Posts Tagged ‘SPGB’

Un « communiste » sur le Parti socialiste de Grande-Bretagne

26 janvier 2011

Documentation mise en ligne sur le forum du Parti socialiste du Canada:

Voici ce que Claude Journès, un membre du Parti communiste français, a écrit en 1977 dans son livre L’extrême gauche en Grande-Bretagne:

LE PARTI SOCIALISTE DE GRANDE-BRETAGNE (Socialist Party of Great Britain) (S.P.G.B.)

Le S.P.G.B. est issu de la Social Democratic Federation. Une minorité opposée à toute alliance avec L’Independent Labour Party et à tout programme réformiste, et qualifiée pour cette raison d’« impossibiliste », est exclue de la S.D.F. Le 12 juin 1904, elle forme le Socialist Party of Great-Britain. Celui-ci adopte une déclaration de principes inchangée depuis lors et reprise dans toutes ses publications, en particulier dans le Socialist Standard, lancé en septembre de la même année : « la Societé telle qu’elle est à présent constitué est fondée sur la propriété des moyens d’existence (c’est-à-dire la terre, les usines, les voies de chemins de fer) par la classe capitaliste ou dirigeante, et l’asservissement consécutif de la classe ouvrière, qui seule produit la richesse par son travail ». Il en résulte une lutte des classes qui doit conduire à l’émancipation de la classe ouvrière et de « toute l’humanité sans distinction de race ou de sexe », grâce à la « propriété commune de la société sur les moyens de production et de distribution, et leur contrôle democratique par le peuple tout entier ». C’est à la classe ouvrière elle-même, par l’intermédiaire de son parti, le S.P.G.B. opposé à tous les autres, de réaliser sa libération.

Le S.P.G.B. ressemble étrangement à un legs du passé. C’est une organisation numériquement faible : 200 membres à la veille de la première guerre mondiale, 350 dans les années 30, 1.100 en 1948. Privée de moyens dès l’origine, elle a pris l’habitude de s’exprimer en public, dans la rue. L’avènement de la télévision, le développement de la circulation urbaine dans les années cinquante, ont rendu cette pratique très difficile. Il semble qu’aujourd’hui, le S.P.G.B., organisé localement et sans implantation dans les entreprises, en soit réduit à quelques débats contradictoires et aux tribunes tenues régulièrement au Speakers’ Corner de Hyde Park, ou dans divers quartiers de Londres. Il est bien évident que le niveau de l’argumentation s’en ressent singulièrement, et le Socialist Standard reprend en permanence raisonnements et articles, vieux de cinquante ou soixante-dix ans.

Le S.P.G.B. a certes perçu le phénomène de concentration dans le capitalisme contemporain et l’importance des nationalisations, mais la notion de capitalisme monopoliste d’Etat lui semble étrangère. Il s’oppose, bien sûr, au Labour Party sur le plan doctrinal d’abord, parce qu’il considère le capitalisme comme un système d’exploitation et non comme un ensemble d’éléments bons ou mauvais, rassemblés par hasard. D’une façon générale, le S.P.G.B. est hostile aux réformes et attaché uniquement à la révolution. D’après lui, les socialistes qui veulent réaliser des réformes à l’intérieur du cadre capitaliste, sont pris dans un engrenage qui les conduit à combattre la classe ouvrière. L’U.R.S.S. dès l’origine, et les pays socialistes, sont accusés de capitalisme d’Etat, comme par le groupe International Socialism. On apprend qu’en Russie, les traits du capitalisme demeurent, monopole d’une classe sur les moyens de production, système salarial, vente par les travailleurs de leur force de travail, grandes inégalités de revenus, utilisation de l’Etat pour assujettir les travailleurs. Pour le S.P.G.B., le socialisme est irréalisable dans un pays où la classe ouvriére n’est pas très développée. En Russie, la paysannerie antisocialiste était beaucoup trop importante. L’U.R.S.S. est donc tout simplement une dictature, un capitalisme d’Etat avec parti unique. Staline, loin d’avoir « défait » l’oeuvre de Lénine et de Trotsky a « simplement poursuivi la politique antiouvrière de ces deux dictateurs ». Aujourd’hui, on reproche aux « fascistes rouges », qui dirigent l’U.R.S.S., d’être une classe privilégiée et de ne pas autoriser une pluralité de candidatures aux élections. En fait, le S.P.G.B. rejette la notion de « dictature du Prolétariat » qu’il juge inutile. Elle serait avant tout un produit de l’époque de Marx, dans l’esprit duquel elle aurait eu un sens assez faible, contrairement aux allégations de Lénine. Le S.P.G.B. est foncièrement attaché à une conquête pacifique du pouvoir par la voie parlementaire, une fois que la majorité de la population sera gagnée au socialisme. Il est finalement comme ses partis frères du Canada, des Etats-Unis, de la Jamaïque, de la Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Autriche et d’Irlande, le symbole de l’impuissance politique. II reste lié à des notions qui ont perdu de leur importance, comme la lutte contre la religion. Dépourvu de sens dialectique, il n’accepte comme membres que les gens déjà acquis au socialisme, et refuse de lutter pour les réformes.

C’est une organisation très idéaliste, qui tranche en cela, de même que par l’âge de ses membres, sur les groupes gauchistes. Mais il est aussi anticommuniste.

***

Et voici la réponse publiée dans Socialisme Mondial 12, automne 1979:

L’extrême gauche en Grande-Bretagne, de Claude Journès, Libraire générale de droit et de jurisprudence, Paris.

Ce livre publié en 1977 consacre deux pages à notre parti frère, le Parti Socialiste de Grande-Bretagne (SPGB). Son auteur est membre du PC français et le livre est en grande partie un panégyrique du PC britannique. Pourtant, chose curieuse, il fait un exposé assez exact de l’histoire et des vues du SPGB, basé sur la lecture du Socialist Standard et de nos brochures plutôt que ce que lui auraient dit les membres du PC britannique.

Journès tire des citations de la Déclaration de Principes du SPGB et remarque que ce parti est opposé au Parti travailliste et n’est pas intéressé aux réformes, qu’il considère la Russie comme étant capitaliste d’État et qu’il est « foncièrement attaché à une conquête pacifique du pouvoir par la voie parlementaire, une fois que la majorité de la population sera gagnée au socialisme ».

Il oublie cependant de faire mention de notre opposition à la première guerre mondiale et une ou deux fois il fait le commentaire tendancieux que nous sommes un héritage du passé. Par exemple il écrit « Le parti socialiste de Grande-Bretagne est une survivance désuète du passé qui n’a pas intégré l’apport de Lénine au marxisme », ce qui est un compliment involontaire puisque Lénine n’a apporté absolument rien au marxisme mais au contraire l’a dénaturé en essayant de justifier la dictature du capitalisme d’État que les bolcheviques avaient établie sous sa direction.

De plus, Journès se contredit lorsqu’il dit que le SPGB est réformiste tout comme le Parti travailliste, alors que plus tôt (p. 177) il avait décrit notre position plus ou moins correctement :

« D’une façon générale, le S.P.G.B. est hostile aux réformes et attaché uniquement à la révolution. D’après lui, les socialistes qui veulent réaliser des réformes à l’intérieur du cadre capitaliste, sont pris dans un engrenage qui les conduit à combattre la classe ouvrière. »

En somme, ce livre, qui a pour but d’excuser la dernière ligne du PC, ne vaut pas grand’chose. Mais il n’aura pas été totalement inutile s’il communique à quelques personnes en France les idées du SPGB et de SOCIALISME MONDIAL.

The nature of the Russian ruling class (1969)

20 janvier 2011

Discussion sur la nature de la classe dirigeante en Russie menée dans le Parti socialiste de Grande-Bretagne (SPGB).

« This Conference recognises that the ruling class in state capitalist Russia stands in the same relationship to the means of production as does the ruling class in any other capitalist country (viz. it has a monopoly of those means of production and extracts surplus value from the working class) and is therefore a capitalist class ».

Comrade Crump (Manchester) said the issue here was not whether or not Russia was State capitalist–all members agreed on that–but is the ruling class in Russia a capitalist class. His branch felt that the way the Party tended to speak about the Russian ruling class reflected a weakness in our theory of « state capitalism » and « social class »: it seemed that we were not prepared to face up to calling the ruling class in Russia capitalist. Those who were against this had argued that « capitalist » has come to have a more or less definite meaning in socialist discussion over the years–those who were direct employers or investors in shares or government bonds. But this was not necessarily so. The capitalist class were those who monopolised the means of production and accumulated capital. It was irrelevant that the Russian rulers may have led Spartan lives. They were a capitalist class, even though they were not direct employers, because they monopolised the means of production and accumulated capital.

Comrade Hardy urged the Conference to go slow on the Manchester resolution that seemed to say that in Russia the top political and managerial people were the capitalist class because they were the rulers. Marx held that a capitalist was a person who owned enough money and commodities to have a business employing hired labour. There were various types of capitalist–the small working capitalist, the larger one carrying out purely capitalist functions, shareholders in joint stock companies, State bondholders, directors. All these made up the capitalist class. Manchester’s view was at variance with that put forward by Engels in Socialism Utopian and Scientific on the evolution of State capitalism. Engels held that when the State took over industry the capitalists would be forced out of control in favour of salaried employees. He took this to be the end of capitalism, but he was wrong on this.
Private enterprise and investment in Russia were not unimportant and Russian factory managers were themselves involved in it. Millar estimated in 1963 that about a quarter of all industrial (ie non-agricultural) investment in Russia went through private or non-official channels. Manchester branch had suggested that bondholding in Russia was disappearing. It was true that the old forced loans had gone but they had been replaced by savings bonds. The Russian government had been very successful in building up private savings in this way and paid 3% tax free.
Engels had argued that the capitalist class being thrown out of both joint stock companies and State enterprises in favour of salaried employees meant the beginning of the end of capitalism. But in fact in Britain the capitalists never were entirely replaced and have come back in increasing numbers. One reason for this has been the effect of inflation of workers’ incomes. In order to combat this they have enrolled some as directors for the big salaries, pension funds, golden handshakes etc, and other perks. It was not true that in Britain the typical director was a salaried employee: he was a wealthy capitalist. What was the ambition of salaried people in Britain and Russsia? To become wealthy capitalists in their own right. They had not only the ambition but also the opportunities. This applied to politicians and even Trade Union leaders as well. It is certain that in Russia, in addition to the one quarter of private capitalism, managers and Party officials were using the set-up to make money on the side. Russia was going through g reat changes. The question was in what direction? He would suggest tentatively towards the mixed State/private set-up–as in Britain

Comrade Zucconi said that, as Djilas had pointed out in his The New Class, the Russian ruling class had a different background to that in America or Britain. In 1917 most of the capitalists left Russia so that the Bolsheviks had to develop State capitalism, raising some of the capital through State bonds. It was not correct to say that only those who owned industry or employed labour were capitalists. The bureaucrats in Russia were privileged in that they could use their control of capital to channel surplus value in their own interests. In this there was no difference between them and Paul Getty. In Russia there was a class enjoying the fruits of the labour of the Russian workers. A capitalist was a capitalist whether he got his surplus value from direct ownership or political control.

Comrade Knight said the top managerial strata were a significant part of the capitalist class in Russia. They had a vested interest in exploiting the workers and accumulating capital, not for themselves but also for the State.

Comrade D’Arcy said the resolution was premature. The Party had always avoided saying there was a capitalist class in Russia. We asked not who got the surplus value but where did it come from. It was confusing to say that the bureaucracy were the ruling class because of their nepotism and money-making sidelines. They may be becoming capitalists, but it was wrong to speak as if this had already happened. In Russia the monopoly of the social capital was exercised not by private individuals but by the State. Private enterprise was still illegal in Russia and so could not be carried on properly. The capitalist class had not yet emerged. All we could speak of was an embryonic capitalist class which at some later stage would plunder the State industries. Bureaucracy would break down into private wealthy individuals.

Comrade Baldwin: Engels had pointed out in his Origin of the Family that the State was not only an instrument of class oppression but also that with the development of industry it tended to become the ideal personification of the capitalist class. In Russia in the absence of private capitalists the State had taken over their function. This was why we spoke of State capitalism there.

Comrade Buick said there were private capitalists in Russia but were they the ruling class? They were not and we might need a new name to describe those who exploited the workers through political control. The Party had already accepted that a class could own collectively and a chapter in our pamphlet Russia 1917-1967 explains how this was so in Russia. In Russia the individuals who made up this class got an income not as direct employers or as bondholders but from the bloated salaries, perks, bonuses, etc that went with their jobs.

Comrade Cook: This was the old argument of where you draw the line between « ownership » and control. The bureaucrats were using their control to become owners. When control was legalised it then became ownership. The question was would what was now illegal in Russia become legalised so that the bureaucrats turned their control into ownership. The situation was fluid.

Comrade Young quoted Tony Cliff about Trotsky’s mistake in equating State ownership with socialism which prevented him realising the State capitalist nature of Russia. The « official persons » in Russia were a capitalist class eating up surplus value.

Comrade Lawrence said it was not a question of the size of a person’s income or of whether capital was in private or State form. We should look at the historical background of the capitalist class in Russia. Clearly those who monopolised the means of production and accumulated capital were the Russian capitalist class. It had been argued that development in Russia would make capitalism there more like that in Britain. But there was no reason why it should. Capitalism in Russia had a different historical background. The State had always dominated and control had always been centralised there. Whereas in Britain the rising bourgeoisie had broken the power of the autocratic State. This had never happened in Russia. Thus we would expect the State to play a dominant role in the development of capitalism there.

The resolution was carried 30-3, with 10 abstentions.

Les amis de nos ennemis

27 décembre 2010

Traduction d’un article paru dans le Socialist standard (mensuel du SPGB) de juillet 2002.

Les manifestants de la marche pro-palestinienne du 18 mai sont entrés dans Trafalgar square en rencontrant un socialiste qui se tenait là, seul, en criant: « Bannissons les dieux du ciel et les maîtres de la Terre ». Le même socialiste s’est entendu dire, approximativement, d’aller au diable par des islamistes alors qu’il essayait de défendre le socialisme comme solution pour le Moyen-Orient à Hyde Park, point de rassemblement au début de la marche.

Les diverses sortes de gauchistes (gens de gauche) [*] qui participaient à la marche ont résolument refusé d’affronter la bande d’islamistes, en dépit de l’opposition ouverte de ces derniers. Mettant désespérément en œuvre leur principe selon lequel l’ennemi de mon ennemi est mon allié, les gauchistes ont ravalé leur langue et gardé le silence, et cela face aux idées les plus réactionnaires scandées par les islamistes: les nations sont séparées sur Terre de par la volonté d’Allah, pas question de défendre la cause des  travailleurs car les musulmans travaillent seulement pour Allah.  » Paix, allez en enfer [**] » criaient-ils (beaucoup de choses semblent devoir aller au diable en ce qui les concerne, semble-t-il), et pas le moindre gauchiste qui, ayant été au précédentes marches pour la « paix » contre la guerre en Afghanistan, n’ait élevé le moindre mot contre leur cri belliqueux.

Ce n’est peut-être pas si surprenant car c’était en fait une marche pro-guerre. Le S.W.P. [parti islamogauchiste anglais], par le biais de sa soi-disant Alliance socialiste, défendait le mot d’ordre de « victoire de l’Intifada ». Des gens à la manif scandaient « Pas de paix sans justice », expliquant que la cause palestinienne était juste. Ces deux slogans ne contribuaient guère à une analyse matérialiste de la situation, cela prenait plutôt une ligne moraliste quant aux droits des palestiniens.

Victoire impossible

C’est vrai sur deux aspect: le militaire et les facteurs de classe. Les palestiniens n’ont aucune chance de vaincre militairement Israël. Une guerre moderne est menée par la force économique, et Israël dispose d’un PIB de $110 milliards (en 2000) alors que les territoires palestiniens en ont un de $4.2 milliards (en 2000 aussi). Le premier a ainsi des capacités que n’ont pas les seconds, laissant la majeure partie de la population israélienne en réserve pour les combats, et dispose d’un meilleur système de transports et de communications, ingrédients essentiels d’une guerre moderne (cf. CIA World Fact Book: http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/). Comme il n’y a pas de conditions spécifiques comparables aux jungles du Vietnam ni de levier économique utilisable par les palestiniens, la force du pouvoir est du côté israélien.

L’Intifada ne pourrait donc réussir qu’avec une intervention militaire extérieure. Ce n’est pas surprenant que cela pointe déjà. Il est largement admis que les organisations de guérilla palestiniennes Hamas et Mujahadeen sont financées et contrôlées par la Syrie et l’Iran. On signale moins la dépendance de l’Autorité palestinienne vis-à-vis de l’aide européenne: par exemple, selon le site du consulat britannique à Jérusalem, le Royaume-Uni a donné £1.12 millions pour un « projet de modernisation et unification de la législation » et fourni une aide de £1.13 millions au Conseil législatif palestinien (http://www.britishconsulate.org/dfid/govern.htm). Cela signifie que le Royaume-Uni a financé l’infrastructure administrative de base pour une entité politique palestinienne. C’est un total de plus de $121 millions que l’Autorité palestinienne a reçu (2000, CIA WorldFact Book). En comparaison, l’État d’Israël reçoit $1.1 milliards d’aides des États-Unis.

Le fondement de cette lutte, comme on l’a souvent noté dans ce journal, est la lutte pour le contrôle des ressources pétrolières du Moyen-Orient. Historiquement, les États-Unis ont misé sur la politique “Twin Pillar” [des deux piliers] consistant à utiliser Israël et l’Iran comme leurs clients régionaux pour protéger leurs intérêts. L’Iran étant parti aux nationalistes religieux, Israël est devenu le foyer des intérêts américains maintenus dans la région, et la cible principale de leurs rivaux dans leurs tentatives d’enrayer leur capacité de contrôle de la région.

Ces différents intérêts cherchent à poursuivre leurs antagonismes. Il est intéressant de noter par exemple qu’au premier stade du conflit l’armée israélienne s’est attaquée à l’infrastructure physique de l’Autorité palestinienne, infrastructure financée par le Royaume-Uni et l’Union européenne. Vu cette concurrence d’intérêts, les différentes puissances mondiales qui interviennent dans le conflit Israël/Palestine ne chercheront que des résolutions [du conflit] qui soient compatibles avec leurs intérêts propres et contraires à ceux de leurs ennemis. Il est clair qu’en tant que tel, le slogan « Victoire de l’Intifada » a un contenu nul dans les termes couramment risibles de l’ « anti-impérialisme » de gauche. La seule résolution possible dans le cadre du capitalisme est une résolution impérialiste au profit d’une ou l’autre des puissances « impérialistes » en lutte dans la région.

Quand un autre socialiste a demandé lors de la manif pourquoi on criait « Victoire de l’Intifada », des gauchistes ont répondu que les palestiniens étaient opprimés. Il serait intéressant de leur demander si les travailleurs de Syrie ou d’Iran sont aussi opprimés, et puisqu’ils le sont de fait, pourquoi ces gauchistes soutiennent les politiques étrangères de ces régimes d’oppression (…). Les gauchistes répondraient sans doute qu’ils soutiennent les luttes des travailleurs arabes, mais que les palestiniens sont opprimés en tant que peuple et que leur droit à l’autodétermination doit être défendu. Cela révèle l’approche moraliste-romantique des gauchistes: l’oppression des travailleurs palestiniens est qualitativement plus grave du fait de la dénégation de leurs droits nationaux, c’est-à-dire la dénégation du droit aux capitalistes palestiniens d’exploiter leurs travailleurs et de les escroquer en leur faisant croire qu’ils ont un intérêt commun à défendre un carré de terre.

Qui possède domine

Le nationalisme est la forme politique de la mentalité de propriétaire. Il affirme qu’un groupe de gens n’existe qu’à moins de se définir par la propriété d’une portion du monde – les relations entre les « peuples » sont en fait les relations entre ces portions de Terre plutôt qu’entre les gens – . C’était la forme prédominante de l’idéologie de la classe capitaliste ascendante au XIXème siècle, une façon de considérer le monde du point de vue de propriétés opposées, et c’est maintenant un outil pour arnaquer les travailleurs en leur faisant croire qu’il y a des intérêts communs entre eux et leurs maîtres capitalistes dans le cadre de leurs États.

Cela démontre le deuxième aspect de la situation qui dément les slogans de gauche: son contenu de classe. C’est d’abord un problème de propriété. Si les palestiniens gagnaient, ils seraient encore et toujours opprimés en tant que travailleurs, et la terre appartiendrait à une nouvelle série de propriétaires. Ils seraient toujours victimes de la pauvreté, de lois tyranniques et du chaos de l’existence capitaliste. Ils n’auraient qu’à faire le sacrifice de leurs vies pour « gagner » une telle guerre. Il en irait de même pour la classe travailleuse israélienne. La guerre moderne est par nature opposée aux intérêts de la classe travailleuse, elle implique une perturbation du système de production dont nous dépendons pour survivre qui nécessite un recours à un gouvernement tyrannique de la société en période de guerre totale.

La position de la gauche est donc basée sur des idéaux abstraits et moraux plutôt que sur une analyse matérialiste de la situation, et l’on comprend mieux pourquoi ils peuvent manifester aux côtés des religieux sans s’opposer à eux. Leur manif exprimait la volonté d’une victoire, sans tenir compte des facteurs concrets du monde réel, et exprimait leur adhésion à l’idéal de l’autodétermination nationale. Leur position est essentiellement idéaliste, c’est le désir de voir le monde se conformer à une idée rien qu’en la professant.

La position socialiste contre la religion est simple. Nous pensons que puisque les idées résultent du mouvement historique de la société, et que les prémisses des religions concordent avec des formes spécifiques de religions, la religion est un problème social et non, comme le disent les sectes protestantes, une affaire de conscience individuelle. Nous savons qu’aujourd’hui que la religion participe au processus social d’accès et de maîtrise de la connaissance, qu’elle est le vestige d’une époque révolue dans laquelle l’imagination de l’humanité dépassait ses capacités de compréhension et de contrôle du monde. Le savoir, la connaissance, est inextricablement lié à la façon dont on y accède, dont on pratique la pensée. Dès lors qu’en tant que travailleurs nous vivons dans un monde qui a acquis la capacité de contrôler son environnement, nous devons rejeter des modèles de comportement et d’analyse fondés sur l’impuissance humaine, et les modes de pensée qui vont avec.

C’est pourquoi le camarade présent à la manif pro-palestinienne a été la voix solitaire qui s’est confrontée aux confusionnistes réactionnaires de la religion, argumentant contre des idées qui ne peuvent amener les travailleurs qu’à se fourvoyer en leur cachant le caractère lié à la propriété dans toutes ces questions. Si les travailleurs du monde veulent prendre le contrôle du monde, ils doivent rejeter des slogans tels que « La Palestine aux palestiniens » et affirmer plutôt la nécessité d’une lutte contre le pouvoir d’une minorité qui étaye toutes les guerres, en proclamant « Le monde aux travailleurs! ».

Note:

[*] gauchistes en anglais a un sens moins forcément « extrême gauche » qu’en français, et en tout cas pas les évocations liées à la brochure de Lénine ou à mai 68 que ce mot véhicule. Puisqu’on peut quasiment traduire « leftist » par militant de gauche, nous mettons une parenthèse. [N.d.T.]

[*] Il y a une distinction théologique en anglais entre aller en enfer et aller au diable. [N.d.T.]

Are We Prisoners of Our Genes? (SPGB, 2004)

24 septembre 2010

Une nouvelle brochure en ligne du Parti socialiste de Grande-Bretagne (SPGB):

pdf externe

Introduction

It may seem out of place that a political party should publish a pamphlet on an essentially scientific subject. What significance, it may be asked, have advances in our understanding of how heredity works got to do with a political programme aimed at changing the basis of society?

The answer is that it is not us socialists who have made genes a political issue. It is our opponents with their claim that the genetic make-up of humans would prevent the establishment of a co-operative, peaceful and non-hierarchical society based on the common ownership and democratic control of the means of wealth production.

Scientists had long posited that there had to exist some unit of heritable characteristics, which they called a “gene”, but it was only 50 years ago that Watson and Crick identified what this precisely was and how it was structured. Before that very few had heard of DNA. Even now it is not known exactly how a gene functions though advances are being made in this direction every year.

Opponents of socialism have of course always claimed that “human nature” would be a barrier to a socialist society working, but in the past this was manifestly only an unsubstantiated assertion based on popular prejudice and religious dogma. So the identification of the gene came as a godsend to them. They could now give their prejudice a pseudo-scientific appearance by claiming that scientists were in the process of discovering genes for such behaviour traits as aggression, selfishness and domination that would make socialism impossible.

It is to refute such claims, which not only go well beyond the evidence but completely misunderstand the role of genes in biology, that we are publishing this pamphlet. It does not claim to be an original scientific study. Far from it. Socialists have no qualifications in the field of genetics and we would not want to claim that this pamphlet does any more than give a journalistic summary, informed by socialist understanding, of the current state of knowledge in this particular field of scientific study.

Because scientific knowledge in this field is still advancing it is entirely possible that some of the theories that the pamphlet discusses may subsequently be abandoned and replaced by new theories. That is the way science works. But we are confident that no advances in molecular genetics (the study of how genes work at a chemical level) or in neuroscience (the study of how the brain works) will back up the prejudice that humans are incapable of living in a socialist society.

The Socialist Party, April 2004

Edgar Hardcastle

28 décembre 2009

Note nécrologique parue dans le Socialist standard (mensuel du Parti socialiste de Grande-Bretagne) d’août 1995. Traduit en français par Stéphane Julien.

Edgar Hardcastle – ou Hardy comme on le connaissait dans le Parti – est mort en juin à l’âge de 95 ans.

Hardy a fourni une importante contribution au Parti en particulier au Socialist standard, participant au comité de rédaction pendant plus de trente ans et écrivant des articles depuis le début des années 20. Il a été également membre du comité exécutif pendant des décennies, un conférencier et un représentant du Parti lors des débats, et  a travaillé au nouveau comité des brochures.

Fils d’un membre fondateur, il est allé en prison comme objecteur de conscience socialiste pendant la première guerre mondiale, rejoignant formellement le Parti en 1922. Après avoir étudié à la London School of Economics les cours du professeur Edwin Cannan il a travaillé toute sa vie en tant que chercheur dans le mouvement  syndical, d’abord pour le syndicat des travailleurs de l’agriculture, un bref temps pour le mouvement syndical international à Bruxelles, puis jusqu’à sa retraite pour le syndicat des postiers où il fut conseiller pour une série de secrétaires généraux de l’UPW.

Hardy avait la réputation d’être un « théoricien » des sciences économiques marxiennes mais en fait il était quelqu’un d’autre et de plus rare dans le mouvement socialiste : une personne qui a combiné une connaissance approfondie des sciences économiques marxiennes avec une connaissance empirique des faits économiques contemporains.

Son intérêt principal était les sciences économiques monétaires. À partir des années 30, ses articles en témoignent, il a lutté contre Keynes au nom de Marx ainsi que, plus curieusement, au nom de son vieux professeur, Cannan. Edwin Cannan, un économiste bourgeois largement oublié de la première partie de ce siècle (il est mort en 1935), pourrait être décrit comme le dernier des économistes politiques classiques tout en partageant certaines vues économiques de Marx. En particulier que l’inflation était un phénomène purement monétaire causé par un excès de papier-monnaie inconvertible et que les banques étaient simplement des intermédiaires financières sans pouvoir de « créer le crédit ». Deux positions qui ont été niées par Keynes, dont les vues sont devenues une  composante de l’orthodoxie économique. Un moment on envisagea de compiler ses articles  dans un  « Marx contre Keynes » mais ça ne s’est jamais fait.

Le penchant empirique de Hardy a permis au Parti de réfuter, avec la démonstration nécessaire, des théories qui furent parfois attribuées à Marx comme celles de  la sous-consommation, de la paupérisation croissante de la classe ouvrière, de l’effondrement du capitalisme (Hardy était l’auteur de la célèbre brochure du Parti socialiste en 1932 Why Capitalism Will Not Collapse [Pourquoi le capitalisme ne s’effondrera pas]) et – de façon plus controversée dans le Parti – de la gravité croissante des crises.

C’est une bien triste affaire qui vers la fin de sa vie, a fait que Hardy s’est trouvé membre d’une branche qui a été exclue par un vote de tous les membres (la seule façon d’exclure dans le SPGB) pour avoir délibérément et à plusieurs reprises refuser d’appliquer une décision prise démocratiquement en Conférence. C’était une triste fin pour la contribution d’une vie au développement du mouvement socialiste.

Workers State? Pull the other one (« Etat ouvrier »? Mon oeil!)

1 novembre 2009

Article du nouveau Socialist standard (mensuel du Parti socialiste de Grande-Bretagne) de novembre 2009, qui revient la théorie trotskyste de « l’État ouvrier dégénéré » à l’occasion de la publication en anglais d’une biographie d’Ernest Mandel.

How could anyone have seriously argued that the workers ruled in Russia?

Incredible as it might seem millions believed that Russia under Stalin and his successors was some sort of “Workers State”. Most – those in and around the official “Communist” parties – thought it was a workers’ paradise, socialism even. A minority – the Trotskyists – wanted to have their cake and eat it: to claim credit for what they saw as Russia’s achievements but to repudiate the things they didn’t like. They called it a “degenerate Workers State”. One of these was the Belgian journalist and academic, Ernest Mandel (1923-1995), a biography of whom by Jan Willem Stutje Ernest Mandel, A Rebel’s Dream Deferred has just been published in English translation by Verso.

mandel

“Workers State” is a bit of a contradiction in terms, but if it is to mean anything it would have to mean that the workers controlled the state; which could only be done through some democratic mechanism. But the workers never controlled the state in Russia. Within a few years of the Bolsheviks seizing power in November 1917 they had suppressed all other parties and established a one-party dictatorship. While he was a member of the government Trotsky justified the description “Workers State” by arguing that the Bolshevik Party, which controlled the state, was the party of the workers who therefore controlled the state through it. When, however, he and his followers were banned too he could no longer use that argument. So, in the Revolution Betrayed (1936) he came up with another: that Russia was still a “Workers State” because most industry was nationalised, there was central planning and a state monopoly of foreign trade. This, despite his admission that state power was actually controlled by a privileged “bureaucracy” and his producing statistics to show that the workers were badly off and oppressed

This argument was so absurd that it soon aroused criticism within the ranks of his own followers. Some refused to described a state in which the workers were oppressed and powerless as a “Workers State”. They disagreed about what to call it – some saw it as a new exploitative class society, others as “state capitalism” – but agreed that it wasn’t any kind of “Workers State”, not even a degenerate one. Trotsky stuck to his “degenerate Workers State” theory till one of its agents assassinated him in 1940.

Mandel had become a Trotskyist while still a teenager and during the war took part in underground Trotskyist activity in Belgium where his family lived. He was caught in 1944 and spent the remainder of the war in labour camps in Germany. After the war he emerged as one of the leaders of the Trotskyist “Fourth International”. One of the photos in this book is of a meeting of six leaders of this organisation in Paris in 1948. Of the six two had or came to regard Russia as state-capitalist. But not Mandel. He stuck to Trotsky’s dogma, and even extended it, describing the puppet regimes Russia set up in eastern Europe as “deformed Workers States”.

Dogma

In 1969, in a polemic against Michael Kidron, of the International Socialism group of Trotskyists (later the SWP) who argued that Russia was state capitalist, Mandel wrote:

“Ever since social-democratic opponents of the Russian October revolution hatched the theory of ‘capitalism’ continuing to exist in the Soviet Union, supporters of that theory have been faced with a difficult choice. Either they consider that Russian ‘capitalism’ has all the basic features of classic capitalism as analysed by Marx, to start with generalized commodity production, and that it also shows all the basic contradictions of capitalism, including capitalist crisis of overproduction— and then they have a hard time discovering evidence for this. Or they admit the obvious fact that most of these features are absent from the Soviet economy, and they then have to contend that these features are not ‘basic’ to capitalism anyhow, which in the last analysis only means exploitation of wage-labour by ‘accumulators’.” (The Inconsistencies of State Capitalism, p. 11).

As a matter of fact the social and economic system in Russia did exhibit the basic features of capitalism: minority control of the means of production (via nationalisation); generalised commodity production (i.e. generalised production for sale and the use of money); the accumulated of capital valued in money out of profits; and, in particular, yes, the exploitation of wage-labour by those who monopolised the means of production. Of course there were differences from what Mandel called here “classic” capitalism, due to the specific circumstances under which the system had come into being and developed which had resulted in a hugely increased economic role for the state. Hence state capitalism. In any event, even if Mandel’s narrow definition of capitalism as private enterprise is accepted, that would not make Russia into any kind of “Workers State”, only some new form of exploitative class society.

Disappointment

After discussing the “increasing rights for factory managers” then being granted as part of economic reforms introduced by the Russian government, Mandel declared:

“We are therefore convinced that capitalism could be restored in the Soviet Union or in any Eastern European country only after breaking the fierce resistance of the working class. ( …) Given the present constellation of social forces, both nationally and internationally, we think it very unlikely that this resistance could actually be broken under these conditions, and that capitalism could be restored either in the Soviet Union, or in Yugoslavia, or in any other bureaucratically degenerated or deformed workers’ state.” (p. 16)

When this happened (and we, neither, saw this happening within twenty years) the working class put up no resistance to the transition from state capitalism to a more “classic” type of capitalism. Clearly, they did not share the same illusion as Mandel about Russia and its satellites being some sort of workers’ regime and so worth defending. Because Mandel and his Fourth International did believe the workers would resist, they placed great hope in the outcome of events in eastern Europe in the 1980s, trying to establish Trotskyist cells there. According to Stutje, they had some rather limited success in Poland and Czechoslovakia. But the outcome – a full return to “classic” capitalism rather than a regenerated “Workers State” – must have been a great disappointment. In fact, reading between the lines of this biography, Mandel never seems to have recovered from it.

Earlier Mandel had offered his expert advice as an economists to one of the “deformed Workers States” – Cuba when Che Guevara was Minister of Industry between 1961 and 1964. He visited Cuba a number of times and supported Guevara’s view that enterprises should be financed by direct grants from the central government and not be instructed to balance the books from their own activities. In other words, he was in favour of a much more centralised form of state capitalism than existed (or was eventually adopted).

Having said this, when it came to writing about “classic” capitalism Mandel was not too bad. In his Marxist Economic Theory (1962 in French, 1968 in English translation) he set out to show, on the basis of contemporary facts (and not just on the facts from the 1850s and 1860s that Marx had used), how Marx’s analysis of capitalism was still valid. The English hardback edition was divided into two volumes, the first of which, dealing with Marx’s theories, can still be recommended (the second part, dealing with the theories of Lenin and Trotsky and the nature of Russian society relapsed into Trotskyist scholasticism). His introductions to the Penguin edition of the three volumes of Capital are also good, as is his short pamphlet An Introduction to Marxist Economic Theory, even though it introduces the dubious concept of “neo-capitalism”, which he later called “late capitalism”.

Duplicity

Politically, Mandel was a dyed-in-the-wool Trotskyist, explaining every working class failure by a lack of the right leadership, i.e. of a Trotskyist vanguard. He also practised the dishonest Trotskyist tactic of “entryism”, joining the reformist Belgian “Socialist” Party in 1951, with a view to winning a leftwing following which he hoped to lead out of the party to form an open Trotskyist vanguard party. He achieved some success, even rising to be for a short while the editor of the BSP’s daily paper, Le Peuple. He lost this post when another paper he helped edit, La Gauche, criticised the party’s leadership. La Gauche advocated “structural reforms” of capitalism, basically the nationalisation of the holding companies which dominated the Belgian economy. This was popular amongst many workers in the coal, steel and manufacturing industries of the French-speaking part of Belgium, and Mandel managed to get the support of some of the union leaders and local politicians there.

According to Stutje, it was not until 1961 that Mandel told one of the trade union leaders that he was a Trotskyist:

“Until now Mandel had always kept quiet about his membership of the Fourth International. Now it was time to break the silence. He went to Yerna’s office and confessed to his bewildered friend, ‘I need to tell you the truth. I am a member of the Fourth International.’ Yerna was disappointed that his comrade had not trusted him sooner” (pp. 80-1).

In the end, as later with Militant in Britain, the inevitable happened. In 1964 Mandel and his followers were booted out of the BSP. In a letter to Ken Coates (then a fellow Trotskyist, later a Labour MEP) that year he told him: “A left wing had been built in the Socialist Party from 1961 on, accompanied by an autonomous, clandestine Trotskyist core group” (emphasis added).

According to Stutje,

“The question of when, where and how to leave the SP was clearly on the agenda from the early 1960s. Mandel had only wanted to make sure they left with a substantial group – and by that he meant thousands” (p. 85).

In the event, the main trade union leader he had relied on went off at a tangent and embraced Walloon (i.e. French-speaker) nationalism and Mandel left with a few hundred only. But a new bandwagon soon came along – student unrest – and he was able to jump on that, influencing student leaders such as Alain Krivine in France, Tariq Ali in Britain (both of whom became Trotskyists) and, to a lesser extent, Rudi Dutschke in Germany (who didn’t but, like Daniel Cohn-Bendit, eventually joined the Greens). Tariq Ali, though no longer a Trotskyist but still an admirer of Mandel, has written the foreword to Stutje’s biography.

Mandel was perfectly aware of what socialism really was as he had written in his polemic with Kidron:

“[S]ocialism means a classless society. It therefore presupposes not only the suppression of private property of the means of production, henceforth managed in a planned way by the associate producers themselves, but it also calls for a level of development of the productive forces which makes possible the withering away of commodity production, of money, and of the state.” (p. 17)

According to him, however, the productive forces had not yet reached the necessary level of development, so socialism was not an immediate possibility. Only a new society – based on nationalisation, planning and a state monopoly of foreign trade – was. He called it “transitional society” but it would only have been a form of state capitalism and state capitalism is not, as the experience of Russia in the last century showed, a step towards socialism. It turned out to be, in the joke circulating towards the end of the regime, “the longest route between capitalism and capitalism”.

ADAM BUICK

Comme chaque mois, le Socialist standard est téléchargeable au format pdf. On peut également s’y abonner pour £20 depuis le continent en écrivant à: The Socialist Party, 52 Clapham High Street, London SW4 7UN., Royaume Uni. En cas de paiement paypal, envoyez un mail à spgb@worldsocialism.org pour signaler qu’il s’agit d’un abonnement au Socialist standard et non d’un don.

Voir aussi:

Lettre ouverte du SPGB aux syndicalistes

4 septembre 2009

Texte du comité exécutif du Parti socialiste de Grande-Bretagne, août 2009

Encore une fois le capitalisme se trouve dans une de ses crises économiques périodiques, cette fois plus importante que dans le passé récent. Comme d’habitude, c’est nous qui en sommes les victimes. Cette crise, comme toutes les crises capitalistes, résulte de la poursuite incontrôlable des profits qui est le moteur du système capitaliste.

Tandis que toutes les entreprises capitalistes chassent les profits, il est inévitable qu’un secteur ou un autre de l’économie capitaliste produise plus qu’il ne peut vendre. Cette fois c’était le secteur de  la construction de logements aux États-Unis. Sa surexpansion a eu un effet immédiat sur le secteur bancaire qui, dans sa propre chasse aux profits, a eu recours à des pratiques douteuses. Cela a touché d’autres secteurs à tour de rôle et continue encore à se répandre dans l’économie. C’est là où nous en sommes aujourd’hui, avec les entreprises qui ferment et le chômage qui monte à côté des besoins non satisfaits.

On s’attend à ce que le nombre des chômeurs atteigne les 3 millions, peut-être même avant la fin de l’année. Face à ce tsunami économique le gouvernement a été perdu. Il a dépanné les banques mais à part cela tout ce qu’il a fait est de faire marcher la blanche à billets. Mais cela ne fera pas faire remonter la production. Cela  ne donnera plus tard comme résultat que l’inflation. Il semble que ce gouvernement travailliste, comme tous les gouvernements travaillistes antérieurs, va quitter le pouvoir avec un nombre de chômeurs plus élevé que lorsqu’il a été élu. Encore une démonstration que les gouvernements ne contrôlent pas la façon dont l’économie capitaliste fonctionne.

L’économie capitaliste se redressera tôt ou tard mais d’elle-même, non pas comme résultat d’une action gouvernementale quelconque. Et non sans faire souffrir la classe travailleuse pour bien des mois à venir.

La reprise ne peut se faire sans que le taux de profit ne se redresse. Ce que les employeurs poursuivent activement en imposant des blocages, voire des diminutions, de salaires, des attaques aux régimes de retraite et toutes autres choses auxquelles ils peuvent penser pour réduire les coûts du travail. Certains ont même eu l’effronterie de demander à leurs employés de travailler pour rien. Entre-temps le gouvernement travailliste et l’opposition conservatrice insistent que la misère doit s’étendre aux fonctionnaires.

Il faut que les travailleurs résistent. Mais la crise a poussé la balance des forces encore plus en faveur des employeurs. Dans les meilleures des circonstances, lorsque la production s’étend et qu’il y a une pénurie de travail, les syndicats luttent durement pour faire monter les salaires un peu plus que les prix. Aujourd’hui, quand la production tombe et le chômage monte, les syndicats ne peuvent faire davantage que retarder le déclin, empêcher que les choses empirent.

Posez-vous donc cette question : pourquoi devons-nous refaire les mêmes luttes continuellement ? Est-ce là le seul avenir ? Oui, aussi longtemps que le système capitaliste avec sa production en vue du profit existera. Heureusement le capitalisme n’est pas la seule façon d’organiser la production et la distribution de ce dont nous avons besoin. Il y a une alternative.

Nous, travailleurs, nous pouvons — et nous devons — nous organiser pour mettre un fin au système capitaliste qui nous oblige à nous salarier. Nous devons nous organiser pour le remplacer par un système basé sur la production de ce dont nous avons besoin simplement parce que nous en avons besoin et non pas pour faire des profits comme actuellement. La production pour l’usage et non plus la production en vue du profit. Mais nous ne pouvons décider de ce qui sera produit sans posséder et gérer également les moyens de production. Bref, ce qu‘il faut, c’est le socialisme, la possession en commun et la gestion démocratique des moyens de production.

Pour le réaliser, il faut que nous entreprenions une action politique. Il faut que nous nous organisions non seulement en syndicats mais aussi dans un parti politique ayant comme seul but le socialisme. Le parti travailliste n’a jamais été un tel parti, même si à l’origine il a été établi et financé par les syndicats. Sa politique n’était que de rechercher des réformes dans le cadre du capitalisme. Les gouvernements travaillistes ont effectivement introduit des réformes, mais ils n’ont jamais réussi à faire fonctionner le système capitaliste dans l’intérêt des travailleurs. Cela n’est pas possible. Tous les gouvernements travaillistes ont donc fini par gérer le système capitaliste de la seule façon dont on le peut — comme système de profit dans l’intérêt de ceux qui vivent des profits extraits du travail non payé des travailleurs salariés. Le parti travailliste n’a pas transformé le capitalisme. C’est le capitalisme qui a transformé le parti travailliste en une bande d’apologistes méprisables du capitalisme comme tout le monde peut le voir aujourd’hui. Il est grand temps que les syndicats se désaffilient de ce parti capitaliste, comme certains l’ont déjà fait.

Vu l’échec du parti travailliste actuel, certains appellent à la formation d’un nouveau  Labour party basé sur les syndicats. Cela serait une erreur. Le réformisme travailliste a échoué et échouerait encore. Non, ne prenons pas cette voie une seconde fois. Apprenons la leçon de l’histoire qu’aucun gouvernement ne peut manipuler le capitalisme de façon à assurer de façon permanente le plein emploi et les augmentations salariales régulières (ce dont rêve le TUC [Trades Union Congress], et pas seulement eux ). Même si cela était possible, l’exploitation du travail salarié sur laquelle se base le capitalisme existerait toujours.

Non, ce qu’il faut, c’est, comme nous l’avons déjà dit, un parti avec le socialisme comme seul but et seule politique, un instrument que les travailleurs puissent utiliser afin de gagner le contrôle du pouvoir politique en vue de mettre fin au capitalisme et à son système de salariat et d’introduire à sa place un système basé sur la possession en commun et la gestion démocratique des moyens de production, pour que ceux-ci puissent être utilisés pour satisfaire les besoins de la population, en accord avec le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Le socialisme reste l’espoir de l’humanité. Travaillons pour le réaliser.

Prochains meetings du SPGB

30 juillet 2009

Formations d’été

Voici la liste des prochaines réunions publiques et conférences du Parti socialiste de Grande-Bretagne:

  • Le 25 août à Édimbourg: The Free Access Alternative. de 19h30 à 21h00 à l’Autonomous Centre of Edinburgh, 17 West Montgomery Place [ Voir le plan]. Détails: fraser@prolerat.org.

free access

  • Le 29 août à Londres: Marx, Myth and Money. de 19 à 22h00, au siège du SPGB, 52 Clapham High Street. Intervenant: Pat Deutz. [Voir le plan] Détails: spgb@worldsocialism.org.

spgb290809

  • Le 6 septembre à Londres:  The free election of masters does not abolish the masters or the slaves. de 18h00 à 21h30 au siège du SPGB, 52 Clapham High Street. Intervenant: Jim Lawrie. Détails: spgb@worldsocialism.org.

talk60909

  • Le 12 septembre à Manchester: Capitalism and the Recession. de 13 à 17h00, à la Friends Meeting House, Mount Street, Manchester. Intervenants: Adam Buick et Paddy Shannon. Détails: 02076223811 et spgb@worldsocialism.org. [+ in english]

capitalism-recession

  • Le 16 septembre à Londres, débat contradictoire: Capitalism or Socialism. de 19h30 à 22h00 au siège du SPGB, 52 Clapham High Street. Intervenants: Eamonn Butler, directeur du Adam Smith Institute, et Richard Headicar, du Parti socialiste de Grande-Bretagne. Détails: 02076223811 et spgb@worldsocialism.org.

spgb160909

  • Le 20 septembre à Londres: Our own worst enemy? – Human nature and Socialism. de 18 à 21h00 au siège du SPGB, 52 Clapham High Street. Intervenant: Dick Field. Détails: 02076223811 et spgb@worldsocialism.org.
  • Le 28 septembre à Manchester : « Primitive Communism ». à 20h30 à Unicorn, Church Street, City Centre.

Here come the robots?

28 juin 2009

Formations d’été

Une conférence de Bill Martin sur l’incidence de l’évolution technologique sur la lutte de classe, ouverte à tous, au siège du Parti socialiste de Grande-Bretagne (SPGB), 52 Clapham High Street à Londres [Voir le plan], le dimanche 12 juillet de 18 à 21 h00.

Renseignements: tél. 02076223811 & mail spgb@worldsocialism.org

Debate: Should Capitalism Have a Future?

23 mai 2009

Le Parti socialiste de Grande-Bretagne (SPGB) organise régulièrement des confrontations publiques. Celle-ci, qui avait lieu le 23 avril dernier à Londres, portait sur la question: Le capitalisme a t-il un avenir? et réunissait John Meadowcroft (professeur à l’Université de Londres Est) pour le « oui » et le camarade Richard Headicar (du SPGB) pour le « non ». Pour ceux qui trouveraient compliqué de visionner les douze clips youtube ci-dessous, nous signalons que le débat est également disponible en deux parties seulement sur http://socialist-tv.blip.tv ou sur le vodpod de la BS.