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2014 année de la xénophobie ?

4 janvier 2014

Editorial du Socialist standard de janvier, mensuel du Parti socialiste de Grande-Bretagne.

Les perspectives pour 2014 ne sont pas bonnes. Le élections au Parlement européen en mai prochain risquent de devenir un festival de xénophobie où les principaux partis tenteront de surenchérir sur l’ UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, dans le même groupe parlementaire européen que Philippe de Villiers, note de la BS) en étant autant, sinon davantage, anti-étrangers qu’eux. En août ce seront les célébrations du début de la Première Guerre mondiale. Celles-ci risquent de devenir une célébration du nationalisme, avec d’éminents historiens qui expliquent déjà que c’était une guerre justifiée que l’Angleterre méritait de gagner.

Nous devrons donc cette année, en plus de nos activités habituelles, intensifier le discours socialiste contre le nationalisme et la guerre.

L’expression même « Etat-Nation » suppose que les Etats qui se partagent le monde sont l’expression politique de « nations » pré-existantes. En fait c’est l’inverse: c’est la « nation » qui est une création de l’Etat. Les Etats inculquent à leurs ressortissants qu’ils formeraient une communauté, avec des intérêts communs représentés par l’Etat. Les gens en viennent à se considérer, eux et les autres du même Etat, comme un « nous ».

Les socialistes ne parlent pas de « nous » en lien avec les soi-disants « Etats-nations » où ils naissent ou vivent. Nous savons que dans chaque Etat il y a deux classes aux intérêts opposés: la classe de ceux qui possèdent et contrôlent les moyens de production et la grande majorité qui n’a que sa force physique et intellectuelle à vendre pour vivre et qui le fait pour un salaire.

Les guerres ne se font pas entre « nations » mais entre Etats, et les Etats représentent les intérêts de leur propre classe dominante. Les guerres naissent de conflits économiques entre Etats représentants ces classes dominantes, sur les sources de matières premières, les routes commerciales, les marchés, débouchés et zones stratégiques qui les protègent. La boucherie de la Première Guerre mondiale ne fait pas exception.

Le nationalisme est utilisé par les Etats pour obtenir un soutien à la guerre de sa « chair à canon ». Mais il peut se révéler contre-productif s’il échappe au contrôle de l’Etat, comme cela risque d’arriver sur la question européenne. L’intérêt de la section dominante de la classe capitaliste britannique, c’est que la Grande-Bretagne reste dans l’union européenne afin d’avoir accès au « marché unique » européen, mais une grande partie de l’opinion publique y est opposée sur des bases nationalistes que l’UKIP exploite.

Tout au long de l’année, nous insisterons: les salariés dans un Etat ont les mêmes intérêts que leurs camarades des autres Etats. Nous sommes tous membres de la classe travailleuse mondiale et avons un intérêt commun à travailler ensemble à l’établissement d’un monde sans frontières où les ressources deviendront patrimoine commun de tous les peuples du monde et seront utilisées au bénéfice de tous.

January Standard 2014

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L’État-nation et le nationalisme (Mattick)

30 mars 2013

Extrait de Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ? (Paul Mattick).

L’État-nation moderne est une création du capitalisme. Celui-ci exige la transformation des États faibles en États viables pour que soient réalisées les conditions d’une entrée victorieuse dans la concurrence sur le marché mondial. La grande affaire de la bourgeoisie devint alors, de manière prédominante, le nationalisme. Elle voyait, dans l’expansion capitaliste et l’unification nationale, des processus complémentaires, même si le nationalisme sous sa forme idéologique était considéré comme une valeur en soi. C’est sous cette forme que ce dernier prit des aspects révolutionnaires dans ces nations, comme l’Irlande ou la Pologne, qui subissaient la domination étrangère. L’existence du capitalisme suppose celle de la nation, c’est pourquoi ceux qui étaient en faveur du premier se devaient de défendre la seconde. Et cela valait aussi pour ceux qui voyaient [dans l’avènement du capitalisme] un préalable à la révolution prolétarienne qui, du moins le supposait-on, mettrait fin à la séparation en nations de l’économie mondiale. C’est dans cet esprit que Marx et Engels se prononcèrent pour la formation de nations suffisamment puissantes pour assurer un développement capitaliste rapide. Bien entendu, le fait que Marx et Engels aient été en faveur de la formation d’États-nations viables n’a eu réellement aucune importance, car leur influence sur le cours véritable des événements fut moins que mince. Tout ce qu’ils purent faire fut d’exprimer leurs sentiments et leurs préférences dans le cas des diverses luttes nationales qui accompagnaient la capitalisation du continent européen. C’étaient des luttes dans lesquelles les ouvriers ne pouvaient encore que fournir la chair à canon dans des batailles pour des intérêts de classe qui n’étaient pas les leurs, ou ne l’étaient que d’une manière tout à fait indirecte en ce qu’un rapide développement capitaliste pouvait leur promettre une amélioration de leurs conditions de vie dans le cadre de leur situation dépendante de travailleurs salariés. Ce n’était qu’au sens de l’Histoire que leur participation aux soulèvements révolutionnaires nationalistes de l’époque et aux guerres qui en résultèrent pouvait être justifiée ; pour le moment elle ne pouvait que servir les intérêts de classe spécifiques à la bourgeoisie montante entrant dans la concurrence [mondiale]. L’Histoire était certainement faite par la bourgeoisie, mais l’existence de cette classe exigeant celle du prolétariat et même son développement, il fallait considérer le processus historique aussi du point de vue de la classe ouvrière et proposer des politiques qui, selon toute probabilité, feraient progresser les intérêts de celle-ci au sein du développement capitaliste.

Or la formation d’États-nations viables entraînait l’absorption d’entités nationales moins viables, si bien qu’il fallait distinguer entre nations possédant le potentiel nécessaire à un vaste développement capitaliste et celles qui en étaient privées. Friedrich Engels, par exemple, faisait ainsi la différence entre les nations destinées à influer sur le cours de l’Histoire et les autres, incapables de jouer un rôle dans le développement historique [1]. Selon lui, le nationalisme en tant que tel n’était pas une force révolutionnaire, il ne le devenait qu’indirectement, dans des situations où il permettait un développement capitaliste rapide. Il n’y avait aucune place pour des nations petites ou arriérées dans le monde capitaliste qui se développait. C’est pourquoi les aspirations nationales pouvaient être soit révolutionnaires, soit réactionnaires, selon leur impact, positif ou négatif, sur la croissance des forces sociales de production. Ce n’était donc que dans la mesure où les mouvements nationaux appuyaient le développement capitaliste général qu’on pouvait les considérer comme progressistes et présentant un intérêt pour la classe ouvrière, le nationalisme n’étant que la forme contradictoire au sein du système capitaliste d’un développement préparant la voie à l’internationalisation de la production du capital et, partant, à l’internationalisme prolétarien.

Il va de soi que cette conception générale dut être explicitée plus clairement dans des situations empiriques : on prit donc parti, au moins verbalement, pour tel ou tel mouvement national, ou pour tel ou tel belligérant dans les guerres nationales qui marquèrent le xixe siècle. Mais ce soutien, modulé selon le développement capitaliste ou selon le désir ou le besoin flagrant de telle ou telle nation d’assurer sa position dans la concurrence économique mondiale, débouchait sur la défense de la nation en tant que telle, ne serait-ce que pour sauvegarder ce qui avait été déjà acquis. Autrement dit, plus la classe ouvrière s’estimait avancée et plus elle s’identifiait avec le nationalisme régnant. Là où les travailleurs ne contestaient pas du tout les rapports sociaux capitalistes, comme en Angleterre et aux États-Unis, l’acceptation du nationalisme bourgeois et de ses conséquences impérialistes fut totale. Là où, au moins, il y avait opposition idéologique au système capitaliste, comme dans le mouvement marxiste, les sentiments nationalistes furent prônés de manière plus hypocrite : on les présentait comme des moyens tant de transformer la nation en une nation socialiste suffisamment puissante pour résister à une possible attaque de forces contre-révolutionnaires extérieures. On se mit donc à distinguer entre nations sur la voie du socialisme, clairement reconnaissables à la puissance grandissante de leurs organisations socialistes et à leur influence croissante sur la société en général, et nations encore complètement sous la domination de leurs classes dominantes traditionnelles, à la traîne du développement social général en route vers le socialisme.

C’est pourquoi une certaine nation pouvait devenir une sorte de « nation d’avant-garde », destinée, par son exemple, à conduire les autres nations. Ce rôle avait été joué par la France dans la révolution bourgeoise ; on le revendiquait maintenant pour l’Allemagne, dans la révolution socialiste, à cause de son rapide développement capitaliste, de sa position géopolitique et de son mouvement ouvrier, orgueil de la iie Internationale. Une défaite de cette nation dans une guerre capitaliste non seulement ferait reculer son développement et son mouvement ouvrier, mais retarderait l’avancement du socialisme lui-même. Ce fut donc au nom du socialisme que Friedrich Engels, par exemple, se fit le défenseur de la nation allemande face à des nations moins avancées comme la Russie, mais aussi face à des nations capitalistes plus avancées comme la France, au cas où celles-ci ne fussent alliées à l’adversaire russe potentiel. Et ce fut August Bebel, le populaire dirigeant de la social-démocratie allemande, qui se déclara prêt à se battre pour la patrie allemande si cela était nécessaire pour assurer la continuité de son développement socialiste.

Dans le monde capitaliste de nations en concurrence, les gains de certaines sont les pertes des autres, même si tout le monde accroît son capital grâce à l’élargissement du marché mondial. La concentration du capital progresse aussi bien au niveau international que dans le cadre de chaque nation. Et, comme la concurrence débouche sur la monopolisation, le « marché libre mondial », libre théoriquement, devient un marché partiellement contrôlé. Les moyens mis en oeuvre pour ce contrôle – protectionnisme, colonialisme, militarisme, impérialisme – sont employés pour garantir les privilèges nationaux, dans une économie capitaliste mondiale en expansion.

La monopolisation et l’impérialisme entraînent un certain taux d’interférence consciente dans le mécanisme du marché, même s’il ne s’agit que de viser à l’accroissement de la puissance nationale. Or le contrôle conscient est aussi le but du socialisme si bien que certains socialistes, comme les Fabians en Angleterre, en vinrent à considérer la régulation économique, résultant de la monopolisation du capital et de ses activités impérialistes, comme un pas progressiste vers le développement d’une société plus rationnelle.

Dans un capitalisme en ascension, les organisations de travailleurs peuvent avoir une croissance relativement sans à-coup si le taux d’accumulation est tel qu’il fournisse des profits suffisants, tout en permettant une amélioration graduelle des conditions des classes laborieuses. C’est pourquoi les mouvements ouvriers, organisés par nations, luttant pour des réformes sociales et, de fait, essentiellement pour une augmentation des salaires, ne pouvaient éviter de favoriser l’expansion de leur capital national. Qu’on l’admette ou non, la concurrence internationale touche aussi bien la classe ouvrière que le capital. L’aile socialiste du mouvement ouvrier elle-même ne saurait être immunisée contre cette pression extérieure, sinon elle perdrait contact avec la réalité et ne pourrait maintenir son influence sur la classe ouvrière et cela en dépit de toutes les paroles idéologiques, déversées en faveur d’un internationalisme prolétarien, présenté comme un but final mais lointain, du mouvement socialiste.

La division nationale de la production capitaliste « nationalise » aussi la lutte de classe prolétarienne. Ce n’est pas là une simple question d’idéologie – c’est-à-dire une acceptation non critique du nationalisme bourgeois par la classe ouvrière – mais c’est un besoin pratique, car c’est dans le cadre de l’économie nationale que la lutte de classe est menée. Lorsque l’unification de l’humanité apparaît comme un but lointain et peut-être utopique, c’est l’État-nation, avec son évolution historique et ses succès dans la course concurrentielle au capital, qui détermine le destin de son mouvement ouvrier et celui de la classe ouvrière en ce qui concerne ses conditions d’existence. Pour être efficace le nationalisme doit, comme toute idéologie, avoir quelques contacts précis avec les besoins réels et les possibilités, non seulement ceux qui correspondent aux intérêts de classe directement associée au nationalisme, mais aussi à ceux qui lui sont soumis.

Une fois établie et systématiquement perpétuée, l’idéologie du nationalisme prend, comme l’argent, une existence indépendante : elle affirme sa puissance sans révéler les intérêts de classe matériels et spécifiques qui, au premier chef, conduisent à sa formation. De même que ce n’est pas le processus de production sociale, mais son apparence fétichiste qui structure la compréhension consciente que la société capitaliste a d’elle-même, de même l’idéologie nationaliste, séparée des rapports sociaux de classes qui la sous-tendent, apparaît comme faisant partie de la fausse conscience qui domine la société tout entière. Le nationalisme prend donc l’apparence d’une valeur en soi et devient la seule forme dans laquelle une sorte de « socialité » peut se réaliser dans une société, par ailleurs asociale et atomisée. C’est, bien sûr, une « socialité » abstraite et non pas réelle, mais elle atteste le besoin subjectif de l’individu isolé d’affirmer son humanité en tant qu’être social. Comme tel, le nationalisme est le réflexe idéologique d’une société capitaliste, système de production social d’un gain privé reposant sur l’exploitation d’une classe par une autre. Il seconde ou remplace la religion dans son rôle de force de cohésion de l’existence sociale, car aucune autre force de cohésion n’est viable à ce stade du développement des forces sociales de production. Le nationalisme est donc un phénomène historique mais qui semble aussi « naturel » que la production capitaliste elle-même et qui prête à cette dernière une aura de « socialité » qu’elle ne possède pas réellement.

Les ambiguïtés des idéologies, nationalisme compris, sont à la fois leur faiblesse et leur force. Pour garder son efficacité au cours du temps, une idéologie doit être cultivée sans cesse. L’extension à toutes les nations du nationalisme idéologique ne peut être abandonnée au processus contradictoire de socialisation ; il doit être systématiquement propagé pour éradiquer tout doute sur sa validité pour la société dans son ensemble. Mais comme les moyens d’endoctrinement sont, comme ceux de la production et du contrôle physique direct, entre les mains de la bourgeoisie, les idées de la classe dominante sont les idées sociales dominantes. Sous cette forme, elles répondent au besoin subjectif d’intégration de l’individu dans une communauté plus large et protectrice.

Le capital opère à l’échelle internationale, mais regroupe ses profits au niveau national. Son internationalisation prend donc l’apparence d’un nationalisme impérialiste, visant la monopolisation des sources de plus-value. C’est un processus à la fois politique et économique, même si la connexion entre les deux aspects n’est jamais clairement discernable, à cause de l’existence relativement indépendante de l’idéologie nationaliste qui masque les intérêts économiques spécifiques qui sont à la base du capitalisme. Ce camouflage est d’autant plus efficace que toute l’histoire connue a été celle de pillages, de guerres, où s’affrontaient divers peuples, engagés dans la construction ou la destruction d’un groupe ethnique ou d’un autre, d’un empire ou d’un autre. La sécurité « nationale », ou plutôt la sécurité « nationale » assurée par l’expansion, semble bien être la matière dont est faite l’histoire, lutte « darwinienne » sans fin pour l’existence qui ne tient aucun compte des spécificités historiques des rapports de classes au sein des entités « nationales ».
Monopolisation et concurrence, libre-échange et protectionnisme sont des aspects d’un même et unique développement historique. Il en va de même pour le nationalisme et l’impérialisme, qui sont indissociables, quoique ce dernier puisse prendre toute une variété de formes, depuis la domination directe jusqu’au contrôle indirect, économique et financier. Vue sous l’angle politique, l’accumulation du capital apparaît comme une expansion concurrentielle de nations et donc comme une lutte impérialiste pour obtenir une part plus grande des ressources exploitables du monde, réelles ou imaginaires. Ce processus, implicite dans la production capitaliste, entraîne une division du monde en nations capitalistes plus ou moins couronnées de succès. Certaines nations cédèrent avant d’autres à cet impératif impérialiste spécifique au capitalisme, voire profitèrent les premières des possibilités d’une expansion impérialiste. L’Angleterre et la France entrèrent en lice dès le XVIIIe siècle, l’Allemagne et les États-Unis au XIXe seulement. Quelques nations, plus petites, furent totalement incapables d’entrer dans la compétition impérialiste et durent se caser dans une structure mondiale dominée par les grandes puissances capitalistes. Cette lutte des nations impérialistes pour une plus grande part des profits mondiaux connut des fortunes diverses dont le résultat se voit, dans le domaine économique, par la concentration d’un capital mondial, croissant dans un nombre diminuant de nations. On aurait eu finalement le même résultat si l’expansion du capital s’était faite, en l’absence d’interventions impérialistes, par des capitaux nationaux en concurrence les uns avec les autres : ce n’est pas la concurrence qui détermine la course du développement capitaliste, mais la production capitaliste qui fixe la course de la concurrence et gouverne l’histoire sanglante du capitalisme.

L’objet des rivalités nationales est d’amasser du capital, car c’est sur lui que repose toute puissance politique et militaire. Le nationalisme est une idéologie qui s’appuie non sur l’existence de la nation, mais sur celle du capital et sur son auto-expansion. En ce sens, il médiatise une internationalisation de la production de capital qui ne conduit pas plus à une unification de l’économie mondiale que la concentration et la monopolisation à une élimination du caractère de propriété privée des capitaux nationaux. Que ce soit dans le domaine national ou international, la production capitaliste crée l’économie mondiale à travers la création du marché mondial. Pourtant, à la base de ce processus général concurrentiel se trouve un besoin réel, bien qu’encore abstrait, d’une organisation mondiale de la production et de la distribution qui soit bénéfique pour toute l’humanité. Ce n’est pas seulement parce que la Terre serait mieux adaptée à une telle organisation, mais aussi parce que développer encore plus les forces productives sociales et libérer la société du besoin et de la misère ne peut se réaliser que par une coopération internationale complète qui ne fasse pas entrer en compte des intérêts particularisés. Toutefois cette interdépendance irrésistible que suppose tout développement social progressiste s’affirme dans le système capitaliste à travers une lutte sans fin pour le contrôle impérialiste. C’est l’impérialisme et non le nationalisme qui a été le grand problème du tournant du siècle. Les intérêts « nationalistes » de l’Allemagne se transformèrent en intérêts impérialistes, entrant en concurrence avec les intérêts impérialistes des autres nations. Les intérêts « nationaux » de la France se confondirent avec ceux de l’Empire français, comme ceux de l’Angleterre avec ceux de l’Empire britannique. La lutte pour le contrôle du monde, la division et la redivision de ce contrôle entre grandes puissances impérialistes et, aussi, quelques moindres nations, déterminèrent les politiques « nationales » qui culminèrent dans la Première Guerre mondiale.

La crise révèle les contradictions fondamentales de la production capitaliste. De même, la guerre capitaliste révèle la nature impérialiste du nationalisme. L’impérialisme, cependant, cherche à se présenter comme un besoin national, comme la nécessité d’éviter ou de surmonter une situation de crise, comme une lutte défensive contre les desseins impérialistes des autres nations. Il y eut pourtant des cas où ces autres nations n’existaient pas. L’impérialisme prit alors l’apparence de mesures destinées maintenir le bien-être de la nation, tout en remplissant une mission « civilisatrice » dans des territoires nouveaux. Il n’est pas trop difficile d’obtenir le consentement, pour une aventure impérialiste, de la part d’une classe ouvrière plus ou moins habituée aux conditions capitalistes et donc sous la domination de l’idéologie nationaliste. L’état de dépendance absolue des travailleurs leur fait sentir que leur sort, pour le meilleur et pour le pire, est indissolublement lié à celui de leur nation. Incapables, jusqu’à présent, de se battre pour une quelconque sorte d’autodétermination, et, par conséquent, ne le voulant pas, ils trouvent facilement le moyen de se convaincre que ce qui concerne leurs maîtres les concerne aussi. Et cela d’autant plus que c’est pour eux la seule manière de se voir comme membres à part entière de la société, de regagner comme citoyens la « dignité » et « l’estime » qu’on leur refuse comme membres de la classe ouvrière.

Il n’y a pas lieu d’être ennuyé par cet état de chose et ce n’est pas une raison pour rejeter la classe ouvrière parce que stupide et incapable de distinguer ses intérêts propres de ceux de la bourgeoisie. Après tout, elle ne fait que partager l’idéologie nationaliste avec les autres membres de la société. Ceux-ci ont tout aussi peu conscience qu’elle de ce que le nationalisme, comme la religion à une époque antérieure ou la foi dans les bienfaits des relations de marché, n’est qu’une expression idéologique de l’auto-expansion du capital, c’est-à-dire d’une sujétion sans espoir de la société aux « lois économiques », dont la source se trouve dans les rapports sociaux d’exploitation de la société capitaliste. Il est vrai que la classe dominante tire au moins bénéfice du processus de production antisocial de la société, mais elle le fait aussi aveuglément que la classe ouvrière accepte ses souffrances. C’est cet aveuglement qui rend compte de l’apparente indépendance de la force du nationalisme idéologique et le rend capable de transcender les rapports sociaux de classes.

La conception matérialiste de l’Histoire tente à la fois d’expliquer la persistance d’une forme donnée de société et de dégager les raisons qui rendent possible sa modification. Ses partisans ne devraient donc pas être surpris par la résilience de sociétés qui peuvent durer longtemps tout en recréant leur idéologie dominante. Les changements de l’état des choses peuvent y être pour longtemps presque imperceptibles, ou bien tels qu’on ne puisse en reconnaître les conséquences. C’est la présence même de contradictions de classes qui explique à la fois la stabilité et l’instabilité sociales, l’une comme l’autre dépendant de conditions qui échappent au contrôle des dirigeants comme des dirigés. La société capitaliste se distingue, cependant, des formes sociales qui l’ont précédée en ce que les relations capital-travail de la production sociale accélèrent continuellement les changements des forces productives tout en maintenant les rapports sociaux de production fondamentaux, si bien qu’on peut s’attendre à une confrontation des classes sociales antagoniques. Telle fut, en tout cas, la conclusion que le mouvement marxiste tira de la polarisation croissante de la société capitaliste et de l’existence de contradictions internes à son processus de production. Les intérêts de classe finiraient par prendre le pas sur l’idéologie bourgeoise et la conscience de classe prolétarienne par faire contrepoids à celle de la bourgeoisie.

Note:

[1]. Cette position de F. Engels a été critiquée avec passion par Roman Rosdolsky, un léniniste nationaliste ukrainien, dans son livre : Friedrich Engels und das Problem der « Geschichtlosen Völker » (F. Engels et le problème des « peuples sans histoire »), Francfort, Archiv für Sozialgeschichte, Bd 4, 1964.


Démystifier le nationalisme de gauche (Mahmoud Ketabchi, 2004)

12 juin 2009

Publié en brochure pdf par Solidarité Irak en décembre 2004, republiée récemment sur le site Initiative communiste-ouvrière. Traduit de l’anglais (cf. ici ). L’auteur de l’article, Mahmoud Ketabchi, est un militant du Parti communiste-ouvrier vivant aux États-Unis.

La critique bourgeoise de l’impérialisme

La politique de guerre « préventive » sans limites que les États-Unis mènent afin d’assurer leur domination et de contrôler le monde soulève, plus que jamais, de sérieuses questions sur la façon d’affronter l’occupation en Irak, et de manière plus générale, sur la question de l’impérialisme. Dans mon article « ISO sur l’Irak : isolationnisme, nationalisme et solidarité internationale », je critiquais le nationalisme de gauche aux États-Unis, qui se limite à réclamer le retrait des troupes US et UK d’Irak. Plus particulièrement, j’attaquais la position de l’International Socialist Organisation [scission de l’International Socialist Tendancy, dont le SWP britannique est la branche la plus connue, ndt] en faveur d’une autodétermination nationale à tout prix, même si cela signifiait l’arrivée au pouvoir des islamistes. En effet, l’ISO refuse de prendre position en faveur de la liberté, de l’égalité, de la laïcité, des droits des travailleurs et de la lutte de libération des femmes.

Cette position, à gauche, vient largement d’une vision simpliste du capitalisme mondial, dans laquelle l’impérialisme est assimilé aux États-Unis et vice-versa. Dans cette optique, les mouvements nationalistes bourgeois du « tiers-monde » capitaliste sont considérés comme une forme d’opposition à l’impérialisme. L’impérialisme (les USA) serait l’ennemi principal et n’importe quel opposant à cet ennemi serait un ami du peuple, ou au moins, porteur d’éléments progressistes.

Cet article sur l’ISO a suscité quelques réponses, qui touchent à une grande variété de problèmes. Cependant, je voudrais ici me focaliser sur un point fondamental, qui, à mon avis, constitue la base du nationalisme de gauche. Les opposants de gauche aux USA, hostiles au gouvernement américain et à sa politique de domination mondiale – et en particulier à l’occupation de l’Irak – sont enfermés dans ces fondements nationalistes. Le nationalisme de gauche est en stricte opposition avec le mouvement communiste ouvrier sur cette question.

Le communisme ouvrier s’oppose à l’occupation, non pas sur le terrain du « nationalisme » ou de la « libération nationale », mais sur la base de la liberté, de l’égalité, de l’abolition du système salarial et de la libération humaine. Les communistes ouvriers méprisent le sentiment inhumain du nationalisme. Ils combattent l’islamisme, qui est un courant d’extrême-droite et extrêmement réactionnaire. Leur lutte contre l’impérialisme est un combat contre le capitalisme, c’est-à-dire qu’elle vise à l’abolition du salariat et à l’établissement du socialisme. Par conséquent, en s’opposant à la guerre et à l’occupation, ils se concentrent sur l’organisation ouvrière autour des questions de classe. Ils combattent pour la liberté inconditionnelle de revendiquer, de s’organiser et de faire grève, pour les droits des femmes, le progrès humain, le bien-être et la libération humaine. L’opposition aux États-Unis et aux gouvernements occidentaux provient de multiples horizons. Elle peut être le fait, par exemple, de l’Arabie Saoudite, de la Libye, de la Jordanie, de l’Iran, du Mexique et ainsi de suite. La gauche et la droite, la bourgeoisie et la classe ouvrière peuvent constituer d’autres voix parmi ces opposants. Elles peuvent varier de forme, de tonalité, de puissance, de cadre de travail. Ici, je ne remettrais pas en cause les intentions de ceux qui s’opposent à l’impérialisme. Je ne parle pas de leur honnêteté ou de leur trahison, pas plus que je ne baserai mon jugement au sujet des diverses forces d’opposition sur ce qu’elles disent d’eux-mêmes, ou sur ce qu’elles veulent que nous croyions à leur sujet. Tout cela n’est pas pertinent pour mon propos. Je parlerai plutôt de la position, des décisions et choix politiques qu’elles prennent, et du rôle qu’elles jouent dans la lutte entre la classe ouvrière et les capitalistes. En d’autres termes, je traiterai ici des forces sociales et de la lutte des classes.

Je n’ai pas non plus l’intention de minimiser la menace que le gouvernement US, avec sa force brutale et ses machines meurtrières, constitue pour l’humanité, ni de diminuer l’importance de la confrontation militaire, de l’agression, etc. J’essaye simplement de montrer que la base de « l’opposition à l’impérialisme » peut avoir plusieurs sources.

Ce faisant, j’aimerai faire avancer notre discussion en posant cette simple question : « Comment distinguons-nous les différentes critiques de l’impérialisme pour les relier à la lutte des classes ? ».

Je souligne cela, car en tant que communistes, nous devons proposer une perspective différente, qui reflète les intérêts de la classe ouvrière, par opposition à ceux de la bourgeoisie, qui renforce son mouvement, clarifie, propose une direction, et permette de développer une alternative communiste ouvrière pour la révolution.

Cette discussion doit nous permettre d’avancer, d’aller au-delà de l’anti-impérialisme, de l’anticolonialisme et de la récente rhétorique contre l’Empire. Elle doit nous inviter à briser les barrières, à éviter les pièges et à sortir de l’horizon morbide dans lequel nous nous trouvons actuellement.

Réponses à mon article

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterai vous donner un avant-goût des quelques réponses aux questions soulevées dans mon premier article, ainsi que des extraits de la littérature de l’ISO.

« Il serait bon pour les Irakiens si, avec les forces progressistes au premier rang, ils commençaient à reconstruire et à former un gouvernement laïque et non ethnocentrique fondé sur la volonté directe des masses et capable d’assurer aux citoyens la sécurité de leurs droits et libertés. Cela ne pourra arriver tant que l’occupation ne sera pas terminée, et je pense donc que l’essentiel devrait être comment mettre fin à l’occupation ». « Qui est l’ennemi principal de la démocratie au Moyen-Orient ? L’histoire a montré que le plus grand danger pour la population au Moyen-Orient n’est pas les forces islamistes, mais les USA ».

« En bref, le nœud de cette question est ‘Qui est l’ennemi principal ?’ L’islam politique a souvent joué un rôle anti-impérialiste, avec beaucoup de limites. Je pense que nous devons commencer par soutenir la lutte contre l’oppression et l’impérialisme ».

« Les islamistes peuvent et doivent se battre contre l’impérialisme, mais quand on en vient à leur vision de la société et à leur façon de la faire fonctionner réellement comme en Iran, ils acceptent l’inégalité de classe du capitalisme ».

« Le point est que chaque coup porté contre l’Etat US par n’importe quelles forces anti-impérialistes est un énorme pas en avant pour tous ceux qui souffrent du courroux du gouvernement des USA, y compris ceux qui vivent aux États-Unis ».

« L’impérialisme multiplie les fondamentalismes. Ainsi, comment la conscience de classe peut-elle s’élever au-delà des deux faces de la même médaille impérialisme/fondamentalisme ? La réponse, à mon avis, est qu’elle ne le peut pas. Vous devez enlever l’élément impérialiste d’abord, ou vice versa. Si vous savez comment les attaquer tous les deux en même temps, je vous remercie de me le faire savoir… Comment pouvons-nous combattre le fondamentalisme sans avoir tout d’abord défait l’impérialisme ».

Phil GASPER, dans « La politique de l’islam politique », International Socialist Review de juillet-août 2003: « Alors que les socialistes sont inflexiblement opposés à l’idéologie et aux tactiques de l’islam radical…ne pouvant les considérer comme des alliés, nous reconnaissons également que l’ennemi principal demeure la brutalité du système international capitaliste et des puissances impérialistes qui en tirent bénéfice. En effet, comme l’islam surgit principalement comme réaction à l’impérialisme, les socialistes peuvent parfois se trouver combattre du même côté que les islamistes, même s’ils ne leur font aucune concession politique. L’islam politique restera une force tant qu’une véritable alternative de gauche ne réémergera pas dans les pays où elle est actuellement influente ».

Dans un article publié dans l’International Socialist Review n° 31, septembre-octobre 2003, « L’occupation et la résistance en Irak », Nicole Colson explique : « Nier le droit à l’autodétermination, même si cette autodétermination prend la voie du fondamentalisme islamique, c’est accepter l’idée qu’une puissance extérieure a le droit de dicter qui doit avoir le pouvoir en Irak ».

Dans le même article, elle ajoute : « La montée de la résistance contre l’occupation US devrait être bien accueillie pour deux raisons : un, parce que les Irakiens ont le droit fondamental à l’autodétermination et deux, parce que la résistance croissante aide à contrecarrer les projets de Washington en Irak et ailleurs ».

Nicole COLSON, dans un autre article « Terrorisme ou opposition à l’occupation ? – derrière les bombardements en Irak », dans Socialist Worker du 5 septembre 2003 : Après avoir parlé d’une série de bombardements mortels qui ont détruit l’ambassade jordanienne, le siège des Nations Unies (ONU) à Bagdad et une mosquée à Nadjaf, Nicole COLSON explique : « les Irakiens ont raison de résister à l’occupation, et ils méritent l’appui du mouvement international contre la guerre ».

Pour résumer les articles ci-dessus:

• L’impérialisme, c’est-à-dire les USA, est l’ennemi principal.

• Notre principale tâche est de combattre l’impérialisme et d’exiger la fin de l’occupation en Irak.

• L’impérialisme est décrit comme une puissance extérieure.

• L’indépendance et l’autodétermination nationale est la clef de la libération des irakiens quel que soit le type de gouvernement (y compris un régime islamiste) qui viendrait au pouvoir.

• Les islamistes et les nationalistes sont des forces anti-impérialistes et nous devrions leur faire un bon accueil et soutenir leur résistance contre l’occupation, tout en les critiquant.

• Le système capitaliste international et les puissances impérialistes sont l’ennemi principal, tandis que l’islam politique n’est pas inclus dans ce système.

• Les socialistes et les islamistes sont parfois du même côté, mais les socialistes ne font aucune concession politique aux islamistes (plus tard nous verrons comment Gasper essaye de dissimuler le fait que l’islam politique est une alternative d’extrême droite bourgeoise contre les travailleurs, les communistes et la liberté).

Nous pouvons voir ici, que le nationalisme et l’indépendance nationale du plus mauvais aloi constituent la pierre angulaire de l’argumentation des mouvements anti-guerres. Je dis du plus mauvais aloi, car ils ne feignent même pas d’adhérer à une certaine forme d’indépendance « nationale démocratique », que prêchent les libéraux bourgeois du tiers-monde. Ce soutien vulgaire au nationalisme place inévitablement les anti-impérialistes du côté des islamistes, des nationalistes, des forces du nettoyage ethnique, des seigneurs tribaux irakiens, dans l’ensemble du monde arabe et toutes les sociétés frappées par l’islamisme.

L’anti-impérialisme des nationalistes de gauche

Nombreux sont, parmi les forces anti-impérialistes aux USA, ceux qui se considèrent comme marxistes, socialistes, communistes et anticapitalistes. Ils proclament qu’ils veulent éliminer le capitalisme et établir le socialisme. Ils affirment s’opposer à l’impérialisme parce qu’ils sont anticapitalistes. Cependant, l’impérialisme, dans la littérature de gauche, est réduit à la politique étrangère des USA et des puissances occidentales. Il est présenté essentiellement comme un expansionnisme et une domination du monde, à une guerre et une agression contre les peuples du « tiers-monde ». L’impérialisme est essentiellement considéré comme le pillage des richesses nationales des « nations opprimées » et comme un requin de la finance, comme l’oppression des nations pauvres par les nations riches, de l’Est par l’Ouest, du Sud par le Nord, et des « pays en voie de développement » par « les pays développés », et ainsi de suite…

Une telle conception du système capitaliste mondial pose en prémisse que, sur terre, il y a dans le monde deux types de capitalisme : le capitalisme US et des pays occidentaux (impérialisme) d’un côté, et le capitalisme du tiers-monde de l’autre. Le capitalisme est considéré comme une force « étrangère » et « extérieure » dans des pays « en développement ». L’impérialisme représenterait la société multinationale qui domine les économies du tiers-monde et empêche le « capital national » de s’accroître dans ces pays. Ainsi, les puissances impérialistes s’appuieraient sur leur technologie de pointe pour entraver la croissance économique du tiers-monde, et les pays impérialistes dirigeraient le marché mondial en détruisant les marchés intérieurs dans le tiers-monde, où les bourgeoisies locales vendent leurs produits.

Cette perception de l’impérialisme dépeint les puissances impérialistes comme des bourreaux, qui tirent bénéfice du système capitaliste mondial, et la bourgeoise nationale comme une victime, qui n’en bénéficie pas ou pas assez. Alors que les premières sont abhorrées, cette dernière ne serait pas si mauvaise, puisqu’elle représente l’indépendance nationale et peut engendrer une résistance à l’impérialisme. Dans cette optique, si les méchants impérialistes cessaient de piller le monde, la classe dirigeante capitaliste dans les pays en voie de développement pourrait améliorer la situation de leurs populations. Voila une position qui dédouane les classes réactionnaires et despotiques du capitalisme dans le tiers-monde… C’est ce que j’appellerai la critique bourgeoise de l’impérialisme. Le mauvais capitalisme du « premier monde » et le bon, l’inoffensif capitalisme du « tiers-monde » sont, en réalité, un même groupe nationaliste bourgeois dont le but est de soumettre les travailleurs et de briser leur lutte pour la liberté et le socialisme.

L’impérialisme contemporain n’est pas distinct des formes antérieures de l’impérialisme et du colonialisme, car il n’est rien d’autre que le capitalisme. « L’impérialisme occidental » et le « capitalisme du tiers-monde » ne sont pas deux entités séparées en terme de processus d’exploitation et d’appropriation de la plus-value de la force de travail. Ils ne font qu’une seule et même chose. Le capital dans les « pays en voie de développement » dépend autant du capital international pour sa survie que le capital international dépend d’eux : ils sont une partie intégrante l’un de l’autre. Ce qui définit principalement leur interconnexion, c’est l’exploitation des travailleurs et la lutte pour obtenir la plus grosse part des profits. Si les rapport sociaux capitalistes ne peuvent se produire en isolant l’un de l’autre dans un pays donné, elles ne peuvent pas non plus être liées par des frontières nationales ou géographiques, par ce morceau de terre appelé « État-nation ».

La classe dirigeante capitaliste du « tiers-monde » gémit à propos de l’injustice du système économique international, mais elle est largement bénéficiaire de ce même système. Ainsi, elle est aussi investie dans le système capitaliste international, que leurs partenaires US et occidentaux. Par exemple, la dernière chose que l’Arabie Saoudite voudrait voir arriver, c’est un marché rendu frileux envers sa production de pétrole en raison de crises économiques à l’Ouest. En d’autres termes, l’exploitation ouvrière dans les gisements de pétrole d’Arabie Saoudite dépend des ventes de pétrole sur le marché mondial ; cela signifie que les conditions d’exploitation en Arabie Saoudite ne sont pas un facteur d’isolement, au contraire, elles existent seulement en conjonction avec le système capitaliste international. C’est pourquoi, non seulement les « puissances impérialistes », mais également les classes dirigeantes capitalistes du « tiers-monde » tirent bénéfices du système capitaliste mondial.

Les capitalistes du « tiers-monde » caractérisent leur contentieux avec les États-Unis et les puissances occidentales comme une « noble lutte pour l’autodétermination », pour « l’indépendance et la souveraineté nationale », le « développement économique », et ainsi de suite. Mais en réalité, ils luttent avant tout pour se partager l’exploitation des travailleurs. L’indépendance nationale et l’autodétermination n’est rien d’autre, pour la bourgeoisie, que le droit d’exploiter leurs « compatriotes » de la classe ouvrière. Ce qui manque aux nationalistes de gauche dans leur compréhension de l’impérialisme, c’est qu’ils n’arrivent pas à définir l’impérialisme comme étant essentiellement une relation capitaliste entre le capital et le travail ; au contraire, ils se focalisent sur les politiques impériales des grandes puissances internationales. Une critique marxiste de l’impérialisme devrait commencer par l’analyse de la perspective de classe. Une telle analyse nous permet de dessiner une distinction entre la classe ouvrière – l’opposition marxiste radicale au capitalisme – d’un côté, et les pleurnicheries de la bourgeoisie au sujet de la façon dont elle est « opprimée » par quelques grands requins. Sans une telle distinction clairement tranchée, le nationalisme de gauche tombe du côté de la critique nationaliste bourgeoise de l’impérialisme.

Ce qui distingue l’opposition marxiste au capitalisme d’une critique bourgeoisie, c’est le point d’entrée par lequel elle analyse le système capitaliste international. L’analyse de classe, la relation entre le capital et le travail constituent l’approche marxiste tandis que le nationalisme, la « fierté nationale », la « souveraineté nationale », « l’indépendance nationale », la « libération et l’autodétermination nationale » représentent la conception bourgeoise de l’affrontement à l’impérialisme. Ce sont deux perspectives totalement différentes. Pour présenter la perspective marxiste de l’analyse de classe, nous devons d’abord, évacuer l’analyse de classe vulgaire qui explique la classe par les stratifications sociales présentes dans différents groupes de la société. Voici ce que Phil Gasper, dans « La politique de l’islam politique » nous donne comme une analyse de classe de l’islam politique :

« L’islam politique n’est évidemment pas uniquement confiné à la bourgeoisie. Les islamistes ont également souvent été capable de drainer derrière eux de larges sections de pauvres urbains – souvent récemment arrivés de la campagne, vivant dans les taudis et bidonvilles et survivant à la marge de la société – mais également des sections de la classe dirigeante traditionnelle dont les positions sont menacées par les nouveaux développements économiques. Néanmoins, il est juste de qualifier l’islam politique comme étant essentiellement un mouvement petit-bourgeois, ce qui explique sa nature contradictoire et volatile ». Tout d’abord, la nature de classe d’un mouvement n’est pas déterminée par le groupe de personnes qui participe de fait au mouvement, mais par la position politique qu’il prend et le rôle social qu’il joue dans la lutte entre le capital et le travail. Par exemple, personne n’a jamais considéré le Parti Travailliste britannique comme un parti communiste ou même socialiste, sous prétexte que les travailleurs constituaient une grande partie de leurs adhérents. De même, le Parti National-Socialiste en Allemagne a eu une certaine base chez les travailleurs et les pauvres. Pour être direct et clair, dans la société capitaliste, aucun mouvement de la classe ouvrière non-socialiste incluant l’islam politique dans les pays touchés par l’islamisme, en particulier quand ils essayent de prendre le pouvoir politique, ne peut être de quelque manière que ce soit, une alternative au capitalisme.

En second lieu, si nous prenons l’analyse de classe de Phil Gasper et que nous l’appliquons, par exemple, à l’Iran, nous en venons à la conclusion que l’islamisme en Iran, qui est à la tête du système capitaliste représente le « mouvement petit-bourgeois » ! Ainsi, l’on peut voir que cette référence à l’islamisme comme un mouvement petit-bourgeois est un constat absurde. Une grande partie de la gauche nationaliste avant, et même pas mal de temps après, la révolution de 1979 décrivait l’islam politique, Khomeyni et ses partisans, comme un mouvement petit-bourgeois. Il a été caractérisé, à la manière de Gasper, comme un mouvement anti-impérialiste avec une nature « contradictoire et volatile ». Le problème avec les islamistes n’est pas qu’ils ne sont pas anti-impérialistes ou qu’ils prêchent la « collaboration de classe », comme l’ISO voudrait que nous le croyions. L’islamisme lui-même est un mouvement d’extrême-droite de la bourgeoisie dans les pays touchés par l’islamisme. En raison d’une telle analyse de classe, la gauche iranienne a, le plus souvent, traité l’islam politique comme un allié et/ou est restée confuse sur la manière d’affronter le gouvernement islamiste capitaliste qui a pris le pouvoir après que le Shah ait été renversé. L’anti-impérialisme de Khomeyni (rappelez-vous la prise de l’ambassade des États-Unis de Téhéran) a désarmé la gauche qui s’est accrochée à l’idée que les USA étaient l’ennemi principal et que les travailleurs devaient combattre pour l’indépendance nationale.

Les islamistes sont venus au pouvoir comme la seule alternative disponible pour la bourgeoisie iranienne, pour les puissances occidentales et le gouvernement des USA, leur permettant d’écraser la radicalisation révolutionnaire dans la classe ouvrière et dans les masses populaires. Khomeyni et son régime islamique ont écrasé la révolution, ce que le Shah ne pouvait pas faire. Contrairement aux idées répandues, Khomeyni n’était pas le résultat de la révolution, mais la continuation du gouvernement de la bourgeoisie en Iran, qui a troqué ses habits monarchiques en habits islamiques. L’analyse de Phil Gasper sur l’islam politique dissimule le fait que l’islamisme a été et continue d’être l’alternative la plus barbare et la plus réactionnaire dans les pays dominés par l’islam, et auquel la bourgeoisie « traditionnelle », ou toute autre bourgeoisie, a recourt en temps d’instabilité politique pour briser la liberté et écraser la lutte pour le socialisme.

En conclusion, l’analyse superficielle de classe que nous donne Phil Gasper manque totalement de substance, parce qu’elle ne traite pas – ou masque – la vraie question de la classe, alors qu’elle constitue l’élément central de l’analyse du capital chez Marx. Cela ne veut pas dire qu’il est sans importance d’analyser les diverses strates et couches sociales et leur rôle politique et économique, mais qu’une telle analyse n’est appropriée qu’après avoir fourni une analyse de classe fondée sur le fonctionnement intrinsèque du capital. Les classes sociales ne font pas les relations de production, elles sont elles-mêmes le reflet de cette production. Nous devons procéder comme Marx le faisait, les mettre en lumière : c’est ainsi qu’il expliquait le capital. Avant qu’il ne parle de profit, il présente son concept de la plus-value. Avant qu’il ne traite de la question du prix, il parle de la valeur. Si Gasper avait suivi les enseignements de Marx, il ne conclurait pas son analyse ridicule de l’islamisme en les présentant comme étant « essentiellement un mouvement petit-bourgeois », ce qui le place lui-même du côté des islamistes.

Une analyse marxiste de l’impérialisme commence par une critique du capital. Cependant, il est important de se rendre compte qu’être anticapitaliste ne suffit pas à être à marxiste. Se dire anticapitaliste ne signifie pas grand chose. C’est seulement une déclaration de principe : comment décrivons-nous le capitalisme et sous quel angle le critiquons-nous ?

La définition marxienne du capitalisme

Comme toute théorie dans un monde interconnecté et complexe, celle de Marx appréhende la société sous un angle précis, qui lui donne du sens. Sa critique du capitalisme débute par le point de vue de classe. Il n’était certes pas le premier à critiquer le capitalisme. Beaucoup de radicaux, de communistes et de socialistes utopiques, avant et en même temps que Marx, le faisaient également. Quand Marx et Engels ont écrit « Le Manifeste du Parti Communiste », ils ont critiqué d’autres communistes et ont exposé une perspective différente, leur version du communisme. La critique spécifique de Marx sur le capitalisme, sa contribution à la lutte de la classe ouvrière et à la libération de l’humanité, a laissé un legs durable qui continuera à hanter le capitalisme aussi longtemps qu’il existera. Cependant les idées de Marx sur le capitalisme et le communisme ont été brutalement supprimées, ignorées, mystifiées, réformés et déformées. Nombre de ceux qui se plaignent du capitalisme s’emparent de fragments du marxisme, comme la critique la plus puissante du capital et de l’exploitation, pour se donner une légitimité progressiste ou révolutionnaire. Certains revêtent les habits du marxisme, essayent de se poser en tant que porte-parole du marxisme. Soudainement, nous apprenons que Marx serait devenu l’allié de la « Théologie de la Libération », des mouvements nationalistes, des partisans du développement du capitalisme comme une étape nécessaire vers la révolution, de l’industrialisation, du libéralisme et du capitalisme d’Etat ; ou encore l’avocat des portes closes des régimes autoritaires staliniens…etc. Une grande partie de la gauche a aujourd’hui abandonné le capital de Marx. Bien que Marx nous ait fourni une analyse claire de la production capitaliste, il me semble nécessaire d’approfondir et de discuter certains des enseignements fondamentaux de Marx sur la classe et l’analyse de classe. Il est essentiel de voir ce que Marx lui-même a dit et écrit à propos du capitalisme, comment il l’a défini et expliqué. Le marxisme doit être démystifié et présenté de la façon dont Marx lui-même le concevait. Dans mon propos sur le capital, j’ai l’intention de montrer ce que Marx entendait par classe et analyse de classe, et le rôle que celles-ci jouent dans sa compréhension du capital. Cela nous permettra de comprendre les principales failles du nationalisme de gauche, qui s’oppose au capitalisme dans une perspective bourgeoise et nationaliste. Ainsi, cela nous aidera à mieux comprendre le communisme ouvrier et comment lui-même s’oppose au nationalisme de gauche.

Alors, qu’est-ce que le capitalisme ? Le capitalisme est défini de différentes façons. Certaines considèrent la propriété privée comme son fondement. D’autres prennent la disparité des niveaux de revenu, ou encore l’inégalité face au pouvoir politique comme critère de définition. Enfin, il est également défini en terme d’économie de marché et de compétition. Chacune de ces définitions amène à une conclusion politique partielle. Par exemple, ceux qui définissent le capitalisme en tant que propriété privée pensent que pour abolir le capitalisme, la propriété d’Etat pourrait remplacer la propriété privée. D’autres pensent que nous pourrions éliminer le capitalisme si nous supprimons le marché et instituons un système de planification central. Ceux qui définissent le capitalisme comme un système de répartition inégale cherchent la redistribution des richesses. Ces définitions du capitalisme sont étrangères à la critique marxienne du capital. Elles ne parviennent pas à saisir l’importance de sa contribution à l’humanité.

La théorie de classe marxiste prend en compte la propriété privée, le revenu, le pouvoir politique, le marché, et la concurrence. Pourtant, la critique marxiste se distingue en montrant que le capitalisme est directement lié à la production et à l’appropriation de la plus-value. Quand Marx parle de l’exploitation de classe, il a à l’esprit l’extraction de la plus-value créée par le travailleur direct dans l’entreprise capitaliste.

En analysant le processus de classe directement sous-jacent à la production capitaliste, Marx ne s’intéresse pas aux arguments nationalistes « tiers-mondistes » qui favorisent « l’économie nationale indépendante » par opposition à la domination économique étrangère. L’analyse marxiste du processus de classe n’est pas concernée non plus par l’origine du capital (« étranger et impérialiste » et « capital national »), ou par la grandeur (Coca Cola ou Zam Zam, équivalent iranien du Coca Cola), ni pas ceux qui personnifient le capital (par exemple, la famille Bush aux États-Unis, la famille Ben Laden en Arabie Saoudite ou l’Etat bureaucrate par exemple dans l’ex-Union Soviétique, ou s’il est technologiquement avancé (occidental) ou en retard (tiers-monde). Il n’y est également sans intérêt de savoir si le produit du travail est vendu sur le marché intérieur ou international. Aucun de ces élément ne vient jouer un rôle quand Marx commence à décrire l’origine de la plus-value. L’approche marxiste de classe – c’est-à-dire la production et l’appropriation de la plus-value – fait abstraction de tous ces éléments, même si tous relèvent de l’analyse du capital en général.

Production et appropriation de la plus-value.

La société humaine, afin de vivre, doit satisfaire ses besoins physiques, mentaux, etc… Ainsi, la production sociale constitue un aspect fondamental de toutes les sociétés. Ce qui est commun à toutes les productions sociales est la relation entre le travail et les moyens de production, c’est-à-dire que les producteurs utilisent certains outils pour travailler certains objets. En raison de cette relation entre la force de travail (facteurs subjectifs) et les moyens de production (facteurs objectifs), une certaine quantité de valeur d’usage est produite. Marx appelle ceci le « processus du travail ». Si la production sociale forme une base fondamentale de toutes les sociétés, la production de plus-value constitue une caractéristique importante des sociétés de classe, et sans cette plus-value, aucun exploiteur ou exploité n’existerait. Par conséquent, aucune exploitation de classe, comme Marx la définit, n’aurait pu exister. Ainsi, la classe, pour Marx, fait référence aux processus économiques par lesquels la plus-value est produite et appropriée par un autre groupe que le producteur direct. Ce qui fait que la production capitaliste est similaire à d’autres systèmes de production antérieurs dans la société de classe, c’est la production de plus-value et son appropriation par un groupe ou une classe régnante dans la société. Il en résulte que l’exploitation, qui est commune à toutes les sociétés de classe, ne suffit pas à distinguer le capitalisme des sociétés de classe qui lui sont antérieures. La production capitaliste n’est pas une prolongation des sociétés de classe antérieures, elle s’en distingue par la manière dont laquelle la plus-value est extraite du producteur direct. Ce trait distinctif est la production de la plus-value.

La production capitaliste, c’est-à-dire la production d’une plus-value se produit « dès lors que l’ouvrier cesse de faire partie des conditions de production objectives (esclavage, servage) ou que la communauté naturelle primitive (Inde) cesse d’être la base sociale ; bref, dès lors que la force de travail elle-même devient marchandise de manière généralisée (Marx, Chapitre inédit du capital). En d’autres termes, la marchandisation de la force de travail constitue le prérequis de la production capitaliste. L’ouvrier en tant que vendeur de sa force de travail et le capitaliste en tant qu’acheteur, se rencontrent sur une « base égale », c’est-à-dire, l’échange de la force de travail pour de l’argent, ce qui implique que l’ouvrier et le capitaliste identifient leurs droits respectifs à la propriété. L’ouvrier devrait être le propriétaire unique de sa force de travail. Le capitaliste doit, lui, être considéré comme le propriétaire de l’argent. Le travailleur et le capitaliste passent un contrat par lequel l’ouvrier vend sa force de travail pendant une certaine période en échange d’une certaine somme d’argent, laquelle paye les moyens de subsistance requis pour reproduire la force de travail vendue. Dans ce contrat, deux choses égales sont échangées. Apparemment, aucune coercition n’est impliquée. Ils sont tous les deux dépeints en tant que citoyens égaux aux yeux de la loi. La seule différence est que le travailleur est le vendeur et le capitaliste l’acheteur. Ainsi, acheter et vendre la force de travail, ne crée en soi aucune valeur additionnelle pour le capitaliste. En vendant sa force de travail au capitaliste, l’ouvrier renonce à sa possession. En retour, le capitaliste paie l’ouvrier sous forme de salaire. Dorénavant, la force de travail appartient au capitaliste et non plus à l’ouvrier. Ce qui intéresse le capitaliste, c’est que cette marchandise d’un genre particulier – la force de travail – a une forme unique. Elle peut se reproduire (les moyens de subsistance requis pour reproduire la force de travail vendue) et de plus, il peut produire une valeur additionnelle, ou plus-value. Par conséquent, le capitaliste en tant que nouveau propriétaire de la force de travail, met l’ouvrier au travail, c’est-à-dire qu’il commence à consommer la force de travail.

En plus de la force de travail, le capitaliste a besoin des moyens de production, qui incluent les machines et les matières premières. Pendant le processus de travail (le processus de production), le travailleur, par la vertu de la productivité de sa force de travail, préserve d’une part la valeur des moyens de production et la transfère à la nouvelle marchandise. En d’autre termes, les moyens de production n’apportent aucune valeur additionnelle pour le capitaliste. Ainsi, Marx appelle ces moyens de production « capital constant ». D’autre part, le travailleur ajoute la valeur de sa force de travail, plus une nouvelle valeur qui est la plus-value de son travail. Si cette nouvelle valeur n’était pas ajoutée, aucune plus value ne serait créée. Comme la force de travail se créée elle-même, et ajoute une valeur additionnelle, Marx appelle cette valeur de force de travail, « capital variable ».

Mais comment l’ouvrier créée-t-il cette nouvelle valeur, cette plus-value ? Durant le processus de travail quotidien de production, son temps de travail est divisé en deux parties. Dans la première partie de la journée, il travaille pour produire la valeur de sa force de travail dépensée pendant la production. Il est payé sous forme de salaire qui lui permettra d’acheter ses moyens de subsistance. Dans la seconde partie de la journée, il crée la valeur additionnelle, ou plus-value. C’est un temps de travail nécessaire, nécessaire au sens où il lui fournit ses moyens d’existence et le maintient en vie pour qu’il puisse continuer à vendre sa force de travail. La seconde partie second temps de travail est un temps en surplus. Il est en surplus, car il est au-delà de la valeur de la force de travail. Le travailleur est payé pour la première partie , mais pas pour la seconde. Marx désigne cette plus-value comme « travail non-payé ». Le capitalisme s’approprie cette valeur de travail excédentaire, non-payé. Ainsi, une fois que la force de travail est transférée de la circulation des produits à la sphère de production, il est valorisé, c’est-à-dire qu’il produit de la plus-value. Maintenant, les produits du travail réalisés dans le processus de production comprennent : la valeur des moyens de production ou capital constant + la valeur de la force de travail ou capital variable + la valeur additionnelle créée au cours de la production. Par conséquent, sur la base de la formule de Marx, nous avons : capital constant (c) + capital variable (v) + plus-value (p) = valeur totale (C) ou C = c + v + p. Il faut souligner que ce processus de valorisation a lieu, au cours de la production, grâce à l’ouvrier qui travaille gratuitement durant une partie de sa journée de travail.

L’analyse marxienne de la plus-value, c’est-à-dire son concept de classe, identifie non seulement la base sur laquelle la production capitaliste est rendue possible, mais agit également en tant que fil conducteur pour une compréhension d’ensemble du capital. La théorie marxienne de la plus-value fournit une analyse unique des différentes fonctions et des mouvements du capital, afin de les réunir et de créer sa pièce maîtresse : le Capital.

Il utilise sa théorie de la plus-value pour expliquer la reproduction et l’accumulation du capital, la concentration du capital, la technologie, les machines et l’automation, la baisse tendancielle du taux de profit, la théorie des prix, le marché et la compétition, la composition organique du capital, le taux d’exploitation (le taux de plus-value), etc… En même temps il explore l’influence de ces éléments sur la production de la plus-value.

Plus encore, la théorie marxiste de la plus-value explique, non seulement, le lieu de la production directe de plus-value et de son appropriation, mais elle identifie également la position des autres groupes de travailleurs, non producteurs de plus-value pour les capitalistes, comme par exemple les négociants et les capitalistes prêteurs d’argent, ou les groupes tels que les managers, l’Etat, etc…et comment ils se relient à la production et à l’appropriation de plus-value.

Production contre distribution de la plus-value

Pour augmenter sa production, le capitaliste peut avoir besoin d’emprunter de l’argent à un bailleur de fonds, qui en retour obtiendra une partie de l’excédent de valeur sous forme d’intérêts. D’ailleurs, le capitaliste industriel peut vendre ses produits à un négociant pour accélérer la rotation des capitaux. Le négociant, en retour, reçoit une partie de la plus-value sous forme d’un escompte, et l’entreprise capitaliste peut se concentrer sur la production du taux de plus-value plutôt que de s’impliquer dans le processus d’échange de marchandises. Une partie de la plus-value va aux directeurs et aux contremaîtres qui maintiennent l’ordre chez les ouvriers et assurent l’extraction de plus-value qu’ils produisent. Une autre part de la plus-value va à l’Etat, sous la forme d’impôts, qui assure la stabilité et la protection nécessaire pour le capital, et ainsi de suite.

Alors que le capitaliste industriel (au sens large) est engagé dans la production de plus-value, le négociant réalise la transformation de la marchandise en argent. En d’autres termes, les négociants ne produisent pas de plus-value, car acheter et vendre une marchandise représente simplement un échange entre deux choses de valeur égale. Cependant, les négociants rendent la création de plus-value possible en transformant les produits du travail en capital. De même, le bailleur de fonds ne produit aucune plus-value, mais il prête son argent au capitaliste industriel qui peut allonger l’argent pour l’expansion de sa production ou la création d’une plus-value. En d’autres termes, les financiers investissent leur argent au sein de l’entreprise capitaliste de manière purement temporaire. En mettant leur argent à disposition du capitaliste industriel, les bailleurs de fonds fournissent les moyens d’existence de la production et de l’appropriation de la plus-value. De ce fait, les négociants et les bailleurs de fonds ne sont ni les appropriateurs, ni les distributeurs de la plus-value. Ils sont les destinataires d’une partie de la plus-value, respectivement, sous forme d’intérêts et d’escomptes. Par conséquent, ce n’est ni en achetant ni en vendant sur les marchés domestiques ou internationaux, ni en prêtant ou en empruntant de l’argent que se crée la plus-value. Ainsi, Marx emploie sa théorie de la plus-value comme un outil de principe en localisant et en analysant les divers groupes d’individus au sein de la société capitaliste, et la manière dont ils sont reliés à la production et à l’appropriation de la plus-value. L’analyse marxienne du capital se pose contre le nationalisme de gauche et leurs grandes idées lumineuses, analysant le capitalisme et l’impérialisme en terme de « grand capital contre petit », « capital occidental étranger contre capital national du tiers-monde », de « technologie occidentale de pointe » contre « technologie arriérée du tiers-monde », et de « domination impérialiste du marché mondial contre la tentative de la bourgeoisie nationale dans le tiers monde de protéger leur marché intérieur ». Ces critiques du capital sont étrangères au marxisme. La théorie de Marx de la plus-value est la pierre angulaire de son analyse du capital. Pour lui, la classe signifie la production de la plus-value par l’ouvrier et son appropriation par le capitaliste industriel. C’est ce qu’il a à l’esprit quand il parle de l’exploitation. La production de la plus-value ou d’un surplus de valorisation se produit en cours de chaîne de production. Ce surplus, c’est le travail impayé du travailleur que le capitaliste encaisse dans sa poche. La technologie moderne ou « traditionnelle » ne produit aucune valeur additionnelle. Elle ne fait aucune différence entre le capital domestique et étranger, sur qui le personnifie, sur le fait qu’il soit grand ou petit, ou de savoir où les produits sont vendus. L’exploitation capitaliste se réalise en dépit de tout cela.

Conclusion

L’analyse marxienne du capital n’est pas seulement une tentative d’interpréter le monde, mais avant tout de le transformer. Par sa critique du capital, il nous explique comment combattre le capitalisme. Une grande partie de la gauche n’a pas cette approche du concept essentiel de la critique marxienne du capital, telle qu’on la retrouve ci-dessus ; un concept qui sépare catégoriquement la vision de Marx des autres critiques du capital. Tandis que la critique marxienne du capital est concentrée sur la production et l’appropriation de la plus-value du travail et du salaire, le nationalisme de gauche choisit de diviser le capitalisme entre bons et mauvais, entre les puissances impérialistes et les « nations du tiers-monde » qui en sont les victimes. Ses partisans appellent à combattre l’impérialisme et, dans le cas de l’Irak, à la fin de l’occupation, considérant que cela devrait être l’objectif principal de notre lutte et qu’une fois que l’armée US sera hors d’Irak, tout ira vers la stabilisation, même si cela signifie une République islamique en Irak.

C’est exactement en raison de ce type d’analyses nationalistes que les slogans « retour immédiat des troupes », « Non à l’occupation en Irak », et « autodétermination pour l’Irak », constituent le noyau de la plate-forme nationaliste de gauche, et que les questions de la liberté, du droit des travailleurs, de la libération des femmes, de la laïcité, des droits de l’homme, de l’égalité, et du socialisme sont reléguées comme des enjeux secondaires, sans grande importance ou sont enterrées pour être renvoyées à un avenir lointain. Ce type d’opposition à la guerre ne peut que favoriser le nationalisme, le nettoyage ethnique, l’islamisme et le tribalisme. Ainsi, nous sommes confrontés à une situation où nombre de gauchistes agissent en tant qu’apologistes et donnent leur appui, quoique « critique » aux bandes islamistes criminelles, aux forces nationalistes et ethniques et aux seigneurs tribaux réactionnaires en Irak ; le tout sous la bannière de l’anti-impérialisme, du combat contre le colonialisme, et pour la fin de l’occupation en Irak. Ils refusent non seulement de prendre une position de soutien à la liberté et à l’égalité, mais pire, ils attaquent honteusement ceux qui condamnent la barbarie islamique et d’autres forces réactionnaires comme étant des « racistes » ou des « sectaires », tout comme les forces de droite pro-israéliennes qui traitent ceux qui condamnent la brutalité israélienne comme contre les Palestiniens d’« antisémites ».

Le nationalisme bourgeois est une cause perdue. Certains pays ont fait tomber le colonialisme et mis en places des gouvernements nationalistes. D’autres ont renversé les régimes fantoches à la main des USA et des forces occidentales par la révolution ou des coups d’Etat militaires et établi des « gouvernements indépendants », ou encore, ont nationalisé les ressources du pays, les industries, les banques, etc. Cependant, la vie des populations des pays qui ont leur « gouvernement national et indépendant » n’est pas devenue meilleure, et dans certains cas, elle s’est même empirée. De nouveaux régimes brutaux et répressifs ont remplacé les forces coloniales, et se sont rapidement connectés avec les USA et les puissances occidentales. L’élite bourgeoise gouvernant ces pays, en dépit de leurs complaintes contre le « système économique international injuste », continue de bénéficier de ce même système, prospère largement et remplit ses poches aux frais de sa propre population. En même temps, l’ascension de ces nouveaux régimes n’a pas entravé la capacité des USA et des grandes puissances à rendre la vie des populations du monde de plus en plus misérable. Elle ne les a pas empêché de dicter leur volonté à la population mondiale. Elle ne les a pas empêché d’entraîner le monde vers plus de barbarie et de destruction. Le monde est devenu plus dangereux qu’il ne l’a jamais été auparavant. En opposition à la critique bourgeoise de l’impérialisme, le communisme ouvrier suit les enseignements de Marx, qui nous propose une alternative. Il a combattu sans relâche contre le gouvernement US et sa politique génocidaire contre le peuple irakien. En même temps, il a montré l’alliance des forces d’opposition réactionnaires alliées avec les Etats-Unis, et combattu contre le régime Baasiste de Saddam Hussein. La critique de l’impérialisme, de la guerre et de l’occupation formulée par le communisme ouvrier n’est pas la critique plaintive de la bourgeoisie du « tiers-monde », mais la section la plus avancée de la classe ouvrière. Le communisme ouvrier affronte la guerre et l’occupation, non sur le terrain du nationalisme, du patriotisme, ou de la souveraineté nationale, mais sur celui de la lutte des classes. Cette opposition à la guerre et à l’occupation est une opposition contre la bourgeoisie. C’est un combat, non pas pour un gouvernement national et indépendant, mais pour établir une société socialiste. C’est le refus d’accepter l’argument absurde selon lequel, aujourd’hui, nous avons à nous rassembler contre l’impérialisme et mettre les USA hors d’Irak. et qu’ensuite nous pourrions décider de ce qui arriverait après. Le communisme ouvrier condamne fortement cet argument, car c’est un argument réactionnaire de la bourgeoisie pour supprimer la lutte pour la liberté, l’égalité et le socialisme. L’appel à unifier les rangs des masses contre l’occupation US en Irak au nom de l’indépendance nationale est équivalent à l’appel de Bush à s’unir contre le terrorisme afin de protéger la sécurité nationale des USA. Pour le communisme ouvrier, la lutte pour le socialisme n’est pas une question pour le futur, c’est une lutte qui a besoin d’être menée maintenant. Le socialisme ne viendra pas tout seul, il ne peut triompher que si nous nous organisons et si combattons pour l’établir.

En opposition à la guerre et à l’occupation, le communisme ouvrier se concentre sur l’organisation de la classe ouvrière. Il combat pour leurs droits inconditionnels à protester et à organiser leurs propres conseils, comités et syndicats. Il organise les travailleurs à se battre pour leurs moyens d’existence et à améliorer leur sort. Il construit un fort et puissant syndicat des chômeurs afin de devenir l’épine de l’administration civile US en Irak. Il construit des conseils de quartier pour maintenir la sécurité des masses et construire un pouvoir politique. Il considère la cause des femmes et leur libération comme une mesure en faveur de la libération de l’humanité. Il s’est courageusement battu contre la brutalité et la barbarie islamiste. Il refuse le nationalisme, sentiment méprisable qui nie l’humanité. Le nationalisme bourgeois s’élève contre la liberté et l’égalité. Le nationalisme engendre la haine, la bigoterie, le racisme, l’ethnisme, l’épuration de guerre et la destruction. Le communisme ouvrier incarne l’humanité civilisée, le progrès, la libération, la laïcité, l’égalité, le socialisme, et l’émancipation humaine.

Pour construire un mouvement puissant de la classe ouvrière et construire un pôle communiste ouvrier aux USA, le nationalisme de gauche doit être critiqué et nous devons l’affronter. Cette tendance dominante de la gauche nationaliste s’est rapprochée des forces réactionnaires et nationalistes opposées aux USA. Elle n’a pas été capable de produire une alternative viable pour les masses de gens, qui courageusement et en nombre sans précédent, sont descendus dans les rues contre l’occupation en Irak et contre les crimes contre l’humanité. Mettre les USA hors d’Irak, par nous-même, n’est pas une solution en soi, compte tenu des souffrances quotidiennes de la population irakienne. Notre lutte contre l’occupation et la guerre des USA en Irak doit être une lutte pour la défense de la liberté, de l’égalité et d’un monde meilleur pour la population en Irak. Elle doit être une lutte pour la solidarité avec le véritable mouvement de libération des masses opprimées de la population irakienne. Ce mouvement est fortement inscrit dans la scène irakienne, et le Parti Communiste Ouvrier d’Irak le représente. Ce parti, cette lutte pour construire un monde meilleur, mérite notre soutien et notre solidarité.

Voir aussi:

Les nationalistes de gauche (Socialisme Mondial, 1980)

19 janvier 2009

Contributions à la critique de l’idéologie nationale/1 de Alain Le Guyader. 1978. 10/18.

Un livre portant un pareil titre ne manquera pas d’attirer notre attention, nous les critiques acharnés de toute idéologie nationaliste quelle qu’elle soit. Alain Le Guyader est malheureusement affligé d’une tare fréquente chez les intellectuels français: une incapacité foncière, lorsqu’il écrit, à exprimer ses pensées d’une manière claire et simple (son introduction est pratiquement incompréhensible). Toutefois, deux des articles de ce livre (l’ensemble ayant paru pour la première fois dans La Taupe Bretonne au début des années 70) valent la peine qu’on s’y arrête sérieusement.

Le premier (« Le mouvement national breton ») concerne les idées et la façon de penser de l’Union démocratique bretonne (l’UDB). Le Guyader montre que ses membres sont emparés de termes socialistes en vue de s’assurer une certaine audience. Après analyse, on s’aperçoit qu’ils partagent les mêmes points de vue irrationnels que tous les nationalistes, qui pensent qu’il existe une Nation (dans ce cas précis, une nation bretonne) possédant des intérêts et un territoire communs et à laquelle eux-mêmes avec d’autres appartiennent, présomption devant être considérée comme un article de foi puisqu’on ne trouve pas la moindre preuve scientifique capable d’appuyer une telle affirmation. Elle est plutôt basée sur la présupposition absurde qui veut, qu’avant que certains « nations » n’aient entrepris d’oppresser les autres, le monde était composé de « nations » pures, chacune vivant paisiblement sur son territoire « national ».

Dans le second article (« La ‘révolution nationale‘ des minorités ») Le Guyader traite du concept établissant que les travailleurs de Bretagne (de Corse ou du Midi, etc.) sont doublement exploités, d’abord en tant que salariés, ensuite comme membres d’une minorité nationale opprimée ou colonisée. Il est difficile de savoir ce qu’il faut entendre par là. Pour ce qui est de leur place dans le processus de la production, le travailleur de Rennes ou d’Ajaccio se trouve dans une position ne différant nullement de celle du travailleur de Paris ou de Nancy. Le seul argument avancé en faveur d’une exploitation nationale au second degré présumée, est que le travailleur breton (ou corse, etc.) est membre d’une « nation » qui a été spoliée de son « droit » de constituer un État national sur son propre territoire « national ». Mais c’est tenir pour acquis des faits qui restent à prouver, à savoir, qu’il existe des nations et que certaines d’entre elles sont opprimées! Nous constatons une fois de plus que nous avons affaire à des nationalistes accommodant leurs arguments irrationnels à la sauce socialiste. En fin de compte, comme le signale Le Guyader, par « capitalisme », ils n’entendent pas un système de société et un mode de production particuliers, mais l’État (dans leurs cas, l’État français) qui les prive de leurs « droits » en tant que nation.

Sur un plan plus général, Le Guyader remarque que toute idéologie nationale cherche à fonder un État, et que, tout État étant un instrument de domination de classe, nous sommes amenés à constater d’une manière flagrante que tout mouvement national d’une minorité n’est que l’expression des intérêts d’une classe dirigeante en puissance. La même chose s’applique, bien entendu, aux États-Nations déjà établis et à leur idéologie de la Nation, avec pour seule différence qu’ils expriment les intérêts d’une classe dirigeante déjà fermement installés. D’où la conclusion de La Guyader, à laquelle nous souscrivons:

« Au mot d’ordre: A bas le salariat! doit faire écho son frère jumeau: A bas la nation! Car si  libération nationale il doit y avoir, ce ne peut être qu’au sens où nous devons nous libérer de la forme nationale. »

Les arguments développés par Le Guyader, en dépit de leur forme parfois obscure, sont en fait extrêmement valables et méritent d’être plus largement connus. Ils arrachent, une fois pour toutes, leurs masques socialistes à l’UDB, le FLNC et le FLB (ainsi que l’ETA, l’IRA et le FLQ, etc.) et les révèlent tels qu’ils sont: des partisans (qui deviennent parfois des meurtriers) de la création de nouveaux États capitalistes et oppressifs, et donc les ennemis du socialisme (qui vise à mettre fin à l’existence de tout État), en ceci nullement différents des idéologies nationalistes qui défendent les États capitalistes déjà existants.

(Socialisme Mondial 13, printemps 1980)

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Le conflit à Gaza

29 décembre 2008

Traduction par S. J. d’un article paru sur le blog du SPGB le 29-12-2008

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Il faut souhaiter un cessez-le-feu immédiat. Les victimes d’un conflit sont toujours les travailleurs qui seront blessés ou tués, qui vivront dans la peur et verront se développer la haine.

La véritable solution à ce carnage dans la bande de Gaza et plus largement dans la région est que les travailleurs palestiniens et israéliens comprennent leur position de classe et reconnaissent qu’ils ont plus en commun qu’avec leurs classes dirigeantes, que ce soit le gouvernement israélien ou le Hamas. Un ou deux États, là n’est pas la solution. Le sionisme et les autres nationalismes (aggravés par les superstitions religieuses) ne font que diviser la classe ouvrière.

« Les travailleurs n’ont pas de patrie, ils ont un monde à gagner » est une maxime aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était en 1848. Mais une telle position internationaliste n’émergera que lorsque les travailleurs adopteront cette position socialiste.

Within the tormented area of the struggle Arab and Jewish workers have already given evidence of where the chains rub them by the strikes that have taken place against Jewish, Arab and alien masters. These Jewish and Arab workers form the vast mass of the population of the territories involved; they are the poverty-stricken exploitable material without which neither the Jewish nor Arab capitalists and landowners, nor outside capitalists, would be able to reap their harvest of profit from those rich areas.

Industrially and commercially Jewish capitalists have been the progressive force. They have brought highly developed Western methods to a backward area, and in places have made the desert bloom. But with Western methods they have brought Western forms of wage-slavery and expanded under cover of nationalist ideals. For the Arab and Jewish worker neither Arab nor Jewish national independence will remove the mark of subservience from their brows. Their only hope of a life of comfort and security lies in joining with their brethren of other countries in a world socialist movement to overthrow capitalist domination in all its forms and establish Socialism in its place. Only a world Socialist system can remove from society the machinations of the oil and other capitalist interests that periodically turn the world into turmoil and bring greater misery to the millions of the workers.

(extrait d’un article « la Palestine et ses problèmes », Socialist Standard, juin 1948.)

Le SPGB a publié en 1947 une brochure: The Racial Problem: A Socialist Analysis. (pdf) qui comporte trois chapitres sur l’antisémitisme et le sionisme.