Verdier (1910-2009)

VERDIER Robert, Jean. Pseudonymes sous la Résistance : HERVÉ, DEVILLE, BARBE Marius.

Né le 28 novembre 1910 à Saint-Girons (Ariège), mort le 27 février 2009 ; professeur agrégé de lettres ; syndicaliste, résistant, secrétaire général adjoint de la SFIO puis du PSA, directeur politique du Populaire, député de la Seine ; président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme.

Robert Verdier est issu d’une famille républicaine. Son grand-père paternel, protestant installé à Meyrueis (Lozère), cessa sous le Second Empire d’aller au temple lorsqu’il prit conscience de ne le fréquenter que par solidarité avec ses amis républicains de la Lozère. Non baptisé, Robert Verdier fut élevé dans un milieu qui avait traditionnellement une grande foi en l’éducation, considérée comme pilier de la démocratie. Il fit ses études secondaires dans divers établissements de province, à Saint-Girons, Corte (Corte), puis au lycée de Mende (Lozère). Il suivait les nominations de son père, ancien boursier devenu professeur. Celui-ci, dreyfusard au tournant du siècle, mutilé de guerre en 1916, adhéra tardivement à la SFIO mais, admirateur de Jaurès, fit lire à son fils les écrits du tribun socialiste, de même que les éditoriaux de Léon Blum dans Le Populaire.

Après une première khâgne à Montpellier, Robert Verdier intégra en 1928 Louis-le-Grand où il fut un condisciple de Léopold Sédar Senghor, qu’il emmena en vacances dans les Cévennes un été et de René Brouillet. Très éloigné politiquement de ce dernier, il devait le retrouver plus tard dans la Résistance. Admissible à l’ENS en 1929, il acheva sa licence de lettres, rédigea un DES sur les contes de Voltaire et fut reçu comme candidat libre à l’agrégation de lettres en août 1932. Alors pacifiste, comme la plupart des jeunes hommes de gauche, il accomplit son service militaire comme infirmier, à Marseille.

À Paris, Robert Verdier, bien qu’absorbé par ses études, fut membre des Étudiants socialistes. C’est à Montpellier, où il avait été nommé professeur à l’automne 1933, qu’il adhéra à la SFIO, contacté par la section locale. Inquiet de la contagion fasciste il avait été, le 12 février 1934, un des quatre grévistes du lycée qui comptait une centaine d’enseignants. Il participa activement à la politique locale. À l’occasion des élections législatives de 1936, la question du désistement pour un candidat de la Jeune République étant posée, sa section connut une crise qui aboutit à sa dissolution. Partisan du soutien à ce militant catholique progressiste, il prit part à la reconstitution de sa section. Durant la campagne électorale de 1936, il fut un des orateurs du parti dans les bourgs. Il fut délégué d’autre part aux congrès fédéraux et au congrès national de Marseille en 1937.

L’engagement politique se doubla d’un engagement syndical : de 1935 à 1937, il devint secrétaire de la section académique de la Fédération générale de l’Enseignement. Favorable à l’unité d’action, il résista à la tentation de rejoindre le Parti communiste comme l’y poussaient certains collègues, dont le géographe Pierre Georges, et refusa les avances de la Franc-maçonnerie. Nommé au lycée Carnot à Paris, à la rentrée 1937, Robert Verdier emménagea dans le Ve arrondissement et rejoignit la section locale. Favorable à la direction du parti, il appuya les blumistes après la crise de Munich, en septembre 1938, et se lia avec Amédée Dunois* et Ernest Labrousse*, membres comme lui de Ve section. Il envisageait alors une carrière universitaire, déposa un sujet de thèse et se maria en novembre 1938. Le même mois, il participa activement à la grève lancée par la CGT. La guerre devait le jeter dans la carrière politique.

Mobilisé le 2 septembre 1939 dans l’armée des Alpes, Robert Verdier fut démobilisé, le 28 juillet 1940. De retour à Paris, dès la rentrée universitaire il prit part aux premières actions clandestines visant à la reconstruction du mouvement socialiste dans la région parisienne, avec Paul Colliette*, Amédée Dunois, Ernest Labrousse, Gérard Jaquet* et Édouard Depreux*. R. Verdier rédigea des tracts et des articles dans des journaux clandestins, Socialisme et liberté puis le Populaire. Il prépara avec Dunois la brochure reproduisant les interventions de Léon Blum* au procès de Riom. Responsable adjoint du Comité central socialiste de la zone-Nord, au printemps 1941, il contrôlait, avec Jean Biondi*, le secteur Paris-Charleville-Belfort, faisant aussi du renseignement pour le mouvement Libération-Nord. En juin 1943, au moment de la fusion des Comités d’action socialiste des zones Nord et Sud, il devint membre du Comité exécutif de la nouvelle organisation, puis de la SFIO reconstituée. En octobre 1943, peu après sa nomination au lycée Louis-le-Grand, prévenu d’une arrestation imminente, il entra dans la clandestinité. Ses pseudonymes les plus courants étaient Hervé, Deville et Marius Barbe. Robert Verdier fut décoré de la médaille de la Résistance avec rosette.

Il fut promu secrétaire général adjoint de la SFIO à la Libération. Le congrès des fédérations socialistes reconstituées ayant confirmé la direction clandestine, Robert Verdier demeura à cette fonction jusqu’au congrès d’août 1946 qui vit le rejet du rapport moral présenté par Daniel Mayer*.

Délégué à l’Assemblée consultative, le 8 novembre 1944, Robert Verdier fut élu député du 1er secteur de Paris en juin 1946. En novembre, mis en tête de liste par les militants de son secteur, il céda la première place à Paul Rivet* (voir Paul Adolphe Rivet*). Désigné en septembre 1946, sur la demande de Léon Blum, directeur adjoint du Populaire, membre du Comité directeur et du bureau du PS-SFIO, candidat contre Guy Mollet* pour la direction du parti en 1948, il apparut comme l’un des leaders des opposants au nouveau secrétaire général. À la mort de Léon Blum, en 1950, il lui succéda comme directeur politique du Populaire.

Professeur détaché, Robert Verdier restait intéressé aux problèmes scolaires : membre de la commission de l’enseignement de la 2e Assemblée constituante, il intervint dans le débat sur les subventions à accorder aux écoles privées le 28 mars 1945, s’opposant à une augmentation de crédit réclamée par Gaston Tessier* ; il entra au ministère de l’Éducation nationale dans le cabinet de Depreux en 1948. Un des fondateurs du Cercle « Jean-Jaurès » qui organisait les sympathisants socialistes de l’enseignement, il fit une intervention remarquée contre la loi Barangé en 1951.

Robert Verdier avait en effet été réélu député du 1er secteur de la Seine en juin 1951 ; il se montra un parlementaire actif. À cette époque, il se lia d’une amitié durable avec Alain Savary. Leur collaboration étroite durant près de trente ans débuta par la lutte contre la politique coloniale de la France en Indochine, au Maroc et en Tunisie. L’exceptionnel intérêt de Robert Verdier pour la question coloniale était né de sa rencontre avec le socialiste tunisien Habib Ben Slama et de sa participation au congrès des fédérations socialistes d’Afrique du Nord tenu en 1946, où il rencontra Élie Cohen-Hadria. Membre de la commission des Affaires Étrangères, il rencontra en 1952 Bourguiba en résidence forcée à La Galite, en vue d’une interpellation du gouvernement. Effectuant une mission parlementaire au Maroc du 2 au 11 janvier 1954 avec trois autres parlementaires, il exigea de rencontrer des Marocains emprisonnés, hors de la présence de l’administration, et cita dans son rapport des documents démontrant la pratique de la torture. En 1955, il fut désigné comme rapporteur des conventions franco-tunisiennes d’autonomie interne.

Alors que les tensions internes à la SFIO s’étaient apaisées entre 1948 et 1952, un grave désaccord devait surgir lors de la querelle de la CED. Robert Verdier fut l’un des députés indisciplinés qui firent échouer le projet le 30 août 1954 et, par solidarité avec Oreste Rosenfeld* , il démissionna de ses fonctions de directeur du Populaire, arguant de problèmes de santé réels, puisqu’il était atteint de tuberculose.

La politique algérienne du gouvernement soutenue par la direction de la SFIO après le 6 février 1956, l’inquiéta. Dès les premiers jours, Robert Verdier critiqua l’orientation adoptée, se montrant hostile aux pouvoirs spéciaux lors des débats du groupe parlementaire, le 12 mars 1956. Il fut l’un des plus actifs animateurs de la minorité avec Édouard Depreux*, Daniel Mayer*, André Philip*. Élu président du groupe parlementaire socialiste en octobre 1956, il se trouvait en porte-à-faux, étant, de plus, opposé au détournement de l’avion du FLN et à l’opération de Suez, à l’occasion de laquelle il tenta d’unir les efforts des socialistes minoritaires français et des travaillistes anglais. Il profita du renouvellement des pouvoirs spéciaux en juillet 1957, qu’il refusa de voter, pour être démissionné de cette fonction. Quelques jours plus tôt, au congrès de Toulouse, il avait présenté la motion minoritaire qui reconnaissait le droit à l’indépendance de l’Algérie et faisait référence à “la vocation nationale du peuple algérien”. La rupture fut consommée avec le retour au pouvoir du général de Gaulle — auquel Guy Mollet s’était rallié — et l’échec de l’effort de de la minorité pour redresser le parti au congrès d’Issy-les-Moulineaux, en septembre 1958. Robert Verdier, qui avait refusé de voter l’investiture le 1er juin 1958, fut durant l’été un des créateurs de l’Union des forces démocratiques, appartenant au bureau de ce cartel de démocrates hostiles à la Ve République. Le 14 septembre 1958, il fut l’un des fondateurs du Parti socialiste autonome, dont il devint secrétaire général adjoint avec Alain Savary, Édouard Depreux étant secrétaire général. Il était revenu dans l’enseignement au lycée Buffon après son échec électoral en novembre 1958 et le demeura jusqu’à sa retraite en 1976.

Lorsque le PSA fusionna avec l’UGS pour former le PSU, Robert Verdier fut membre du Bureau national de cette organisation et directeur de son hebdomadaire Tribune socialiste. Il représenta ce parti dans la campagne électorale de 1962, où ses adversaires étaient Jean-Marie Le Pen et René Capitant, et dans celle de 1967. Au congrès d’Alfortville, en 1963, il constitua avec Alain Savary la tendance « A ». Ayant été écarté du Bureau national, il s’éloigna progressivement du PSU et, en désaccord avec l’attitude prise par rapport à la FGDS, le quitta après le changement de direction en 1967.

Encore membre du PSU, Robert Verdier avait participé à la création d’un club qui adhéra à l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche et par conséquent à la FGDS. Lorsqu’Alain Savary devint premier secrétaire du Nouveau parti socialiste, en 1969, il entra à la direction de ce parti comme secrétaire national aux affaires internationales. Ils furent battus au congrès d’Épinay, se retrouvant simples membres du Comité directeur et se rallièrent à François Mitterrand après la signature du Programme commun. R. Verdier se présenta, sans succès, dans le Gard aux élections législatives de 1973. De 1975 à 1979, il présida le comité directeur du Parti socialiste, ce qui l’amenait à siéger au bureau exécutif. Pour le congrès de Metz, il signa la motion Mauroy mais abandonna tous ses mandats, devenant simple cotisant.

En retraite, Robert Verdier se consacra essentiellement à la Ligue des droits de l’Homme à laquelle il avait adhéré dans sa jeunesse, à Montpellier, mais dont il s’était éloigné durant la guerre froide, la trouvant notamment trop indulgente pour les crimes commis par les régimes d’Europe de l’Est. Coopté en 1964 au Comité central de la Ligue, alors dirigée par Daniel Mayer, il devint président de la Fédération de Paris de 1976 à 1986 et un très actif président de la commission internationale, accomplissant de nombreuses missions à l’étranger. Fondateur du CIDEM (fondation citoyen et civisme), il contribua à rapprocher la Ligue des droits de l’Homme et la Ligue de l’Enseignement qui s’étaient éloignées l’une de l’autre depuis le début des années soixante. Il fut désigné comme président d’honneur de la Ligue en 1986 et comme vice-président de la Fédération internationale des droits de l’Homme à son congrès de Turin en 1992.

ŒUVRE : PS-PC, Une lutte pour l’entente (1920-1976), Seghers, 1976. — Bilan d’une scission, le congrès de Tours, Gallimard, collection idées, 1981. — La Vie clandestine du Parti socialiste, s.d. — La Doctrine et les tâches du socialisme, s.d.

SOURCES : Dossiers biographiques, Arch. Nat. et Arch. de l’OURS. — M. Sadoun, Les Socialistes sous l’occupation, Résistance et collaboration, Presses de la FNSP, 1982. — R. Quillot, La SFIO et l’exercice du pouvoir, 1944-1958, Fayard, 1972. — É. Depreux, Souvenirs d’un militant, Fayard, 1972. — J.-F. Kesler, De la gauche dissidente au nouveau Parti socialiste, Privat, 1990. — G. Morin, De l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie au Parti socialiste autonome, Th., Université de Paris I, 1992.

Gilles Morin

Verdier


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