikov, l’un des animateurs du Groupe ouvrier, l’opposition communiste la plus radicale au pouvoir soviétique, a vécu en France. En 1942, il a fait l’objet d’une enquête de police clôturée cinq ans plus tard, après son retour en URSS et son exécution. La directive et les rapports de police sont ici reproduits in extenso et précédés d’une introduction qui tente d’éclairer la dernière partie de la vie de Miasnikov.

9 pages

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Le « Groupe ouvrier » russe

17 décembre 2009

Extrait de Lénine et la Révolution, d’Anton Ciliga (Spartacus, rééd° série B, N°92, 1978). Le même passage se trouve dans Dix ans derrière le rideau de fer: Au pays du mensonge déconcertant (1950).

Dans la critique du Lénine de la période révolutionnaire, le ton fut donné par « l’Opposition ouvrière », pour mieux dire par son aile gauche qui se forma en 1922 en organisation et prit le nom de « Groupe ouvrier ». Dans le langage courant, les partisans de ce groupe étaient appelés les « Miasnikoviens », du nom de leur leader, Miasnikov, ouvrier bolchevik connu.

Celui-ci est l’une des figures les plus marquantes de la révolution bolchevique. « L’Opposition ouvrière » et le « Groupe ouvrier » étaient, par leurs origines, des groupes de la vieille garde bolchevique. Mais, à l’encontre des « décistes », ils critiquaient l’action de Lénine dès le début et non pas dans les détails, mais dans son ensemble. « L’Opposition ouvrière » s’élevait contre la ligne économique de Lénine. « Le Groupe ouvrier » allait encore plus loin et s’attaquait au régime politique et au parti unique, instaurés par Lénine, avant la N.E.P. En la personne de Serge Tigounov, le « Groupe ouvrier » possédait dans notre isolateur un représentant très instruit, très actif et très rigoureux Il n’était pas dépourvu non plus, à ce qu’on disait, de traits fort « netchaieviens » .

Ayant mis à la base de son programme le mot d’ordre de Marx pour la I° Internationale, « L’Émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », le « Groupe ouvrier » entra en guerre dès le début contre les conceptions léninistes de la « dictature du parti », et de l’organisation bureaucratique de la production., énoncés par Lénine dans la période initiale de décadence de la révolution. A l’inverse de la ligne léniniste, il réclamait une organisation de la production par les masses elles-mêmes, en commençant par les collectifs d’usine. En politique, « Le Groupe ouvrier » réclamait le contrôle du pouvoir et du parti par les masses ouvrières. Celles-ci, véritables chefs politiques du pays, devaient avoir le droit de retirer le pouvoir à tout parti, fût-ce le parti communiste, si elles estimaient que ce parti ne défendait pas leurs intérêts. A la différence des « décistes » et de la majorité de « L’Opposition ouvrière », dont la revendication de la « démocratie ouvrière » se limitait pratiquement au domaine économique, et qui tentait de la conjuguer avec le « parti unique », le « Groupe ouvrier » étendait sa lutte pour la démocratie ouvrière à la revendication de la liberté pour les ouvriers de choisir parmi les partis politiques concurrents du milieu ouvrier. Le socialisme ne peut être qu’une œuvre de libre création des travailleurs. Tandis que ce que l’on édifiait par la contrainte, en lui donnant le nom de socialisme, ne fut pour eux, dès le début, qu’un capitalisme d’Etat.

En 1923, au plus fort des grèves dirigées par le « Groupe ouvrier » celui-ci s’adressa au prolétariat russe et au prolétariat international par un Manifeste dans lequel il exposait ses vues, clairement et sans circonlocutions inutiles. Il y stigmatisait la tendance naissante du bolchevisme à ne plus s’appuyer sur la classe ouvrière, mais sur le « culte du chef ». Ce Manifeste est l’un des documents les plus remarquables de la révolution russe. Il apparaît, au moment de l’effondrement interne de la révolution russe, comme ayant la même signification que le Manifeste des Égaux au moment de l’effondrement interne de la révolution française.

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