Un totalitarisme contre les femmes

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Une étude de Camille Boudjak, de Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur, sur les répercussions des crimes et du système de « l’honneur familial » sur les conditions de vie des femmes, à lire au format PDF (ou commander le livre,  tous les bénéfices allant à ICAHK, Campagne Internationale contre les Crimes d’Honneur).


Extrait de l’avant-propos:

L’essentiel de cette étude se base sur les exemples, rapports et témoignages de Palestine et de la communauté palestinienne d’Israël, mais des exemples proviennent aussi d’autres pays du Moyen-Orient et de témoignages de femmes moyen-orientales immigrées en Europe. Tout comme les témoignages et rapports provenant à la fois d’arabes israéliennes et de palestiniennes permettent d’appréhender un même système d’oppression dans deux contextes différents, les apports d’études ou de témoignages d’autres pays permettent de montrer que si, bien sûr, le conflit a des répercussions importantes sur les conditions de vie des femmes, les violences que subissent les Palestiniennes « au nom de l’honneur familial » ne sont pas un simple sous-produit du conflit et de l’occupation, mais proviennent d’un système patriarcal et tribal cohérent, existant bien avant 1948 et qui se maintient aussi dans les autres pays de la région, comme par exemple la Turquie, la Jordanie, le Kurdistan ou la Syrie.
Dans certains milieux dits « progressistes », la question des violences que vivent les femmes du Moyen-Orient, ou plus généralement des pays dits du « tiers-monde », est trop souvent passée sous silence.
Ainsi, peu de pays du Moyen-Orient bénéficient d’autant de visites de militants et de militantes occidentaux que la Palestine, et un mouvement féministe y existe qui a publié de nombreux rapports, tant sur les Palestiniennes vivant en Israël que sur la situation des femmes dans les territoires palestiniens. Pourtant, très peu de textes ou d’études en français sont disponibles et publiés sur les crimes d’honneur ou les violences machistes que subissent les femmes palestiniennes… comme si le féminisme s’arrêtait à la Méditerranée, comme si la lutte contre le sexisme était finalement un luxe réservé aux femmes nées « européennes ». Dans les pires cas, la dénonciation des violences que subissent les femmes du Moyen-Orient est assimilée à un « soutien à l’impérialisme ».
Plus généralement, au nom de la priorité à la « lutte de libération nationale » (quitte à se montrer, comme beaucoup de gauchistes occidentaux plus nationalistes que les leaders nationalistes palestiniens eux-mêmes), on passe sous silence les luttes des femmes contre l’oppression qu’elles subissent dans leur propre société, tout comme on gomme les luttes de classes ou tout ce qui ne rentre pas dans le cadre étriqué du nationalisme, avec ses « gentils colonisés et leur lutte héroïque » d’un côté et les « méchant colons parfois déguisés en ouvriers » de l’autre. En Europe même, la lutte contre les violences spécifiques que subissent des femmes issues de pays du Sud, comme l’excision, les mariages forcés ou les meurtres d’honneur, est soupçonnée d’être un « appareil idéologique d’État » raciste, ou, pour utiliser le néologisme inventé par les mollahs pour dénoncer l’opposition à leur dictature théocratique et devenu à la mode dans certains milieux gauchistes, « islamophobe ». Or, ce qui justement apparaît comme raciste et discriminatoire, c’est ce refus de lutter contre des pratiques barbares, contraires à la dignité humaine, que sont l’excision, les mariages forcés ou les meurtres d’honneur. L’État d’Israël, par exemple, face à des violences et discriminations que subissent, en toute illégalité, des femmes arabes citoyennes israéliennes a tendance à laisser faire en prétextant qu’il ne s’agit finalement « que de problèmes internes à la société arabe ».
Le relativisme culturel, qui consiste à refuser l’application de droits universels, en particulier en ce qui concerne les droits des femmes, au nom des « différences de cultures », n’est finalement qu’une forme, particulièrement pernicieuse, du racisme. Et il est affligeant que certains militants qui se veulent progressistes, en fermant les yeux sur l’oppression que vivent des femmes « au nom de l’honneur familial », en arrivent fi nalement aux mêmes conclusions pratiques que le gouvernement israélien.
Affirmer clairement le refus universel de toute forme d’oppression est d’ailleurs la seule ligne que peuvent défendre celles et ceux qui se réclament de l’émancipation de l’humanité. Défendre les « spécificités culturelles nationales » est un mot d’ordre réactionnaire, puisque « d’une façon générale, la ‘culture nationale’ est celle des grands propriétaires fonciers, du clergé, de la bourgeoisie ». Aussi « quiconque défend le mot d’ordre de la culture nationale a sa place parmi les petits-bourgeois nationalistes, et non parmi les marxistes ». Voilà ce qu’écrivait déjà Lénine qui opposait à la « culture nationale » , fusse-t-elle celle d’une nation opprimée, « la culture internationale du démocratisme et du mouvement ouvrier international ». Et c’est encore Lénine qui écrivait : « La conscience de la classe ouvrière ne peut être une conscience politique véritable si les ouvriers ne sont pas habitués à réagir contre tout abus, toute manifestation d’arbitraire, d’oppression et de violence (…)». Bref, ceux et celles qui ferment les yeux et se taisent devant l’oppression que subissent les femmes du Moyen-Orient, au nom de « l’anti-colonialisme » ou de « l’anti-impérialisme », feraient bien de se replonger dans les classiques du mouvement ouvrier !

Bien sûr, les chefs d’États impérialistes peuvent parler du droit des femmes, comme en Irak ou en Afghanistan, pour justifi er leurs interventions sanglantes, interventions qui ne font, bien sûr, pas avancer d’un iota la cause de l’émancipation des femmes. Mais il n’est ni nouveau ni exceptionnel que les politiciens et chefs d’Etat soient prêts à utiliser tous les prétextes pour justifi er leurs guerres et barbaries. Dénoncer les meurtres et violences commis « au nom de l’honneur » au Moyen-Orient ne signifie en rien soutenir les interventions impérialistes dans ces pays, ni participer à la guerre idéologique du « choc des civilisations », qui opposerait un Occident « civilisé » à un Orient « barbare ». Bien au contraire, il s’agit, en luttant pour les droits fondamentaux de tous les êtres humains, de participer à un combat plus large, universel, contre l’oppression et pour l’émancipation de l’humanité.

La base principale de la présente étude est, justement, composée de documents et de rapports rédigés et publiés par des organisations féministes palestiniennes et arabes israéliennes, en particulier ceux d’Al Muntada, du WCLAC, de Women Against Violence ou de Maan (Forum des Femmes Bédouines du Néguev).
A ces rapports s’ajoutent des discussions et entretiens avec des militantes de ces organisations féministes, de SAWA ou avec des membres de l’organisation ‘The Trust of Programs for Early Childhood, Family and Community Education’ qui développe des programmes éducatifs et sociaux tant dans les villages et quartiers arabes d’Israël qu’en Cisjordanie. D’autres rapports concernant les violences contre les femmes en général ou les crimes d’honneur en particulier en Palestine ou dans d’autres pays du Moyen-Orient, les nombreux articles (près de 2.000) archivés sur le site de la Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur (ICAHK), des participations à différentes réunions et meetings, et des discussions avec des femmes vivant cette oppression sont aussi des sources prises en compte dans ce texte.

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2 Réponses to “Un totalitarisme contre les femmes”

  1. lucien Says:

    Disponible aussi à l’adresse http://www.scribd.com/doc/31427571/Un-totalitarisme-contre-les-femmes

  2. Iran les soutiens francais du régime deuxiéme partie | Soliranparis's Blog Says:

    [...] http://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/12/19/un-totalitarisme-contre-les-femmes/ [...]

Les commentaires sont fermés.


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