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Les nationalisations (Pennetier-Gallienne, 1947)

23 mars 2014

Extrait du texte « Pour une politique nouvelle » publié dans un numéro ni daté ni numéroté du Bulletin intérieur du P.C.I. (cf. ici). Le groupe de Marcel Pennetier et Jacques Gallienne, partisans de la thèse de l’URSS comme capitalisme d’Etat, quittera le PCI à l’automne 1948 et participera à l’Union Ouvrière Internationale avec G. Munis, B. Péret et Ngo Van.

Dans notre texte pour le 3° Congrès, nous avons déjà expliqué notre opposition à ce mot d’ordre sur le plan de l’agitation. Il est nécessaire cependant d’y revenir aujourd’hui bien que la question ne soit pas brûlante du point de vue de l’actualité immédiate, car il subsiste dans l’esprit de beaucoup de camarades des illusions au sujet de ce problème.

Nous devons dire à présent que nous rejetons ce mot d’ordre d’une façon absolument catégorique, et ce sur tous les plans.

La tendance actuelle du capitalisme vers une concentration toujours plus grande fait que les nationalisations, sous toutes leurs formes, servent en définitive les intérêts de la bourgeoisie, car c’est elle qui se trouve derrière le mythe Etat.

Les nationalisations réalisées dans le « Glacis » montrent clairement que ce mot d’ordre n’a aucun caractère progressif, bien au contraire, il contribue à serrer dans les masses des illusions qui, en en faisant des partisans des nationalisations, font le jeu du stalinisme.

C’est une campagne pour le contrôle ouvrier, contrôle de la production, des échanges, du ravitaillement, que nous devons opposer au dirigisme de PHILIP, à la campagne de la réaction pour la liberté commerciale et à la défense des nationalisations par les staliniens. Cette campagne sera liée au développement des luttes économiques, les organismes de contrôle pouvant être les Comités de regroupement (de lutte, de grève, etc.) que les travailleurs constitueront dans les combats pour la défense de leurs moyens d’existence.

npg
Voir aussi:

– sur la tendance Pennetier-Gallienne et la crise du trotskysme en 1948:

– sur la question des nationalisations depuis la crise de 2008:

La nationalisation par rachat des chemins de fer (Guesde, 1911)

12 avril 2012

Intervention de Jules Guesde au Congrès de Saint-Quentin de la S.F.I.O. (lundi 17 avril 1911, l’après-midi).

GUESDE. – Je demande la parole pour traiter la question de la nationalisation des chemins de fer, qui vient d’être portée à l’ordre du jour par le citoyen Milhaud.

(…)

JULES GUESDE. – Si j’ai demandé la parole ce n’est pas pour intervertir l’ordre du jour du Congrès ou pour y introduire des questions qui n’y étaient pas portées. Mais étant donné qu’on soulève ici une question absolument imprévue, sur laquelle nos Fédérations n’ont pas eu à se prononcer, j’ai dit, et je répète, qu’avant même d’en saisir la Commission du Congrès, il faudrait au moins qu’une discussion générale s’engageât devant le Congrès lui-même. Que voulez-vous que fasse la Commission à laquelle vous renverrez la proposition Milhaud ? à quel titre, au nom de qui va-t-elle l’adopter ou va-t-elle la repousser ou l’amender ? Où sont ses pouvoirs ? Quelles sont les Fédérations qui en ont discuté ? Aucune. A moins que vous ne la renvoyiez à la Commission à fin d’enterrement. Alors j’en serais et je renoncerais à la parole; mais ce que j’affirme, c’est qu’aucune Commission ne peut se substituer aux Fédérations d’abord, au Congrès ensuite. (Applaudissements.)

Comment ! on soulève, par voie de motion, cette grande question de ce qu’on a appelé, les uns, les services publics, les autres (des partis socialistes considérables comme la démocratie socialiste allemande), tout simplement du capitalisme d’État; et on enlèverait ici le vote d’une pareille motion où l’on permettrait à une Commission sans mandat de trancher la question, c’est absolument impossible. Je demande que la question de la nationalisation ou de l’étatisation des chemins de fer soit renvoyée au prochain Congrès. Je demande que les Fédérations en soient régulièrement saisies et puissent en discuter à fond. On vient de nous dire que la manière de venir en aide aux cheminots, d’aider à leur libération, c’est de les mettre directement entre les mains de l’État, en rachetant les chemins de fer; si c’était vrai, demain ce sont les ouvriers textiles qui vont se lever et vouloir que l’État rachète les tissages et les filatures. (Applaudissements.) Ce sont les mineurs qui, à leur tour, vont exiger que les mines soient rachetées par l’État. (Applaudissements, interruptions.) … Avec quoi allez-vous faire tous ces rachats ? Où allez-vous trouver les 200 et quelques milliards nécessaires à une pareille opération… (Interruptions.) … Le Parti socialiste n’est pas le Parti du rachat, il est le parti de l’expropriation (Applaudissements.) Il n’a pas à racheter, il a à reprendre par et pour le prolétariat, ce qui a été volé au prolétariat; et pour un pareil but, il n’y a qu’un moyen qui s’impose: c’est la prise du pouvoir politique, condition de la reprise de la propriété capitaliste. Là est tout le socialisme et quand vous entrez dans la voie des rachats, si fructueux pour les capitalistes, vous faites purement et simplement les affaires de ces requins dont parlait tout à l’heure la proposition Milhaud (Applaudissements et protestations.)

Il y avait des requins derrière les chemins de fer des Charentes en déconfiture, qui rachetés au prix que vous savez, ont constitué le premier chemin de fer de l’État. Il y avait des requins derrière l’Ouest, non moins en déconfiture, qui s’est fait racheter dans des conditions telles que les actions ont monté de plus de cent francs (Applaudissements, protestations.) Ce n’est pas là du socialisme, encore une fois, c’est du contre-socialisme. Je comprends très bien que des capitalistes avisés cherchent à se faire racheter dans la société actuelle, ne serait-ce que pour ne pas être expropriés demain. (Applaudissements, interruptions.)

Je répète qu’une Commission nommée par le Congrès ne saurait trancher une question comme celle-là. Si on veut qu’elle soit abordée utilement, elle doit être d’abord discutée par les Fédérations et renvoyée par elles à un Congrès. Jusque-là, nous avons à rester le Parti socialiste, et à ne pas nous suicider; surtout dans des manifestations qui font, qu’on le veuille ou non, le jeu d’une fraction de la classe capitaliste, sinon de toute la classe capitaliste. (Applaudissements et protestations.)

Voir aussi:

La nationalisation des banques est fondamentalement une politique nationaliste (2009)

28 décembre 2011

Traduction par nos soins d’un article de Paddy Hackett, communiste irlandais, publié le 7 septembre 2009 sur Indymedia Ireland.

La nationalisation des banques dans l’économie d’un pays est fondamentalement une politique nationaliste. Le nationalisme et la nationalisation des banques sont une seule et même chose. C’est pourquoi le programme Eire Nua du Sinn Fein, si ma mémoire est bonne, pourrait volontiers appeler à la nationalisation des banques. Ce n’est pas une position communiste révolutionnaire.

Les communistes sont internationalistes et défendent la socialisation des forces productives sur une base mondiale. Par conséquent, ils ne défendent pas les solutions nationalistes aux problèmes mondiaux. Nationaliser les banques est une politique qui peut être réalisé dans le cadre du capitalisme. Ce n’est pas une politique communiste. La nationalisation des banques ne signifie pas nécessairement résoudre les problèmes de la classe ouvrière. Les banques peuvent être nationalisées et pourtant ne parviennent pas à satisfaire les besoins les plus élémentaires et évidents de la classe ouvrière. Les banques nationalisées peuvent être tout aussi impitoyables et sans merci dans leurs relations avec leurs clients issus de la classe ouvrière que toute banque privée. Il y a déjà eu des entreprises d’État dans la production qui ont échoué à satisfaire la classe ouvrière. Ceci parce que, comme toutes les entreprises capitalistes, elles sont assujetties à la loi de la valeur.

Même avec une nationalisation du système bancaire, les banques doivent encore observer les lois du capitalisme. Sinon, elles se retirent des affaires. Elles ne peuvent pas, simplement parce qu’elles sont nationalisées, transcender la loi de la valeur. Une banque nationalisée est même parfois la solution préférée de la bourgeoisie ou du moins d’une section de celui-ci. Les banques nationalisées sont toujours liées à la monnaie, au capital sous forme monétaire. De même, elles regroupent les opérations de crédit. Elles sont indissolublement basées sur la relation d’argent. Cette relation monétaire est elle-même basée sur la circulation des marchandises et en particulier la circulation du capital sous forme de matières premières. La circulation du capital marchandise est à son tour, enracinée dans le processus de valorisation. Ainsi le système bancaire implique le processus de la reproduction capitaliste.

Les banques d’État sous contrôle ouvrier, c’est un paradoxe. En raison de leur nature, les banques d’État ne peuvent jamais être authentiquement sous contrôle ouvrier. C’est comme dire que le capitalisme peut être sous contrôle ouvrier. Si les banques peuvent être soumises au contrôle démocratique de la classe ouvrière, le capitalisme le pourrait. Le communisme ne serait donc pas une nécessité historique. Le capital, par sa nature même, empêche son assujettissement au contrôle des travailleurs. Le trotskysme, avec le programme de transition de 1938, a fait de la nationalisation sous contrôle ouvrier une part importante de son programme. Le programme de transition de 1938 tente d’aller au-delà du cadre d’un programme minimum / maximum. Mais c’est un programme imparfait qui ne fait que renforcer la confusion au sein du mouvement ouvrier. Il peut y avoir que des programmes communiste.  Un programmes communiste consiste toujours à dire très clairement que le communisme est le but. Le communisme implique nécessairement une société sans Etat et sans classes.

Les communistes ne peuvent favoriser que les relations sociales communistes, qui sont, par définition, celles qui transcendent les rapports du capital: les relations bancaires, les relations d’argent et des relations de valeur en général. Les relations communistes se heurtent à l’existence de banques et de la valeur d’échange qu’elles expriment. Les relations communistes constituent l’antithèse des relations bancaires qu’elles soient privées ou publiques. Les premières sont des relations directement visibles alors que les autres sont des relations de la réification. Par conséquent les marchandises ne peuvent pas exister sous le communisme. Les produits ne peuvent pas prendre la forme de marchandises dans les rapports communistes. Ils sont juste des produits. En conséquence de l’argent et les banques sont superflus. Tout est produit et distribué conformément aux décisions démocratique de la communauté.

Même quelques figures de la gauche stalinienne et trotskyste sont conscientes que toute nationalisation des banques effectué par le gouvernement irlandais dans les conditions actuelles n’est pas la nationalisation au sens où Lénine et Trotsky l’entendaient. Certains appellent ça une nationalisation bidon. Dan La Botz le dit dans Monthly Review:

« Les nationalisations de banques dans la réalité, n’ont été habituellement qu’une simple étape dans les cycles d’expansion-récession de l’économie moderne, une période où l’État apporte son soutien à la finance pour traverser les moments difficiles, et une fois la situation rétablie, l’Etat les rend à ses propriétaires privés afin qu’ils puissent continuer à récolter les fruits de la richesse, plus les intérêts.  »

Je termine ce billet par une citation d’Engels:

« Mais on a vu récemment, depuis que Bismarck s’est lancé dans les étatisations, apparaître certain faux socialisme qui même, çà et là, a dégénéré en quelque servilité, et qui proclame socialiste sans autre forme de procès, toute étatisation, même celle de Bismarck. Évidemment, si l’étatisation du tabac était socialiste, Napoléon et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme. »

Deux brochures de l’I.L.P.

10 septembre 2008

Nos camarades du site The Commune viennent de mettre en ligne deux brochures écrites par de Jim Graham et éditées à la fin des années 1950 par le Parti travailliste indépendant (Independent Labour Party), brochures épuisées depuis longtemps.

Il s’agit de Socialism and workers’ councils (1957) et de Nationalisation: a socialist analysis (1958), qui opposent la démocratie industrielle à la nationalisation par l’Etat bourgeois.

Voir aussi sur l’ILP:

Voir aussi sur les nationalisations: