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Les tâches de l’opposition allemande (Liebknecht, 1916)

7 août 2012

Intervention de Karl Liebknecht à la Conférence nationale du groupe Spartacus le 19 mars 1916 d’après les notes d’un des participants à la conférence.

L’Internationale s’est effondrée. Pourquoi ? Parce que se sont effondrées ses diverses sections. La section allemande en premier lieu. Ce qui s’est effondré, c’est la position de principe de la social-démocratie allemande. Les chefs ont trahi les principes. Mais la masse non plus n’a pas fait son devoir. Toute notre belle organisation a transformé les masses en un troupeau désemparé, qui ne sait que faire sans bélier qui les mène. Toutes les fautes sont apparues clairement dans cet effondrement du parti allemand : véritable résumé des péchés commis par le parti dans le passé […]

De là résultent les conclusions que nous devons tirer. Nous devons d’abord nous persuader que la capacité d’action d’un parti ne dépend nullement du nombre de ses partisans, mais qu’elle est en rapport avec le degré d’accord de ses membres sur les principes, la tactique et en rapport direct avec l’énergie, la volonté opiniâtre qui a été inculquée aux masses elles-mêmes. De là découlent nos tâches pour l’avenir. La faiblesse de notre parti réside dans le fait qu’on a voulu toujours accorder tous les violons. L’essentiel, c’était l’unité, disait-on, et en fait, c’était là que résidait le mal, le cancer. Cette unité n’était que la marque de notre faiblesse, elle n’était nullement un motif de gloire. Il faut en tirer cette conclusion : la tâche qu’il nous faut mettre au premier plan, c’est éclairer crûment les oppositions. Il ne faut pas que le sentiment de l’autorité contraigne à suivre un tel ou un tel ; chacun doit penser, réfléchir, agir par lui-même, par libre décision […]

La clarté des principes ne suffit pas. Il nous faut savoir clairement aussi comment nous allons, dans le détail, appliquer ces principes et il n’avère alors que nous avons à répondre, s’agissant de l’Allemagne, aux mêmes questions que lorsqu’il s’agissait de Zimmerwald. Vous vous êtes déjà prononcés là-dessus. Question numéro 1, la défense nationale. Quelle est la situation en Allemagne ? L’Allemagne n’est qu’une fraction de l’Internationale. Donc doivent valoir en Allemagne, nécessairement, les principes qui valent pour Zimmerwald. Première et immédiate conséquence : nous ne pouvons collaborer avec des gens qui se placent le terrain de la défense nationale […] D’où la nécessité d’une coupure nette […]

Le Congrès de Stuttgart (août 1907) nous a fait un devoir, si la guerre malgré tout éclatait, d’utiliser la situation créée pendant la guerre pour convaincre le prolétariat de lutter pour la paix et d’ébranler la société bourgeoise. Ce n’est pas dans une chambre noire qu’on peut lutter contre la guerre. Cette lutte, il faut la mener à toute occasion. Nous n’en avons pas tellement d’ailleurs. Il nous faut tenir des réunions secrètes, etc. Au Parlement, il s’agit, en premier lieu, d’utiliser les occasions qui se présentent. Quand on lira plus tard l’histoire des groupes parlementaires, on aura honte de voir combien peu de députés se sont comportés en représentants des masses.

Les petites questions (au Reichstag) ? Qui m’a gêné ? Ledebour. On ne veut pas de conflit avec la majorité du groupe. Fustiger des types comme Noske et Heine, l’opposition vous en empêche. L’affaire du 21.12 et de la déclaration. Cette action aurait pu donner quelque chose, si elle avait été suivie d’une lutte énergique. Il est bien évident que ces demi-mesures, cette faiblesse sur le plan des principes rend difficile notre tactique vis-à-vis de cette opposition. Nous n’avons pas le droit de collaborer avec ces gens-là : ils nous écraseraient. Dans l’intérêt d’un développement sain du parti, il nous faut suivre notre chemin, tout droit, même avec de risque, provisoirement, d’être mis sous le boisseau.

Quelle doit être notre tactique d’ensemble ? La guerre est l’expression la plus aiguë de la domination d’une classe et de l’impérialisme […] D’où notre tactique, sans équivoque, et parfaitement claire, la lutte la plus acharnée. Mais ce n’est pas seulement aux camarades, c’est aux indifférents qu’il faut nous adresser. Sous quelle forme agir ? Actions de masse […] Notre tâche particulière, c’est de secouer les masses. Le plus important n’est pas de déboulonner Scheidemann ou quelques autres. Il s’agit de quelque chose de tout différent. Notre mot d’ordre, c’est de clarifier l’esprit des masses sur la base de nos principes, de les conduire à l’action, de soutenir les actions existantes et, de la sorte, faire de l’époque actuelle, une époque révolutionnaire, transformer une contre-révolution en une action révolutionnaire.

René Lefeuvre (1902-1988)

7 avril 2012

Paru dans la Revue des revues N° 6 (automne 1988).

Après la mort de Daniel Guérin en avril dernier, celle de René Lefeuvre survenue à Paris dans la nuit du 2 au 3 juillet 1988 touche une seconde fois cette génération de militants qui ont profondément influencé la diffusion des idées révolutionnaires depuis les années 30.

Si le premier s’était fait connaître très jeune comme écrivain talentueux dès 1935, c’est dans l’ombre que René  Lefeuvre a tracé son chemin. Petit, timide et modeste, il a, pendant plus de cinquante ans, tenu à bout de bras, au propre comme au figuré, une maison d’édition dont le catalogue présente environ 150 titres. Activité d’autant plus remarquable qu’elle a été menée le plus souvent grâce à ses revenus de correcteur d’imprimerie.

Rien ne prédisposait ce jeune maçon breton à tenir ce rôle d’éditeur, d’autant que son engagement dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire se fera, somme toute, tardivement, vers sa trentième année.

Né à Livray-sur-Changeon, en llle-et- Vilaine, le 20 août 1902 dans une famille modeste mais relativement aisée (son père est un petit patron maçon), le jeune Joseph (ainsi le veut l’état-civil car il ne prendra le prénom de René qu’en souvenir de son frère aîné de deux ans, mort en 1910) grandit dans une atmosphère croyante et républicaine. Après l’obtention du certificat d’études, en pleine guerre, il est envoyé dans une école paroissiale. En 1917, il la quitte à sa demande pour entrer comme employé de bureau dans une agence locale du Crédit lyonnais. En 1918, son père de retour du front le contraint au nom de la tradition familiale, à devenir maçon. En 1922, le service militaire lui offre la possibilité de quitter la truelle. Et c’est avec soulagement qu’il gagne ses casernements au Mont-Valérien, puis à Rueil, à quelques kilomètres de Paris, où il a décidé de rester après sa libération. Pendant ses permissions, il fait connaissance d’un autre monde : cafés, cinémas, théâtres et librairies. Impressionné par l’exemple de la Révolution russe, il se met à lire l’Humanité, l’organe du jeune parti communiste, mais aussi le Bulletin communiste de Boris Souvarine : toutefois, il ne s’engage pas et en reste au stade de sympathisant. A la recherche de sociabilités intellectuelles, René Lefeuvre est introduit par un parent dans une loge maçonnique parisienne dépendant du Grand orient. Professionnellement, il se lance à partir de 1925 dans une activité d’entrepreneur en bâtiment, décroche quelques commandes, mais est rapidement contraint à la faillite (1928).

Solitaire et déprimé, René Lefeuvre obtient grâce à ses relations maçonniques une place de commis dans une entreprise de vente en gros de matériaux de construction. Pendant ses heures de loisir, il fréquente un milieu d’artistes aux idées avancées, grâce auquel il entre dans l’orbite du journal littéraire de gauche fondé et dirigé par Henri Barbusse : Monde. C’est en 1932 que, sollicité par une amie, il est pressenti pour entrer au bureau de l’association constituée autour du journal : « Les Amis du Monde » ; élu, il en devient vite le secrétaire. C’est avec fougue et ténacité qu’il se lance dans sa nouvelle activité qui correspond plus à ses ambitions, celle d’éducateur. Il propose et organise la création de groupes d’études; au groupe d’économie politique étudiant Le Capital et animé par Lucien Laurat, il ajoute ceux consacrés à l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste (animé par A. Rossi, alias Angelo Tasca, militant antifasciste italien), à l’architecture, aux mathématiques, à l’espéranto et au théâtre. C’est de l’activité de ces groupes d’études que naît la revue Masses (Bulletin mensuel d’information des groupes d’études. Sociologie, Economie, Politique, Littérature, Architecture, Arts), qui se donne pour but de rendre compte des recherches menées par de « jeunes travailleurs intellectuels et manuels » et de fonder une « revue de culture révolutionnaire ».

Regroupant des militants indépendants socialistes et communistes, la revue affirme d’emblée :

« Nous défendrons contre les calomnies bourgeoises l’effort fait par l’URSS pour édifier une société sans classes, en opposant la vérité au mensonge. Et ce grand exemple nous incite à préparer, nous la mesure où nous pourrons le faire, l’avènement d’une « civilisation socialiste », c’est à dire parfaitement humaine.» (n° 1, P- 3).

De périodicité mensuelle, avec une pagination de 16 pages et vendue au prix de 1 F, la revue, sous la gérance de Lefeuvre, fait appel à de jeunes chercheurs qui compteront plus tard : Michel Leiris pour l’ethnographie, mais aussi Jacques Soustelle, Georges Bataille et à des militants déjà reconnus comme Alfred Rosmer.

Indépendante des partis politiques, la revue connut rapidement une crise au moment de l’Affaire Victor Serge (juillet-août 1933) qui provoqua le départ des rédacteurs proches du PCF. C’est évidement l’Allemagne qui occupait les esprits à cette époque, et la revue offrit sur ce point nombre de prises de position qui permettent de saisir les raisons qui ont conduit le mouvement ouvrier à une défaite totale. Antifasciste militante, la revue se déclare dès mars 1934 pour l’unité des forces ouvrières et socialistes.

En même temps, Masses commence à sortir Rosa Luxembourg du purgatoire ou elle a été reléguée depuis 1924 en publiant de nombreuses lettres et articles. En août 1934, Lefeuvre décide même de publier un numéro spécial consacré à la Révolution allemande et au parti spartakiste, proclamant ainsi sa foi en un socialisme révolutionnaire et démocratique.

A la même époque, Lefeuvre a adhéré à la S.F.I.O., sur le coup des journées de février et rejoint ses éléments les plus radicaux de la fédération de la Seine. On le retrouve au congrès de fondation de la « Gauche révolutionnaire » en octobre 1935, la tendance organisée par Marceau Pivert, auquel il apporte le soutien du réseau de Masses. Seul membre du comité directeur d’origine ouvrière, Lefeuvre est chargé de la rédaction en chef de la revue Gauche révolutionnaire pour laquelle il se charge également de la rubrique syndicale. A ce titre, il sera le premier à rendre compte dans la presse ouvrière française de la nouveauté que constituent les débrayages sur le tas lors du mouvement de grève du printemps 1936.

Pendant ce temps, après avoir arrêté Masses, il lance une collection de petites brochures qu’il baptise Cahiers Spartacus donnant ainsi le coup d’envoi à une expérience qu’il dirigera jusqu’à sa mort:  le choix de son premier titre, Sept fusillés à Moscou, par Victor Serge, révèle un aspect essentiel de ses idées politiques: un antistalinisme militant il ne se départira jamais.

Ayant suivi Marceau Pivert dans l’expérience du P.S.O.P. (Parti socialiste ouvrier et paysan), il dirige l’organe de presse du parti : La gauche révolutionnaire en collaboration étroite avec Lucien Weitz. Mais, à partir de 1938, l’expérience du Front populaire touchant à sa fin, Lefeuvre ressent la nécessité de relancer Masses. Devenu depuis quelques années correcteur d’imprimerie, il multiplie les « services » pendant les trois mois d’été pour financer et pour libérer le temps nécessaire à la confection de la revue. Masses reparaît à partir de janvier 1939, mais, du fait de la déclaration de guerre de septembre, cette deuxième série ne comptera que trois numéros. Le quatrième, totalement composé, ne sortira pas. Mobilisé, Lefeuvre est fait prisonnier en juin 1940 et transféré en Allemagne du Nord -près de Hambourg pour quatre années de détention. A son retour de captivité en 1945, il est contacté par un des responsable du Populaire, Maurice Siegel, qui lui propose une place de secrétaire de rédaction dans cet organe de la SFIO. De plus, poussé par ses anciens camarades, il entreprend de publier une troisième série de la revue, intitulée cette fois-ci Masses-Socialisme et liberté (32 pages, mensuel; en fait plutôt trimestriel) sous l’égide d’un mouvement international organisé par Marceau Pivert: « Socialisme et liberté ». A côté de Lefeuvre, le comité directeur comprend Marceau Pivert, André Patri, Simon Rubak, Louis Vaillant et le Dr Robin, et se donne pour tâche de faire revivre une tendance révolutionnaire et internationaliste à l’intérieur du mouvement socialiste.

Simultanément, il relance l’édition des Cahiers mensuels Spartacus reprenant des textes classiques du socialisme signés Jean Jaurès, Jules Guesde ou Rosa Luxembourg, mais aussi des textes de circonstance, comme La politique communiste. Lignes et tournants qu’il écrit lui-même en collaboration avec le secrétaire de Guy Mollet, J. Arrès-Lapoque, et dans lequel il dénonce avec vigueur la politique sans principes des Partis communistes.

L’expérience de la troisième série s’achèvera au n° 14 d’avril-mai 1948 (la participation de Marceau Pivert s’étant, elle, arrêtée dès le n° 7 de juin-juillet 1947) avec un numéro spécial consacré au Plan Marshall, Molotov et l’avenir de l’Europe.

Pendant les années de la guerre froide, l’influence des idées de la revue se réduit et elle ne se vend plus: Lefeuvre en abandonne la publication. Employé aux Éditions de la liberté, la maison d’édition de la S.FI.O., il poursuit toutefois ses activités antistaliniennes en publiant Information et riposte, un bimensuel d’informations critiques sur le monde stalinien qui aura 40 numéros du 15 janvier 1951 au 15 avril 1953. Aidé de Lucien Laurat et de nombreux autres collaborateurs, il y tracera un tableau acide du monde soviétique.

Auparavant, René Lefeuvre avait aussi été contraint à arrêter la publication de ses Cahiers Spartacus, à la suite de l’échec du livre de Sylvain Wisner, L’Algérie dans l’impasse, dans lequel l’auteur prédisait dès 1948 ce qui adviendra en 1954. Déçu par ces échecs consécutifs, il décide alors de cultiver son jardin… en construisant de ses mains sa maison.

Pendant plus de dix ans, il s’installe dans un silence contraint. A partir de 1965, il ressent le désir d’une nouvelle mobilisation quand une librairie parisienne, La Vieille Taupe, se mit à diffuser de plus en plus largement le vieux fond Spartacus En 1968, à la retraite, il reprend son activité en publiant le Paysan russe pendant la Révolution d’Ida Mett. Le mouvement de Mai passé, de nombreux jeunes et de moins jeunes militants prennent le chemin de son domicile, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie : Alain Guillerm, Simon Rubak, Claude Orsoni, Maximilien Rubel, Claude Berger, etc. L’idée de prendre la publication d’une revue renaît, mais il faudra toutefois attendre la crise du gauchisme à partir de 1973 pour que le projet longtemps en gestation se concrétise en novembre-décembre 1975. En compagnie d’Alain Guillerm, Guy Sabatier, Maurice Jacquier, Simon Rubak, Serge Bricianer, Charles Reeve, Spartacus, socialisme et démocratie, devient l’organe le plus sérieux de tout un courant marxiste et libertaire, de tendance « conseilliste » qui analysera le présent des luttes sociales, nationales et internationales et qui présentera les expériences passées du mouvement révolutionnaire. La revue s’arrêtera en 1979, après 15 numéros, la pagination ayant été réduite progressivement de 32 à 16 pages, signe d’un essoufflement tant militant que financier. Cette quatrième mouture de Masses sera la dernière tentative assurée par René Lefeuvre. A partir de ce moment, aidé par un collectif « Les amis de Spartacus », il continue à honorer son projet : éduquer et donner aux militants les éléments qui, selon ses propres termes, « serviront à forger leur conscience de classe», en poursuivant jusqu’à sa mort la production d’une série de textes anciens ou originaux sous le label « Cahiers Spartacus » et ce, dans de grandes difficultés matérielles. C’est ainsi que, grâce à une ténacité peu commune, René Lefeuvre a maintenu un espace politique pendant presque un demi-siècle, et exercé une influence non négligeable sur plusieurs générations de militants.

Serge Cosseron

Un éditeur pour le socialisme libertaire

6 décembre 2009

Un texte de Jean Michel Kay sur les éditions Spartacus paru dans la revue Divergences:

L’histoire d’un courant politique ne peut jamais se limiter à celle de ses organisations, ou à l’étude de sa doctrine, à moins qu’elles n’aient jamais eu la moindre influence en dehors de lui-même. Mais il est difficile d’identifier un tel courant, s’il ne s’est doté d’aucune organisation permanente et n’a produit aucune doctrine structurée. C’est pourtant l’existence d’un tel courant que nous vous soumettons comme objet de recherche, en prenant pour fil conducteur l’activité d’un éditeur militant à partir des années 1930.

René Lefeuvre

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Capitalisme et lutte de classes en Pologne (1970-1971)

1 avril 2009

Livre édité en 1975 par Spartacus, toujours disponible en ligne pour 10 euros port compris.

En 1956, la Pologne avait déjà connu d’importantes grèves à Poznan, durement réprimées, mais dont le pouvoir avait tiré suffisamment de leçons pour mettre en place quelques réformes. Les difficultés économiques et la répression des mouvements revendicatifs elle-même provoquent à partir de 1963 une nouvelle série de grèves. L’hiver 1969–1970 voit l’intensification de celles-ci ; les efforts du Parti pour les enrayer ne font qu’approfondir la confrontation, et on assiste à la fin de 1970 à une véritable insurrection ouvrière, réprimée militairement, dans de nombreux centres industriels de la Pologne.

Ce livre a été élaboré collectivement par les camarades participant à Informations et correspondance ouvrières. On y trouve non seulement un compte rendu de l’insurrection, des formes d’organisation que se donnent les ouvriers, mais aussi une analyse de l’affrontement plus large entre la classe dominante et la classe ouvrière dans le contexte spécifique de la société polonaise. Une postface aborde les problèmes spécifiques d’analyse de ce que les auteurs nomment la branche orientale du capitalisme à l’aide des outils d’analyse du capitalisme occidental.

Textes d’I.C.O.:

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Les éditions Spartacus invitées de Radio libertaire

18 février 2009

Les éditions Spartacus sont invitées à l’émission Chroniques rebelles de Radio libertaire le samedi 21 février à 13h30.

Si vous ne captez pas Radio libertaire sur 89.4 Mhz, téléchargez le petit logiciel gratuit Radio solo pour l’écouter sur internet.

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René Lefeuvre et le groupe Spartacus (1934-1935)

17 décembre 2008

Extrait du livret qui accompagne le DVD René Lefeuvre – pour le socialisme et la liberté de Julien Chuzeville (Spartacus, 2008).

(…) René Lefeuvre rejoint le Parti Socialiste SFIO en août 1934, et s’y rapproche notamment de Marceau Pivert.

Victime de la crise économique, René Lefeuvre perd son emploi de commis d’entreprise : cette absence de revenus entraîne l’arrêt de Masses, qu’il ne peut plus financer. Le dernier numéro, numéroté 15-16, paraît en août 1934[1]. C’est une brochure consacrée à la révolution allemande de 1918-1919, comprenant des traductions de textes de Rosa Luxemburg (certains inédits en français). Il s’agit donc en fait du premier volume de ce qui sera « Les Cahiers Spartacus » (ancienne appellation des éditions Spartacus). D’ailleurs, les éditions Spartacus republieront ce volume, complété, en 1949 puis en 1977.

Grâce à son expérience de Masses, Lefeuvre a acquis sur le tas le savoir-faire de l’édition, et il devient alors correcteur.

Quelques mois plus tard, René Lefeuvre fait à nouveau paraître une revue, qu’il appelle cette fois Spartacus – en hommage à la Ligue Spartacus de Rosa Luxemburg. Dix numéros paraissent, du 7 décembre 1934 au 15 septembre 1935. La revue est sous-titrée « Pour la culture révolutionnaire et l’action de masse ». Comme dans Masses, les citations de Karl Marx et Rosa Luxemburg parsèment la revue.

Son premier éditorial s’intitule : « Pour la Révolution Socialiste ». Signe concret de l’internationalisme de la revue, Lefeuvre y interviewe Julian Gorkin, marxiste espagnol à l’époque membre du Bloc Ouvrier et Paysan, futur dirigeant du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM). Le deuxième numéro (14 décembre 1934) titre : « De la lutte antifasciste à l’offensive socialiste », ce qui reflète bien la préoccupation de Lefeuvre.

Autour de la revue Spartacus se forme un « Groupe Spartacus », constitué de René Lefeuvre et de militants des Jeunesses Socialistes de la région parisienne (certains étant issus comme lui du Cercle Communiste Démocratique). On y trouve Jean Meier, Daniel Bénédite, Jean Rabaut, André Cerf, Gina Bénichou (qui signe « B. Gina »), Robert Petitgand (alias « Delny »), ou encore Boris Goldenberg (exilé allemand et militant du SAP qui signe « B. Gilbert »). La référence à Rosa Luxemburg est claire, mais sans exclusive ni dogmatisme.

Le groupe, qui s’exprime essentiellement dans la revue et dans les Jeunesses Socialistes (JS), défend une orientation révolutionnaire sans pour autant adhérer aux dogmes léninistes.

Dans le numéro 8 de Spartacus, le groupe estime qu’il faut :

Substituer aux organismes de la démocratie bourgeoise, indirecte et falsifiée par la puissance du capitalisme, l’organisation de la démocratie directe des masses laborieuses. […] Pas d’illusions parlementaires : aucune classe dirigeante n’a cédé sa place de bon gré. Pas d’illusions putschistes : la révolution prolétarienne est l’œuvre des masses prolétarienne et non un coup de main d’une minorité.[2]

Dans un tract de 4 pages intitulé « Lettre ouverte aux camarades de Spartacus ! », daté du 23 août 1935, Fred Zeller (membre d’une autre tendance des JS, qui venait d’être exclu par la direction nationale) s’oppose au groupe Spartacus.

Les trotskystes s’opposent plus encore à ces révolutionnaires qui se situent, comme eux, à gauche des JS, mais sans se ranger derrière la « bannière » du bolchevisme. Face à leurs critiques, le groupe Spartacus répond dans le numéro 8 de la revue :

Nos désaccords sur les méthodes d’organisation et nos désaccords sur les questions de politique générale sont intimement liés. […] Nous répudions la conception militariste et dictatoriale de l’organisation centralisée par en haut et nous luttons pour des formes d’organisation qui permettent le plein épanouissement de la spontanéité révolutionnaire de la classe ouvrière. […] Nous identifions, avec Marx, la dictature du prolétariat à la démocratie directe […] Nous estimons néfaste à la classe ouvrière l’idéologie du chef infaillible, qui d’une manière autoritaire dirige la politique d’une fraction ou d’un parti[3].

Dans le numéro 9, le constat global qui est fait sur les organisations de masse (PC-SFIC et PS-SFIO) est sans illusion :

La JC et le PC ne sont plus des organisations révolutionnaires. Nous pensons que le pôle révolutionnaire réside maintenant dans les éléments de gauche du Parti socialiste.[4]

Cette analyse – qui sera confirmée par l’attitude des uns et des autres au cours de la grève générale de juin 1936 – a comme conséquence que René Lefeuvre et le groupe Spartacus contribuent à créer en septembre/octobre 1935 la tendance « Gauche Révolutionnaire » (GR) de la SFIO, dont le porte-parole sera Marceau Pivert. Le groupe Spartacus s’intègre pleinement à la GR, et cesse donc d’exister en même temps que la revue.

Notes

[1] Ce numéro double, réalisé par André et Dori Prudhommeaux, paraît après le n° 19.

[2] « Dans les Jeunesses Socialistes : Principes et tâches pratiques », Spartacus, avril-mai 1935, p. 12.

[3] « Les Bolcheviks-Léninistes et nous », Spartacus, avril-mai 1935, p. 15.

[4] André Cerf, « Du défaitisme révolutionnaire au communisme tricolore », Spartacus, juin-juillet 1935, p. 15.

René Lefeuvre

René Lefeuvre

Catalogue Spartacus en ligne

23 avril 2008

Le catalogue de tous les livres disponibles aux éditions Spartacus est maintenant en ligne, avec une présentation de chaque livre :

http://atheles.org/spartacus/livres/index.html

Des livres parus entre 1947 et 2007, couvrant un large champ de l’extrême
gauche critique, non-léniniste.

Les commandes peuvent s’y faire en ligne.

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